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Monstre du « qu’en-dira-t-on ? » communautaire ! Phobies islamistes

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Par : Mohamed LOUIZI 

            Dans sa chronique dans le magazine Le Monde des Religions (1), intitulé « Où sont passé les intellectuels musulmans ? », Jean Mouttapa (2) lance un appel à ceux résignés parmi ces intellectuels, leurs invitant de se libérer de l’emprise du « qu’en-dira-t-on communautaire ?», de libérer l’expression de leurs pensées en se livrant tout d’abord, à l’exercice de l’autocritique et de « penser contre soi-même ». Et ensuite, d’exprimer celle-ci « haut et fort en penseurs affranchis ». Jean Mouttapa reconnaît que dans les pays « musulmans », les intellectuels sont tous, plus ou moins soumis à « une terrible censure politico-religieuse ». Mais, il estime anormale, que d’autres intellectuels vivant sur le sol européen et français n’arrivent pas à se dégager définitivement de cette emprise monstrueuse qui les maintient silencieux, voire peureux et effrayés, de la réaction de je ne sais quelle « communauté musulmane » !  

 

Il est vrai que ladite « communauté musulmane » a, depuis des siècles, définit son territoire et ses lignes rouges, supposées sacrées et intransgressibles.  Elle a définit aussi les critères que tout membre, intellectuel ou pas, se doit d’observer pour avoir la paix communautaire, sinon, le rejet et bien d’autres sorts, lui seront réservés s’il ne renonce pas à ses dépassements pernicieux.

Les pouvoirs politiques, en alliance avec des religieux, ont joué un double rôle dans ce sens. D’abord, ils ont déterminé ce qu’est l’identité de ladite « communauté musulmane », qui se résume, selon la conception dominante de cette même alliance, en une et une seule appartenance hégémonique, à savoir : l’appartenance religieuse, et en l’occurrence « l’islam du pouvoir »  en place. Et ensuite, ils ont mis à disposition tout un arsenal juridico-religieux de maintien de l’ordre établit. Et dans ce cadre, même les pires moyens illégaux et inhumains ont été sollicités, depuis des siècles, pour que soient respectées ces frontières et pour que tout le monde, y compris les intellectuels, ne quittent pas leurs carcans claniques et adhèrent, bon gré mal gré, par allégeance ou par crainte de l’anathème, à l’idée d’une « communauté musulmane » sacrée, une et indivisible et surtout au-dessus de toute mise en question et de toute critique ! 

De ce point de vue, la supposée « communauté musulmane » ne diffère guère de ses semblables. Elle est à l’image de toutes les communautés qui se définissent, principalement ou exclusivement, comme fondée sur la seule appartenance religieuse. Elle reproduit de manière systémique et symétrique tout ce que celles-ci ont pu expérimenter et mis en place, depuis qu’il y a une communauté d’humains qui s’est construite autour d’une religion.

Amin MAALOUF (3)  nous fait part de ses réflexions autour de cette question. Son livre « les identités meurtrières » est totalement consacré à l’étude des différentes représentations et risques de cette mono-appartenance qui forme à un moment donné une communauté et qui peut représenter un danger, à la fois pour ses membres et aussi à l’égard de son entourage considéré comme « autre », et surtout comme un ennemi hostile à surveiller, sans baisser la garde.

Par rapport au traitement que réserve une quelconque communauté religieuse à ses siens, MAALOUF écrit la chose suivante : « Ceux qui appartiennent à la même communauté sont les nôtres, on se veut solidaire de leur destin mais on se permet aussi d’être tyrannique à leur égard ; si on les juge tièdes, on les dénonce, on les terrorise, on les punit comme traîtres et renégats.. » (4). Une telle punition n’est rien d’autres que la désignation public, dans un premier temps, comme ennemi de la communauté, et par extrapolation comme hérétique et apostat de la religion. Et dans un deuxième temps, le pouvoir plotitico-religieux qui autoproclame une certaine légitimité communautaire procède à l’élimination pure et simple de cet élément gênant.

De ce point de vue, toute communauté se soumettant à l’ordre d’une oligarchie politico-religieuse adopte le même comportement totalitariste face à toute opinion ou expression d’opinion libre et pacifique. Dans de tel condition, l’opinion devient un délit passible de la peine capitale car assimilée, par certains, à la haute trahison. Et même après l’exécution ou la mort, le cadavre de la personne jugée ennemie ou hérétique sera sujet à un traitement de faveur ! Dans le cas de ladite « communauté musulmane », l’apostat « ne sera ni lavé, ni mis dans un linceul, ni donné au gens de sa nouvelle religion, car le faire signifie qu’on lui rend honneur alors qu’il n’en n’est pas digne. L’apostat sera jeté dans une fosse comme on jette un chien. Et s’il a un parent musulman, il serait préférable de le lui remettre pour le laver comme on lave une robe impure et l’enrouler dans un habit usé » (5).   

En effet, c’est ce genre de traitement maintenant une majorité d’intellectuels sous l’emprise de la peur qui leurs impose de garder le silence et de se consacrer à des sujets annexes et secondaires qui ne font que confirmer les pratiques autoritaristes des oligarchies politico-religieuses visant à effacer toute opposition légitime au nom de Dieu !

Ce climat de « phobies » n’est pas sans conséquences. Des « intellectuels » refusent toute mise en question de l’héritage religieux, car une telle aventure peut être perçue par les gardiens du temple et du palais présidentiel comme atteinte à la vérité officielle. Certains préfèrent se diminuer en dessous des ancêtres pour être reconnus, acceptés et entendus par la masse. D’autres se dissimulent en réformateurs critiques à l’égard des connaissances ancestrales, mais en réalité, ils pratiquent tout le contraire, ils disent ne pas pouvoir sortir dans leurs recherches et écrits des normes « immuables ! » reconnues par les « savants et les sciences islamiques ». Pour certain, cela se traduit par « la rigueur académique » que ces intellectuels observent minutieusement.

Mais toute fois, une autre lecture est aussi plausible : le fait de se définir fidèle aux cadres normatifs, tracés par les anciens et à ce qu’on désigne habituellement par « sciences islamiques », ne traduit-il pas une sorte de continuité non dérangeante là où il faut assumer la rupture ? La réforme ne commence-t-elle pas par l’évaluation, au premier abord, des normes ancestrales ? Lesdites « sciences islamiques », sont-elles « sciences » au sens propre du terme, c’est à dire un ensemble cohérant de connaissances concernant des phénomènes obéissant à des lois vérifiables ? Ou sont-elle tout simplement des compilations de pseudo connaissances, d’impressions et d’humeurs et qui n’obéissent à aucune loi si ce n’est la loi/passion des régimes politiques en place ?  

Car ce sont bien ces « sciences islamiques » qui ont engendré entre autres, la sanction d’apostasie et celle de la lapidation. Et se sont ces mêmes « sciences » aussi qui sont enseigné actuellement dans les universités de théologie, même en France, et qui représentent, en partie, l’assise théorique de « l’islam politique » et de ses variantes extrémistes et violentes.

En assumant cela, ces intellectuels ne jouent-ils pas le jeu des pouvoirs ? L’intellectuel ne devient-il pas asservi à la cause des religieux qui limitent, en amont, le champ de ses réflexions et des politiques qui répriment, en aval, tout dépassement des lignes rouges ? Quelle est donc la responsabilité de l’intellectuel dans ce cas là ?

Jean Mouttapa dans sa chronique se pose les questions suivantes : Qui empêche nos intellectuels musulmans de s’exprimer haut et fort en penseurs affranchis ? Qui leur défend de se dégager définitivement d’une prétendue solidarité communautaire comprise comme « réflexe, instinct, principe de survie et d’être » ? Qui les retient de s’élever contre une diabolisation délirante d’Israël, de calmer leurs refus que des jeunes dévoyés revendique l’islam comme arme contre la France et l’Occident, de faire l’analyse critique de l’idéologie de la victimisation ?…

Ces questions bien qu’elles soient engagées du côté du combat que mène Jean Mouttapa au quotidien comme militant de l’interreligieux et surtout du rapprochement entre « juifs » et « musulmans », elles restent tout de même secondaires par rapport à l’ensemble des interrogations prioritaires et fondamentales posaient à l’ensemble de l’intelligentsia contemporaine, et non pas seulement musulmane même si cette dernière est la plus concernée par ces questions. A commencer par la place de l’humain dans la société, la place de la religion, les libertés fondamentales, le vivre ensemble, la justice, la paix, l’environnement,…

Tant que les intellectuels ne dénoncent pas, par crainte d’être dénoncés et dévorés par ce monstre communautaire, ce qu’on a fait, et aussi ce qu’on est entrain de faire au nom de Dieu, le qualificatif même d’intellectuel serait à revoir. Je pense qu’il est temps que la supposée intelligentsia « musulmane » lève la tête enfin, pour s’exprimer librement sur tous les sujets qui rongent l’ère contemporaine en commençant, tout d’abord, par la remise en question de cette idéologie limitative des libertés individuelles qui se définit comme représentante de « l’islam ». Pour cela, il n’y a que la clarté dans les positions qui fera bouger les lignes. Toute forme de dissimulation, même partielle, ne fera que retarder les échéances d’une renaissance tant attendue de la pensée et des libertés, dans l’ensemble des pays soumis aux régimes politico-religieux, comme dans des pays laïques comme la France !

En effet, si la liberté se construit à chaque instant dans la douleur et dans la lutte,  les atteintes aux libertés au nom de Dieu, elles aussi, ne cessent de gagner du terrain et elles s’enracinent simultanément davantage, dans le paysage religieux « musulman », avec subtilité et arrivisme à outrance ! De ce point de vue, tout intellectuel qui se respecte se doit de faire en sorte que les acquis en matière de libertés individuelles, ne soient pas bafoués et mise en danger par  ce monstre qu’on désigne sous l’expression du « qu’en dira-t-on communautaire? ». 

Notes : 

(1)- Le Monde des Religions, n° 15, Janvier Février 2006.

(2)- Jean Mouttapa, chrétien engagé dans le dialogue interreligieux, est écrivain et éditeur. Auteur de Un arabe face à Auschwitz (Albain Michel – 2004)

(3)- Amin MAALOUF écrivain libanais résident en France depuis 1976. Romancier, essayiste et historien reconnu. Il était également journaliste. Il est l’auteur des Croisades vues par les arabes (1983), Samaracande (1988), les identités meurtrières (1998)…

(4)- Amin MAALOUF, Les identités meurtrières, Grasset, Paris 1998, p 39.

(5)- Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh, Cimetière musulman en occident, L’Harmattan, Paris 2002, p 62.

  







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