Banlieues, un défi pour la non-violence (2)

5 04 2007

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Oser prêcher la non-violence dans les mosquées
par Driss Mahdi 

 

3- Mosquées : expériences non-violentes 

 

Je vais vous présenter mes propres expériences non-violentes vécues depuis environ une dizaine d’années dans ce pays, avec parfois des confrontations dans de nombreuses mosquées, en banlieues et à Paris, avec au total certainement plusieurs milliers de musulmans.  J’aimerais bien ici cibler, parmi une dizaine, trois expériences dans trois mosquées distinctes : la mosquée de Clichy-sous-Bois, la mosquée de Saint-Ouen et celle de Lagny. Cela dure depuis quatre ans, grâce à la chance que j’ai de pouvoir continuer des études supérieures. Après un bac de mathématiques, j’ai suivi cette spécialité à la faculté des sciences d’Oujda, au Maroc. Là, j’ai observé l’importance des sciences humaines dans le changement non-violent social ; alors je me suis parallèlement inscrit à la faculté des sciences humaines dans le département des études islamiques. J’y ai obtenu une maîtrise, avec une recherche modeste sur les travaux du non-violent canadien musulman Khaliss Jalabi sur la violence et la non-violence dans la pensée islamique. Puis j’ai continué mes études supérieures à la faculté de Rabat dans la spécialité du dialogue des religions, avec un travail intitulé « Guerre et paix vues par les religions ». J’ai ensuite rejoint la faculté française pour continuer mes travaux et recherches sur la philosophie du principe de la non-violence au sein du département de philosophie de Paris VIII. Ce mélange d’études humbles de mathématiques, de religion et de philosophie, m’a donné un peu d’ouverture et la force d’oser entreprendre une délicate autocritique de ma propre culture marocaine et religieuse.

 4-  Conférences et prêches sur la non-violence dans la mosquée Billal à Clichy-sous-Bois  Mon expérience à Clichy-sous-Bois et à ses mosquées, notamment de Bilal – la plus grande de Clichy-sous-Bois -, a débuté il y a près de sept ans. Le président de la mosquée m’a ouvert les portes pour donner des conférences sur la non-violence, directement dans la salle de prière, juste avant la prière du coucher de soleil, là où il y a le plus grand nombre de fidèles qui rejoint la mosquée. J’ai commencé à donner des conférences d’une demi-heure tous les jours, et j’ai prêché sur la non-violence pendant les assemblées du vendredi en remplacement de l’imam, lors de ses absences et pendant toutes ses vacances. 

À ces occasions, j’ai profité de donner un grand nombre de conférences sur la non-violence et la stratégie de l’action non-violente, en utilisant la pensée islamique non-violente et mon butinage, tel une abeille, de la pensée philosophique occidentale, de l’Évangile, et surtout d’auteurs non-violents français : Jean-Marie Muller, Jacques Semelin, François Vaillant, et tant d’autres. Grâce à la revue Alternatives Non-Violentes, j’ai notamment pu continuer mes recherches, bénéficiant des apports de Bernard Quelquejeu, Alain Refalo, Élisabeth Maheu, Christian Delorme, François Marchand… Je me suis passionné pour Léon Tolstoï, Lanza Del Vasto, Éric Weil, Simone Weil, Emmanuel Levinas, René Girard, Paul Ricœur, et aussi les Américains Henry David Thoreau, Martin Luther King, César Chavez, Gene Sharp, et encore les Africains Nelson Mandela et le soudanais Mahmoud Tahah, le Dalaï Lama du Tibet et la prisonnière de Rangoun, Aung San Suu Kyi. Et comment ne pas citer parmi les musulmans Abdul Gaffar Khan, Jawad Saïd le syrien et Khalis Jalabi le canadien ? Puis constamment le grand Gandhi, présent d’une manière ou d’une autre parmi chacun de ces auteurs. 

Et sincèrement, si j’ai eu, après chaque conférence ou chaque prêche sur la non-violence, quelques discussions chaudes avec quelques jeunes, la plupart des fidèles ont accepté ces nouvelles idées, dont ils n’avaient jamais entendu parler comme ils me l’ont avoué. Ils m’ont demandé les références des livres sur lesquels je m’appuyais lors de mon discours. À titre d’exemple, lors de la toute récente guerre meurtrière au Liban, j’ai présenté à la mosquée de Clichy-sous-Bois et à celle de Lagny la stratégie de la résistance non-violente comme alternative à la résistance violente à partir de résumés du livre de Jean-Marie Muller La stratégie de l’action non-violente et des volumes de Gene Sharp The Methods of Non-violent action. La réaction a été magnifique ! 

En 2003, mon ami syrien non-violent Aboud Shagouri a été mis en prison pour deux ans et demi, accusé d’avoir consulté sur Internet des articles critiquant le régime totalitaire syrien. Des jeunes Clichois ont été les premiers à m’aider à récolter plus de 2500 signatures pour une pétition à travers laquelle nous déclarions notre soutien au prisonnier, maintenant libéré. 

Quand j’ai dû arrêter un temps mes conférences, à cause de mes examens à préparer, une fausse rumeur s’est propagée comme quoi Driss avait été exclu par des membres de l’association de la mosquée de Clichy-sous-Bois. Les jours suivants, des dizaines de jeunes sont venus me retrouver pour avoir la confirmation ou non de mon exclusion. Je les ai rassurés, pendant que certains me disaient qu’ils seraient aller brûler la mosquée si j’en avais été exclu ! Cela montre bien que ces jeunes sont prêts pour un travail non-violent en profondeur, et qu’ils sont capables également de ne pas seulement brûler les voitures mais aussi un lieu saint de la valeur de la mosquée qui leur appartient !

 

(A suivre !)


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2 réponses à “Banlieues, un défi pour la non-violence (2)”

  1. 29 12 2007
    abdelsamad (11:01:41) :

    slm halaykoum!! j etais un eleve de driss a l ecole arabe de la mosqué bilal. c etai le meilleur professeur que je n’ ai jamais eu!!!!Et par raison politique ou je ne sais qoi ,on decide d exclure un proffeseur savant!j insiste sur le mot savant car pour moi;( et pas que pour moi) driss etait savant!! bref come lme dit une expression arabe Lé Fét Mét(ce qui est passe est mort)
    slm halaykoum wa rahhmatoulah
    bonne contuniation!!

  2. 29 12 2007
    mlouizi (17:09:22) :

    Salam Abdelsamad,

    Merci de votre témoignage, cela fera certainement chaud au coeur à mon ami Idrisse.

    Sinon, je crois que « Lé Fét Mét » est une expression populaire qui veut mettre en valeur, entre autres, la capacité que l’on a à pardonner et à chercher d’autres alternatives non-violentes pour régler nos différends. Par contre, le passé devra rester toujours vivant en nous, justement, pour mieux comprendre ce qui a poussé les « responsables » de cette mosquée à se comporter de la sorte à l’encontre d’un homme pacifique mais déterminé.

    Merci encore une fois pour votre témoignage.

    Et Bonne année 2008.

    Fraternellement, Mohamed

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