Manifeste pour un islam apolitique

14 05 2017

manifeste

Encore un écrit sur l’islam ? Que puis-je rajouter qui n’aurait pas déjà été dit, bien avant ? Ces questions, et bien d’autres encore, sont certes légitimes. Car des essais sur l’islam remplissent les bibliothèques. Un fait. Cependant, une bonne partie des livres sur l’islam, en langue française, traduits de l’arabe ou pas, à l’exception des essais visant une élite universitaire, ne traitent, dans la redondance, que ce même islam sunnite, salafiste, ancestral et en rupture avec le temps, l’espace et avec bien des aspirations humanistes soucieuses de pacifier un présent agité, d’apaiser un avenir en commun et de prendre le pari d’un faire-société urgent et vital pour nous tous : ici, maintenant et demain.

Ce vieil islam conquérant, très répandu par ailleurs dans bien des mosquées en France et en Occident, refuse de faire son aggiornamento malgré la succession des événements dramatiques, commis dans le monde entier en son nom et trouvant racines dans ses textes fondateurs. Que de violences commises pour sa fierté, pour sa gloire. Autant d’hypocrisies se sont exprimées pour l’absoudre et, par la même, pour faire porter le chapeau à l’autre, au complot, à l’histoire, à la géographie, à la politique, à la sociologie, au social, à l’économie, aux médias, aux services secrets, aux conflits internationaux et même au réchauffement climatique. Un vieil islam conquérant victime de tout mais coupable de rien, en rupture avec ses textes qui rejettent la victimisation et prônent la responsabilité. Alimentant des religiosités dites populaires, il compte sur la naïveté silencieuse et ignorante des fidèles pour donner de la voix aux discours communautaristes les plus insidieux, les plus directs aussi instrumentalisant une foi, aux diverses expressions spirituelles, pour imposer, in fine et à petites doses, une loi autre que celle de la République. Il colonise des mosquées et profite du temps de la prière de vendredi pour permettre à des tribuns islamistes de dérouler les constances d’un projet politique, d’un contre-projet de société, voire de civilisation.

Des essais sur cet islam pensent qu’il n’y a plus rien à penser. Ils se font à l’idée que l’avenir se résume à répéter inlassablement un passé lointain, très lointain, dans la paresse de l’intelligence et l’assujettissement volontaire à des puissances du pétrodollar. Et même lorsque certains essais prétendent vouloir réformer radicalement cet islam conquérant, ils manquent souvent d’audace, sauf quelques rares exceptions. Car, petit à petit, il s’est installé dans des esprits, pourtant éclairés, des phobies dangereuses qui les amènent à s’autocensurer pour ne pas choquer, à relativiser pour ainsi ne rien dire, à bercer pour mieux vendre, évitent les questions qui fâchent car une certaine conception craintive du sacré, y compris chez certaines plumes, inhibe toute raison critique. Ils finissent par se soumettre aux injonctions de l’industrie de l’islamophobie qui, il faut le reconnaitre, a réussi son coup de force : criminaliser, dans les faits, toute critique de l’islam et accuser des esprits libres de surfer sur les thèses racistes et xénophobes. Hélas, une réalité !

Oui, il y a un problème relatif à ce vieil islam conquérant en France, en Europe et dans le Monde entier. Le déni ne fait que faire perdurer le malheur. Ce problème peut être identifié – il l’est dans mon approche – comme étant l’idéologie de l’islam politique, que j’ai connue, et non seulement sa dimension violente et jihadiste. Et c’est au nom, d’un côté, de ma citoyenneté, constatant le surgissement croissant d’exigences et de revendications formulées au nom de ce vieil islam conquérant, qui chérie la visibilité et espère la transformation du paysage, et de l’autre côté, c’est au nom de ma foi intime, kidnappée hélas par les islamistes, que j’aimerais engager cette parole libre et engager ce manifeste responsable appelant à désarmer le sacré, à dépolitiser l’islam, pour qu’un autre islam soit possible : un « islam apolitique », appelons-le comme ça. Ce manifeste, aux allures d’un cri de cœur et de conscience, est destiné non seulement au public universitaire mais surtout au citoyen lambda, qu’il soit animé par une foi musulmane ou pas, qu’il soit croyant ou athée. Car bien que l’islam soit désormais l’affaire de tous, il ne sera qu’apolitique.

Ce manifeste concis ouvrira, je l’espère, le champ de la réflexion audacieuse et de l’introspection sans tabous, non seulement en direction des projections cultuelles/culturelles de cette foi au quotidien, qui alimentent des revendications – telles que le halal, le voile, la sépulture, le mariage mixte, les mutilations génitales, etc. – et provoquent des polémiques, mais aussi en direction des fondements mêmes de ce vieil islam, en le débarrassant, sans trahir ses principes humanistes et universels, du poids de l’histoire et de l’inertie des traditions culturelles locales. Il compte remplir un contrat : ce que j’appelle « la règle des 3R ». Un premier R comme : Redéfinir le sacré ; un deuxième R comme : Repenser les textes et un troisième R comme : Réconcilier l’islam avec la modernité et la laïcité. Tel un début d’une aventure réformiste qui s’assume, il ouvre un horizon, suit une direction et promet une suite : le combat pacifique d’une vie, d’un citoyen français, homme de foi musulmane, au service de la jeunesse de mon pays et d’un idéal laïque juste, fraternel et libre. Simplement.

3R

Parution chez Michalon, le 7 septembre 2017.


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