L’importance du chat dans la méditation*

26062008

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Texte de Paulo COHELO

Lorsque j’ai écrit Veronika décide de mourir, un livre sur la folie, je me suis vu dans l’obligation de me demander quelle était la part de nos actes qui nous a été imposée par la nécessité, ou par l’absurdité. Pourquoi portons-nous une cravate ? Pourquoi la montre tourne-t-elle dans le « sens des heures » ? si nous vivons dans un système décimal, pourquoi le jour a-t-il vingt-quatre heures de soixante minutes ?

Le fait est que le nombre de règles auxquelles nous obéissons de nos jours n’ont aucun fondement. Pourtant, si nous désirons agir autrement, nous sommes considérés comme « fous » ou « immatures ».

En attendant, la société crée des systèmes qui, avec le temps, perdent leur raison d’être mais continuent d’imposer leurs règles. Une intéressante histoire japonaise illustre ce que je veux dire :

Un grand maître bouddhiste zen, responsable du monastère de Mayu Kagi, avait un chat, qui était sa vraie passion dans la vie. Ainsi, pendant les leçons de méditation, gardait-il le chat près de lui, afin de profiter le plus possible de sa compagnie.

Un matin, le maître, qui était assez vieux, fut trouvé mort. Le disciple qui avait le grade le plus élevé prit sa place.

« Qu’allons-nous faire du chat ? » demandèrent les autres moines.

En souvenir de son ancien instructeur, le nouveau maître décida de permettre que le chat continuât de fréquenter les leçons du bouddhisme zen.

Des disciples de monastères voisins, qui voyageaient beaucoup dans la région, découvrirent que dans l’un des temples les plus fameux du lieu, un chat prenait part aux méditations. L’histoire commença à se répandre.

Des années passèrent. Le chat mourut, mais les élèves des monastères étaient tellement habitués à sa présence qu’ils se débrouillèrent pour trouver un autre chat. Pendant ce temps, les autres temples introduisaient peu à peu les chats dans leurs méditations : ils croyaient que le chat était le vrai responsable de la célébrité et de la qualité de l’enseignement Mayu Kagi, et en oubliant que l’ancien maître était un excellent instructeur.

Une génération passa, et l’on vit apparaître des traités techniques sur l’importance du chat dans la méditation zen. Un professeur d’université développa une thèse – admise par la communauté académique – affirmant que le félin avait la capacité d’augmenter la concentration humaine et d’éliminer les énergies négatives.

Ainsi, durant un siècle, le chat fut considéré comme une partie essentielle de l’étude du bouddhisme zen dans cette région.

Et puis apparut un maître qui était allergique aux poils des animaux, et il décida d’éloigner le chat de ses pratiques quotidiennes avec les élèves.

Il eut une violente réaction de refus, mais le maître insista. Comme s’était un excellent instructeur, le rendement scolaire des élèves demeura le même malgré l’absence du chat.

Peu à peu, les monastères – toujours en quête d’idées nouvelles et lassés de devoir nourrir tant de chats – éliminèrent les animaux des leçons. Au bout de vingt ans, apparurent de nouvelles thèses révolutionnaires, portant des titres convaincants comme L’importance de la méditation sans le chat ou Equilibrer l’univers zen par le seul pouvoir de l’esprit, sans l’aide d’animaux.

Un autre siècle passa et le chat sortit totalement du rituel de la méditation zen dans la région. Mais il fallut deux cents ans pour que tout redevînt normal – personne ne s’était demandé, durant tout ce temps, pourquoi le chat se trouvait là.

Combien d’entre nous, dans la vie, osent se demander : pourquoi dois-je réagir de la sorte ? Jusqu’à quel point, dans nos actes, nous servons-nous de « chats » inutiles, que nous n’avons pas le courage d’éliminer, parce que l’on nous a dit que les « chats » étaient importants pour que tout fonctionne bien ?

Pourquoi, en cette dernière année du millénaire, ne cherchons-nous pas une manière d’agir différente ?

Note :

* Paulo COHELO, Comme le fleuve qui coule, Paris, Flammarion, 2006 : p.133-135 




Désacraliser l’œuvre des anciens

23062008

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Interview de Ghaleb Bencheikh* par Marc Semo

Qu’est-ce que le fondamentalisme dans l’islam ? 

C’est le retour à une supposée pratique des anciens, des pieux anciens – les fameux «salafs» -, réputés vertueux, nobles et valeureux. Pourtant, seul Dieu peut savoir s’ils étaient réellement pieux à ce point, car ils étaient des hommes et se comportaient comme tels, y compris en s’entre-déchirant après la mort du Prophète. Une certaine hagiographie les a pourtant toujours présentés comme des gens irréprochables et merveilleux. Ils étaient proches du Prophète et donc censés avoir pratiqué l’islam originel, avant qu’il n’ait connu sa corruption dans l’histoire. Le discours des fondamentalistes fait de ce retour à l’âge d’or, sur le plan éthique, la panacée de tous les problèmes auxquels sont confrontés les musulmans aujourd’hui. Ils font du Coran la seule source de droit et l’unique modèle de constitution fondant l’Etat islamique contemporain. Le fondateur des Frères musulmans, l’Egyptien Hassan al-Banna, fut le premier à le théoriser ainsi au milieu du XXe siècle. Ses continuateurs clament que Dieu ne se trompe jamais et qu’il suffit donc d’appliquer au pied de la lettre ce qu’il dit pour trouver le salut. Les plus intelligents se rendent bien compte qu’il est impossible d’appliquer dans le monde contemporain littéralement et intégralement tout le Coran, par exemple les sourates sur l’esclavage ou celles appelant à faire le pèlerinage de La Mecque à dos de chameau. Ils admettent donc qu’il faut interpréter le message dans un sens métaphorique, mais à condition de ne jamais sortir du cadre coranique.

Pourquoi le fondamentalisme a-t-il pris un tel essor ? 

Il faut replacer la question dans son contexte : au début du siècle dernier, après l’abolition du califat par Mustafa Kemal. Il n’y avait plus dès lors de «commandeur des croyants», d’autorité suprême pour l’islam. Cette mesure avait été saluée par nombre d’intellectuels musulmans se réclamant du renouveau et des réformes. Mais d’autres ont vécu la fin du califat comme un profond traumatisme s’ajoutant à tant d’autres défaites de l’islam face à l’Occident et à la modernité. D’où cette contre-réforme qui s’est exprimée au travers de mouvements fondamentalistes. Les combats pour la décolonisation, puis le douloureux réveil post-colonial et les échecs des indépendances, ont renforcé cette tentation du repli sur les certitudes d’un passé mythifié.

Et aujourd’hui ? 

De nombreux facteurs endogènes au monde islamique expliquent la montée du fondamentalisme : la faillite de l’école, le manque de liberté, des régimes à la légitimité plus que douteuse, un passé non assumé. Tout cela entraîne une terrible régression par rapport à ce que pouvaient être les débats intellectuels ou la vie quotidienne, il y a un demi-siècle, dans des villes comme Le Caire, Istanbul, Bagdad ou Kaboul. A ces problèmes internes s’ajoutent les réactions de nombreux musulmans à ce à ce qu’ils perçoivent comme le directoire du monde, c’est-à-dire un pouvoir mondial détenu par l’hyperpuissance américaine avec ses alliés «sionistes» et occidentaux. Quand ils y sont représentés c’est seulement par des larbins ou des «collabos». Ce directoire du monde contrôle l’ONU et impose sa conception des droits de l’homme et une justice à géométrie variable, dont les musulmans seraient toujours victimes. Mais face à la puissance nucléaire impie, les musulmans ont quelque chose d’encore plus formidable : leur foi, pour laquelle ils sont prêts à mourir. Voilà, en substance, les thèmes autour desquels tournent les diatribes des Ben Laden et consorts, mais aussi des islamistes radicaux en général, pour justifier leurs forfaitures.

Pourquoi l’islamisme a-t-il une influence croissante sur la jeunesse, notamment en Occident ? 

L’islam version islamiste offre aux jeunes tentés par le retour à la religion une commode identité de référence et surtout un espoir quand l’horizon est opaque tant au niveau social qu’économique. Le phénomène ne se limite pas à l’islam, et aussi bien chez les chrétiens que parmi les juifs, beaucoup espèrent trouver dans leur patrimoine religieux et spirituel des réponses aux sempiternelles questions qui nous hantent sur les origines, la mort ou le sens de la vie. Pour les jeunes musulmans s’ajoutent des problèmes spécifiques, tels que la vie dans des quartiers difficiles ou un sentiment d’être discriminés car ils se voient comme éternellement issus de l’immigration. Sur ce terreau fertile intervient alors le discours galvanisant, qui a naturellement beaucoup plus de succès que celui d’un «aimons-nous les uns les autres» ou que celui du questionnement.

En France, comment serait-il possible de limiter le phénomène ? 

Un des grands problèmes vient du fait que les imams ne sont pas formés à ce que j’appellerai avec un peu de provocation un islam «gallican». L’échec est autant celui des cadres musulmans eux-mêmes que celui de la République. Il faudrait des imams à la culture hybride, nourris d’un héritage assumé de Voltaire et de Rousseau et profondément ancrés dans la culture de l’islam et la théologie la plus fine. Cet islam gallican permettrait de s’affranchir de l’ombre tutélaire des pays jusqu’ici pourvoyeurs d’imams, tels que le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Turquie, l’Egypte ou l’Arabie Saoudite. On pourrait par exemple tenter une première expérience en créant une école de formation théologique avec les deniers publics dans les départements concordataires (1). Autrement, le risque est de devoir compter, directement ou indirectement, sur des financements étrangers. Mais celui qui finance à la fin dicte ses conditions. L’autre enjeu essentiel serait une réforme du Conseil français du culte musulman, qui devrait se transformer en une organisation plus souple et ouverte, à la manière de la Fédération protestante de France, car, dans la tradition islamique, il n’y a pas de structure cléricale, ce qui est une source de grands bonheurs, mais aussi d’inextricables problèmes.

Et sur le plan doctrinal ? 

Il est possible, en France comme dans les autres pays occidentaux, de mener à bien les recherches théologiques et théoriques que l’on ne peut pas faire à Téhéran ou à Riyad. La première des urgences est de désacraliser l’œuvre des anciens, leurs commentaires sur les commentaires des commentaires. Quel qu’ait pu être leur génie, ils ne peuvent engager tous les hommes pour l’éternité et nous vivons dans un temps différent du leur. Le second point est de réfléchir sur le Coran lui-même. Il y a ceux qui veulent y voir une fiction littéraire… C’est leur droit le plus absolu. Il y a ceux qui veulent y voir un appel au mystère et c’est aussi leur droit. Même dans ce cas, il n’y a aucune raison de ne pas le traiter comme tout autre texte sacré. Il est aujourd’hui difficile, voire impossible, de mener au sein de l’islam des débats sur des points qui ont été intensément discutés aux VIIIe ou IXe siècles, comme par exemple le fait de savoir si le Coran est incréé ou a été créé (2). Pendant des siècles, les théologiens ont discuté pour savoir comment interpréter «dans la main de Dieu» et s’il s’agit d’une main véritable… De même à propos de la «face de Dieu» : n’est-ce pas là de l’anthropomorphisme ? On imagine mal aujourd’hui l’intelligence, la hardiesse et le génie des théologiens et jurisconsultes musulmans des siècles passés.

Pourquoi aujourd’hui est-ce si difficile de discuter de telles choses ? 

Il y a effectivement un climat délétère, une terrible frilosité exacerbée depuis l’affaire des caricatures de Mahomet. On hésite à publier tout ce qui pourrait fâcher. Cela est navrant, mais beaucoup de choses sont actuellement publiées dans les pays anglo-saxons. Cette différence s’explique aussi par la sociologie de la communauté musulmane en France, avec une élite très réduite, une classe moyenne qui commence juste à s’affirmer et qui a surtout à cœur de réussir sa vie professionnelle, et une majorité de gens vivant dans l’ornière, pensant seulement à la survie.

Pourquoi les intellectuels et notables musulmans sont-ils souvent timorés pour condamner les attaques aux libertés menées par les islamistes ou même les attentats-suicides ? 

Il y a la peur de passer pour un traître à l’islam et à sa communauté. D’où ces discours récurrents : «Certes je condamne cet attentat, mais je ne dirai rien publiquement tant que les médias ne condamneront pas aussi les crimes de Bush et des Israéliens.» Mais il y a aussi la peur, celle d’avoir des problèmes, de subir des menaces physiques, mais surtout de se retrouver mis au ban. Le seul moyen de sortir de ce double piège est d’agir avant tout selon sa conscience et de considérer clairement comme répréhensible et condamnable ce qui est répréhensible et condamnable.

Faut-il aussi s’interroger sur ce qui, au cœur même du texte et de la tradition, peut inciter à la violence ? 

Il y a à l’évidence dans le Coran des passages de facture martiale et belliqueuse. Ils sont bien là. Cela ne sert à rien de tenter de faire comme s’ils n’existaient pas ou de relever que dans l’Ancien Testament il y en a plus ou de rappeler à raison que dans le Coran, il y a aussi des appels à rendre le bien pour le mal. Il faut bien sûr replacer de tels textes dans leur contexte, mais je crois qu’il faut aller au-delà et proclamer de façon solennelle, en se fondant sur l’autorité de grands théologiens, la désuétude et l’obsolescence des incidences ­sociopolitiques de ces parties du Coran. C’est un travail intellectuel profond et ­essentiel que de différencier dans le texte ce qui est principiel, métahistorique, de ce qui est simplement contextuel et circonstanciel.

Même problème pour le voile ? 

Si j’étais femme et musulmane, je ne le porterais pas, mais je respecte celles qui le portent, sans partager leur point de vue, car je suis attaché à la liberté. Mais je m’étonne toujours d’un tel choix. Quand je remonte dans l’histoire, je vois que c’était un roi assyrien qui a voulu distinguer les prostituées sacrées du temple des autres en leur faisant couvrir leurs cheveux. Ce signe a été repris par les femmes de haut rang dans le judaïsme antique, puis dans le christianisme. Le Coran s’inscrit dans cette continuité. Cela ne concernait d’abord que la famille du Prophète, puis les épouses des croyants, mais pas les femmes des basses castes. Nous sommes donc dans le contingent mais maintenant on retrouve le voile comme un uniforme combat de Dakar à Djakarta, en gommant toutes les différences culturelles.

Notes :

* Ghaleb Bencheikh, physicien et théologien, est notamment l’auteur de la Laïcité au regard du Coran (Presses de la Renaissance, 2005) et il anime l’émission Islam sur France 2.

(1) L’Alsace et une partie de la Lorraine, occupées après 1870, où les cultes présents (catholique, protestant, juif) sont encore pris en charge par l’Etat.

(2) Savoir si le Coran a été dicté directement par Dieu, qui l’a transmis au travers de Mahomet, ou s’il est seulement inspiré par Dieu.

Source :

Libération (www.liberation.fr): mardi 28 août 2007




Désacraliser les « sacrés livres »

17062008

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Par: Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH

Le problème avec l’évolution des normes et de la société provient de la conception qu’on a de la loi.

Il existe trois conceptions de la loi:

1) La conception démocratique de la loi: la loi est faite par le peuple pour le peuple. C’est la conception qui prévaut aujourd’hui chez les chrétiens. Elle provient du fait que Jésus n’était pas un législateur et n’a occupé aucune fonction étatique

2) La conception dictatoriale: un dictateur dicte une loi et l’impose, coupant la tête aux opposants. C’est le cas des lois de Staline.

3) La conception révélée de la loi: un « prophète » prétend recevoir une loi et l’impose, coupant la tête aux opposants. C’est la conception qui prévaut chez les juifs et chez les musulmans. Deux citations suffisent:

On lit dans la Bible:

« Tout ce que je vous ordonne, vous le garderez et le pratiquerez, sans y ajouter ni en retrancher » (Dt 13:1).

« Les choses révélées sont à nous et à nos fils pour toujours, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi » (Dt 29:28).

« C’est une loi perpétuelle pour vos descendants, où que vous habitiez » (Lv 23:14).

Invoquant ces versets, Maïmonide, le plus grand théologien et philosophe juif décédé au Caire en 1204, écrit: « C’est une notion clairement explicitée dans la loi que cette dernière reste d’obligation éternelle et dans les siècles des siècles, sans être sujette à subir aucune variation, retranchement, ni complément ». Celui qui prétendrait le contraire devrait être, selon Maïmonide, « mis à mort par strangulation ». Ce châtiment est prévu aussi à l’encontre de celui qui « abolit l’un quelconque des commandements que nous avons reçus par tradition orale », comme à l’encontre de celui qui en donne une interprétation différente de l’interprétation traditionnelle, même s’il produit un signe affirmant qu’il est un prophète envoyé par Dieu.

On lit dans le Coran:

« Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre sont des mécréants, […] des injustes, [...] des pervers » (Coran 5:44, 45, 47).

« Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s’est égaré certes, d’un égarement évident » (Coran 33:36).

« La seule parole des croyants, quand on les appelle vers Allah et Son messager, pour que celui-ci juge parmi eux, est: « Nous avons entendu et nous avons obéi » (Coran 24:51).

Le cheikh Al-Sha’rawi, personnalité religieuse et politique égyptienne, mort au Caire en 1998, professe pratiquement la même conception de la loi que son compatriote juif Maïmonide. Il explique que la révélation est venue trancher les questions sujettes à divergence, libérant ainsi l’homme de la peine de les résoudre par la discussion ou par des expériences répétitives épuisantes. Le musulman n’a pas à chercher en dehors de l’islam des solutions à ses problèmes, puisque l’islam offre des solutions éternelles et bonnes dans l’absolu. Il ajoute:

« Si j’étais le responsable de ce pays ou la personne chargée d’appliquer la loi de Dieu, je donnerais un délai d’une année à celui qui rejette l’islam, lui accordant le droit de dire qu’il n’est plus musulman. Alors je le dispenserais de l’application du droit musulman en le condamnant à mort en tant qu’apostat ».

J’estime que les pays arabes et musulmans ainsi qu’Israël ne connaîtront la démocratie que lorsqu’ils sépareront la religion de la loi, afin de remettre le pouvoir au peuple. Il faut à cet égard mettre l’Ancien Testament et le Coran au musée des vieilleries de l’histoire.

Et que faire avec le Nouveau Testament? Pour moi c’est un ouvrage comme tout autre ouvrage. Son avantage par rapport aux autres « sacrés livres » est qu’il n’est pas juridique et ne comporte qu’un nombre très limité de normes, comparé à l’Ancien Testament et au Coran.

Pour sortir du problème posé par l’Ancien Testament et le Coran, il faut commencer par les désacraliser, en les considérant comme des oeuvres humaines. Pour cela il faut redéfinir la révélation. Celle-ci n’est pas la parole de Dieu à l’homme, mais une parole de l’homme sur Dieu, avec tout ce que cette parole humaine comporte comme imperfections et faiblesses.

Source :

http://www.sami-aldeeb.com/articles/view.php?id=279




Noam Chomsky : reflexion sur la Démocratie

6062008

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Tempête artificielle autour de l’annulation d’un mariage

3062008

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Par Jean-Pierre ROSENCZVEIG

(Président du tribunal pour enfants de Bobigny)

Rarement une décision de justice aura fait contre elle une telle unanimité que ce jugement du TGI de Lille annulant un mariage à la demande du mari qui avait découvert lors de la nuit de noce que son épousée n’avait pas la virginité à laquelle il s’attendait. L’époux se plaignait de la tromperie sur une qualité essentielle de celle qui était devenue sa femme.

Les instances en annulation de mariage sont rares (600 environ pour 230 000 mariages par an) et de mémoire de juriste on ne trouve pas de décision équivalente à celle de Lille.

Des égéries du droit des droits des femmes ont démarré au quart de tour à l’image d’Elizabeth Badinter qui s’offusque  de ce que la virginité des femmes puisse encore être une référence et qui sans craindre l’emphase et l’excès déclare avoir «  honte de la justice française ». La secrétaire d’Etat aux droits des femmes affirme avoir été révulsée toute la journée par cette décision. Fadila Amara secrétaire d’Etat à la politique de la ville et ancienne présidente de « Ni putes, ni soumises » n’est pas la dernière à manifester son indignation, Sihem Habchi actuelle présidente de l’association affirmant pour sa part que cette décision équivaut à « une véritable fatwa contre la liberté des femmes «  (sic). Pour le conseiller juridique de l’Elysée – Dominique Paillé – si on tient la décision pour légale il faut changer la loi au plus vite. A gauche comme à droite  le discours public commun est de s’offusquer contre cette décision considérée comme une décision rétrograde qui ramènerait les femmes à devoir venir vierges au mariage.

La seule voix divergente est celle de la garde de sceaux Rachida Dati, interpellée sur la légalité de cette décision de justice et invitée à la combattre. On invite la Chancellerie à faire appel ou à engager un recours dans l’intérêt de la loi devant la Cour de Cassation. En l’état elle s’y refuse.

Et bien évidemment, cette voix dissonante cristallise elle-même la critique voire entraîne dans les médias des attaques indignes et choquantes tirées de l’histoire personnelle de la ministre.

Il est évident que le fait que la mariée ne soit plus vierge, pas plus que celui que le marié ait eu des relations sexuelles avant mariage, ne saurait être au XXI° siècle un argument pour annuler un mariage. On aurait même tendance à penser qu’il est souhaitable que les deux époux aient pu avoir une vie riche et pleine avant se marier, de se poser, de s’engager solennellement avec la femme ou l’homme de leur vie. On ne doit pas oublier qu’avec l’allongement de la durée de la vie ils peuvent sans trop de difficultés atteindre les noces d’or dès lors qu’ils franchissent le cas fatidique des 5 ans et quart de mariage période où se cristallisent un maximum de crises conjugales débouchant sur le divorce.

Il est tout aussi évident qu’on ne doit pas négliger que pour une partie de la population – y compris de jeunes filles – la donne machiste reste forte : pour ceux là il faut que les femmes arrivent vierges au mariage. On sait même que certains ” vendent”  – 8000 euros pour le dernier chiffre que  j’ai repéré dans mon cabinet – cette virginité. Tout cela est suranné, condamnable, complètement en opposition avec l’idée des droits humains universels. Chaque femme, chaque homme doit être libre de sa vie affective et sexuelle et doit pouvoir se marier ou pas.

On sait la pression qui pèse sur certaines jeunes filles qui  ne peuvent pas assumer devant leur famille de n’être plus vierges et d’avoir eu des relations sexuelles hors ou avant mariage. Des officines fleurissent en France comme à l’étranger pour reconstituer des hymens afin de pouvoir retrouver place dans la communauté ou ne pas la perdre !

Comment ne pas être choqué de cette pression communautaire ? Et il serait hâtif de ne viser qu’une communauté… On sait que certains médecins sont régulièrement sollicités pour délivrer des certificats de virginité notamment dans des milieux catholiques ou musulmans.  Comment ne pas être indigné de constater que bien évidemment ce sont d’abord  sinon essentiellement les femmes qui subissent cette pression ? Pour les hommes on continue à  penser que c’est plutôt un bon point qu’ils aient vécu avant le mariage.

On doit entendre ces sensibilités qu’on ne partage pas, on doit les combattre. Et la loi a consacré certaines avancées  dans le champ privé comme celle qui veut qu’un époux puisse être poursuivi pour viol s’il abuse de sa femme. Le droit général d’entretenir des relations sexuelles ne soulage pas de l’obligation de demander une autorisation ponctuelle !

Mais dans cette affaire la désinformation est majeure. Ainsi comment titrer “un mariage cassé pour faute de chasteté” (Métro 30 mai 2008)?

La question posée aux juges lillois n’était pas celle de la virginité au mariage ou celle de la chasteté avant la mariage, mais celle de savoir, pour annuler un mariage, si la mariée avait trompé son époux sur un élément essentiel.

Le mari l’affirme, la jeune femme l’admet.

C’est ce mensonge qui veut annulation du mariage qui rappelons-le est un contrat, certes encadré par la loi (avoir 18 ans sauf dispense du procureur, donner personnellement son consentement, être de sexes différents, etc.), mais est bien d’abord une convention entre un  homme et une femme qui désirent unir leur vie.

Pour des raisons qui sont les siennes l’époux voulait s’unir à une femme n’ayant jamais connu bibliquement d’autres hommes (ah le mythe de la virginité !) et, on le suppose, à une femme appelée à ne point en connaître d’autres hommes dans le temps du mariage. C’est un projet de vie comme un autre. Certaines veulent des enfants ou refusent d’en avoir.

Après tout la femme aurait pu avoir également une telle exigence et avancer le souci d’être la seule femme de son homme.

On pourrait imaginer à l’inverse un homme qui souhaiterait une femme expérimentée pour ne pas supporter l’inexpérience!

L’épouse n’ignorait pas les attentes de son futur ; elle devait savoir que c’était essentiel pour lui au point de ne pas lui dire la vérité de face quitte à assumer une rupture. Elle admet devant les juges avoir trompé sur ce point son époux. Avait-elle été forcée à se marier ?

De la même manière un mariage aurait encouru l’annulation si la femme soucieuse d’avoir des enfants et qui ne l’avait pas caché à son futur apprenait que, se sachant stérile, son époux lui avait caché cette donnée essentielle.

Les juges ont déjà annulé un mariage dans un cas où un conjoint avait caché qu’il avait déjà été marié ou un autre qu’il avait été condamné dans une affaire de droit commun ; dans d’autres cas on a retenu que l’un des conjoint avait trompé l’autre sur sa nationalité ou sur son aptitude à avoir des relations sexuelles normales.

En droit – article 180 du code civil -  on parle de « qualité essentielle de la personne», mais chacun aura compris qu’en l’espèce, peu importe pourquoi, référence religieuse ou autre, les deux époux s’étaient accordés sur un point, l’un trompant sciemment l’autre sur ce sujet.

Certains jettent des cris d’orfraie en prétendant que la virginité ne peut pas faire l’objet de convention. J’avoue pour le coup ne pas comprendre. On est dans le strict registre privé.

Des futurs époux y attachent un intérêt; d’autres pas. La société n’a pas à intervenir sur ce terrain. Et en l’espèce elle n’intervient pas sur ce sujet, mais sur le mensonge au moment de conclure ce contrat fondamental pour la vie de chacun qu’est le mariage, pour ses conséquences et sachant qu’on n’en sort quand même pas aisément.

Etant observé que si l’un – en l’espèce Madame – ne peut pas assumer sa vie passée face à celui avec lequel elle entend s’unir et si celui-ci attache une importance à ce point à ce sujet, l’union est mal embarquée. Si ce n’est pas une annulation de mariage, c’est un divorce qui se profile. A moins qu’on n’oblige (comment ?) les époux à rester mariés et vivre ensemble ?

La ministre de la justice a donc raison de se positionner comme elle  l’a fait sur la question de principe qui était posée.

Beaucoup  sont allés un peu vite en commentaires avec des propos incendiaires et démesurés. On est dans un procès privé, entre personnes douées de discernement, d’une trentaine d’années si  je ne m’abuse pour le mari, une vingtaine pour l’épouse. Cette dame, dans un premier temps, a sûrement pensé que son mari ne réagirait pas comme il l’a fait en constatant qu’elle n’était pas vierge ; apparemment elle n’a pas réussi à le convaincre de passer outre. Peut-être en fin de compte l’a-t-elle échappé belle de ne pas rester mariée à un homme à ce point attaché à de telles valeurs machistes !

De là à crier au retour de l’obscurantisme il y a un plus qu’un pas. J’aimerais savoir ce que font tous ceux qui vilipendent cette décision pour aider au quotidien les femmes de France encore prisonnières des pressions qui pèsent sur elles et pour faire entendre aux hommes qu’une femme n’est pas un objet d’appropriation.

On a hâte de voir une femme engager un procès pour annulation de mariage en excipant que son conjoint n’est pas à l’égal de ce que qu’il lui avait laissé miroiter. Un tel procès rééquilibrera peut être les plateaux de la balance.

En tous cas la décision de Lille me semble juridiquement imparable si l’on s’attache seulement aux dires des principaux concernés. On est dans un procès civil où l’ordre public n’est pas troublé. Il faut s’attacher à ce qui aux yeux des intéressés est essentiel  et surtout au fait que l’un a tenté de tromper l’autre sur une question essentielle aux yeux de chacun et de nature à rendre la vie commune impossible.

Il n’y a pas matière à changer la loi sur l’annulation du mariage. Il n’y a pas régression du statut des femmes. On ne peut pas parler de répudiation. Peut être même, comme l’avance la ministre de la justice, certaines femmes mariées contre leur gré trouveront là matière à se libérer.

Reste qu’une question qui me tarabuste : si sur tous les sujets de société qui émergent les termes sont autant pipés, comment parviendront nous à y apporter de vraies et bonnes réponses ?

Source :

http://jprosen.blog.lemonde.fr







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