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Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (10)

7112008

Par Mohamed LOUIZI

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9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades ! (2)

[...] Abou Hourayra a bien su gérer son énergie créatrice dans ses Hadiths et ses contes. Il a bien réussi son numéro visant à intéresser Mouawiyah. Il s’est parfaitement distingué de la masse des compagnons restants, en prétendant être l’héritier exclusif du savoir prophétique, en s’attribuant des qualités exceptionnelles et une mémoire prodigieuse prétendument capable de conserver en l’état ce que toutes les autres avaient prétendument oublié !

Il y avait donc là de quoi séduire Mouawiyah, qui voyait certainement en lui l’homme idéal du régime pouvant lui façonner sur mesure des Hadiths qui légitimaient sa stratégie de coup d’Etat et ses intentions hégémoniques et autoritaires. Car même en étant probablement charismatique et issu de la noblesse mecquoise, Mouawiyah manquait cruellement d’assise théologique.

En effet, Mouawiyah s’est converti à l’islam non pas par adhésion mûrement consentie mais en capitulant, en l’absence d’autres alternatives militaires, le jour de la prise de la Mecque par le prophète en l’an 8 de l’hégire(1), et avec le secret espoir de garder ses avantages sociaux et économiques dans cette ville.

Il était parmi ceux que le prophète avait gracié et auxquels il a pardonné ce jour-là en dépit de leurs participations actives, durant les vingt dernières années précédentes, à des complots visant à assassiner le prophète ; à exterminer sa jeune communauté ; à torturer des femmes et des hommes et à mener des offensives militaires contre Médine.

Malgré son implication directe dans toutes ces bassesses, le prophète a fait envers lui et envers d’autres personnes, un acte de bonté venant du cœur en déclarant, je cite : « Il ne vous sera fait ce jour ni blâme ni reproche. Dieu vous pardonne, Il est le plus Miséricordieux des Miséricordieux. Allez ! Vous êtes libres ! »(2).

Quelques semaines après sa conversion, il s’est vu attribuer 100 chameaux et 40 onces d’argent du butin échu à la bataille de Hunayne(3). Depuis ce jour, Mouawiyah était considéré comme faisant partie de ceux dont les cœurs devaient être conquis davantage : Al Mouallafati Koloubouhoum(4) en arabe.

Ceux-là étaient des gens, bien qu’ils témoignaient manifestement de leur foi en paroles et en actes, dont le prophète craignait néanmoins que leurs cœurs soient encore fragiles et instables. Et il jugea donc nécessaire de leur donner une partie du butin et de la zakat  – aumône obligatoire purificatrice – pour affermir « par un don matériel une foi, qui s’étant plus ou moins déjà exprimée, restait néanmoins fragile »(5).

Cette pratique restera d’actualité jusqu’à la prise du pouvoir par le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab qui refusa lui, a contrario, de leur donner quoi que ce soit, puisque l’Etat n’avait plus besoin de leur soutien et qu’ils ne représentaient plus qu’une infime minorité négligeable.(6)

En plus, Mouawiyah était soupçonné, après sa conversion, de ne pas être digne de confiance, au sens politique du terme(7). Il était même suspecté de mener un complot avec d’autres pour affaiblir et renverser de l’intérieur le pouvoir à Médine, qui avait renversé auparavant le pouvoir de son père à la Mecque(8).

Il vit son rêve d’hériter un jour du statut de leader charismatique de la Mecque et donc des Arabes, après la mort de son père, se volatiliser du jour au lendemain. Rêve d’enfant qui put toutefois s’exhausser plus tard, en prenant la tête de la dynastie Omeyyade (661 – 750), à partir de l’année 661 l’ère chrétienne, 41 de l’hégire, année baptisé Année de la Jama’âh(9) … année du groupe ou de l’union  … et après qu’il se fut débarrassé de Ali Ibn Abi Taleb et poussé son fils Al Hassan à renoncer à toutes prétentions sur la gouvernance du califat !

Il était considéré aussi à cette même époque tel un élément à surveiller étroitement, quoiqu’il ait remplit – nous dit-on – quelques fonctions de secrétariat auprès du prophète pendant quelques mois. Information que confirment des historiens et infirmées par d’autres(10).

Il n’en était pas question pour lui, étant donnée sa conversion controversée, de prétendre à un quelconque mérite ni à une vertu acquise du vivant du prophète qui eussent pu le légitimer au plan religieux et dans son aptitude à devenir le calife. C’est à ce moment précis que Abou Hourayra se révéla très utile en proposant ses services et manifesta opportunément sa loyauté et son allégeance à Mouawiyah.

Abou Hourayra songea d’abord à faire l’éloge des Quraychites – des mecquois – puisque Mouawiyah en faisait partie ainsi que Ali. Une façon de séduire les deux et de préparer ainsi le terrain d’une éventuelle allégeance au gagnant !

Dans un Hadith, il rapporta que le prophète disait : « Pour ce rang [le pouvoir souverain ou califat], les Quraychites ont la suprématie sur tous les gens: leurs musulmans l’ont sur les musulmans et leurs polythéistes sur les polythéistes »(11), ceci se passe donc de tout autre commentaire !  

Ensuite, il diffusa, avec d’autres semblables, des Hadiths chantant élogieusement les mérites de la Syrie et de sa capitale Damas, qui représentait le fief de Mouawiyah et des Omeyyades.

Abou Hourayra prétendait que le prophète avait annoncé la dynastie royale de Damas. Selon lui, le prophète aurait dit : « Le Califat est à Médine. La monarchie serait en Syrie »(12) ! 

Dans un deuxième Hadith,  Il considéra Damas comme l’une des quatre villes du Paradis(13), à côté de la Mecque, de Médine et de Jérusalem. Quant à Sanaa, la capitale du Yémen, il l’a considérait selon ce même Hadith, comme l’une des villes de l’Enfer(14). Il ne garda manifestement que de très mauvais souvenirs de son pays natal le Yémen, synonyme pour lui de misère infernale, comparé aux délices syriennes !    

Il publia d’autres Hadiths chantant les vertus de Mouawiyah, ses talents, sa beauté et ses qualités extraordinaires. Il racontait qu’un jour le prophète aurait donné une flèche à Mouawiyah en lui disant : « Prends cette flèche – symbolisant peut être le pouvoir – jusqu’à ce que tu me trouveras au Paradis »(15)!

Il confirmait avoir entendu le prophète dire un jour : « Dieu a mis sa confiance en trois personnes pour protéger sa révélation : Moi [le prophète], l’ange Gabriel et Mouawiyah »(16) !

Un jour, Abou Hourayra fixa voluptueusement ses yeux sur une jolie fille nommée Aïcha fille de Talha en disant : «Louange à Dieu qui t’as embelli. Merci à tes parents qui t’ont bien nourri.  Par Dieu ! Je n’ai jamais vu de beauté pareille si ce n’est celle du visage de Mouawiyah quand il montait sur la tribune du prophète »(17).

En regardant d’un bon œil (!) cette jolie fille, Abou Hourayra semblait oublier, au passage, la recommandation coranique suivante : «Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards »(18) !

Se mettre au service de Mouawiyah, imposa de fait à Abou Hourayra de s’opposer automatiquement à Ali. Raison pour laquelle, il se mit à le discréditer publiquement et à alimenter les sermons de vendredi, contrôlés en grande partie par Mouawiyah, par des histoires décrivant le gendre du prophète tel un dépravé enfreignant la religion et ne méritant pas, de ce fait, d’être calife.

Abou Hourayra accompagna Mouawiyah, en l’an 41 de l’hégire, dans son voyage à Koufa en Irak, pour imposer à Al Hassan Ibn Ali de cesser toute revendication politique sur le califat. Au milieu de la mosquée de la ville, il s’agenouilla en tapant sur sa tête chauve pour attirer l’attention des gens. Ensuite, il leur adressa la parole en disant : « Ô Irakiens ! Vous prétendez que je mens sur le prophète et que je me brûle ainsi par le feu de Dieu. Par Dieu ! J’ai entendu le prophète dire : Chaque prophète a son sanctuaire. Le mien se situant à Médine, s’étend du mont Îre au mont Thawr. Quelqu’un qui le viole recevra la malédiction de Dieu, des anges et du monde entier. Par Dieu !  J’atteste que Ali Ibn Abi Taleb a profané ce lieu sacré »(19).

Abou Hourayra dont l’image assez controversée le devançait partout où il allait, à l’image des Irakiens qui le remettaient  déjà en cause, rajouta à son actif ce nouveau mensonge, essentiellement pour plaire à Mouawiyah qui encourageait ce type de Hadith visant à salir l’image et la mémoire de son adversaire Ali et de sa famille.

Il commit toutefois une petite erreur, du point de vue géographique, puisque le mont Thawr – là où le prophète et Abou Baker As-Seddik s’étaient cachés pendant leur voyage d’émigration vers Médine – se situe près de la Mecque et non pas au voisinage de Médine : il y a 450 km, entre les la Mecque et Médine, mais à beau mentir qui vient de loin, comme le dit le proverbe !

Quand Ali fut assassiné par les Kharijites(20), Mouawiyah, après avoir appris la nouvelle, se mit à rendre grâce à Dieu et à prier, en faisant six génuflexions, en milieu de matinée. Une prière nommée plus tard la prière de Ad-Doha par des jurisconsultes sunnites qui, en s’appuyant sur un Hadith d’Abou Hourayra, la considère comme faisant partie de la tradition prophétique à observer à titre surérogatoire.

Cela suppose que le prophète faisait cette prière et la recommandait à sa communauté. Mais en lisant, le recueil présumé authentique de Al Boukhari par exemple, on s’aperçoit que le prophète ne la faisait pas(21) :

Aïcha, sa femme, confirma dans un autre Hadith que le prophète n’avait jamais accompli cette prière !

Abdallah fils de Omar Ibn Al Khattab rajouta que son père, à l’image du prophète et du premier calife Abou Baker As-Seddik, ne l’observait pas non plus.

Comment ce fait-il que Abou Hourayra confirma, je cite : « Mon ami intime [le prophète] m’a conseillé d’observer durant toute ma vie trois choses : Jeûner trois jours par mois, faire la prière de Ad Doha et ne dormir qu’après avoir fait la prière de Al Witre (prière dont le nombre de génuflexions est impair) »(22) ??

Abou Hourayra a visiblement assuré la couverture religieuse à Mouawiyah en lui fournissant un Hadith qui faisait apparaître cette prière – inventée de toutes pièces par Mouawiyah – comme recommandation prophétique !

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, par souci de fidélité à la tradition (sunna) du prophète, se joignent inconsciemment, dans l’accomplissement de cette prière, à la joie de Mouawiyah, des siècles après l’assassinat de son adversaire Ali Ibn Abi Taleb !

On trouve ce même phénomène d’invention de textes à résonnance religieuse, pour atteindre des fins politiques, lorsque l’on cherche l’origine de certains actes cultuels considérés comme faisant partie de la tradition prophétique par les sunnites.

Un autre exemple révélateur, le jeûne du dixième jour du premier mois lunaire [Muharram], nommé Achoura. En effet, au moment où des sunnites, en se basant sur des Hadiths controversés, affirment que le prophète a recommandé fortement le jeûne de ce jour, d’autres disent que le jeûne du jour de Achoura commémore la joie des Omeyyades  après la décapitation de Al Hussein Ibn Ali Ibn Abi Taleb – le petit fils du prophète – lors de la bataille de Karbala le 10 octobre 680 de l’ère chrétienne correspondant ou 10 Muharram de l’année 60 de l’hégire, par l’armée de Yazid Ibn Mouawiyah :  le deuxième roi de la dynastie Omeyyade après la mort de son père(23).

A partir de ce moment douloureux pour les chiites, la machine théologique des Omeyyades a assuré une autre couverture théologique pour que les générations sunnites futures célèbrent inconsciemment ce massacre par le jeûne, et  pourquoi pas, par la fête !

Au Maroc à titre d’exemple – mon pays natal que je connais relativement bien – les parents achètent à leurs enfants, à cette occasion, des jouets ; les femmes mettent du henné ; les filles dansent ; les garçons font exploser des pétards et mettent le feu dans les pneus usés ; les familles se rassemblent pour fêter Achoura autour d’un couscous ; L’anniversaire d’un assassinat politique est devenu donc un moment de jeûne et de joie publique chez les sunnites. 

Au même moment où les chiites entretiennent le deuil en pleurant leur imam Al Hussein Ibn Ali de la manière la plus sanguinaire qu’elle soit, les sunnites quant à eux, célèbrent leur joie dans l’esprit d’une fête – une sorte de Noël ommeyyade – dont le sens exacte échappe à la majorité de ceux qui l’observent pieusement.

Abou Hourayra n’a visiblement pas joué un grand rôle dans cette affaire, puisqu’il est décédé avant cette bataille. Néanmoins, ses 800 fidèles élèves(24) ont su suivre ses pas et honorer sa mémoire en mettant le texte religieux au service du palais et en inventant d’autres textes justifiant les crimes de l’empereur lorsqu’une demande royale leur eut été exprimée !

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.189

2- Tariq Ramadan, op.cit., p.270

3- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.302

4- Ceux-là avaient un statut particulier à l’époque du prophète, ils faisaient parti des gens qui recevaient l’aumône : « Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de recueillir ces dons et de les répartir, à ceux dont les cœurs sont à gagner, au rachat des captifs, aux endettés insolvables, à ceux qui se consacrent à la cause de Dieu et aux voyageurs démunies… » Coran, 9, 60

5- Tariq Ramadan, op.cit., p.278

6- Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar, 1998, n°65, p.98

7- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.197-222

8- Ibid., p.223-224

9- Année de l’assassinat de Ali Ibn Abi Taleb par les Kharijites et de la renonce de son fils Al Hassan de toute prétention du droit à la gouvernance (califat).

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.222-225

11- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.414

Lire aussi :

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.318-345

12- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.267

13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.255

14- Ibid., p.255

15- Ibid., p.254

16- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.188

17- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.255

18- Coran, 24, 30

19- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.257

20- Kharijites représentaient la branche armée qui est née du refus de l’arbitrage entre Ali et Mouawiyah à l’issue de la bataille de Siffin. Cette bataille entre musulmans avait été meurtrière et Ali accepta l’idée d’un arbitrage pour arrêter le bain de sang. En principe, ils étaient partisans d’Ali, les kharidjites se sont retirés et ont condamné les deux camps. Ils ont reproché à Ali de s’être soumis à un arbitrage car « L’arbitrage n’appartient qu’à Dieu ». Cette formule vaut un autre néologisme au kharidjisme celui de la Muhakkima, ce qui désigne la communauté de ceux qui prononcent la formule « L’arbitrage n’appartient qu’à Dieu ». Selon eux, une fois accepté par Dieu, le calife Ali n’avait pas le droit de se laisser remettre en question par des humains : Mouawiyah et ses alliés. Le clan rebelle était, du point de vue kharijite, celui de Mouawiyah qui aurait dû s’incliner devant Ali. Alors que son intention était de se diriger vers la Syrie pour combattre de nouveau Mouawiyah, Ali a du combattre les kharijites à Nahrawân  près de la ville de Bagdad actuelle en 658. Les kharijites furent mis en déroute, et beaucoup furent tués, mais après cette victoire son armée refusa de repartir au combat contre Mouawiyah. Ali retourna donc à Koufa. Trois ans plus tard des kharijites organisèrent le triple meurtre des protagonistes de cet arbitrage. Mouawiyah à Damas, Ali à Koufa et l’arbitre du conflit Amr Ibn Al Asse en Egypte. Les trois devaient être assassinés le même jour. Ali est mort en succombant de ses blessures, Mouawiyah fut blessé et survécut et Amr échappa complètement à l’attentat. (Source : Wikipédia)

21- Al Boukhari, op.cit., Vol.1, p.283-284

22- Ibid., p.284

23- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.190-198

24- Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a (source Internet)







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