De la caricature censurée (1)

23 03 2007

Par Mohamed LOUIZI

             La caricature publiée par le journal satirique français « Charlie Hebdo » en février 2006, continue à susciter des réactions de part et d’autres, surtout après le jugement rendu hier (22/03/2007) par le Tribunal de grande instance de Paris, en la personne de Monsieur Jean-Claude Magendie. Celui-ci, et malgré qu’il a reconnu : « le caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans », il a tout de même relaxé le directeur du Journal Monsieur Philipe VAL qui risquait jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 22 500 euros d’amende !             

Le juge a considéré que : « le contexte et les circonstances de sa publication (…) apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d’offenser directement et gratuitement l’ensemble des musulmans » et que : « les limites admissibles de la liberté d’expression n’ont donc pas été dépassées », mais sans ne dire exactement ce que signifie « limites admissibles » dans le cadre de l’expression satirique ! Car cela représente quelque chose d’ordre sociétale et qui mérite qu’on en parle mais sans logique de  « limites admissibles » !

Aujourd’hui, les réactions n’ont pas tardé à apparaître, parmi lesquelles, et non pas des moindres, celle du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) qui a publié hier son communiqué. En lisant ce dernier, une dizaine de remarques et d’interrogations ont encombré mon champ de réflexion. Mais avant de vous les livrer, j’aimerai bien préciser trois points:

 Premièrement, il faut que je reconnaisse que ma supposée « sensibilité » n’est ni « choquée » ni « blessée » par cette caricature, ou par les 12 caricatures publiées par le journal danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005. Et que je suis un allié inconditionnel du côté de la liberté d’expression conjuguée avec le respect de l’humain. Je suis conscient que ma position pourrait choquer certaines « sensibilités », mais disons tout de même, que ce n’est point  mon intention.

Deuxièmement, L’image que j’ai du prophète Mohammad est loin d’être menacée par un quelconque dessin satirique puisque ma foi en sa prophétie et en ses qualités morales et valeurs humaines transcende ce niveau là. Elle se situe, non pas dans le registre des sentiments et des sensibilités à ménager, mais  elle est au cœur de l’intimité protégée de ma foi. En effet, je considère gravissime, du point de vue de la foi, de voir des gens épousant la cause du « prophète bien aimé », et se faisant ses défenseurs autoproclamés se livrent à des actes d’une violence inouïe, en criant leurs colères, en brûlant des voitures, en saccageant les consulats des pays occidentaux, en appelant aux meurtres… etc. Sans oublier bien sûr, l’attitude des mollahs engagés politiquement dans de tels événements et qui appellent de façon répétitive à des « vendredis de colère » permettant ainsi aux furieux de la religion l’expression libre de leurs mécontentements, mais qui ne cessent, hélas, de se dresser furieusement contre toute liberté d’expression !       

Troisièmement, je considère que les caricatures en question dévoilent en partie – et d’une manière plus ou moins exagérée puisqu’il s’agit bien de caricature ! –  une réalité atroce que des « musulmans » se refusent de voir en face. Les actes de violences perpétrés au nom de « l’islam » dans les quatre coins du monde, ne sont pas l’œuvre de l’expression satirique d’un caricaturiste français ou danois, mais elles sont l’œuvre de l’expression violente exacerbée des gens qui se définissent « musulmans » et qui, au nom de leur identité religieuse, infligent toutes sortes de terreurs aux autres, commençant par les violences faites aux femmes jusqu’aux attentats faites aux « infidèles » ! On peut ne pas être d’accord sur le bien fondée de l’expression caricaturale, chacun est libre d’admirer ou de maudire l’art de la caricature, mais je pense que nous ne pouvons qu’affirmer l’existence de ce que voulaient dénoncer librement ces caricatures ! Certes, le risque d’amalgame est bien réel, mais que dit-on des amalgames alimentés par des comportements et des prises de position des « musulmans », eux-mêmes ? Il s’agit bien d’une attitude maladroite refusant toute critique, satirique ou pas, en la considérant comme atteinte à la personne. Cette attitude est contre productive voire très dangereuse puisqu’elle esquivent les défauts réels pour tomber dans d’autres, plus contestables !

CFCM, qui représente qui ?

             La démarche du CFCM – plus précisément de ses deux composantes principales à savoir : la Mosquée de Paris et l’UOIF – s’inscrit, à mon sens, dans cette même logique.            

D’abord, en refusant d’essentialiser l’islam et les musulmans – l’idée à laquelle j’adhère volontiers – le CFCM les essentialise à sa façon. Il parle du « droit légitime des musulmans de se sentir blesser » sans nous préciser ni le nombre de ces « musulmans blessés » que le CFCM prétend représenter ni sur sa propre légitimité de parler en leurs noms !                        

D’après un sondage CSA datant d’août 2006, 43% des « musulmans de France» font les 5 prières par jour, 17% vont à la mosquée au moins une fois par semaine et 8% au moins une fois par mois… En plus, le nombre de « musulmans de France » est estimé à environ cinq millions de personnes, dont seulement 5219 ont participé aux dernières élections du CFCM (le 19 juin 2005). Ce qui veut dire que le CFCM ne représente réellement que 0,1 % des « musulmans de France » !              

En somme, le CFCM ne peut pas prétendre une quelconque représentativité de tous les « musulmans de France » et donc ne peut pas parler en leurs noms. Il est peut être plus judicieux pour cette institution fort contestée, qu’elle se consacre aux différentes charges qui définissent sa raison d’être, et qui sont stipulés dans son texte fondateur, à savoir : la gestion des lieux de cultes, la viande Halal, les « carrées » dits « musulmans » dans les cimetières, la formation des imams, les aumôneries … etc. ! Sans oublier, au passage, de se consacrer aux différentes malformations, dues à la phase prénatales, dont souffre cette institution.             

La situation conflictuelle, à l’intérieur du CFCM, n’est pas une illusion (cf. le communiqué de l’UOIF sur : http://www.uoif-online.com/CFCM.html) Elle peut amener des amateurs de la satire dessinée à caricaturer cette institution et à montrer au grand jour ses contradictions et ses conflits de pouvoir. Là on ne peut pas dire qu’il s’agit de la satire « choquante », ou de la satire « blessante » ou même « islamophobe », puisque celle-ci trouvera sans aucun doute des appuis incontestables dans le quotidien du CFCM. Tous les prétextes tomberont. Aujourd’hui même, l’affaire n’est plus secrète, des membres du bureau du CFCM se déchirent pour garder leur pouvoir ou pour en gagner davantage !              

Enfin, prétendre une légitimité soutenue par l’adhésion totale des « musulmans de France » est une contrevérité. Le CFCM ne représente pas grand chose pour se considérer comme « le » défenseur légitime de je ne sais quelle communauté de foi ! Et même dans le cas où sa légitimité est prouvée, il est de son devoir de faire avancer la marche de la liberté d’expression et non pas d’entraver son avancement, à l’image des instituions politico-religieuses de censures que connaît le monde arabe du Maroc jusqu’en Palestine!    

(A suivre : La vraie caricature !)


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