Le masque de la tyrannie

10 08 2021

Tyrannie-Richard-Malka

Par : Mohamed Louizi 

 « Après l’élection des Aztrides, la mesure la plus décriée du nouveau régime fut le port obligatoire du cache-visage. Il s’agissait de la pierre angulaire de leur programme. Une nécessité pour créer un homme nouveau. Cette mesure enseignerait aux adultes en formation la soumission de l’égo et l’oubli de soi au bénéfice du collectif. Le futur citoyen aztride apprendrait ainsi à se fondre dans une société harmonieuse protégée du narcissisme et de l’individualisme, pires ennemis des humains et des peuples. Il s’agissait aussi de promouvoir l’égalité homme/femme, car les masques étaient asexués. »[1]

Ainsi parla le narrateur du premier roman de Richard Malka, Tyrannie, paru chez Grasset en janvier 2018. Ce récit bouleversant, visionnaire mais réaliste raconte le chemin de croix d’un pédiatre, Oscar Rimah, qui s’est opposé, à ses dépens, au port du masque en public, imposé « aux adolescents, entre quatorze et dix-huit ans »[2] par l’aztrisme : ce nouveau régime totalitaire dont la devise est « Transparence – Vertu – Humilité »[3], élu « démocratiquement » dans un pays proche de l’Europe et qui prône la pureté. Le pédiatre, père de deux enfants, avait, dans un premier temps, dénoncé dans un article cette obligation totalitaire qui provoque des « troubles mentaux sur le développement physique des petits. »[4]

Après l’élection du tyran Isidor Aztri, le pédiatre s’est vu attribuer un prix par une société de pédiatres finlandais et il est devenu un symbole de résistance. Le tyran, lui, y voyait plutôt une occasion de donner une « caution scientifique » à son idéologie liberticide. Ses services ont usé de la carotte et du bâton. Ils ont tenté d’acheter sa conscience et, quand cela n’a pas marché, car la conscience des gens libres n’est pas achetable et qu’ « on peut tout fuir sauf sa conscience », dixit Stefan Zweig, ils ont usé d’intimidation et de surveillance de tous ses faits et gestes pour le pousser à renier ses propos de la veille.

Ils ont tué son père, âgé de quatre-vingt-cinq ans, dans un étrange accident semblable à ces étranges accidents qui se sont multipliés depuis l’arrivée de la tyrannie au pouvoir, dont les victimes sont souvent des opposants à Isidor. Ils ont emprisonné sa mère, âgée de quatre-vingt-un ans, en l’accusant d’avoir été au volant « du gros 4×4 aux vitres fumées »[5] qui avait percuté son père, même si sa mère semble n’avoir jamais eu le permis de conduire. Les pressions s’intensifiaient crescendo à tel point qu’il s’est résolu à mettre fin à ses jours. Une vie sans honneur n’est plus une vie. Sur le tabouret du suicide, il avait la corde autour du cou quand soudain la voix de Big Brother, émise depuis la webcam de son ordinateur, le menaça de s’en prendre à sa femme et à ses enfants s’il se donnait la mort. Son maintien en vie était vital pour la tyrannie naissante.

Contrarié, le lendemain, il « fit une intervention au 20 heures de la première chaîne de télévision. Il confirma les conclusions du rapport qu’il venait de remettre aux autorités de son pays. Le cache-visage serait bénéfique pour les enfants. Depuis l’origine des temps – disait-il – l’homme était belliqueux, alors pourquoi empêcher une expérience susceptible d’apporter la paix et le bien-être ? »[6] Tourmenté, Oscar Rimah ne pouvait continuer de vivre ce semblant de liberté mais sans honneur à l’ombre de l’aztrisme. Il organisa sa fuite en famille et établit un plan pour quitter le pays en payant trop cher des passeurs. Dans une mer déchainée, sur un vieux chalutier surchargé, il perdit sa femme et ses enfants. Les garde-côtes de la tyrannie pulvérisèrent  l’embarcation alors qu’elle était sur les eaux internationales !

Par miracle, les Russes l’ont sauvé. Le pédiatre a choisi la France, pays des droits de l’homme et du citoyen, pour demander l’asile politique. Peu de temps après, un peu plus de six mois, Oscar Rimah fut arrêté et maintenu en détention provisoire au Centre pénitentiaire de Fresnes, dans l’attente de son procès devant la Cour d’assises de Paris. Il était accusé d’avoir assassiné Satine Sacher, le secrétaire de l’ambassade d’Aztracie, « faute de mieux »[7], disait-il. Pour sa défense, il choisit méticuleusement l’avocat Raphaël Constant car, dans son esprit, « son conseil devrait en effet posséder une vision du monde dépassant les salles d’audience et une profondeur ne se limitant pas à la science juridique. L’aztrisme était une idée et devait être combattue comme telle. »[8]

Oscar Rimah, accusé d’un meurtre, avait tout planifié (ou presque) pour que ce procès soit le procès politique de l’aztrisme et non le procès pénal d’un prétendu meurtre ordinaire avec préméditation. La suite du roman, traversé par une délicieuse histoire d’amour, déroutante de bout en bout, est très riche en rebondissements, en coup de théâtre inattendus, en manipulations de toute sorte en mode Tous manipulés, tous manipulateurs. L’énigmatique coque du Beretta 9mm introuvable sur la scène du crime présumé, tient sans doute le fin mot de l’histoire. 

Richard Malka, et sans exagération aucune, offre à la postérité une œuvre littéraire inclassable, de rang mondial, de par son style captivant, ses angles d’attaque aussi   pertinents que surprenants, sa vulgarisation de la technicité pénale complexe, en particulier de la notion de « l’élément intentionnel » et du lien non-établi entre une « pathologie psychique » et « l’irresponsabilité pénale ». Cette notion juridique floue qui permet à des antisémites notoires  d’échapper au jugement en évoquant des « bouffées délirantes aiguës » et à des terroristes islamistes de se réfugier derrière le « déséquilibre psychique ». La plaidoirie de Raphaël Constant est d’une sublime éloquence, fidèle au triptyque de Cicéron comme l’est Richard Malka quand il s’habille en robe noire, « Docere, delectare, movere. Instruire, plaire, émouvoir »[9], plaidant l’acquittement d’Oscar et le triomphe du Droit et de l’Humanité, conjointement.

On y vit aussi ces moments graves d’hésitation, de doute, avec des jurés populaires, appelés à condamner ou à acquitter l’accusé. Oscar a-t-il été condamné ? A-t-il été acquitté sur la base d’un « doute raisonnable », comme l’avait été le fils de la victime dans le célèbre classique du cinéma américain, datant de 1957, Douze hommes en colère, de Sidney Lumet ? Le président de la Cour d’assise, Marc Ezéchiel, y répond à la page 367…

Cependant, au-delà du récit judiciaire riche et captivant, l’œuvre inspirée et inspirante de Richard Malka invite à une réflexion philosophique d’ordre civilisationnel. Tout en finesse, elle amène à repenser l’essence même de la civilisation (notamment occidentale), de la liberté, de la démocratie et, somme toute, de la condition humaine. Son narrateur multiplie les points d’accès au cœur de ces questions brûlantes et vitales qui ne doivent souffrir d’aucune lassitude, d’aucun épuisement, d’aucune érosion. La démocratie ou, du moins, le processus électoral comme expression démocratique de la volonté du peuple, peuvent enfanter la tyrannie ou, du moins, ses prémices.

Démocratie et dictature sont deux processus qui se construisent dans le temps. Leurs graphiques modélisés, en phase croissante et décroissante, s’inscrivent dans la continuité, dans la durée, et ne souffrent que rarement de ruptures brutales. Leurs points d’inflexion, quand ils s’ancrent, peuvent rassurer autant qu’inquiéter. C’est selon. Le point de bascule, lui, ne tient souvent qu’à un fil. Démocratie et tyrannie peuvent aussi cohabiter dans un espace-temps inhabituel, là où l’on s’y attend le moins. Vraiment.

L’un des témoins de la défense dans le procès d’Aztracie, qui fut président des Etats-Unis d’Amérique, disait à la barre qu’une « démocratie, malgré tous ses défauts, se transforme en dictature par la volonté du peuple. »[10] Le tyran d’Aztracie, Isidor Aztri, s’adressant à un ami d’enfance ne disait pas autre chose. « Pour qu’une tyrannie s’installe, – disait-il – il faut le consentement du peuple. Ensuite, il pleure. Bien sûr, pour qu’une communauté humaine accepte de voir restreindre ses libertés, il faut avancer masqué sous de grands principes mais au fond, personne n’est dupe. Il n’y a qu’une chose que les hommes préfèrent à la liberté, c’est l’esclavage. »[11] Le tyran, empruntant un constat de Dostoïevski, énonce clairement les concepts de sa pensée complexe mais sans complexe. Pourquoi s’en priverait-il alors qu’il est le maître des horloges ?

L’installation d’une tyrannie ne tient pas uniquement aux votes de contestation, souvent favorables aux nouveaux marcheurs de la pureté et de la transparence. Elle doit beaucoup aussi aux voix de l’abstention. Oscar Rimah fit partie de cette catégorie qui « ne voulait pas choisir entre la peste et le choléra »[12] et qui s’est abstenu. Chose que son avocat n’a pas manqué de relever lors de son plaidoyer. « Oscar, – disait-il – pensait que le pire n’arriverait pas et s’est abstenu de voter. Cela lui a coûté sa famille. »[13] Toutefois, si la volonté populaire pouvait amener ses pires ennemis au sommet du pouvoir, seule, elle n’y arrive jamais. Condition nécessaire mais pas suffisante.

A dire vrai, l’arrivée d’une tyrannie au pouvoir, y compris par voie démocratique, est la résultante de l’action conjointe et persévérante d’une combinaison gagnante, dont seul le futur tyran et son petit conseil d’influence et de défense gardent le secret et la maîtrise de la temporalité. Cette action opère en trois temps : le passé, le présent et le futur. Elle s’appuie sur trois réserves : l’idéologie, le secret et la violence.  Elle cible trois publics : le peuple, l’élite et les enfants.

Toute tyrannie procède par la négation du passé et par son salissement à dessein. Elle nie l’histoire et méprise la culture. Au nom d’un progressisme qui porte mal son nom, elle saccage tous les symboles de l’identité plurielle et cumulative d’une nation, jusqu’à s’attaquer à sa constitution, à sa langue, à sa gastronomie et à ses monuments historiques. Pour ces âmes wokistes bienpensantes de Paris intra-muros, il faut déstructurer l’écriture au nom de l’inclusion et emballer l’Arc de Triomphe dans un sac poubelle, au nom de l’art moderne.  Promouvant la culture de la négation, elle parvient à la négation de la culture en vue d’une culture de remplacement. Un homme sans culture, à l’état naturel ou génétiquement modifié, est du pain bénit pour tout tyran. 

Isidor Aztri disait dans un discours à l’adresse de ses sujets que son projet « sonnera le glas des guerres des religions car il remplacera toute croyance et créera un homme nouveau. »[14] Il décréta la mort du passé et la naissance du futur. A présent, bien que porté au pouvoir autant par les urnes que par l’abstention, il procéda par décret à la suspension de la République et de ses institutions car, disait-il, « l’urgence le commande, l’état de guerre qui nous est imposé l’exige. »[15] La volonté du peuple est désormais otage de l’état d’urgence, reconductible sans limite, qui permet toutes les transgressions.

Le peuple devait maudire le passé, car injuste, et vénérer le futur, car pur. Voilà que le tyran qui avait écrit Le Manuscrit du Juste[16], recueil d’une idéologie hybride où s’entremêlent « politique, philosophie et religion »[17], profession de foi pour tromper le peuple et accéder au pouvoir suprême,  promet désormais d’écrire, toujours pour le bien du peuple et au titre d’une nouvelle étape de sa tyrannie, Le Livre des Purs[18].  Décidément, « pour qu’une tyrannie s’installe, il faut le consentement du peuple. Ensuite, il pleure… »[19]      

Dans ces moments, les forces révoltées du peuple, refusant l’infâme, se regardent pour comprendre ce qui s’est passé pour en arriver là. Ils n’imaginaient pas ce cauchemar, ce réveil douloureux. Le peuple, occupé à ses activités productives du quotidien, ses loisirs de fin de semaine et ses vacances méritées, coulait plutôt des jours heureux malgré les difficultés de fin de mois qui commencent parfois le 10 ou le 15. Il faisait confiance à l’Etat de droit et à ses institutions. Il pensait que l’élite cultivée, qui passe plus de temps sur les plateaux télé, sur les réseaux sociaux et sur les écrans de smartphones que dans les bibliothèques pour lire et écrire, représentait un vrai rempart et une digue solide protégeant la liberté, la démocratie. Il s’est trompé. Il se trompe.

La vérité c’est qu’une partie de l’élite, celle qui est neutraliste par attentisme et par calcul cynique ou, simplement,  parce qu’elle a piscine, ne dit mot et consent. Une autre partie intéressée, arrogante, répugnante, élite-girouette, qui doit tout au pouvoir, de ses prix d’honneur de complaisance reçus jusqu’à ses subsides et ses apparitions saturant l’espace médiatique,  ose traiter le peuple de « plèbe », de « foule », de « bas de plafond », d’ « illettré », d’ « ingrat », de « cloporte » et de « (gros) connard ». Décidément, « la fabrique du crétin digital »[20] ne connaît pas la crise. La génération Pokémon est désormais aux manettes. Ici, un éditocrate appelle à « stigmatiser » les forces vives du peuple révolté. Là-bas, une autre use de procédés culpabilisants, menaçants, « notre patience a des limites », lit-on. Dans ce milieu d’entre-soi idéologique, on sait réécrire les principes selon les opportunités qu’offrent des situations nouvelles. On sait aussi user du sophisme et de l’inversion accusatoire ; c’est dans l’ordre des choses.

Sans sourciller, un autre proclame une citation attribuée à Victor Hugo, « Souvent la foule trahit le peuple », mais oublie de préciser que souvent l’élite trahit les principes. N’est-il pas vrai que sous l’occupation allemande, des intellectuels et écrivains français avaient préféré la collaboration à la résistance ? Une « liste noire »[21], parue entre le 4 septembre et le 21 octobre 1944, contenait 158 noms d’écrivains et d’intellectuels français suspectés de « crime d’intelligence avec l’ennemi »[22], parmi lesquels Alphonse de Châteaubriant, Louis-Ferdinand Céline, Pierre Drieu la Rochelle, Sacha Guitry, Charles Maurras et d’autres. On me dit dans l’oreillette qu’il faut savoir séparer l’œuvre de l’artiste. Why not ?

S’il est entendable que « les foules malheureuses se donnent plus facilement au diable »[23], il doit être entendable aussi que les « misérables utiles », pour reprendre ici un qualificatif utilisé par le narrateur de Tyrannie, se donnent encore plus facilement au tyran. Sous l’autocratie, des intellectuels craintifs du bâton et désireux de la carotte deviennent, comme par réflexe pavlovien de soumission, les oreilles, les yeux et la langue du régime despotique. Une minorité marginalisée, au milieu du peuple, qui souffre avec lui et non à sa marge, résiste. C’est elle qui veille sur la flamme de la liberté.

Le pédiatre Oscar Rimah comptait aussi sur l’intervention de l’armée, de la police, des juges, des syndicats, des associations, des médias, et de tous les autres corps intermédiaires pour stopper l’aztrisme et ses outrances. Il n’en fut rien. Parce que l’arrivée au pouvoir de n’importe quel totalitarisme n’est que l’aboutissement d’un long processus d’infiltration, d’entrisme et de corruption à tous les étages. Dès que le sommet de la pyramide est atteint, on maintient, un temps, la technique de la carotte en direction de certains cercles d’influence et on applique la technique du bâton, de la purge la plus cruelle, en direction des autres.

Le narrateur de Tyrannie, qui « semble également avoir lu une épître d’Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, pour rédiger son introduction »[24], reproche a Oscar Rimah sa naïveté car « les Aztrides [comme les islamistes, ndlr] étaient plus habiles qu’il ne le pensait. Ils commencèrent par rallier à leur cause des fonctionnaires occupant des postes stratégiques. Ensuite, grâce à des promesses, des menaces et des chantages, ils s’assurèrent de la police, ce qui leur permit de ficher les secrets de leur peuple, et en particulier des généraux, des juges et des journalistes. L’épuration eut lieu par vagues successives. Ceux y échappant gardaient l’espoir de rester libres et vivants et tentaient de se faire oublier plutôt que de se révolter. »[25] Les expériences du parti islamiste turc d’Erdoğan et du parti communiste chinois sont des cas d’école pour comprendre la mécanique infernale rodée de ces processus totalitaires qui précèdent l’accès au pouvoir.

Sur la scène internationale, « les Aztrides furent également aidés par des philosophes, écrivains et journalistes étrangers. Le vernis de légitimité et de romantisme que ceux-ci procuraient aux Aztrides empêcha toute sanction. »[26] Le témoignage crapuleux d’un philosophe gauchiste de Saint-Germain-des-Prés, Daniel Armansky – qui rappelle  celui de François Burgat en faveur des Frères musulmans au TGI de Nanterre en octobre 2016 – rappelle aussi d’autres « vernis de légitimité » donnés par des intellectuels à des tyrannies communistes, entre autres.

Ce n’est pas un secret de polichinelle que de rappeler que l’icône Jean-Paul Sartre aurait été libéré des geôles nazies, en mars 1941, après avoir monté une pièce de théâtre en 1940, à l’occasion de Noël, « Bariona, ou le Fils du tonnerre », dont des propos tenus et des décors paraissaient antisémites[27]. Quelques années plus tard, Jean-Paul Sartre et l’icône féministe Simone de Beauvoir se sont rendus en URSS auprès de Nikita Khrouchtchev. On n’a pas le souvenir que les deux aient dénoncé la psychiatrie répressive[28] utilisée pour enfermer les « mal-pensants »[29] que le régime soviétique voulait briser. Le camp du bien vit depuis toujours sur l’île de l’indignation sélective.

Un historien, sollicité par l’avocat Raphaël Constant pour témoigner à la barre, lui a raconté une anecdote glaçante. « Le 7 avril 1935, Staline a promulgué un décret étendant la peine de mort aux enfants de douze ans. Douze ans ! Vous savez comment les plus grands intellectuels français ont réagi ? Aragon, Gide, Malraux ? Ils ont organisé un congrès des écrivains, deux mois plus tard, pour soutenir la révolution prolétarienne… »[30] Et l’historien de rajouter : « Par antifascisme ou antilibéralisme, à peu près tous les intellectuels de gauche avaient oublié d’être antitotalitaires. »[31] Bon nombre d’intellectuels islamogauchistes français ne jurent que par l’islam politique, dans sa version khomeyniste comme dans sa version frérosalafiste[32]. Un fait.

Les Aztrides étaient aussi soutenus par un poids lourd de la victimisation mondialisée qui sait que « lorsque la conscience collective d’un peuple est victimaire, elle se livre à des fous et ne produit que de la violence »[33]. Il s’agit de « Gregory Sartis, le milliardaire américain, icône de la spéculation financière sauvage reconverti en mécène de toutes les révolutions. Il fournit aux Aztrides les plus grands cabinets d’avocats et de communicants. »[34] Quand j’ai lu le nom de Gregory Sartis, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec un certain George Soros et pas seulement à cause de  l’initialonymie. Ce dernier a fait long feu dans la spéculation financière déstabilisatrice d’états souverains, notamment lors de la crise financière qui a frappé dans les années 90 des tigres asiatiques. Son rôle trouble est mentionné dans un « rapport d’information »[35], n° 2590, de l’Assemblée nationale, datant du 21 septembre 2000.

Depuis plusieurs années, il s’est reconverti en « philanthrope », après avoir dit tout le mal qu’il penserait (!) de la spéculation qui lui a permis, tout de même, d’amasser une fortune considérable[36], et son organe d’influence OSF, Open Society Foundation, apporte un soutien logistique et matériel à de nombreuses minorités agissantes en Orient comme en Occident, y compris à des groupes de pression islamistes en France et en Europe, comme en 2012 lorsque l’OSF a accordé, entre autres, une subvention de 35.000au feu CCIF, dissout par les autorités françaises[37] en 2020, pour mener une campagne politique[38] derrière le paravent de la lutte contre ladite « islamophobie ».

Si l’Aztracie comptait sur les réseaux d’influence du milliardaire Grégory Sartis pour se protéger, car celui « qui maîtrise le droit et les médias n’ira jamais devant la Cour pénale internationale »[39], elle comptait aussi sur eux pour affaiblir l’Occident et l’entraîner dans la décadence. Le tyran Isidor misait sur trois thèmes porteurs qui, par ailleurs, ont fait effet sur son électorat, afin de miner les pays occidentaux de l’intérieur et distraire leur attention. Ces trois thèmes sont « la protection des citoyens contre la corruption, celle des femmes contre les hommes et de la terre nourricière contre l’espèce humaine. »[40] Le nouveau monde de la pureté s’est mis en marche derrière des juges anti-corruption pour sauver la transparence ; derrière des militantes de #MeToo et de #BalanceTonPorc pour prôner la vertu et derrière les prophètes du malheur du GIEC et de l’imposture Greta Thunberg pour prêcher l’humilité et la décroissance.            

Toutefois, les Aztrides donnaient de l’importance à deux catégories en particulier : à des scientifiques, j’y reviendrai, et aux hommes de droit. L’avocat Raphaël Constant a appelé à la barre des témoins le magistrat aztride Normane Séline. Lui aussi exilé à Paris après avoir quitté ses fonctions à la tête de la Cour suprême, l’équivalent du Conseil constitutionnel en France. Son témoignage hésitant était étonnamment très édulcoré, relativisait la tyrannie d’Isidor, la peur au ventre. On comprend par la suite qu’il avait reçu une menace le matin même de son audition : les services d’Isidor menaçaient de liquider les douze magistrats, femmes et hommes, qui composaient son conseil constitutionnel le jour de son anniversaire huit mois plus tard. Pour autant, les Aztrides ne l’ont maintenu en poste que pour « certifier la constitutionnalité des réformes engagés. »[41] Isidor avait besoin d’un magistrat de renommée pour valider au nom d’une constitution inopérante « l’obligation de porter le cache-visage, la castration chimique et l’interdiction de quitter le pays. »[42]     

L’autre catégorie que le régime aztride choyait à volonté est celle des « scientifiques » dociles. Ils sont nécessaires à l’idéologie d’Isidor Aztri pour créer cette « nouvelle humanité »[43] dont il rêvait tant. « Cet homme nouveau, sans jouissance et donc sans orgueil qui n’aura plus à subir les malheurs de Pandore. »[44] Tout un programme ! Le tyran qui se rêvait hier en « César ou rien ! »[45], se hisse désormais aux rangs des dieux, habité par un autre rêve, « Dieu ou rien. »[46] Des « scientifiques » se sont mis au service de son idéologie, par peur ou par intérêt, pour développer « les travaux sur l’ectogenèse »[47] et fabriquer des « bébés » dans des machines, dans « des utérus artificiels »[48], sans aucun lien de parentalité. Sans père ni mère. Sans parent 1 ni parent 2…

Le rêve du tyran est de fabriquer à la chaîne des enfants sans héritage, pour un futur sans ancrage : des enfants-soldats soumis à la seule volonté d’Isidor qui avait « légué son ADN à tous les enfants produits sur ses chaînes d’incubateurs »[49] et a exigé des familles de n’enfanter qu’un seul et unique enfant, pour une durée de cinq ans. Il a enjoint aux femmes d’alimenter sa « banque universelle d’ovocytes »[50]. Les enfants-machines, portant les gènes du tyran, ne porteront pas de masque car ils seront libérés des vices et de la jouissance. En attendant, les scientifiques à sa solde devaient courir les plateaux de télé et multiplier les publications « scientifiques » dans des revues prestigieuses pour cautionner « l’article 226-1 du code pénal »[51] d’Aztracie, imposant le port des masques aux enfants du lever au coucher du soleil.

Le calvaire de milliers d’enfants, otages de la tyrannie, se déroulait en silence et avec la complicité de « scientifiques » dans des « centres de rééducation »[52]. Filles et garçons y subissaient un stage forcé de déshumanisation et devaient porter le même masque. Les filles étaient aussi contraintes de se couper court les cheveux pour ne pas se distinguer des garçons. Il fallait purger l’enfance de tout sentiment sauf celui de la peur et de l’obéissance aux ordres. Un scientifique, professeur de biologie, a pu s’échapper de l’enfer aztride et il est venu témoigner à la barre, à visage découvert. Il a parlé de l’existence au sein de la dictature d’une organisation secrète puissante qui pilote et finance des « nombreux programmes transhumanistes et eugéniques visant à améliorer l’espèce humaine. »[53] 

Un autre scientifique, Anatole Breton, pédopsychiatre, est venu lui aussi apporter son éclairage à la Cour. Il expliqua que des scientifiques aztrides risquaient leur liberté pour lui transmettre des informations capitales, relatives au port du masque imposé aux enfants. Son constat clinique est formel et sans appel. « Ces enfants – dit-il – souffraient de profonds troubles psychiatriques. La plupart développaient une personnalité dépendante et addictive, assujettissant leurs besoins à ceux des autres, ne sachant plus exprimer leur volonté et ne supportant plus la solitude. D’autres manifestaient une personnalité « évitante », et dangereusement anxieuse. Dans les deux cas, ces adultes en formation ne parvenaient plus à affirmer leur personnalité, ce qui leur interdisait une vie sociale normale, sans même parler de sexualité. Ces adolescents souffraient d’un lourd sentiment de culpabilité, semblant considérer que le masque sanctionnait leurs mauvaises actions. Le cache-visage est un incubateur de névrosés. Il atrophiait les enfants en les amputant de leur image. »[54]  Et le pédopsychiatre de conclure en « disant regretter de ne pas être mort avant d’avoir connu une telle horreur. »[55] La fiction semble tellement atténuée au regard d’une dramatique réalité qui la dépasse.

Oui, il y a des scientifiques intègres et il y a des « scientifiques » corrompus, comme il y a une science qui est conscience et une « science » sans conscience qui n’est que ruine de l’âme, selon une citation célèbre de François Rabelais. Qui mieux que deux scientifiques engagés pour illustrer ce propos : le polytechnicien Albert Jacquard, d’un côté, et le généticien Axel Khan, de l’autre. Dans l’essai-dialogue, L’avenir n’est pas écrit[56], les deux discutèrent, entre autres, de « l’amélioration de l’espèce humaine grâce à l’eugénisme »[57]. Ils ont fait remarquer que « le seul Etat dont l’idéologie reposait sur la biologie fut l’Allemagne nazie. »[58] Après avoir fustigé le « progressisme scientiste »[59] de James Watson, pourtant prix Nobel pour sa codécouverte l’ADN en 1953, ils ont discuté du cas du biologiste français Alexis Carrel (1873 – 1944) qui reçut aussi le prix Nobel de médecine en 1912.

En 1935, Alexis Carrel avait publié « un manifeste en faveur d’un eugénisme de masse, L’Homme, cet inconnu, dans lequel il recommandait l’extermination de certaines catégories de délinquants et de malades mentaux dans des chambres à gaz. »[60] Albert Jacquard jugeait ses thèses « profondément choquantes »[61] formant « un tissu d’horreurs »[62]. Quant à Axel Khan, il s’interrogea à son sujet : « Alexis Carrel, a-t-il mérité son prix Nobel ? La réponse est indiscutablement oui. Était-il un grand savant ? La réponse est également oui. Était-il un bon écrivain ? Affirmatif. Mais, pour autant, son idéologie telle qu’elle s’exprime clairement dans son ouvrage le plus célèbre, L’Homme, cet inconnu, reflète-t-elle un profond attachement aux droits de l’homme ? A l’évidence, non ! »[63]

Du point de vue du généticien Axel Khan, le cas d’Alexis Carrel est « un bel exemple de ce que l’envergure scientifique n’assure point la valeur morale des engagements personnels et des applications proposées de la science. »[64] La science n’est pas tout et tout ne peut être soumis aux seules découvertes scientifiques, aussi prodigieuses et prometteuses soient-elles. En 2018, un docteur chinois, He Jiankui, a présenté lors du Second Sommet international sur l’édition du génome, les résultats de ses travaux. Il a modifié, à l’état embryonnaire, le génome de deux bébés (deux filles) pour les prévenir d’une infection du sida[65] en recourant à la technique CRISPR-Cas !

Tollé international, de l’OMS à l’Académie des sciences et l’Académie de médecine qui, toutes les deux, dans un communiqué commun, ont rappelé que « la modification du génome d’embryons humains suscite des interrogations majeures dans la mesure où elle sera transmise à la descendance et aux générations suivantes. Elle ne saurait être mise en œuvre quand le but recherché peut être atteint par d’autres moyens comme c’est le cas pour la prévention d’une infection par le VIH. Dans l’état actuel des connaissances, les conditions ne sont pas réunies pour ouvrir la voie à la naissance d’enfants dont le génome a été modifié à l’état embryonnaire. Si cette démarche était entreprise dans l’avenir ce ne devrait l’être qu’après approbation du projet par les instances académiques et éthiques concernées et un débat public approfondi. »[66]  

Le brillant titre scientifique sur une carte de visite ou sur le bandeau déroulant d’une chaîne d’information en continu, ne dit rien de la posture politique de la personne qui s’exprime. Faire valoir des arguments d’autorité en masquant le sous-jacent idéologique et les potentiels conflits d’intérêt avec l’industrie biotechnique et pharmaceutique, n’est pas une démarche scientifique mais un artifice de manipulation. Les médias gagneraient en crédibilité en cessant de galvauder le titre de « scientifique » attribué souvent, à tort ou à raison, à des agents de communication et à des docteurs Mabuse affranchis de toute sensibilité humaine, de toute aspiration démocratique. Pourquoi ne pas afficher à côté de l’image du « scientifique » qui s’exprime un court résumé de sa DPI (déclaration publique d’intérêts) ?     

Pour clôturer ses témoignages, l’avocat Raphaël Constant a appelé à la barre Annette Szasz, institutrice à la retraite qui a fui l’Aztracie après avoir été emprisonnée et torturée. Une résistante comme on aimerait en croiser, au moins une fois dans sa vie, pour apprendre l’audace et s’abreuver de lucidité. Elle a décrit comment, en l’espace de quelques mois seulement, l’école s’est transformée en un lieu de propagande et d’endoctrinement des enfants et comment le régime a changé les programmes scolaires pour coller à la vision despotique d’un seul. « Voilà ce qu’est devenu mon pays ! Un lieu où l’on endoctrine des enfants, où l’on fait disparaître des instituteurs, où l’on exécute des syndicalistes, où l’on déporte sans jugement, où l’on parle de votre mort devant vous. Un pays où l’on torture et où l’on tue impunément. Un immense camp de concentration. Une barbarie quotidienne imposée aux adultes comme aux enfants. »[67] disait-elle en conclusion de son vibrant témoignage.

Pour assurer son futur, toute tyrannie cible les enfants. Du vrai Hassan al-Banna au fictif Isidor Aztri, l’endoctrinement précoce de l’enfance, de la jeunesse, est un impératif idéologique et politique. Le premier imposa le voile islamiste de la soumission aux filles et les chemises kaki de la violence, inspirées de la jeunesse hitlérienne, les Hitlerjugend, aux garçons. Le second imposa le masque de l’uniformisation aux adolescents, le temps d’assurer la transition vers la « nouvelle humanité » et de créer ses nouveaux enfants-soldats dans les utérus électroniques de la biotechnologie. La tyrannie vole au peuple sa liberté, à l’élite, son intégrité et aux enfants, leur avenir, leurs rêves.

Cette descente aux enfers est souvent lente et se produit après plusieurs générations. Les civilisations meurent tout comme les humains. Mais certaines fausses mutations peuvent accélérer le cours de l’Histoire, y compris celui des vieilles démocraties qui se croient, à tort, immunisées. Il n’y a aucun vaccin qui immunise les démocraties contre la tentation totalitaire. Tout ce que des femmes et des hommes libres ont fait, d’autres femmes et d’autres hommes soumis peuvent le défaire.

Tous ces bouleversements des normes démocratiques et des repères anthropologiques, accélérés frénétiquement par la révolution numérique et la nouvelle religion dataïste ou la « religion des data » – terme utilisé par l’historien Yuval Noah Harari dans Homo deus, une brève histoire du futur[68] – ne doivent pas être liquidés dans un discours autoritaire, expéditif et musclé le jour calendaire de Saint Olivier… Véran.

Ils ne doivent pas être réglés par un vote d’une loi scélérate, dans une Assemblée nationale à moitié vide à 5h40, validée ensuite par un Sénat qui a raté son rendez-vous avec l’Histoire, et certifié « conforme », en dernier recours, par un Conseil constitutionnel qui, curieusement, trouvait normal de censurer il y a un an, au nom des droits de l’homme, une loi « instaurant des mesures de sûreté à l’encontre des auteurs d’infractions terroristes sortant de prison »[69], prévoyant, entre autres, le port du bracelet électronique. Un an plus tard, ce même Conseil valide, je ne sais sur quelle base constitutionnelle, une loi de surveillance généralisée de tous par tous, autorisant toutes les outrances recommandées par le cabinet américain McKinsey, à tel point que la SNCF différencie désormais ses voyageurs par le port de bracelets bleus[70]. Bienvenue à Gattaca ! Avec la bénédiction du père Fabius, du fils Fabius et du Saint-Esprit, le fils du tonnerre qui porte un chouette T-shirt ésotérique sur Instagram. Le nouveau monde sanitaire est en marche !  

Cette situation ne doit pas être analysée avec légèreté et désinvolture. La fiction de Richard Malka, qui ne traite pas de notre présent tumultueux, propose tout de même quelques clefs qui résonnent avec le réel et posent des questions d’ordre existentiel et philosophique touchant à la condition humaine, au progrès scientifique, à la liberté et à la conscience.

Il faut raison garder car les slogans politiques de transparence, de vertu et d’humilité peuvent toujours alimenter l’idéal individuel et collectif. Pourquoi pas après tout. Ce n’est pas la question, mais, en aucun cas, ils ne doivent assujettir des humains libres à des diktats obscurs au nom de la pureté prônée par des pères-la-pudeur qui, les premiers, la trahissent dans l’intimité de leurs jardins secrets, traités au glyphosate. Isidor Aztri s’était livré à des pratiques sexuelles incestueuses avec sa mère, Marie. L’islamiste Tariq Ramadan, accusé de viols, a reconnu des « relations sexuelles consenties »[71], hors cadre du mariage islamique. Bravo Tartuffe ! Le socialiste Cahuzac qui devait traquer les fraudeurs au fisc français a été pris la main dans le pot de confiture et condamné[72]. Quant aux ayatollahs de l’écologie politique, leur imposture n’a d’égal que le trou dans la couche d’ozone.

Oui la nature humaine est à la fois pacifique et belliqueuse. Daniel Cohen, l’économiste et non le généticien, disait dans un entretien accordé à Marianne, en décembre 2015, en citant Jean-Jacques Rousseau, dans le cadre du dossier thématique « révolution numérique, la grande arnaque »[73], que le progrès prôné par les Lumières était à la fois moral et politique, s’appuyant sur « la perfectibilité de l’homme qui peut devenir meilleur »[74] mais sans aucune espère de fatalité ou de déterminisme, puisque que « le bien et le mal coulent de la même source. »[75] Et c’est bien comme ça.

Daniel Cohen différenciait, à juste titre, « le progrès moral, le progrès technologique et la croissance économique »[76] et posait la question du sens philosophique du progrès notamment à la veille de la révolution transhumaniste prophétisant l’avènement imminent de « l’homme parfait, moitié biologique, moitié numérique. »[77] Un dessin de Gros montrait un robot qui disait à un chômeur, comme ceux qui risquent de perdre définitivement leur emploi à cause de la loi scélérate du 5 août 2021 : « Bienvenue à Pôle emploi ! Avez-vous été remplacé par un PC ou par un Macintosh ? »[78] Fermez la bulle !        

Feu Albert Jacquard, décédé en septembre 2013, avait une conception admirable de la liberté individuelle qui force le respect. « Ma liberté individuelle – disait-il – dépend en partie du fait que les autres ne connaissent pas tout de moi. A partir du moment où la société connaît tout d’une personne, celle-ci est entravée dans sa liberté. »[79] Par conséquent, il jugeait l’existence même du numéro de la Sécurité Sociale, et ses 15 chiffres significatifs, comme étant « extrêmement dangereuse, parce qu’il contient des informations très personnelles : mois, année et lieu de naissance. »[80] Il appela à préserver « la méconnaissance de l’autre, y compris auprès des assureurs, de l’Etat ou des entreprises. »[81] Il n’est plus mais sa conception de la liberté individuelle reste. Il n’aurait jamais accepté de présenter un certificat de liberté pour boire un café en terrasse, jamais accepté de tendre son bras à un prestataire de la SNCF, pour porter un bracelet bleu à la Gare de Lyon.

Enfin, la conscience humaine – à ne pas confondre avec l’intelligence qui peut être artificielle et machinale – et l’éthique, limitent-elles l’espace du possible scientifique et condamnent-elles la recherche ? Comment l’humanité doit-elle poursuivre la marche du progrès scientifique mais sans céder aux sirènes, artificiellement alarmantes, d’apprentis sorciers ? Comment la conscience individuelle et collective doivent-elles sanctuariser l’espace infini des libertés et ne pas limiter arbitrairement la liberté de certains citoyens par les peurs, justifiées ou pas, d’autres citoyens ? L’hygiénisme va-t-il tuer les démocraties et préparer le terrain pour un eugénisme qui avance masqué ? Où doit s’arrêter l’intrusion des technologies dans l’espace privé ? Doit-on accepter pour la République un destin orwellien ? Le Tester – Tracer – Isoler va-t-il achever définitivement ce qui reste de Liberté – Egalité – Fraternité ?

Aussi, le modèle civilisationnel chinois où « l’individualisme n’a jamais existé »[82] est-il en passe de triompher sur le modèle civilisationnel occidental où « la valeur suprême est sans conteste le respect de l’individu »[83] et où « la défense des droits individuels l’emporte sur toute valeur »[84] comme le souligne à raison le généticien Axel Khan ? Doit-on accepter que la liberté d’une personne ne soit plus liée à son humanité mais soit conditionnée, dans toutes ses activités du quotidien, à la validité de son QR code ? Accepte-t-on « d’enterrer l’espoir de notre peuple au profit de son malheur et sa liberté au profit de son esclavage »[85] ? Questions essentielles que l’on ne peut plus masquer. Certains voudraient bien qu’un jour, l’âme percée par les remords, on soupirait : il était une fois La France, mais ce jour-là n’arrivera jamais car la France libre est éternelle.

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Notes :


[1] Richard Malka, Tyrannie (Roman), Grasset, Paris, 2018, P.18-19

[2] Ibid., p.16

[3] Ibid., p. 13

[4] Ibid., p.19

[5] Ibid., p.20

[6] Ibid., p.29

[7] Ibid., p.33

[8] Ibid., p.86-87

[9] Ibid., p.316

[10] Ibid., p.282

[11] Ibid., p.70-71

[12] Ibid., p.21

[13] Ibid., p.346

[14] Ibid., p.218

[15] Ibid., p.220

[16] Ibid., p.68

[17] Ibid., p.68

[18] Ibid., p.220

[19] Ibid., p.70-71

[20] Lire l’essai de Michel Desmurget : La fabrique du crétin digital, Seuil, Paris, septembre 2019, 432 pages, 20€.

[21] Gisèle Sapiro, Parmi les premiers accusés de la Libération, Les collections LiRE magazine littéraire, n°21, p.35. 

[22] Ibid.

[23] Richard Malka, Ibid., p.246

[24] Ibid., p.389

[25] Ibid., p.21-22

[26] Ibid., p.22

[27] David Alliot, Sartre, un habile promeneur, Les collections LiRE magazine littéraire, n°21, p.21.

[28] https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2021-1-page-47.htm

[29] https://www.lexpress.fr/culture/livre/ce-qu-on-n-ose-pas-voir-sur-beauvoir_822547.html

[30] Ibid., p.126

[31] Ibid., p.126

[32] http://mlouizi.unblog.fr/2021/03/07/cette-gauche-europeenne-qui-aime-zarqaoui-et-deteste-taha-hussein/

[33] Richard Malka, Ibid., p.180

[34] Ibid., p.4

[35] https://www.assemblee-nationale.fr/11/rap-info/i2590.asp

[36] https://www.liberation.fr/evenement/1999/01/29/les-remords-de-soros-le-grand-raider-critique-aujourd-hui-les-exces-de-la-speculation_262388/

[37] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/separatisme-le-ccif-dissous-mais-toujours-debout-20201204

[38] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/11/14/01016-20121114ARTFIG00746-islamophobie-la-campagne-qui-derange.php

[39] Richard Malka, Ibid., p.22

[40] Ibid., p.71

[41] Ibid., p.268

[42] Ibid., p.268

[43] Ibid., p.215

[44] Ibid., p.305

[45] Ibid., p.64

[46] Ibid., p.216

[47] Ibid., p.216

[48] Ibid., p.216

[49] Ibid., p.303

[50] Ibid., p.220

[51] Ibid., p.260

[52] Ibid., p.260

[53] Ibid., p.294

[54] Ibid., p.279

[55] Ibid., p.279

[56] Albert Jacquard, Axel Khan, L’avenir n’est pas écrit, Pocket, Paris, 2001, 256 pages.

[57] Ibid., p.221

[58] Ibid., p.224

[59] Ibid., p.223

[60] Ibid., p.224

[61] Ibid., p.224

[62] Ibid., p.224

[63] Ibid., p.224

[64] Ibid., p.225

[65] Catherine Regnault-Roger, Des outils de modification du génome au service de la santé humaine et animale, Fondapol, Paris, 2020, p.28 

[66] https://www.academie-sciences.fr/fr/Rapports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/bebe-genetiquement-modifie.html

[67] Richard Malka, Ibid., p.300

[68] Yuval Noah Harari, Homo deus, une brève histoire du futur, traduction française, Albin Michel, Paris, 2017, 464 pages, 24€

[69] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-conseil-constitutionnel-censure-les-mesures-de-surete-pour-les-terroristes-sortant-de-prison-20200807

[70] https://www.parismatch.com/Actu/Societe/La-SNCF-donne-des-bracelets-aux-personnes-qui-voyagent-avec-un-passe-sanitaire-1752425

[71] https://www.france24.com/fr/20181022-accusations-viol-tariq-ramadan-reconnait-relations-sexuelles-consenties

[72] https://www.lci.fr/justice/jerome-cahuzac-purgera-sa-peine-de-prison-ferme-pour-fraude-fiscale-sous-bracelet-electronique-en-corse-du-sud-2117976.html

[73] Marianne, n°973, du 4 au 10 décembre 2015.

[74] Entretien de Daniel Cohen, Une société qui produit le désarroi politique, propos recueillis par Alexis Lacroix et Hervé Nathan, Marianne, n°973, du 4 au 10 décembre 2015, p.20-24.

[75] Ibid.,

[76] Ibid.,

[77] Ibid.,

[78] Ibid.,

[79] Albert Jacquard, Axel Khan, Ibid., p.218

[80] Ibid., p.219

[81] Ibid., p.219

[82] Albert Jacquard, Axel Khan, p.211.

[83] Ibid.,

[84] Ibid.,

[85] Richard Malka, Ibid., p.338


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