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Oméro Marongiu-Perria, peut-il déconstruire le «paradigme hégémonique» en prêtant main forte au «paradigme victimaire» au service du «chaos constructeur» ? Lecture croisée (1).

17 09 2017

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Par : Mohamed Louizi

(Appuyer sur les photos pour les agrandir !)

Depuis quelques mois, j’ai envisagé d’écrire, dans le cadre d’un débat d’idées — que j’espère franc et dépassionné –, un article analytique de certains écrits et publications de mon «ami», le sociologue Omero Marongiu-Perria que je connais depuis le début des années 2000. Nous étions tous les deux frères musulmans, membres de l’UOIF (surnommée actuellement «Musulmans de France»). De nombreuses occasions passaient, permettant la rédaction et la publication de cet article, mais à chaque fois, j’ai dû y renoncer à la dernière minute, pour laisser passer l’orage et, ainsi, s’épargner soi-même d’une lecture conflictuelle qui soit polluée, totalement ou partiellement, par de la colère.

Mais il y a une autre raison à cela, j’étais à chaque fois dans l’attente qu’une nouvelle publication de sa part, qui viendrait, soit infirmer, soit confirmer les conclusions de mon analyse de la trajectoire de sa plume, tout comme de son action sur le champ islamique (et parfois-même islamiste) : une trajectoire complexe, je l’avoue, pas très facile à suivre et à cerner. Cela pourrait être une de mes limites.

Enfin, après presque deux ans d’hésitation, au vu de la matière intelligible qu’il a produite, depuis janvier 2016, je vais pouvoir désormais engager ce débat, modestement, avec celui qui se présente comme «spécialiste de l’islam français» et comme «pilier du courant réformiste dans l’islam de France». Une telle revendication suppose une capacité d’écoute, d’acceptation du débat, y compris contradictoire, et d’acceptation de répondre sereinement aux interrogations (et non aux injonctions) qui sont nombreuses et plus que légitimes. Toute réforme ne peut se construire sur la confusion, entendons-nous bien !

Loin de la passion, proche de la raison

Méthodiquement, pour la suite, j’ai choisi délibérément de ne pas interroger ses publications sur les réseaux sociaux. Et ce, pour deux raisons principales :

D’abord, premièrement, parce qu’une bonne partie de ses publications sur Facebook, par exemple, notamment celles antérieures au 8 août 2016, a purement et simplement disparu du jour au lendemain, de la circulation (!) Par conséquent, je ne vais pas pouvoir interroger par exemple le sens de son post Facebook, datant du 6 août 2016 (cf. illustration ci-jointe), intitulé : «Ah ! Le monde des étiquettes …» où il critique, entre autres, un article du quotidien italien « La Stampa ». Il dit, je cite : «Le quotidien italien La Stampa, le 16 juin dernier, me mentionnait parmi les «ex-Frères Musulmans repentis», me prêtant indirectement quelques accointances avec d’autres anciens FM et leur diatribe contre l’UOIF, ce qui est Faux». Au moins, ça a le mérité d’être clair.

Un peu plus loin, il reconnait avoir «des relations très cordiales avec l’UOIF», ce qui n’est pas faux, pour le coup. Pour information, le quotidien La Stampa avait cité dans son article[1], signée par Rolla Scolari, en plus du nom d’Omero Marongiu-Perria, les noms suivants : Farid Abdelkrim, Soufiane Zitouni (qui n’a jamais été frère musulman), Malik Bezouh et un certain … Mohamed Louizi. Le sociologue, préfère-t-il avoir des «relations cordiales» avec les Frères musulmans de l’UOIF, au lieu d’être simplement cité parmi ceux qui luttent, chacun à sa manière, contre l’idéologie des Frères Musulmans ? C’est un choix que je comprends et que je respecte. De toutes façons, le débat est ailleurs.

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Ensuite, deuxièmement, parce que je conçois que les courtes publications sur les réseaux sociaux, bien qu’elles regorgent de tant d’indications révélatrices et de tant d’indicateurs, qui par leur cumul et répétition, veulent dire nécessairement quelques choses, sont assez souvent dictées par l’humeur de l’instant, qu’elle soit heureuse ou colérique. Il est évident d’en tenir compte dans le cas de personnes (militants) qui ne produisent presque rien d’intelligible, en dehors des réseaux sociaux. Toutefois, lorsqu’un intellectuel s’exprime de manière posée et structurée dans un article journalistique comme dans un essai réfléchi, pourquoi s’en priver ? Si les posts Facebook expriment une pensée instantanée, l’écriture éditée, sous formes de livres, révèle, elle, le sens d’une conviction ancrée, de ses enjeux, de son évolution dans le temps ainsi que de ses orientations futures.

Bibliographie non exhaustive d’une lecture croisée

Ainsi, seront analysés, dans le cadre d’une lecture croisée, quatre supports significatifs écrits totalement ou partiellement par Omero Marongiu-Perria, et publiés durant les dix-huit derniers mois, dans cet ordre chronologique :

Premier support : «Comment développer une stratégie de plaidoyer efficace ? Guide pratique à destination des acteurs associatifs et des collectifs musulmans : mosquées, repas collectifs et sorties scolaires»[2]. Ce guide, paru sur le Net en janvier 2016, a été réalisé au sein de l ECLEE que dirige Mahamouda Saloho, cité dans mon article «OT1 : la locomotive médiatique de la french-islamist est sur les rails !»[3]. Ce guide a la particularité d’avoir été financé par l OSF (Open Society Foundation) du philanthrope controversé George Soros, dans le cadre de l’appel à projets «Islamophobia and discrimination affecting Muslims». Ce guide, se situant sur la droite ligne du CCIF, prône la mise en place «d’une stratégie plus globale [conduite par les acteurs musulmans, mosquées, associations, ndlr] d’influence de la décision politique». Ou comment mettre en action, dans le cadre d’une stratégie à moyen et à long terme, ce que l’on peut appeler «le paradigme victimaire», pour gagner plus d’influence et de visibilité de l’islam politique dans l’espace public.

Deuxième support : «En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans», un livre paru en mars 2017, chez Les Éditions de l’Atelier. Un essai, destiné visiblement au grand public, qui répond par «vrai», «faux» et «pas si simple» à 82 idées, qualifiées d’ «idées fausses» par l’auteur. A la marge, je tiens à remercier l’auteur d’avoir tenu compte, au moment du tirage, de ma remarque concernant la couverture de son ouvrage. En effet, suite à son post du 24 janvier 2017, annonçant la parution de son essai, je lui avais fait remarquer, après les remerciements, que la bulle du «Voile», sur la couverture, était positionnée par le graphiste au-dessus de la bulle «Laïcité» : tout un symbole ! Une manière pour ma part d’interroger, en substance, le sens de cet ordre des choses (cf. l’illustration ci-jointe). Le dit ordre fut bousculé au moment de l’impression : la «Laïcité» étant placée en haut, accolée à la bulle «Djihad». Reste à savoir si le contenu de l’essai reflétait cette hiérarchie des choses, ou bien tendrait-il à bousculer, même légèrement, le cadre laïque français pour libérer plus d’espace public à la visibilité du voile et d’autres revendications islamistes ?

01Troisième support : «Rouvrir les portes de l’islam», un livre destiné à un public plutôt initié, paru chez les éditions Atlande, en mars 2017, dans lequel Omero Marongiu-Perria interroge ce qu’il nomme «le paradigme hégémonique», constaté selon lui chez «les acteurs de l’islam contemporains», notamment en France et en Europe. L’auteur écrit : «J’entends par là leur enfermement dans une théologie morale centrée sur le rapport de domination au monde, sur fond de repli identitaire et de différentialisme jusqu’au-boutiste avec un Occident présenté sous des traits foncièrement corrupteurs» (p.23). A quelque différences de formulation près, c’est exactement le même contenu conceptuel de l’idéologie du «Tamkine» (la domination comme dogme et surtout comme stratégie islamiste) et du projet politique qui s’y colle. Un concept développé, à partir des sources internes et documents fréristes, dans mon premier essai autobiographique «Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans», paru chez Michalon en janvier 2016. Ce dernier prolonge toute une réflexion, menée à ce sujet, sur mes blogs, au moins depuis le 7 janvier 2015.

Quatrième support : «Musulmans de France, la grande épreuve face au terrorisme», paru jeudi dernier, le 14 septembre 2017, aux Éditions de l’Atelier. Il s’agit d’un ouvrage qui se définit comme étant «une enquête sociologique d’ampleur sur les musulmans de France». Un ouvrage collectif que cosigne Oméro Marongiu-Perria à côté de la chercheuse Kahina Smaïl, et surtout à côté de Vincent Geisser. Ce dernier, est, pour le rappel, l’auteur de «La nouvelle islamophobie», paru aux éditions La découverte en 2003 et qui a été qualifié de «livre évènement» par le site «www.oumma.com»[4]. D’ailleurs, de 2003 à aujourd’hui, on voit bien que ce «livre événement» a bel et bien servi le «paradigme victimaire» des islamistes. Certes, ce n’était pas l’intention de son auteur, même si la multiplication des apparitions de Vincent Geisser aux rassemblements régionaux et nationaux des Frères Musulmans (UOIF, EMF, …) pourrait semer le trouble et la confusion dans bien des esprits.

La grande épreuve des Frères Musulmans en France ?

Par ailleurs, lorsque Oméro Marongiu-Perria a annoncé l’imminente parution de cet essai «sociologique», le 6 septembre dernier sur sa page Facebook, je me suis permis d’en interroger le titre, en ces termes : « »Musulmans de France », comme titre, s’agirait-il des citoyens français de confession ou de sentiment religieux musulman OU bien de l’organisation islamiste qui se prénommait UOIF et qui se nomme aujourd’hui « Musulmans de France » ? D’autant plus que « la grande épreuve », comme sous-titre, est tout un concept idéologique chez ces islamistes qui ont toute une littérature centenaire concernant al-Mihna (المحنة) : l’épreuve, et aussi al-madhloumiya (المظلومية) : la victimisation. Selon le cas, les hypothèses de lecture ne sont pas les mêmes. Disons simplement que la « confusion » pourrait être une hypothèse en soi. Merci pour l’effort !». Je n’ai pas eu de réponse de sa part.

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Je rajoute, pour celui que cela intéresse, que la bibliothèque des Frères Musulmans, surtout en arabe, est très riche en essais et autres articles théorisant «l’épreuve» (المحنة). Il faut lire, entre autres, les célèbres livres-témoignage d’Ahmed Raïf, parmi lesquels : «Le portail noir» (البوابة السوداء), racontant la persécution des Frères Musulmans sous le régime de Nasser, et voir comment ce témoignage et bien d’autres encore sont instrumentalisés à dessein, y compris aujourd’hui même dans les cercles d’endoctrinement des Frères Musulmans. L’encyclopédie numérique[5] en arabe de cette mouvance islamiste, permet d’avoir un aperçu de l’abondance de la «littérature de l’épreuve» : quasiment tout un genre littéraire chez les islamistes. Cette même littérature sert, à ne point douter, de moyen efficace de mobilisation et de prédication : on est toujours sensible à celui qui se dit persécuté, non ? Et quand on se dit persécuté, on fait corps.

Maintenant que le livre est sorti, il est assez aisé de constater soi-même que dans la «Liste des enquêtés» (p.305) — puisqu’il s’agirait d’une «enquête sociologique» à ce qui paraît — et plus particulièrement dans la liste des «personnalités interviewées et rencontrées pour l’enquête», contenant 39 noms : 70% des personnalités interviewées sont soient des Frères Musulmans notoires, soient des frérosalafistes que l’on ne présente plus, soient des acteurs agissant dans des associations-satellites des Frères Musulmans, soient des militants accompagnant les islamistes dans leur conquête de l’espace public, etc. Parmi les noms qui piquent les yeux : Fouad Alaoui, Noureddine Aoussat, Rachid El-Jay (alias Abou Houdayfa), Nabil Ennassri, Marwan Muhammed, Tareq Oubrou, Anas Saghrouni, Ahmed Miktar, et j’en passe.

On peut, au moins, tirer son chapeau aux sociologues pour n’avoir jamais cité, ne serait-ce qu’une seule fois, (sauf erreur de lecture de ma part), l’expression «Frères Musulmans» — tel un tabou ! — dans cet ouvrage : une vraie prouesse «sociologique», dirait-on. Alors que les mêmes s’interrogent si «le salafo-wahhabisme» était cette «matrice idéologique et religieuse de la radicalisation ?» (p.201), le rôle déterminant, déjà prouvé et étayé par tant d’études sérieuses, de l’idéologie des Frères Musulmans, ailleurs comme en France, dans la promotion de la radicalisation islamiste et dans son entretien, passe curieusement à la trappe, ni vue, ni connue. Il est à noter que, par ailleurs, Oméro Marongiu-Perria cite les Frères Musulmans dans ses deux autres essais précités. J’y reviendrai sur la manière comment il les cite, prochainement.

Aussi, les sociologues n’analysent pas non plus toutes ces polémiques qui avaient marquées les trois dernières années, impliquant les Frères Musulmans : les affaires judiciaires du Lycée Averroès à Lille et à Nanterre, l’invitation d’islamistes radicaux aux rassemblements régionaux et nationaux de l’UOIF[6]-[7], «la convergence des luttes» entre des frérirstes et des salafo-wahhabites à Roubaix[8] comme ailleurs, etc. Comme s’il ne s’était rien passé, d’un point de vue «sociologique». Une stratégie du déni et de l’effacement du réel ?

Une chose est certaine, on ne trouve pas dans cette liste ni Farid Abdelkrim, auteur de l’essai «Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste» (Les points sur les i – 2015) ; ni Soufiane Zitouni, auteur de l’essai «Confessions d’un fils de Marianne et de Mahomet» (Les Échappées – 2016) ; ni même Malik Bezouh, auteur de l’essai «France-islam, le choc des préjugés» (Plan – 2015) … ni un certain Mohamed Louizi, auteur de «Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans» (Michalon – 2016) et «Plaidoyer pour un islam apolitique» (Michalon – 2017) : comme si ceux-là étaient en dehors du champs (virtuel et immatériel) des citoyens français musulmans !

Effet Heisenberg ?

Par conséquent, s’agirait-il d’un choix «sociologique» de ne tendre l’oreille qu’aux Frères Musulmans et à leurs réseaux aérien et souterrain, ou plutôt d’un choix idéologique, excluant de fait, de cette «enquête» prétendument sociologique, des voix musulmanes libres qui dérangent la stratégie islamiste (et ses chercheurs aussi) ?

Les relations «très cordiales» d’Omero Marongiu-Parria avec les structures des Frères Musulmans, de son propre aveu — ce qui suppose l’absence de cette distance nécessaire entre le sociologue (l’observateur, l’analyste) et l’objet étudié (l’observé, l’analysé) — expliqueraient-elles ce choix assurément orienté, qui, de facto, ne peut qu’affaiblir voire discréditer l’ensemble des résultats de cette «enquête» dite «sociologique» ? Quid de la neutralité du chercheur ? de son objectivité ? Et si l’on devait, avant même de lire cette «enquête», d’analyser d’abord le degré d’implication exacte du sociologue dans l’environnement qu’il compte analysé ? Car il y a bel et bien une différence plus que significative entre le chat de Schrödinger et l’observateur extérieur du chat ? Le concept dit «Effet Heisenberg» dans analyse institutionnelle pourrait bien servir de modèle.

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Ainsi, au vu de cette mise à l’écart de toutes ces voix, je propose de changer le titre de cette « enquête » comme suit : «Le réseau des Frères Musulmans en France, la grande épreuve face au terrorisme que leur idéologie a enfanté». Car c’est bien de cela dont il s’agit au fond. Lorsque j’écrivais déjà le 28 février 2017 «l’UOIF change de nom : une OPA des « Frères musulmans » en France sur les citoyens musulmans de France»[9] et puis le 16 avril 2017 «La France des Frères musulmans»[10], je faisais allusion à ce genre de situations graves. «Les Frères musulmans de l’UOIF décident de noyer le poisson [pourri] dans une stratégie d’islamalgame à peine voilée, banalisant leur idéologie islamiste, de deux sabres et d’un Coran, et usurpant un volet identitaire [musulmans de France], de quelques millions de français, à des fins d’influence et de conquête du pouvoir politique au nom d’Allah»[11]. Avec ce genre d’enquête, c’est un peu la sociologie au service de l’idéologie, mais, passons !

Sociologie du «Chaos créateur» ?

Passons ! car les grands enjeux sont vraiment ailleurs. Une lecture attentive de l’entièreté de l’ouvrage s’impose, au moins pour un public initié. J’irai même jusqu’à dire que cet ouvrage «recèle la vision du futur», empruntant ici une expression citée par les auteurs à la page 289, la vision d’un certain futur en particulier, rêvé par tant d’islamistes. Car il est question dans la conclusion de l’ouvrage d’un concept chargé de sens et d’histoire. Un concept qui a déjà ruiné l’autre rive de la Méditerranée et le Moyen-Orient, pour le grand plaisir des néocons américains, républicains ou démocrates, au moins depuis la guerre en Irak, en passant par le présumé «printemps arabe». Un concept que certains, abreuvés à satiété par le réseau du présumé philanthrope Georges Soros — le mécène des agitateurs communautaristes et des minorités structurées — aimeraient voir agir en France, au plus vite, simultanément aux divers attentats jihadistes :

Il s’agit du concept de la «destruction créatrice» (الفوضى الخلاقة) : l’expression est ainsi lâchée à la page 301. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une déclinaison très subtile (au féminin) du concept le «chaos créateur» (au masculin), inspiré de la réflexion du philosophe politique Léo Strauss (1899-1973). Un concept qui fut prononcé par Condolezza Rice, à l’époque de la guerre en Irak. Aujourd’hui, de nombreux fins analystes s’accordent pour dire que ce qui s’est passé dans le monde arabe, au moins depuis le 11 septembre, voire depuis bien avant, est la projection directe de ce concept néocons sur le terrain d’un réel arabe (et islamique) devenu imprévisible, car irréversiblement instable. Entre autres exemples, déjà en mars 2014, le célèbre quotidien saoudien al-Riyadh titrait en arabe : «Théorie du chaos créateur … pourquoi a-t-on choisi les Frères Musulmans pour l’exécuter ?» [12]. Quant au site Middle East Online, il titrait en février 2015, en arabe aussi : «Le terrorisme pour propager le chaos créateur de l’Égypte jusqu’aux pays du Golfe » [13], en pointant, au passage, le rôle des Frères Musulmans et de leurs branches armées jihadistes dans ce scénario chaotique.

Omero Marongiu-Perria et ses co-auteurs s’interrogent dans l’ultime axe de leur conclusion, je cite : «Une destruction créatrice : vers une islamo-laïcité ?» (p.301). Par «destruction créatrice», ils entendent «l’épreuve djihadiste». Dans les dernières lignes de cette conclusion qui, de mon point de vue, résumerait l’orientation stratégique d’un tel ouvrage, il est écrit : «Pays de catho-laïcité, il se pourrait que la France devienne aussi, en ce début de XXIe siècle, une terre d’expérimentation d’une islamo-laïcité, où l’expression musulmane ne serait plus simplement perçue comme un facteur de discorde nationale ou de désordre social mais aussi comme une contribution positive à l’intérêt général et au bien commun» (p.304). La France comme «terre d’expérimentation» d’une « islamo-laïcité» ? Avant de rajouter : «Au-delà de ses répercussions dramatiques et déstabilisantes pour notre société, l’épreuve djihadiste doit être analysée comme une destruction créatrice, porteuse de nouvelles espérances spirituelles, sociales et citoyennes pour la France et pour l’Europe» (p.304) !

A qui profitent «sociologiquement» les attentats ?

Il faut relire une deuxième fois, très attentivement, mot par mot, cet ultime passage de cette «enquête», je cite : «Au-delà de ses répercussions dramatiques et déstabilisantes pour notre société, l’épreuve djihadiste doit être analysée comme une destruction créatrice, porteuse de nouvelles espérances spirituelles, sociales et citoyennes pour la France et pour l’Europe» (p.304) : ou comment des «acteurs» islamistes, se rangeant systématiquement dans la case victime alors qu’ils en sont les complices, après chaque acte terroriste, comptent capitaliser indirectement sur les effets (psychologiques, sociaux, politiques …) des attentats, pour espérer «banaliser la présence et l’expression de la religiosité musulmane [les standards de leur idéologie, ndlr] dans l’espace public local, national et international» (p.302).

En ce sens, le «triangle dramatique» de Karpman peut éclairer le jeu de dupes dont lequel excelle l’islamisme, celui à trois facettes au moins, celui des Frères musulmans : une facette qui commet les attentats (le persécuteur), une facette qui crie à l’islamophobie (la victime) et une facette qui capitalise sur le drame et les larmes et se pose en solution crédible (le sauveur). Comme si certains profitaient, avec cynisme et calcul idéologique froid, des drames humains, engendrés par les attaques terroristes, ici ou là, pour conquérir, in fine, «une visibilité musulmane dans l’espace public» (p.302) et passer, grâce à cette «destruction créatrice», conduite ici-même en France, d’une «catho-laïcité» présumée et fantasmée, à une «islamo-laïcité» rêvée et tant attendue, comme prochaine étape dans un long processus d’islamisation à marche forcée. Ou comment le «paradigme victimaire» renforce et alimente l’autre «paradigme hégémonique», et vice et versa.

En guise d’introduction …

Enfin, cette lecture croisée des 4 supports conjoints, signés ou cosignés par Omero Marongiu-Perria, que je mettrai en ligne au fur et à mesure, aura au moins le mérite de relancer un débat nécessaire, au moment où l’on assiste à une sorte de recomposition idéologique du champ islamiste, marquée par une «guerre de postures» silencieuse, où des islamistes et leurs proches tentent d’occuper, vaille que vaille, le terrain fertile, financièrement parlant, de ladite «déradicalisation» ainsi que l’autre terrain adjacent de ladite «réforme» de l’objet islam : de plus en plus d’experts autoproclamés, et de moins en moins d’expertises pertinente.

L’occasion aussi d’interroger la cohérence de la ligne intellectuelle d’Omero Marongiu-Perria, à travers ses écrits, et rien qu’à travers ses écrits. Car comment prétendre, d’un côté, dans un essai, vouloir critiquer et déconstruire le «paradigme hégémonique» chez des acteurs islamistes, et en même temps, de l’autre côté, réfléchir avec eux, tout en surfant sur l’autre «paradigme victimaire» qu’ils chérissent, pour les outiller méthodiquement de plans stratégiques et de réflexion de niveau universitaire afin qu’ils puissent gagner davantage en efficacité, en influence, en imposant leurs diktats islamistes aux femmes et hommes politiques ?

Peut-on critiquer le «paradigme hégémonique», en vue de le déconstruire, tout en étant acquis, ou du moins, tout en prêtant main forte à la cause du «paradigme victimaire» ?

Comment est-il possible d’affaiblir le monstre islamiste tout en continuant à lui administrer les hormones de croissance, par doses conséquentes, et des substances dopantes à volonté ?

Toutes ces questions et bien d’autres seront analysées dans un va-et-vient permanent entre les écrits d’ Oméro Marongiu-Perria, le pourfendeur du «paradigme hégémonique» dans un essai, et l’autre Oméro Marongiu-Parria, le stratège du «paradigme victimaire». A suivre …
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Notes :
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[1]- http://www.lastampa.it/…/francia-nasce-la-corre…/pagina.html
[2]-A télécharger sur son blog ici : http://omeromarongiu.m.o.f.unblog.fr/…/guide-osi-islamophob…
[3]-Lire ici : https://www.facebook.com/mohamed.louizi/posts/10212136667356864
[4]-https://oumma.com/la-nouvelle-islamophobie-le-livre-evenem…/
[5]-http://www.ikhwanwiki.com/index.php?title= خاص:بحث&limit =20&offset=20&ns0=1&redirs=0&search= المحنة
[6]-https://blogs.mediapart.fr/…/7-fevrier-un-doigt-d-honneur-d…
[7]-http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/10152
[8]-http://www.nordeclair.fr/…/recup%3A%252Finfo-locale%252Frou…
[9]-https://www.facebook.com/mohamed.louizi/posts/10212501252751271
[10]-https://www.facebook.com/mohamed.louizi/posts/10212975462126209
[11]-Ibid.,
[12]-http://www.alriyadh.com/918706
[13]-http://middle-east-online.com/?id=193952


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Une réponse à “Oméro Marongiu-Perria, peut-il déconstruire le «paradigme hégémonique» en prêtant main forte au «paradigme victimaire» au service du «chaos constructeur» ? Lecture croisée (1).”

  1. 17 09 2017
    Alhabachi (23:24:02) :

    Les idées de Omero attrapées par les mailles de Louizi. Doté d’un filtre anti FM, il est quasiment impossible aux idées fréristes de passer inaperçues même chez les sociologues!
    Je me demande si la mouvance FM pourrait survivre en France face à Louizi!!!!
    Cet article est très intéressant, nous le savourons, et nous attendons la suite!
    vivement le débat d’idées!
    Merci cher Mohamed!
    Amitiés!

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