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Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (fin)

21112008

Par Mohamed LOUIZI

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Conclusion

Cette personnalité créative qu’était Abou Hourayra n’était vraiment pas du genre ordinaire. Il n’envisageait pas de partir sans laisser des empruntes gravées dans les mémoires respectives de plusieurs générations.En donnant ainsi l’exemple que rien n’est impossible pour réaliser sa « Légende personnelle »(1) ou comme disait le vieux roi dans L’Alchimiste  de Paulo Coelho : «Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir » !(2)  Abou Hourayra en est l’exemple à méditer … très attentivement !

Né dans la misère, il mourut dans l’aisance.

Inconnu de presque de tous, il reconquit une  célébrité remarquable.

Analphabète durant toute sa vie, son surnom – scandé dans les mosquées des quatre coins du monde – inonde, quatorze siècles plus tard, les manuels scolaires des pays arabomusulmans, la littérature religieuse et les sites Internet.

Sans qualification aucune lui permettant d’approcher les sphères closes du pouvoir, il devint la colonne vertébrale de ce même pouvoir et de ses héritiers.

A la marge d’un texte qui stimule la raison, il réussit à injecter une forte dose d’une superstition qui aliment la déraison.

Au sein même d’une religion qui prône l’abolition du tribalisme, il instaura le Quraychisme(3)  bédouin comme «le » modèle original et originel à reproduire, de manière permanente, dans tous les domaines de la vie, pour rester prétendument fidèle à une illusion de tradition prophétique…

Peut-on parler des fruits du hasard dans tout ceci ? Je ne le pense pas. Car Abou Hourayra fut un personnage qui a su naviguer dans le sens des courants politiques favorables.

Il a su entre autres : gérer son génie créateur ; trouver au fond de lui-même une aptitude relativement singulière pour rendre sa vie utile ; profiter intelligemment des événements douloureux qui ont marqué son époque pour en tirer bénéfice et en sortir indemne ; s’attribuer toute liberté de pensée et d’expression même mensongère en proposant ses services juste à temps au politique ; et par-dessus tout, il a réussi l’accès à l’immortalité théologique, en pariant sur le cheval (le régime) gagnant.

En effet, ses Hadiths ont été retranscrits sous la couverture même des Omeyyades, pendant les trois années du règne de Omar Ibn Abdelaziz(4) qui avait recommandé – environ un siècle après la mort du prophète – de collecter les Hadiths dans des recueils, y compris ceux de Abou Hourayra, pour que ladite sunna ou tradition du prophète ne soit aucunement en reste.

Un siècle après la mort de Omar Ibn Abdelaziz, ce qui veut dire deux siècles après la mort du prophète, ses Hadiths furent  authentifiés … encensés … embaumés … confits et quasiment « momifiés » par Al Boukhari et par Mouslim dans leurs recueils respectifs.

Depuis, il n’est donc plus question de les remettre en question … Le faire – surtout dans le cadre des monarchies théologiques sunnites ancestrales et assimilées – est synonyme d’une exposition volontaire à l’anathème et à la sanction de l’apostasie !

Critiquer les textes portant sa signature signifie renier l’islam  et donc trahir la religion que ces monarchies prétendent représenter et défendre. Puisque, le monarque, épaulé par le religieux de service,  se veut le porte-parole du divin et son bras armé sur Terre. 

Grâce à cette alliance abracadabrante, Abou Hourayra se voit attribuer au fil des années et des siècles, une immunité sans limites, engendrant automatiquement chez les disciples clonés un protectionnisme violent, empêchant les uns et les autres de se livrer par eux-mêmes à un quelconque travail introspectif. Et gare à ceux qui oseront outrepasser cette ligne rouge, tracée et gardée conjointement, par les pouvoirs politiques corrompus et par leurs mercenaires théologiques. 

La remise en question des Hadiths de Abou Hourayra, et de bien d’autres rapporteurs presque divinisés, implique l’écroulement en avalanche de toute une religion basée sur ces Hadiths. Cela signifie aussi l’écroulement de tout ce que l’on a construit ,depuis le temps des ommeyyades, en se basant sur ces mêmes hadiths. En langage théologico-politique, cela veut dire la chute précipitée des régimes qui s’en réclame. Le risque semble être plus que certain donc il faut à tout prix sauver le soldat Abou Hourayra !

Cependant et malgré la limitation de vitesse dans cette zone religieuse à risque, il existe toujours des personnalités – non chiites – de renommée historique qui ont osé crever l’abcès au risque de se voir marginaliser ou même excommunier.

Certes, leurs travaux sont restés inconnus du grand public, même arabophone, car les régimes politiques en place et leur protectorat théologique en ont décidé ainsi. Et ce, par le contrôle des manuels scolaires … le contrôle des prêches hebdomadaires dans les mosquées … le contrôle des articles publiés dans la presse … le contrôle des sujets de thèses dans les universités …

Mais à présent, les choses ont beaucoup changé, fort heureusement, surtout avec l’explosion et la démocratisation relative du numérique et aussi avec la diminution progressive du contrôle  des censeurs de l’information historique et religieuse … grâce à l’effet Internet.

On découvre alors sans détour que Abou Hourayra n’était ni ce personnage exemplaire … ni cette mémoire prodigieuse à laquelle on a voulu nous faire croire !

Des contemporains, à l’image de nombreux anciens, l’ont contesté, critiqué et désapprouvé en démontrant consciencieusement son « mercenariat » théologique au service du pouvoir corrompu de Damas, ses liens suspects avec des conteurs hébreux et sa biographie controversée qui soulève tant de doutes et de suspicions. 

Citons, parmi ces anciens(5) : Aïcha femme du prophète, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb, Abou Hanifah An-Nouamane(6), Soufiane At-Thawri(7), Ibrahim An-Nakh’î(8), Ibn Katibah(9), Al A’amache(10), Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani(11), Ibn Al Athir(12), Abou Jafar Al Iskafi(13)… et bien d’autres encore…

Et parmi les contemporains – historiens, docteurs et écrivains de renommée – que l’on peut citer à titre non exhaustif : Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î(14), Mohamed Rachid Reda(15), Ahmed Amine(16), Taha Hussein(17), Mahmoud Abou Rayyah(18), Ahmed Sobhi Mansour(19), Moustapha Bouhandi(20), Zakaria Ozoune(21), Abderrazak Îde(22), Abdel Jawad Yassin(23)  

Quant à cette étude analytique, elle a rempli – peut-être ? – son devoir d’informer en faisant référence à tout ce patrimoine ancestral et à toutes ces études contemporaines. Et ce, dans le respect des règles d’investigation, en prenant en compte la pluralité des approches et en optant pleinement pour l’ouverture sur toute la littérature accessible, en relation avec la biographie de ce personnage et sans aucune sorte de considération idéologique, dogmatique ou politique.  

Après tout, libre au lecteur, libre à lui de répondre ou non à l’invitation formulée tout au début de cette étude et que je réitère ici une nouvelle fois :

J’appelle à une insoumission totale et à une « désobéissance »(24) éthique, à tout pouvoir théologico-politique ou théologico-associatif se proclamant de cette religion dénaturée – celle des Hadiths entre autres – qui est née de ce mariage ancestral arrangé entre le théologique et le politique et qui porte les empreintes de l’absolutisme, du totalitarisme et de l’obscurantisme, dont les principaux inspirateurs sont Abou Hourayra, ses semblables et ses héritiers et tous ces théologiens de service que l’on connait à l’heure actuelle.

Il est temps que les consciences libres se réveillent enfin… !

Car des guerres sectaires et religieuses s’embrasent ; des enfants meurent ; des femmes sont contraintes à la soumission ; des civilisations millénaires se défont ; des populations se fragmentent en groupes ethnico-religieux guerroyants ; les inégalités se manifestent davantage ; la paupérisation des plus pauvres s’accentue ; les phobies en tous genres s’emparent de nouveau des cœurs ; les régressions diverses se font sentir ; l’inquisition est de retour ; … en grande partie, à cause de la soumission absolue et mentalement aveugle à cette religion dévoyée.

En attendant, je continuerai de rêver tant qu’il est encore Halal et non prohibé par des Hadiths de le faire !

Rêver en écrivant et écrire en rêvant du jour où le Seigneur ne sera plus pris en otage par les petits seigneurs d’ici bas…

Rêver du jour où la religion ne sera plus ni opium ni vitamine mais une approche rationnelle et authentique de la vie et de la mort …

Rêver du jour où la fraternité humaine sera consolidée, une bonne fois pour toutes, pour que nous, humains, puissions nous occuper collégialement enfin des défis majeurs et partagés : écologiques, civilisationnels, économiques… et qui menacent, si rien n’est fait, notre existence collective d’une fin absolument dramatique, scientifiquement prévisible et non pas mystérieusement invisible comme les signes de la fin des temps cités dans les Hadiths de Abou Hourayra !

Informer, inviter, rêver et faire rêver : voilà les quatre fins que je voulais atteindre par cette étude.

Merci à vous !

Notes :

1- Paulo Coelho, L’Alchimiste, Edition Anne Carrière, Paris, 1994, p.36

2- Ibid., p.81

3- Par Quraychisme, on désigne l’ensemble des mœurs et traditions culturelles bédouines de l’Arabie avant l’avènement du prophète Mohammad et après sa mort. Aujourd’hui, des courants salafistes appellent au retour à l’ensemble de ces mœurs et traditions qui, selon eux, font parti de la religion : la barbe, l’habillement Halal, la polygamie,… Tout comme les revendications des mouvements de l’islam politique et/ou de la représentativité  qui, au nom de l’idéologie dite du  Juste milieu – facette intégrable du salafisme –, tempèrent et modernisent leurs revendications « bédouines » dans la forme, sans pour autant penser le bien fondé de ces mêmes revendications : le voile, les carrés dit musulmans, l’abattage dit rituel, la gestion des lieux de cultes… Dans ces sphères, plus on se conforme à ce modèle bédouin mieux on est perçu et vice et versa. Plus on est détaché de la réalité réelle et attachée à une réalité passée plus on est proche de l’islam dit authentique. Le parfait et l’idéal, dans le cadre de ces courants de pensée, comme le dit Adonis(*), n’est pas un futur à construire mais au contraire, il est un passé à reproduire … à l’identique !       

(*) – Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006 (en arabe)

4- Huitième roi de la dynastie omeyyade entre 717 et 720. On le considère aussi comme le cinquième calife orthodoxe – bien guidé – vu son souci d’établir la justice sociale et de bien gérer les affaires de son Etat. 

5- Lire l’ensemble de ces prises de position dans les deux livres cités ci-dessus de Mahmoud Abou Rayyah.

6- Abou Hanifah An-Nouamane (699-767) ; jurisconsulte irakien et maître de l’école Hanafite.

7- Soufiane At-Thawri (719-783) ; spécialiste des Hadiths.

8- Ibrahim An-Nakh’î (672-718) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

9- Ibn Katibah juriste et homme de lettre du neuvième siècle, il qualifiait Abou Hourayra de « premier rapporteur soupçonné de l’histoire des Hadiths »

10- Al A’amache (709-750) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

11- Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani

12- Ibn Al Athir Al Jazri (1177-1252) historien et spécialiste des Hadits, auteur du livre Al Kamil Fi At-Tarikh (en arabe)

13- Abou Jafar Al Iskafi, moutazilite, il jugeait sévèrement Abou Hourayra en le qualifiant de « pas digne de confiance »

14- Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (1880-1937), littérateur, poète et écrivain égyptien célèbre. Auteur de : Wahyou Al Kalam, I’îjaz Al Coran, Al Balaghah An-Nabawiyah,…

15- Cf. ci-dessus

16- Ahmed Amine (1878-1954) littérateur, poète et écrivain égyptien, auteur de : Fajer Al Islam, Doha Al Islam,…

17- Taha Hussein (1889-1970), surnommé le doyen de la littérature arabe. Auteur de : Al Fitnah Al Korah, Al Ayyam, Fi Achi’r Al Jahiliy,…

18- Cf. ci-dessus

19- Ahmed Sobhi Mansour, égyptien, historien diplômé de l’université Al Azhar et ex-enseignant dans la même université. Réside actuellement aux Etats Unis d’Amériques. Auteur de plusieurs livres et articles remettant en cause les Hadiths, le sunnisme et les Frères Musulmans

(Cf. http://www.ahl-alquran.com)

20- Cf. ci-dessus

21- Zakaria Ozoune auteur de : Jinayate Al Boukhari, Jinayate Achafi’î, Jinayate Sibawayh…Pour sa critique à Abou Hourayra, lire le livre Jinayate Al Boukhari  (que l’on peut  traduire par « Crime de Al Boukhari »).

22- Abderrazak Îde, né en 1950 en Syrie, universitaire, auteur d’une vingtaine de livres. En 2003, il publia son livre Sadanat Hayakil Al Wahm qui analyse et critique la raison juridistes des supposés « savants » de l’islam en prenant l’exemple du discours du syrien Saïd Ramadan Al Bouti. Ensuite il publia un autre livre analysant le discours de Al Qaradawi.  

23- Abdel Jawad Yassin, né en Egypte en 1945. diplômé de la faculté du droit du Caire en 1976, ex-juge. Auteur de plusieurs essais politiques et constitutionnels.

24- J’entends par « désobéissance éthique» une attitude réfléchie, intentionnelle, individuelle et/ou collective, privée et/ou publique, pacifique, respectueuse des exigences de la civilité, ne visant pas à la provocation ou à la confrontation physique avec les pouvoirs en question ; mais au contraire à une prise de conscience collective – y compris celle des religieux et des politiques – des dégâts qu’engendrent depuis plusieurs siècles l’obéissance et la soumission absolue à ces textes – Hadiths – nocifs, rétrogrades et obscurantistes (cf. Annexes) !

Bibliographie

Abou Rayyah, Mahmoud, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994 (en arabe)

Abou Rayyah, Mahmoud, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957 (en arabe)

Ad-Dahbi, Chams Ad-Dîne, Siyar A’alâm An-Noubala’a, Dâr Al Ma’arifah, Beyrouth, 2007 (en arabe)

At-Tabari, Ibn Jarire, Tarikh At-Tabari, Dâr Al Hilal, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Bouhandi, Mustapha, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002 (en arabe)

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, Dâr Al Kotoub Al Ilmiyah, Beyrouth, 1997 (en arabe)

Îde, Abderrazzak, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Tamoudajane, Dâr At-Tali’a, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Khalid, Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001 (en français)

Ozoune, Zakaria, Jinayate Al Boukhari, Riad El-Rayyes Books, Beyrouth, 2004 (en arabe)

Yassine, Abd Al Jawad, As-Soltatou Fi’l Islam, Centre Culturel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Prochainement sur ce blog :

Un nouvel article contestant, preuve à l’appui, une manoeuvre scandaleuse des dirigeants de la mosquée de Villeneuve d’Ascq visant à falsifier l’histoire récente de la mosquée et d’effacer, à coup de retouches photographiques, une partie de sa mémoire en recourant à des méthodes digne du parti communiste russe des années 1920.

Cet article sera aussi l’occasion de s’arrêter, brièvement et à notre petite échelle, sur la question de la soumission de l’histoire à l’idéologie.

A suivre !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (11)

14112008

Par Mohamed LOUIZIservitudevolontaire.bmp

9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades ! (Suite)

 […] Des personnes refusaient de reconnaître le régime des Omeyyades et de lui prêter allégeance. D’ailleurs, l’une des causes directes de la bataille de Karbala était justement le refus de Al Hussein – le petit fils du prophète – de reconnaître la légitimité de Yazid Ibn Mouawiyah qui avait hérité du pouvoir de son père en installant une monarchie héréditaire à Damas à la place du califat à Médine dont le calife était désigné à l’issue d’une concertation, même limitée.

Abou Hourayra a accouru, bien avant cette bataille, à la rescousse de Mouawiyah en lui inventant des Hadiths appelant à l’obéissance et interdisant au nom de Dieu, toute révolte populaire.

Il diffusa ainsi un Hadith présenté telle une parole du prophète : « Quiconque m’obéit, obéit à Dieu; et quiconque me désobéit, désobéit à Dieu. Quiconque obéit au gouverneur [Mouawiyah], obéit à moi; et quiconque lui désobéit, désobéit à moi »(1).

En effet, la désobéissance au gouverneur pour une raison ou pour une autre, devient une désobéissance au prophète, et par extrapolation, elle devient une désobéissance à Dieu directement.

Le gouverneur est défini, dès lors, comme le représentant et le porte-parole de Dieu sur Terre. Eh oui, puisque dans un autre Hadith diffusé lui aussi par Abou Hourayra et présenté lui aussi comme parole prophétique, je cite : «Les fils d’Israël étaient gouvernés par les prophètes. Chaque fois qu’il en mourrait un, un autre lui succédait. Or nul prophète après moi. Il y aura après moi mes successeurs et ils seront nombreux». Les compagnons dirent : «Ô Messager de Dieu! Que nous ordonnes-tu de faire [avec eux]?» Il dit: «Soyez fidèles au premier d’entre eux à qui vous aurez fait acte d’allégeance puis donnez-leur ce qui leur revient de droit et demandez à Dieu ce qui vous revient à vous-mêmes. Dieu leur demandera compte des intérêts de leurs sujets»(2) ! Mouawiyah justifia ainsi sa légitimité de roi par ladite théorie du droit divin semblable à celle des monarchies chrétiennes médiévales.

A partir de ce moment, Mouawiyah n’eut plus aucun compte à rendre aux gens – ses sujets – puisque sa légitimité provenait directement de Dieu, à en croire ce hadith, et que sa gouvernance n’était qu’un heureux signe du destin céleste !

Les gens quant à eux, n’avaient pas à revendiquer un quelconque droit. Au contraire, ils devaient en plus s’acquitter des devoirs qui sont les leurs envers les élus du ciel : Mouawiyah et ses héritiers bénis, bien sûr. Et ce jusqu’au jour du jugement dernier !

Ce moment triste, le penseur Malek BENNABI le ressent comme une grande fracture dans l’histoire de la jeune communauté et montre ce que sera à présent la gestion de l’Islam qui, dès l’assassinat de Ali Ibn Abi Taleb, passe du sentiment spirituel à l’esprit politique.

Dans la préface d’un  texte de 1970 et intitulé « Vocation de l’Islam », BENNABI écrit : « La cité musulmane a été pervertie par les tyrans qui se sont emparés du pouvoir, après les quatre premiers califes. Le citoyen qui avait voix au chapitre dans tous les intérêts de la communauté, a fait place au « sujet » qui plie devant l’arbitraire et au courtisan qui le flatte. La chute de la cité musulmane a été la chute du musulman dépouillé désormais de sa mission de « faire le bien et de réprimer le mal ». Le ressort de sa conscience a été brisé et la société musulmane est entrée ainsi progressivement dans l’ère post-almohadienne où la colonisabilité appelait le colonialisme… »(3).

Mouawiyah était l’un des principaux instigateurs de cette chute brutale et prématurée, et Abou Hourayra, quant à lui, prenait les devants pour figurer non seulement parmi les sujets loyaux mais aussi, pour se servir du sentiment spirituel afin d’atteindre des finalités purement politiques.    

Lorsque des soulèvements populaires se déclaraient contre Mouawiyah et contre sa dynastie, Abou Hourayra était là aussi pour décourager les gens et pour neutraliser leurs actions légitimes, en diffusant des Hadiths conçus spécialement à cette fin.

Un jour, il attribua un récit prémonitoire au prophète – en oubliant au passage que le Coran rappelle à plusieurs reprises que le prophète ne pouvait informer du monde invisible ou des choses à venir autres que ce qui est écrit dans le Coran – dans lequel le prophète aurait présagé un futur proche désastreux et chaotique pour sa communauté : « Il y aura des séditions ! Durant lesquelles, celui qui restera assis sera meilleur que celui qui se mettra debout ! Celui qui se mettra debout sera meilleur que celui qui se mettra en marche ! Celui qui se mettra en marche sera meilleur que celui qui se mettra à courir ! Celui qui y participera sera anéanti à coup sûr ! Quiconque trouvera un refuge devra impérativement s’y rendre pour s’en préserver »(4).

Ce Hadith – qui dans l’apparence appelle au calme et à la pacification des esprits au moment des émeutes – a été, en effet, conçu pour maîtriser les révoltes contre la prise violente du pouvoir par Mouawiyah et par ses milices.

Abou Hourayra visait à pousser les gens à se soumettre à la dynastie de Damas, à anesthésier les consciences critiques et à faire avaler la pilule omeyyade aux plus grands nombres. Au fond, ce Hadith justifie, voire tolère et encourage, les violences du pouvoir et exige , en contre-partie, un comportement pacifique de la part des sujets.

Et bien que je sois, moi-même, acquis à cette idée ingénieuse de pacification des conflits et au principe de la non-violence comme choix éthique indispensable pour tout changement, je me refuse tout de même d’assimiler la non-violence à l’absence de la résistance pacifique, à la lâcheté intellectuelle, à la servitude volontaire aux pouvoirs corrompus et à l’acceptation du fait accompli.

D’ailleurs, l’absence de résistance est contre nature. Le corps qui ne résiste pas aux attaques externes est, par définition, un corps mort ou en phase terminale.

Résistance ne rime pas forcément avec violence. On peut et on doit, en effet, résister tous les jours contre toute sorte d’attaques mais sans pour autant user de la violence, quelle qu’elle soit, pour acquérir ses droits.

Ce même Hadith – pure coïncidence me dit-on – était utilisé par l’institution théologique Al Azhar en 1914 pour faire taire la voix des Égyptiens qui réclamaient simplement l’indépendance de l’Egypte et la fin de la colonisation anglaise(5).

Les cheikhs de Al Azhar, qui « dirigeaient » l’institution à cette époque, ont mis ladite sunna du prophète au service des lords britanniques colonisateurs en « haramisant » – en rendant illicite – toute lutte légitime et toutes manifestations populaires pour la liberté et pour l’indépendance. En revanche, si ce Hadith n’engendre pas, aujourd’hui comme hier, un effet d’« opium »(6) social, je me demande sérieusement à quoi il sert au juste ? 

Abou Hourayra ne s’arrêta pas à ce niveau et inventa d’autres Hadiths qui servaient à fortifier l’idéologie de la servitude et de l’obéissance au roi, prétendument l’élu du Ciel et le bien-aimé de Dieu. Il osait même affirmer que Dieu dit dans un Hadith – autre que le Coran ! – je cite : « Celui qui témoigne de l’hostilité envers l’un de mes serviteurs bien-aimés, je lui ai déclaré la guerre ! »(7).

Moralité à retenir : Mouawiyah étant considéré comme ce serviteur bien-aimé, point de désobéissance à son égard et à l’égard de sa dynastie si l’on voulait vraiment éviter et échapper à la colère du Seigneur !

Plus encore, en s’appuyant sur son interprétation du signe 59 de la sourate 4 du Coran, Abou Hourayra affirmait que l’obéissance aux gouverneurs et à ceux qui détiennent les pouvoirs est une obligation religieuse semblable à l’obéissance à Dieu et à son messager(8) !

Cette obéissance à caractère absolu et inaltérable, doit être de rigueur quelles que soient les circonstances et l’attitude politique et sociale du gouverneur. Il prétendait que le prophète disait : « S’engager en guerre ou conquête dans les rangs du prince est une obligation … que celui-ci soit juste et pieux ou qu’il soit injuste et dépravé ! »(9)… et j’en passe et des meilleurs !    

Enfin, la coutume veut que tout service de loyauté mérite salaire et récompense. Abou Hourayra, en raison des services loyaux et précieux qu’il a pu rendre à Mouawiyah et à sa dynastie, mais aussi à toutes les monarchies, a été généreusement récompensé.

Il quitta sa vie de misère en devenant du jour au lendemain : gouverneur et imam – pas de n’importe quelle ville – mais de Médine, résidant dans un palais qu’il lui fut offert par le régime de Damas, marié avec celle qui était auparavant son ancienne employeuse et propriétaire d’un grand terrain fertile reçu aussi comme apanage octroyé par le régime…

Et même après sa mort, sa famille ne perdit aucun de ses avantages économiques et sociaux. Au contraire, Mouawiyah avait demandait que l’on prenne soin de ses proches en répondant à tous leurs besoins.(10)

En bref, Abou Hourayra récolta, à tout point de vue, les fruits de son mercenariat théologique en faveur de la dynastie Omeyyade et aussi en faveur de toutes les monarchies ancestrales et héréditaires, absolues ou assimilées, passées ou présentes, que ce soit dans la péninsule arabe ou dans le reste du monde conquis et asservis depuis toujours au culte de Mouawiyah.

(A suivre …)

Notes :

1- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.374

2- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.404

3- Malek Bennabi, Vocation de l’Islam, édition ANEP, 2006, p. 11

4- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.361

5- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p. 252

6- « … La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple » expression de Karl Marx (1818-1883) dans Critique de la philosophie du droit de Hegel. Cette même analyse peut nous servir aujourd’hui pour décrire relativement bien cette religion – des Hadiths – voulant garder la population asservie au pouvoir politique à l’aide de laquelle on justifie l’absolutisme au nom de Dieu, on promet au gens le Paradis (ou bonheur futur) en contre partie de leur silence et de leur aliénation (ou malheur présent) ! De ce point de vue, la religion des Hadiths, surtout ceux à contenu politique, n’est en vérité qu’un opium théologiquement et politiquement très efficace !    

7- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.210

8- Cf. l’exégèse du signe coranique dans Fath Al Bari.

9- Abou Daoud, Sounane Abou Daoud, Source Internet – Site de la « Ministère des Affaires Islamiques, des Waqfs, de l’Appel et de l’Orientation » de l’Arabie Saoudite :

http://www.al-islam.com/arb/

10- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.261-265 




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (10)

7112008

Par Mohamed LOUIZI

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9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades ! (2)

[...] Abou Hourayra a bien su gérer son énergie créatrice dans ses Hadiths et ses contes. Il a bien réussi son numéro visant à intéresser Mouawiyah. Il s’est parfaitement distingué de la masse des compagnons restants, en prétendant être l’héritier exclusif du savoir prophétique, en s’attribuant des qualités exceptionnelles et une mémoire prodigieuse prétendument capable de conserver en l’état ce que toutes les autres avaient prétendument oublié !

Il y avait donc là de quoi séduire Mouawiyah, qui voyait certainement en lui l’homme idéal du régime pouvant lui façonner sur mesure des Hadiths qui légitimaient sa stratégie de coup d’Etat et ses intentions hégémoniques et autoritaires. Car même en étant probablement charismatique et issu de la noblesse mecquoise, Mouawiyah manquait cruellement d’assise théologique.

En effet, Mouawiyah s’est converti à l’islam non pas par adhésion mûrement consentie mais en capitulant, en l’absence d’autres alternatives militaires, le jour de la prise de la Mecque par le prophète en l’an 8 de l’hégire(1), et avec le secret espoir de garder ses avantages sociaux et économiques dans cette ville.

Il était parmi ceux que le prophète avait gracié et auxquels il a pardonné ce jour-là en dépit de leurs participations actives, durant les vingt dernières années précédentes, à des complots visant à assassiner le prophète ; à exterminer sa jeune communauté ; à torturer des femmes et des hommes et à mener des offensives militaires contre Médine.

Malgré son implication directe dans toutes ces bassesses, le prophète a fait envers lui et envers d’autres personnes, un acte de bonté venant du cœur en déclarant, je cite : « Il ne vous sera fait ce jour ni blâme ni reproche. Dieu vous pardonne, Il est le plus Miséricordieux des Miséricordieux. Allez ! Vous êtes libres ! »(2).

Quelques semaines après sa conversion, il s’est vu attribuer 100 chameaux et 40 onces d’argent du butin échu à la bataille de Hunayne(3). Depuis ce jour, Mouawiyah était considéré comme faisant partie de ceux dont les cœurs devaient être conquis davantage : Al Mouallafati Koloubouhoum(4) en arabe.

Ceux-là étaient des gens, bien qu’ils témoignaient manifestement de leur foi en paroles et en actes, dont le prophète craignait néanmoins que leurs cœurs soient encore fragiles et instables. Et il jugea donc nécessaire de leur donner une partie du butin et de la zakat  – aumône obligatoire purificatrice – pour affermir « par un don matériel une foi, qui s’étant plus ou moins déjà exprimée, restait néanmoins fragile »(5).

Cette pratique restera d’actualité jusqu’à la prise du pouvoir par le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab qui refusa lui, a contrario, de leur donner quoi que ce soit, puisque l’Etat n’avait plus besoin de leur soutien et qu’ils ne représentaient plus qu’une infime minorité négligeable.(6)

En plus, Mouawiyah était soupçonné, après sa conversion, de ne pas être digne de confiance, au sens politique du terme(7). Il était même suspecté de mener un complot avec d’autres pour affaiblir et renverser de l’intérieur le pouvoir à Médine, qui avait renversé auparavant le pouvoir de son père à la Mecque(8).

Il vit son rêve d’hériter un jour du statut de leader charismatique de la Mecque et donc des Arabes, après la mort de son père, se volatiliser du jour au lendemain. Rêve d’enfant qui put toutefois s’exhausser plus tard, en prenant la tête de la dynastie Omeyyade (661 – 750), à partir de l’année 661 l’ère chrétienne, 41 de l’hégire, année baptisé Année de la Jama’âh(9) … année du groupe ou de l’union  … et après qu’il se fut débarrassé de Ali Ibn Abi Taleb et poussé son fils Al Hassan à renoncer à toutes prétentions sur la gouvernance du califat !

Il était considéré aussi à cette même époque tel un élément à surveiller étroitement, quoiqu’il ait remplit – nous dit-on – quelques fonctions de secrétariat auprès du prophète pendant quelques mois. Information que confirment des historiens et infirmées par d’autres(10).

Il n’en était pas question pour lui, étant donnée sa conversion controversée, de prétendre à un quelconque mérite ni à une vertu acquise du vivant du prophète qui eussent pu le légitimer au plan religieux et dans son aptitude à devenir le calife. C’est à ce moment précis que Abou Hourayra se révéla très utile en proposant ses services et manifesta opportunément sa loyauté et son allégeance à Mouawiyah.

Abou Hourayra songea d’abord à faire l’éloge des Quraychites – des mecquois – puisque Mouawiyah en faisait partie ainsi que Ali. Une façon de séduire les deux et de préparer ainsi le terrain d’une éventuelle allégeance au gagnant !

Dans un Hadith, il rapporta que le prophète disait : « Pour ce rang [le pouvoir souverain ou califat], les Quraychites ont la suprématie sur tous les gens: leurs musulmans l’ont sur les musulmans et leurs polythéistes sur les polythéistes »(11), ceci se passe donc de tout autre commentaire !  

Ensuite, il diffusa, avec d’autres semblables, des Hadiths chantant élogieusement les mérites de la Syrie et de sa capitale Damas, qui représentait le fief de Mouawiyah et des Omeyyades.

Abou Hourayra prétendait que le prophète avait annoncé la dynastie royale de Damas. Selon lui, le prophète aurait dit : « Le Califat est à Médine. La monarchie serait en Syrie »(12) ! 

Dans un deuxième Hadith,  Il considéra Damas comme l’une des quatre villes du Paradis(13), à côté de la Mecque, de Médine et de Jérusalem. Quant à Sanaa, la capitale du Yémen, il l’a considérait selon ce même Hadith, comme l’une des villes de l’Enfer(14). Il ne garda manifestement que de très mauvais souvenirs de son pays natal le Yémen, synonyme pour lui de misère infernale, comparé aux délices syriennes !    

Il publia d’autres Hadiths chantant les vertus de Mouawiyah, ses talents, sa beauté et ses qualités extraordinaires. Il racontait qu’un jour le prophète aurait donné une flèche à Mouawiyah en lui disant : « Prends cette flèche – symbolisant peut être le pouvoir – jusqu’à ce que tu me trouveras au Paradis »(15)!

Il confirmait avoir entendu le prophète dire un jour : « Dieu a mis sa confiance en trois personnes pour protéger sa révélation : Moi [le prophète], l’ange Gabriel et Mouawiyah »(16) !

Un jour, Abou Hourayra fixa voluptueusement ses yeux sur une jolie fille nommée Aïcha fille de Talha en disant : «Louange à Dieu qui t’as embelli. Merci à tes parents qui t’ont bien nourri.  Par Dieu ! Je n’ai jamais vu de beauté pareille si ce n’est celle du visage de Mouawiyah quand il montait sur la tribune du prophète »(17).

En regardant d’un bon œil (!) cette jolie fille, Abou Hourayra semblait oublier, au passage, la recommandation coranique suivante : «Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards »(18) !

Se mettre au service de Mouawiyah, imposa de fait à Abou Hourayra de s’opposer automatiquement à Ali. Raison pour laquelle, il se mit à le discréditer publiquement et à alimenter les sermons de vendredi, contrôlés en grande partie par Mouawiyah, par des histoires décrivant le gendre du prophète tel un dépravé enfreignant la religion et ne méritant pas, de ce fait, d’être calife.

Abou Hourayra accompagna Mouawiyah, en l’an 41 de l’hégire, dans son voyage à Koufa en Irak, pour imposer à Al Hassan Ibn Ali de cesser toute revendication politique sur le califat. Au milieu de la mosquée de la ville, il s’agenouilla en tapant sur sa tête chauve pour attirer l’attention des gens. Ensuite, il leur adressa la parole en disant : « Ô Irakiens ! Vous prétendez que je mens sur le prophète et que je me brûle ainsi par le feu de Dieu. Par Dieu ! J’ai entendu le prophète dire : Chaque prophète a son sanctuaire. Le mien se situant à Médine, s’étend du mont Îre au mont Thawr. Quelqu’un qui le viole recevra la malédiction de Dieu, des anges et du monde entier. Par Dieu !  J’atteste que Ali Ibn Abi Taleb a profané ce lieu sacré »(19).

Abou Hourayra dont l’image assez controversée le devançait partout où il allait, à l’image des Irakiens qui le remettaient  déjà en cause, rajouta à son actif ce nouveau mensonge, essentiellement pour plaire à Mouawiyah qui encourageait ce type de Hadith visant à salir l’image et la mémoire de son adversaire Ali et de sa famille.

Il commit toutefois une petite erreur, du point de vue géographique, puisque le mont Thawr – là où le prophète et Abou Baker As-Seddik s’étaient cachés pendant leur voyage d’émigration vers Médine – se situe près de la Mecque et non pas au voisinage de Médine : il y a 450 km, entre les la Mecque et Médine, mais à beau mentir qui vient de loin, comme le dit le proverbe !

Quand Ali fut assassiné par les Kharijites(20), Mouawiyah, après avoir appris la nouvelle, se mit à rendre grâce à Dieu et à prier, en faisant six génuflexions, en milieu de matinée. Une prière nommée plus tard la prière de Ad-Doha par des jurisconsultes sunnites qui, en s’appuyant sur un Hadith d’Abou Hourayra, la considère comme faisant partie de la tradition prophétique à observer à titre surérogatoire.

Cela suppose que le prophète faisait cette prière et la recommandait à sa communauté. Mais en lisant, le recueil présumé authentique de Al Boukhari par exemple, on s’aperçoit que le prophète ne la faisait pas(21) :

Aïcha, sa femme, confirma dans un autre Hadith que le prophète n’avait jamais accompli cette prière !

Abdallah fils de Omar Ibn Al Khattab rajouta que son père, à l’image du prophète et du premier calife Abou Baker As-Seddik, ne l’observait pas non plus.

Comment ce fait-il que Abou Hourayra confirma, je cite : « Mon ami intime [le prophète] m’a conseillé d’observer durant toute ma vie trois choses : Jeûner trois jours par mois, faire la prière de Ad Doha et ne dormir qu’après avoir fait la prière de Al Witre (prière dont le nombre de génuflexions est impair) »(22) ??

Abou Hourayra a visiblement assuré la couverture religieuse à Mouawiyah en lui fournissant un Hadith qui faisait apparaître cette prière – inventée de toutes pièces par Mouawiyah – comme recommandation prophétique !

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, par souci de fidélité à la tradition (sunna) du prophète, se joignent inconsciemment, dans l’accomplissement de cette prière, à la joie de Mouawiyah, des siècles après l’assassinat de son adversaire Ali Ibn Abi Taleb !

On trouve ce même phénomène d’invention de textes à résonnance religieuse, pour atteindre des fins politiques, lorsque l’on cherche l’origine de certains actes cultuels considérés comme faisant partie de la tradition prophétique par les sunnites.

Un autre exemple révélateur, le jeûne du dixième jour du premier mois lunaire [Muharram], nommé Achoura. En effet, au moment où des sunnites, en se basant sur des Hadiths controversés, affirment que le prophète a recommandé fortement le jeûne de ce jour, d’autres disent que le jeûne du jour de Achoura commémore la joie des Omeyyades  après la décapitation de Al Hussein Ibn Ali Ibn Abi Taleb – le petit fils du prophète – lors de la bataille de Karbala le 10 octobre 680 de l’ère chrétienne correspondant ou 10 Muharram de l’année 60 de l’hégire, par l’armée de Yazid Ibn Mouawiyah :  le deuxième roi de la dynastie Omeyyade après la mort de son père(23).

A partir de ce moment douloureux pour les chiites, la machine théologique des Omeyyades a assuré une autre couverture théologique pour que les générations sunnites futures célèbrent inconsciemment ce massacre par le jeûne, et  pourquoi pas, par la fête !

Au Maroc à titre d’exemple – mon pays natal que je connais relativement bien – les parents achètent à leurs enfants, à cette occasion, des jouets ; les femmes mettent du henné ; les filles dansent ; les garçons font exploser des pétards et mettent le feu dans les pneus usés ; les familles se rassemblent pour fêter Achoura autour d’un couscous ; L’anniversaire d’un assassinat politique est devenu donc un moment de jeûne et de joie publique chez les sunnites. 

Au même moment où les chiites entretiennent le deuil en pleurant leur imam Al Hussein Ibn Ali de la manière la plus sanguinaire qu’elle soit, les sunnites quant à eux, célèbrent leur joie dans l’esprit d’une fête – une sorte de Noël ommeyyade – dont le sens exacte échappe à la majorité de ceux qui l’observent pieusement.

Abou Hourayra n’a visiblement pas joué un grand rôle dans cette affaire, puisqu’il est décédé avant cette bataille. Néanmoins, ses 800 fidèles élèves(24) ont su suivre ses pas et honorer sa mémoire en mettant le texte religieux au service du palais et en inventant d’autres textes justifiant les crimes de l’empereur lorsqu’une demande royale leur eut été exprimée !

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.189

2- Tariq Ramadan, op.cit., p.270

3- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.302

4- Ceux-là avaient un statut particulier à l’époque du prophète, ils faisaient parti des gens qui recevaient l’aumône : « Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de recueillir ces dons et de les répartir, à ceux dont les cœurs sont à gagner, au rachat des captifs, aux endettés insolvables, à ceux qui se consacrent à la cause de Dieu et aux voyageurs démunies… » Coran, 9, 60

5- Tariq Ramadan, op.cit., p.278

6- Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar, 1998, n°65, p.98

7- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.197-222

8- Ibid., p.223-224

9- Année de l’assassinat de Ali Ibn Abi Taleb par les Kharijites et de la renonce de son fils Al Hassan de toute prétention du droit à la gouvernance (califat).

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.222-225

11- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.414

Lire aussi :

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.318-345

12- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.267

13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.255

14- Ibid., p.255

15- Ibid., p.254

16- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.188

17- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.255

18- Coran, 24, 30

19- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.257

20- Kharijites représentaient la branche armée qui est née du refus de l’arbitrage entre Ali et Mouawiyah à l’issue de la bataille de Siffin. Cette bataille entre musulmans avait été meurtrière et Ali accepta l’idée d’un arbitrage pour arrêter le bain de sang. En principe, ils étaient partisans d’Ali, les kharidjites se sont retirés et ont condamné les deux camps. Ils ont reproché à Ali de s’être soumis à un arbitrage car « L’arbitrage n’appartient qu’à Dieu ». Cette formule vaut un autre néologisme au kharidjisme celui de la Muhakkima, ce qui désigne la communauté de ceux qui prononcent la formule « L’arbitrage n’appartient qu’à Dieu ». Selon eux, une fois accepté par Dieu, le calife Ali n’avait pas le droit de se laisser remettre en question par des humains : Mouawiyah et ses alliés. Le clan rebelle était, du point de vue kharijite, celui de Mouawiyah qui aurait dû s’incliner devant Ali. Alors que son intention était de se diriger vers la Syrie pour combattre de nouveau Mouawiyah, Ali a du combattre les kharijites à Nahrawân  près de la ville de Bagdad actuelle en 658. Les kharijites furent mis en déroute, et beaucoup furent tués, mais après cette victoire son armée refusa de repartir au combat contre Mouawiyah. Ali retourna donc à Koufa. Trois ans plus tard des kharijites organisèrent le triple meurtre des protagonistes de cet arbitrage. Mouawiyah à Damas, Ali à Koufa et l’arbitre du conflit Amr Ibn Al Asse en Egypte. Les trois devaient être assassinés le même jour. Ali est mort en succombant de ses blessures, Mouawiyah fut blessé et survécut et Amr échappa complètement à l’attentat. (Source : Wikipédia)

21- Al Boukhari, op.cit., Vol.1, p.283-284

22- Ibid., p.284

23- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.190-198

24- Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a (source Internet)







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