Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (fin)

21112008

Par Mohamed LOUIZI

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Conclusion

Cette personnalité créative qu’était Abou Hourayra n’était vraiment pas du genre ordinaire. Il n’envisageait pas de partir sans laisser des empruntes gravées dans les mémoires respectives de plusieurs générations.En donnant ainsi l’exemple que rien n’est impossible pour réaliser sa « Légende personnelle »(1) ou comme disait le vieux roi dans L’Alchimiste  de Paulo Coelho : «Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir » !(2)  Abou Hourayra en est l’exemple à méditer … très attentivement !

Né dans la misère, il mourut dans l’aisance.

Inconnu de presque de tous, il reconquit une  célébrité remarquable.

Analphabète durant toute sa vie, son surnom – scandé dans les mosquées des quatre coins du monde – inonde, quatorze siècles plus tard, les manuels scolaires des pays arabomusulmans, la littérature religieuse et les sites Internet.

Sans qualification aucune lui permettant d’approcher les sphères closes du pouvoir, il devint la colonne vertébrale de ce même pouvoir et de ses héritiers.

A la marge d’un texte qui stimule la raison, il réussit à injecter une forte dose d’une superstition qui aliment la déraison.

Au sein même d’une religion qui prône l’abolition du tribalisme, il instaura le Quraychisme(3)  bédouin comme «le » modèle original et originel à reproduire, de manière permanente, dans tous les domaines de la vie, pour rester prétendument fidèle à une illusion de tradition prophétique…

Peut-on parler des fruits du hasard dans tout ceci ? Je ne le pense pas. Car Abou Hourayra fut un personnage qui a su naviguer dans le sens des courants politiques favorables.

Il a su entre autres : gérer son génie créateur ; trouver au fond de lui-même une aptitude relativement singulière pour rendre sa vie utile ; profiter intelligemment des événements douloureux qui ont marqué son époque pour en tirer bénéfice et en sortir indemne ; s’attribuer toute liberté de pensée et d’expression même mensongère en proposant ses services juste à temps au politique ; et par-dessus tout, il a réussi l’accès à l’immortalité théologique, en pariant sur le cheval (le régime) gagnant.

En effet, ses Hadiths ont été retranscrits sous la couverture même des Omeyyades, pendant les trois années du règne de Omar Ibn Abdelaziz(4) qui avait recommandé – environ un siècle après la mort du prophète – de collecter les Hadiths dans des recueils, y compris ceux de Abou Hourayra, pour que ladite sunna ou tradition du prophète ne soit aucunement en reste.

Un siècle après la mort de Omar Ibn Abdelaziz, ce qui veut dire deux siècles après la mort du prophète, ses Hadiths furent  authentifiés … encensés … embaumés … confits et quasiment « momifiés » par Al Boukhari et par Mouslim dans leurs recueils respectifs.

Depuis, il n’est donc plus question de les remettre en question … Le faire – surtout dans le cadre des monarchies théologiques sunnites ancestrales et assimilées – est synonyme d’une exposition volontaire à l’anathème et à la sanction de l’apostasie !

Critiquer les textes portant sa signature signifie renier l’islam  et donc trahir la religion que ces monarchies prétendent représenter et défendre. Puisque, le monarque, épaulé par le religieux de service,  se veut le porte-parole du divin et son bras armé sur Terre. 

Grâce à cette alliance abracadabrante, Abou Hourayra se voit attribuer au fil des années et des siècles, une immunité sans limites, engendrant automatiquement chez les disciples clonés un protectionnisme violent, empêchant les uns et les autres de se livrer par eux-mêmes à un quelconque travail introspectif. Et gare à ceux qui oseront outrepasser cette ligne rouge, tracée et gardée conjointement, par les pouvoirs politiques corrompus et par leurs mercenaires théologiques. 

La remise en question des Hadiths de Abou Hourayra, et de bien d’autres rapporteurs presque divinisés, implique l’écroulement en avalanche de toute une religion basée sur ces Hadiths. Cela signifie aussi l’écroulement de tout ce que l’on a construit ,depuis le temps des ommeyyades, en se basant sur ces mêmes hadiths. En langage théologico-politique, cela veut dire la chute précipitée des régimes qui s’en réclame. Le risque semble être plus que certain donc il faut à tout prix sauver le soldat Abou Hourayra !

Cependant et malgré la limitation de vitesse dans cette zone religieuse à risque, il existe toujours des personnalités – non chiites – de renommée historique qui ont osé crever l’abcès au risque de se voir marginaliser ou même excommunier.

Certes, leurs travaux sont restés inconnus du grand public, même arabophone, car les régimes politiques en place et leur protectorat théologique en ont décidé ainsi. Et ce, par le contrôle des manuels scolaires … le contrôle des prêches hebdomadaires dans les mosquées … le contrôle des articles publiés dans la presse … le contrôle des sujets de thèses dans les universités …

Mais à présent, les choses ont beaucoup changé, fort heureusement, surtout avec l’explosion et la démocratisation relative du numérique et aussi avec la diminution progressive du contrôle  des censeurs de l’information historique et religieuse … grâce à l’effet Internet.

On découvre alors sans détour que Abou Hourayra n’était ni ce personnage exemplaire … ni cette mémoire prodigieuse à laquelle on a voulu nous faire croire !

Des contemporains, à l’image de nombreux anciens, l’ont contesté, critiqué et désapprouvé en démontrant consciencieusement son « mercenariat » théologique au service du pouvoir corrompu de Damas, ses liens suspects avec des conteurs hébreux et sa biographie controversée qui soulève tant de doutes et de suspicions. 

Citons, parmi ces anciens(5) : Aïcha femme du prophète, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb, Abou Hanifah An-Nouamane(6), Soufiane At-Thawri(7), Ibrahim An-Nakh’î(8), Ibn Katibah(9), Al A’amache(10), Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani(11), Ibn Al Athir(12), Abou Jafar Al Iskafi(13)… et bien d’autres encore…

Et parmi les contemporains – historiens, docteurs et écrivains de renommée – que l’on peut citer à titre non exhaustif : Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î(14), Mohamed Rachid Reda(15), Ahmed Amine(16), Taha Hussein(17), Mahmoud Abou Rayyah(18), Ahmed Sobhi Mansour(19), Moustapha Bouhandi(20), Zakaria Ozoune(21), Abderrazak Îde(22), Abdel Jawad Yassin(23)  

Quant à cette étude analytique, elle a rempli – peut-être ? – son devoir d’informer en faisant référence à tout ce patrimoine ancestral et à toutes ces études contemporaines. Et ce, dans le respect des règles d’investigation, en prenant en compte la pluralité des approches et en optant pleinement pour l’ouverture sur toute la littérature accessible, en relation avec la biographie de ce personnage et sans aucune sorte de considération idéologique, dogmatique ou politique.  

Après tout, libre au lecteur, libre à lui de répondre ou non à l’invitation formulée tout au début de cette étude et que je réitère ici une nouvelle fois :

J’appelle à une insoumission totale et à une « désobéissance »(24) éthique, à tout pouvoir théologico-politique ou théologico-associatif se proclamant de cette religion dénaturée – celle des Hadiths entre autres – qui est née de ce mariage ancestral arrangé entre le théologique et le politique et qui porte les empreintes de l’absolutisme, du totalitarisme et de l’obscurantisme, dont les principaux inspirateurs sont Abou Hourayra, ses semblables et ses héritiers et tous ces théologiens de service que l’on connait à l’heure actuelle.

Il est temps que les consciences libres se réveillent enfin… !

Car des guerres sectaires et religieuses s’embrasent ; des enfants meurent ; des femmes sont contraintes à la soumission ; des civilisations millénaires se défont ; des populations se fragmentent en groupes ethnico-religieux guerroyants ; les inégalités se manifestent davantage ; la paupérisation des plus pauvres s’accentue ; les phobies en tous genres s’emparent de nouveau des cœurs ; les régressions diverses se font sentir ; l’inquisition est de retour ; … en grande partie, à cause de la soumission absolue et mentalement aveugle à cette religion dévoyée.

En attendant, je continuerai de rêver tant qu’il est encore Halal et non prohibé par des Hadiths de le faire !

Rêver en écrivant et écrire en rêvant du jour où le Seigneur ne sera plus pris en otage par les petits seigneurs d’ici bas…

Rêver du jour où la religion ne sera plus ni opium ni vitamine mais une approche rationnelle et authentique de la vie et de la mort …

Rêver du jour où la fraternité humaine sera consolidée, une bonne fois pour toutes, pour que nous, humains, puissions nous occuper collégialement enfin des défis majeurs et partagés : écologiques, civilisationnels, économiques… et qui menacent, si rien n’est fait, notre existence collective d’une fin absolument dramatique, scientifiquement prévisible et non pas mystérieusement invisible comme les signes de la fin des temps cités dans les Hadiths de Abou Hourayra !

Informer, inviter, rêver et faire rêver : voilà les quatre fins que je voulais atteindre par cette étude.

Merci à vous !

Notes :

1- Paulo Coelho, L’Alchimiste, Edition Anne Carrière, Paris, 1994, p.36

2- Ibid., p.81

3- Par Quraychisme, on désigne l’ensemble des mœurs et traditions culturelles bédouines de l’Arabie avant l’avènement du prophète Mohammad et après sa mort. Aujourd’hui, des courants salafistes appellent au retour à l’ensemble de ces mœurs et traditions qui, selon eux, font parti de la religion : la barbe, l’habillement Halal, la polygamie,… Tout comme les revendications des mouvements de l’islam politique et/ou de la représentativité  qui, au nom de l’idéologie dite du  Juste milieu – facette intégrable du salafisme –, tempèrent et modernisent leurs revendications « bédouines » dans la forme, sans pour autant penser le bien fondé de ces mêmes revendications : le voile, les carrés dit musulmans, l’abattage dit rituel, la gestion des lieux de cultes… Dans ces sphères, plus on se conforme à ce modèle bédouin mieux on est perçu et vice et versa. Plus on est détaché de la réalité réelle et attachée à une réalité passée plus on est proche de l’islam dit authentique. Le parfait et l’idéal, dans le cadre de ces courants de pensée, comme le dit Adonis(*), n’est pas un futur à construire mais au contraire, il est un passé à reproduire … à l’identique !       

(*) – Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006 (en arabe)

4- Huitième roi de la dynastie omeyyade entre 717 et 720. On le considère aussi comme le cinquième calife orthodoxe – bien guidé – vu son souci d’établir la justice sociale et de bien gérer les affaires de son Etat. 

5- Lire l’ensemble de ces prises de position dans les deux livres cités ci-dessus de Mahmoud Abou Rayyah.

6- Abou Hanifah An-Nouamane (699-767) ; jurisconsulte irakien et maître de l’école Hanafite.

7- Soufiane At-Thawri (719-783) ; spécialiste des Hadiths.

8- Ibrahim An-Nakh’î (672-718) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

9- Ibn Katibah juriste et homme de lettre du neuvième siècle, il qualifiait Abou Hourayra de « premier rapporteur soupçonné de l’histoire des Hadiths »

10- Al A’amache (709-750) ; jurisconsulte et spécialiste des Hadiths.

11- Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani

12- Ibn Al Athir Al Jazri (1177-1252) historien et spécialiste des Hadits, auteur du livre Al Kamil Fi At-Tarikh (en arabe)

13- Abou Jafar Al Iskafi, moutazilite, il jugeait sévèrement Abou Hourayra en le qualifiant de « pas digne de confiance »

14- Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (1880-1937), littérateur, poète et écrivain égyptien célèbre. Auteur de : Wahyou Al Kalam, I’îjaz Al Coran, Al Balaghah An-Nabawiyah,…

15- Cf. ci-dessus

16- Ahmed Amine (1878-1954) littérateur, poète et écrivain égyptien, auteur de : Fajer Al Islam, Doha Al Islam,…

17- Taha Hussein (1889-1970), surnommé le doyen de la littérature arabe. Auteur de : Al Fitnah Al Korah, Al Ayyam, Fi Achi’r Al Jahiliy,…

18- Cf. ci-dessus

19- Ahmed Sobhi Mansour, égyptien, historien diplômé de l’université Al Azhar et ex-enseignant dans la même université. Réside actuellement aux Etats Unis d’Amériques. Auteur de plusieurs livres et articles remettant en cause les Hadiths, le sunnisme et les Frères Musulmans

(Cf. http://www.ahl-alquran.com)

20- Cf. ci-dessus

21- Zakaria Ozoune auteur de : Jinayate Al Boukhari, Jinayate Achafi’î, Jinayate Sibawayh…Pour sa critique à Abou Hourayra, lire le livre Jinayate Al Boukhari  (que l’on peut  traduire par « Crime de Al Boukhari »).

22- Abderrazak Îde, né en 1950 en Syrie, universitaire, auteur d’une vingtaine de livres. En 2003, il publia son livre Sadanat Hayakil Al Wahm qui analyse et critique la raison juridistes des supposés « savants » de l’islam en prenant l’exemple du discours du syrien Saïd Ramadan Al Bouti. Ensuite il publia un autre livre analysant le discours de Al Qaradawi.  

23- Abdel Jawad Yassin, né en Egypte en 1945. diplômé de la faculté du droit du Caire en 1976, ex-juge. Auteur de plusieurs essais politiques et constitutionnels.

24- J’entends par « désobéissance éthique» une attitude réfléchie, intentionnelle, individuelle et/ou collective, privée et/ou publique, pacifique, respectueuse des exigences de la civilité, ne visant pas à la provocation ou à la confrontation physique avec les pouvoirs en question ; mais au contraire à une prise de conscience collective – y compris celle des religieux et des politiques – des dégâts qu’engendrent depuis plusieurs siècles l’obéissance et la soumission absolue à ces textes – Hadiths – nocifs, rétrogrades et obscurantistes (cf. Annexes) !

Bibliographie

Abou Rayyah, Mahmoud, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994 (en arabe)

Abou Rayyah, Mahmoud, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957 (en arabe)

Ad-Dahbi, Chams Ad-Dîne, Siyar A’alâm An-Noubala’a, Dâr Al Ma’arifah, Beyrouth, 2007 (en arabe)

At-Tabari, Ibn Jarire, Tarikh At-Tabari, Dâr Al Hilal, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Bouhandi, Mustapha, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002 (en arabe)

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, Dâr Al Kotoub Al Ilmiyah, Beyrouth, 1997 (en arabe)

Îde, Abderrazzak, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Tamoudajane, Dâr At-Tali’a, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Khalid, Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001 (en français)

Ozoune, Zakaria, Jinayate Al Boukhari, Riad El-Rayyes Books, Beyrouth, 2004 (en arabe)

Yassine, Abd Al Jawad, As-Soltatou Fi’l Islam, Centre Culturel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Prochainement sur ce blog :

Un nouvel article contestant, preuve à l’appui, une manoeuvre scandaleuse des dirigeants de la mosquée de Villeneuve d’Ascq visant à falsifier l’histoire récente de la mosquée et d’effacer, à coup de retouches photographiques, une partie de sa mémoire en recourant à des méthodes digne du parti communiste russe des années 1920.

Cet article sera aussi l’occasion de s’arrêter, brièvement et à notre petite échelle, sur la question de la soumission de l’histoire à l’idéologie.

A suivre !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (11)

14112008

Par Mohamed LOUIZIservitudevolontaire.bmp

9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades ! (Suite)

 […] Des personnes refusaient de reconnaître le régime des Omeyyades et de lui prêter allégeance. D’ailleurs, l’une des causes directes de la bataille de Karbala était justement le refus de Al Hussein – le petit fils du prophète – de reconnaître la légitimité de Yazid Ibn Mouawiyah qui avait hérité du pouvoir de son père en installant une monarchie héréditaire à Damas à la place du califat à Médine dont le calife était désigné à l’issue d’une concertation, même limitée.

Abou Hourayra a accouru, bien avant cette bataille, à la rescousse de Mouawiyah en lui inventant des Hadiths appelant à l’obéissance et interdisant au nom de Dieu, toute révolte populaire.

Il diffusa ainsi un Hadith présenté telle une parole du prophète : « Quiconque m’obéit, obéit à Dieu; et quiconque me désobéit, désobéit à Dieu. Quiconque obéit au gouverneur [Mouawiyah], obéit à moi; et quiconque lui désobéit, désobéit à moi »(1).

En effet, la désobéissance au gouverneur pour une raison ou pour une autre, devient une désobéissance au prophète, et par extrapolation, elle devient une désobéissance à Dieu directement.

Le gouverneur est défini, dès lors, comme le représentant et le porte-parole de Dieu sur Terre. Eh oui, puisque dans un autre Hadith diffusé lui aussi par Abou Hourayra et présenté lui aussi comme parole prophétique, je cite : «Les fils d’Israël étaient gouvernés par les prophètes. Chaque fois qu’il en mourrait un, un autre lui succédait. Or nul prophète après moi. Il y aura après moi mes successeurs et ils seront nombreux». Les compagnons dirent : «Ô Messager de Dieu! Que nous ordonnes-tu de faire [avec eux]?» Il dit: «Soyez fidèles au premier d’entre eux à qui vous aurez fait acte d’allégeance puis donnez-leur ce qui leur revient de droit et demandez à Dieu ce qui vous revient à vous-mêmes. Dieu leur demandera compte des intérêts de leurs sujets»(2) ! Mouawiyah justifia ainsi sa légitimité de roi par ladite théorie du droit divin semblable à celle des monarchies chrétiennes médiévales.

A partir de ce moment, Mouawiyah n’eut plus aucun compte à rendre aux gens – ses sujets – puisque sa légitimité provenait directement de Dieu, à en croire ce hadith, et que sa gouvernance n’était qu’un heureux signe du destin céleste !

Les gens quant à eux, n’avaient pas à revendiquer un quelconque droit. Au contraire, ils devaient en plus s’acquitter des devoirs qui sont les leurs envers les élus du ciel : Mouawiyah et ses héritiers bénis, bien sûr. Et ce jusqu’au jour du jugement dernier !

Ce moment triste, le penseur Malek BENNABI le ressent comme une grande fracture dans l’histoire de la jeune communauté et montre ce que sera à présent la gestion de l’Islam qui, dès l’assassinat de Ali Ibn Abi Taleb, passe du sentiment spirituel à l’esprit politique.

Dans la préface d’un  texte de 1970 et intitulé « Vocation de l’Islam », BENNABI écrit : « La cité musulmane a été pervertie par les tyrans qui se sont emparés du pouvoir, après les quatre premiers califes. Le citoyen qui avait voix au chapitre dans tous les intérêts de la communauté, a fait place au « sujet » qui plie devant l’arbitraire et au courtisan qui le flatte. La chute de la cité musulmane a été la chute du musulman dépouillé désormais de sa mission de « faire le bien et de réprimer le mal ». Le ressort de sa conscience a été brisé et la société musulmane est entrée ainsi progressivement dans l’ère post-almohadienne où la colonisabilité appelait le colonialisme… »(3).

Mouawiyah était l’un des principaux instigateurs de cette chute brutale et prématurée, et Abou Hourayra, quant à lui, prenait les devants pour figurer non seulement parmi les sujets loyaux mais aussi, pour se servir du sentiment spirituel afin d’atteindre des finalités purement politiques.    

Lorsque des soulèvements populaires se déclaraient contre Mouawiyah et contre sa dynastie, Abou Hourayra était là aussi pour décourager les gens et pour neutraliser leurs actions légitimes, en diffusant des Hadiths conçus spécialement à cette fin.

Un jour, il attribua un récit prémonitoire au prophète – en oubliant au passage que le Coran rappelle à plusieurs reprises que le prophète ne pouvait informer du monde invisible ou des choses à venir autres que ce qui est écrit dans le Coran – dans lequel le prophète aurait présagé un futur proche désastreux et chaotique pour sa communauté : « Il y aura des séditions ! Durant lesquelles, celui qui restera assis sera meilleur que celui qui se mettra debout ! Celui qui se mettra debout sera meilleur que celui qui se mettra en marche ! Celui qui se mettra en marche sera meilleur que celui qui se mettra à courir ! Celui qui y participera sera anéanti à coup sûr ! Quiconque trouvera un refuge devra impérativement s’y rendre pour s’en préserver »(4).

Ce Hadith – qui dans l’apparence appelle au calme et à la pacification des esprits au moment des émeutes – a été, en effet, conçu pour maîtriser les révoltes contre la prise violente du pouvoir par Mouawiyah et par ses milices.

Abou Hourayra visait à pousser les gens à se soumettre à la dynastie de Damas, à anesthésier les consciences critiques et à faire avaler la pilule omeyyade aux plus grands nombres. Au fond, ce Hadith justifie, voire tolère et encourage, les violences du pouvoir et exige , en contre-partie, un comportement pacifique de la part des sujets.

Et bien que je sois, moi-même, acquis à cette idée ingénieuse de pacification des conflits et au principe de la non-violence comme choix éthique indispensable pour tout changement, je me refuse tout de même d’assimiler la non-violence à l’absence de la résistance pacifique, à la lâcheté intellectuelle, à la servitude volontaire aux pouvoirs corrompus et à l’acceptation du fait accompli.

D’ailleurs, l’absence de résistance est contre nature. Le corps qui ne résiste pas aux attaques externes est, par définition, un corps mort ou en phase terminale.

Résistance ne rime pas forcément avec violence. On peut et on doit, en effet, résister tous les jours contre toute sorte d’attaques mais sans pour autant user de la violence, quelle qu’elle soit, pour acquérir ses droits.

Ce même Hadith – pure coïncidence me dit-on – était utilisé par l’institution théologique Al Azhar en 1914 pour faire taire la voix des Égyptiens qui réclamaient simplement l’indépendance de l’Egypte et la fin de la colonisation anglaise(5).

Les cheikhs de Al Azhar, qui « dirigeaient » l’institution à cette époque, ont mis ladite sunna du prophète au service des lords britanniques colonisateurs en « haramisant » – en rendant illicite – toute lutte légitime et toutes manifestations populaires pour la liberté et pour l’indépendance. En revanche, si ce Hadith n’engendre pas, aujourd’hui comme hier, un effet d’« opium »(6) social, je me demande sérieusement à quoi il sert au juste ? 

Abou Hourayra ne s’arrêta pas à ce niveau et inventa d’autres Hadiths qui servaient à fortifier l’idéologie de la servitude et de l’obéissance au roi, prétendument l’élu du Ciel et le bien-aimé de Dieu. Il osait même affirmer que Dieu dit dans un Hadith – autre que le Coran ! – je cite : « Celui qui témoigne de l’hostilité envers l’un de mes serviteurs bien-aimés, je lui ai déclaré la guerre ! »(7).

Moralité à retenir : Mouawiyah étant considéré comme ce serviteur bien-aimé, point de désobéissance à son égard et à l’égard de sa dynastie si l’on voulait vraiment éviter et échapper à la colère du Seigneur !

Plus encore, en s’appuyant sur son interprétation du signe 59 de la sourate 4 du Coran, Abou Hourayra affirmait que l’obéissance aux gouverneurs et à ceux qui détiennent les pouvoirs est une obligation religieuse semblable à l’obéissance à Dieu et à son messager(8) !

Cette obéissance à caractère absolu et inaltérable, doit être de rigueur quelles que soient les circonstances et l’attitude politique et sociale du gouverneur. Il prétendait que le prophète disait : « S’engager en guerre ou conquête dans les rangs du prince est une obligation … que celui-ci soit juste et pieux ou qu’il soit injuste et dépravé ! »(9)… et j’en passe et des meilleurs !    

Enfin, la coutume veut que tout service de loyauté mérite salaire et récompense. Abou Hourayra, en raison des services loyaux et précieux qu’il a pu rendre à Mouawiyah et à sa dynastie, mais aussi à toutes les monarchies, a été généreusement récompensé.

Il quitta sa vie de misère en devenant du jour au lendemain : gouverneur et imam – pas de n’importe quelle ville – mais de Médine, résidant dans un palais qu’il lui fut offert par le régime de Damas, marié avec celle qui était auparavant son ancienne employeuse et propriétaire d’un grand terrain fertile reçu aussi comme apanage octroyé par le régime…

Et même après sa mort, sa famille ne perdit aucun de ses avantages économiques et sociaux. Au contraire, Mouawiyah avait demandait que l’on prenne soin de ses proches en répondant à tous leurs besoins.(10)

En bref, Abou Hourayra récolta, à tout point de vue, les fruits de son mercenariat théologique en faveur de la dynastie Omeyyade et aussi en faveur de toutes les monarchies ancestrales et héréditaires, absolues ou assimilées, passées ou présentes, que ce soit dans la péninsule arabe ou dans le reste du monde conquis et asservis depuis toujours au culte de Mouawiyah.

(A suivre …)

Notes :

1- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.374

2- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.404

3- Malek Bennabi, Vocation de l’Islam, édition ANEP, 2006, p. 11

4- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.361

5- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p. 252

6- « … La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple » expression de Karl Marx (1818-1883) dans Critique de la philosophie du droit de Hegel. Cette même analyse peut nous servir aujourd’hui pour décrire relativement bien cette religion – des Hadiths – voulant garder la population asservie au pouvoir politique à l’aide de laquelle on justifie l’absolutisme au nom de Dieu, on promet au gens le Paradis (ou bonheur futur) en contre partie de leur silence et de leur aliénation (ou malheur présent) ! De ce point de vue, la religion des Hadiths, surtout ceux à contenu politique, n’est en vérité qu’un opium théologiquement et politiquement très efficace !    

7- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.210

8- Cf. l’exégèse du signe coranique dans Fath Al Bari.

9- Abou Daoud, Sounane Abou Daoud, Source Internet – Site de la « Ministère des Affaires Islamiques, des Waqfs, de l’Appel et de l’Orientation » de l’Arabie Saoudite :

http://www.al-islam.com/arb/

10- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.261-265 




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (10)

7112008

Par Mohamed LOUIZI

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9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades ! (2)

[...] Abou Hourayra a bien su gérer son énergie créatrice dans ses Hadiths et ses contes. Il a bien réussi son numéro visant à intéresser Mouawiyah. Il s’est parfaitement distingué de la masse des compagnons restants, en prétendant être l’héritier exclusif du savoir prophétique, en s’attribuant des qualités exceptionnelles et une mémoire prodigieuse prétendument capable de conserver en l’état ce que toutes les autres avaient prétendument oublié !

Il y avait donc là de quoi séduire Mouawiyah, qui voyait certainement en lui l’homme idéal du régime pouvant lui façonner sur mesure des Hadiths qui légitimaient sa stratégie de coup d’Etat et ses intentions hégémoniques et autoritaires. Car même en étant probablement charismatique et issu de la noblesse mecquoise, Mouawiyah manquait cruellement d’assise théologique.

En effet, Mouawiyah s’est converti à l’islam non pas par adhésion mûrement consentie mais en capitulant, en l’absence d’autres alternatives militaires, le jour de la prise de la Mecque par le prophète en l’an 8 de l’hégire(1), et avec le secret espoir de garder ses avantages sociaux et économiques dans cette ville.

Il était parmi ceux que le prophète avait gracié et auxquels il a pardonné ce jour-là en dépit de leurs participations actives, durant les vingt dernières années précédentes, à des complots visant à assassiner le prophète ; à exterminer sa jeune communauté ; à torturer des femmes et des hommes et à mener des offensives militaires contre Médine.

Malgré son implication directe dans toutes ces bassesses, le prophète a fait envers lui et envers d’autres personnes, un acte de bonté venant du cœur en déclarant, je cite : « Il ne vous sera fait ce jour ni blâme ni reproche. Dieu vous pardonne, Il est le plus Miséricordieux des Miséricordieux. Allez ! Vous êtes libres ! »(2).

Quelques semaines après sa conversion, il s’est vu attribuer 100 chameaux et 40 onces d’argent du butin échu à la bataille de Hunayne(3). Depuis ce jour, Mouawiyah était considéré comme faisant partie de ceux dont les cœurs devaient être conquis davantage : Al Mouallafati Koloubouhoum(4) en arabe.

Ceux-là étaient des gens, bien qu’ils témoignaient manifestement de leur foi en paroles et en actes, dont le prophète craignait néanmoins que leurs cœurs soient encore fragiles et instables. Et il jugea donc nécessaire de leur donner une partie du butin et de la zakat  – aumône obligatoire purificatrice – pour affermir « par un don matériel une foi, qui s’étant plus ou moins déjà exprimée, restait néanmoins fragile »(5).

Cette pratique restera d’actualité jusqu’à la prise du pouvoir par le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab qui refusa lui, a contrario, de leur donner quoi que ce soit, puisque l’Etat n’avait plus besoin de leur soutien et qu’ils ne représentaient plus qu’une infime minorité négligeable.(6)

En plus, Mouawiyah était soupçonné, après sa conversion, de ne pas être digne de confiance, au sens politique du terme(7). Il était même suspecté de mener un complot avec d’autres pour affaiblir et renverser de l’intérieur le pouvoir à Médine, qui avait renversé auparavant le pouvoir de son père à la Mecque(8).

Il vit son rêve d’hériter un jour du statut de leader charismatique de la Mecque et donc des Arabes, après la mort de son père, se volatiliser du jour au lendemain. Rêve d’enfant qui put toutefois s’exhausser plus tard, en prenant la tête de la dynastie Omeyyade (661 – 750), à partir de l’année 661 l’ère chrétienne, 41 de l’hégire, année baptisé Année de la Jama’âh(9) … année du groupe ou de l’union  … et après qu’il se fut débarrassé de Ali Ibn Abi Taleb et poussé son fils Al Hassan à renoncer à toutes prétentions sur la gouvernance du califat !

Il était considéré aussi à cette même époque tel un élément à surveiller étroitement, quoiqu’il ait remplit – nous dit-on – quelques fonctions de secrétariat auprès du prophète pendant quelques mois. Information que confirment des historiens et infirmées par d’autres(10).

Il n’en était pas question pour lui, étant donnée sa conversion controversée, de prétendre à un quelconque mérite ni à une vertu acquise du vivant du prophète qui eussent pu le légitimer au plan religieux et dans son aptitude à devenir le calife. C’est à ce moment précis que Abou Hourayra se révéla très utile en proposant ses services et manifesta opportunément sa loyauté et son allégeance à Mouawiyah.

Abou Hourayra songea d’abord à faire l’éloge des Quraychites – des mecquois – puisque Mouawiyah en faisait partie ainsi que Ali. Une façon de séduire les deux et de préparer ainsi le terrain d’une éventuelle allégeance au gagnant !

Dans un Hadith, il rapporta que le prophète disait : « Pour ce rang [le pouvoir souverain ou califat], les Quraychites ont la suprématie sur tous les gens: leurs musulmans l’ont sur les musulmans et leurs polythéistes sur les polythéistes »(11), ceci se passe donc de tout autre commentaire !  

Ensuite, il diffusa, avec d’autres semblables, des Hadiths chantant élogieusement les mérites de la Syrie et de sa capitale Damas, qui représentait le fief de Mouawiyah et des Omeyyades.

Abou Hourayra prétendait que le prophète avait annoncé la dynastie royale de Damas. Selon lui, le prophète aurait dit : « Le Califat est à Médine. La monarchie serait en Syrie »(12) ! 

Dans un deuxième Hadith,  Il considéra Damas comme l’une des quatre villes du Paradis(13), à côté de la Mecque, de Médine et de Jérusalem. Quant à Sanaa, la capitale du Yémen, il l’a considérait selon ce même Hadith, comme l’une des villes de l’Enfer(14). Il ne garda manifestement que de très mauvais souvenirs de son pays natal le Yémen, synonyme pour lui de misère infernale, comparé aux délices syriennes !    

Il publia d’autres Hadiths chantant les vertus de Mouawiyah, ses talents, sa beauté et ses qualités extraordinaires. Il racontait qu’un jour le prophète aurait donné une flèche à Mouawiyah en lui disant : « Prends cette flèche – symbolisant peut être le pouvoir – jusqu’à ce que tu me trouveras au Paradis »(15)!

Il confirmait avoir entendu le prophète dire un jour : « Dieu a mis sa confiance en trois personnes pour protéger sa révélation : Moi [le prophète], l’ange Gabriel et Mouawiyah »(16) !

Un jour, Abou Hourayra fixa voluptueusement ses yeux sur une jolie fille nommée Aïcha fille de Talha en disant : «Louange à Dieu qui t’as embelli. Merci à tes parents qui t’ont bien nourri.  Par Dieu ! Je n’ai jamais vu de beauté pareille si ce n’est celle du visage de Mouawiyah quand il montait sur la tribune du prophète »(17).

En regardant d’un bon œil (!) cette jolie fille, Abou Hourayra semblait oublier, au passage, la recommandation coranique suivante : «Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards »(18) !

Se mettre au service de Mouawiyah, imposa de fait à Abou Hourayra de s’opposer automatiquement à Ali. Raison pour laquelle, il se mit à le discréditer publiquement et à alimenter les sermons de vendredi, contrôlés en grande partie par Mouawiyah, par des histoires décrivant le gendre du prophète tel un dépravé enfreignant la religion et ne méritant pas, de ce fait, d’être calife.

Abou Hourayra accompagna Mouawiyah, en l’an 41 de l’hégire, dans son voyage à Koufa en Irak, pour imposer à Al Hassan Ibn Ali de cesser toute revendication politique sur le califat. Au milieu de la mosquée de la ville, il s’agenouilla en tapant sur sa tête chauve pour attirer l’attention des gens. Ensuite, il leur adressa la parole en disant : « Ô Irakiens ! Vous prétendez que je mens sur le prophète et que je me brûle ainsi par le feu de Dieu. Par Dieu ! J’ai entendu le prophète dire : Chaque prophète a son sanctuaire. Le mien se situant à Médine, s’étend du mont Îre au mont Thawr. Quelqu’un qui le viole recevra la malédiction de Dieu, des anges et du monde entier. Par Dieu !  J’atteste que Ali Ibn Abi Taleb a profané ce lieu sacré »(19).

Abou Hourayra dont l’image assez controversée le devançait partout où il allait, à l’image des Irakiens qui le remettaient  déjà en cause, rajouta à son actif ce nouveau mensonge, essentiellement pour plaire à Mouawiyah qui encourageait ce type de Hadith visant à salir l’image et la mémoire de son adversaire Ali et de sa famille.

Il commit toutefois une petite erreur, du point de vue géographique, puisque le mont Thawr – là où le prophète et Abou Baker As-Seddik s’étaient cachés pendant leur voyage d’émigration vers Médine – se situe près de la Mecque et non pas au voisinage de Médine : il y a 450 km, entre les la Mecque et Médine, mais à beau mentir qui vient de loin, comme le dit le proverbe !

Quand Ali fut assassiné par les Kharijites(20), Mouawiyah, après avoir appris la nouvelle, se mit à rendre grâce à Dieu et à prier, en faisant six génuflexions, en milieu de matinée. Une prière nommée plus tard la prière de Ad-Doha par des jurisconsultes sunnites qui, en s’appuyant sur un Hadith d’Abou Hourayra, la considère comme faisant partie de la tradition prophétique à observer à titre surérogatoire.

Cela suppose que le prophète faisait cette prière et la recommandait à sa communauté. Mais en lisant, le recueil présumé authentique de Al Boukhari par exemple, on s’aperçoit que le prophète ne la faisait pas(21) :

Aïcha, sa femme, confirma dans un autre Hadith que le prophète n’avait jamais accompli cette prière !

Abdallah fils de Omar Ibn Al Khattab rajouta que son père, à l’image du prophète et du premier calife Abou Baker As-Seddik, ne l’observait pas non plus.

Comment ce fait-il que Abou Hourayra confirma, je cite : « Mon ami intime [le prophète] m’a conseillé d’observer durant toute ma vie trois choses : Jeûner trois jours par mois, faire la prière de Ad Doha et ne dormir qu’après avoir fait la prière de Al Witre (prière dont le nombre de génuflexions est impair) »(22) ??

Abou Hourayra a visiblement assuré la couverture religieuse à Mouawiyah en lui fournissant un Hadith qui faisait apparaître cette prière – inventée de toutes pièces par Mouawiyah – comme recommandation prophétique !

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, par souci de fidélité à la tradition (sunna) du prophète, se joignent inconsciemment, dans l’accomplissement de cette prière, à la joie de Mouawiyah, des siècles après l’assassinat de son adversaire Ali Ibn Abi Taleb !

On trouve ce même phénomène d’invention de textes à résonnance religieuse, pour atteindre des fins politiques, lorsque l’on cherche l’origine de certains actes cultuels considérés comme faisant partie de la tradition prophétique par les sunnites.

Un autre exemple révélateur, le jeûne du dixième jour du premier mois lunaire [Muharram], nommé Achoura. En effet, au moment où des sunnites, en se basant sur des Hadiths controversés, affirment que le prophète a recommandé fortement le jeûne de ce jour, d’autres disent que le jeûne du jour de Achoura commémore la joie des Omeyyades  après la décapitation de Al Hussein Ibn Ali Ibn Abi Taleb – le petit fils du prophète – lors de la bataille de Karbala le 10 octobre 680 de l’ère chrétienne correspondant ou 10 Muharram de l’année 60 de l’hégire, par l’armée de Yazid Ibn Mouawiyah :  le deuxième roi de la dynastie Omeyyade après la mort de son père(23).

A partir de ce moment douloureux pour les chiites, la machine théologique des Omeyyades a assuré une autre couverture théologique pour que les générations sunnites futures célèbrent inconsciemment ce massacre par le jeûne, et  pourquoi pas, par la fête !

Au Maroc à titre d’exemple – mon pays natal que je connais relativement bien – les parents achètent à leurs enfants, à cette occasion, des jouets ; les femmes mettent du henné ; les filles dansent ; les garçons font exploser des pétards et mettent le feu dans les pneus usés ; les familles se rassemblent pour fêter Achoura autour d’un couscous ; L’anniversaire d’un assassinat politique est devenu donc un moment de jeûne et de joie publique chez les sunnites. 

Au même moment où les chiites entretiennent le deuil en pleurant leur imam Al Hussein Ibn Ali de la manière la plus sanguinaire qu’elle soit, les sunnites quant à eux, célèbrent leur joie dans l’esprit d’une fête – une sorte de Noël ommeyyade – dont le sens exacte échappe à la majorité de ceux qui l’observent pieusement.

Abou Hourayra n’a visiblement pas joué un grand rôle dans cette affaire, puisqu’il est décédé avant cette bataille. Néanmoins, ses 800 fidèles élèves(24) ont su suivre ses pas et honorer sa mémoire en mettant le texte religieux au service du palais et en inventant d’autres textes justifiant les crimes de l’empereur lorsqu’une demande royale leur eut été exprimée !

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.189

2- Tariq Ramadan, op.cit., p.270

3- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.302

4- Ceux-là avaient un statut particulier à l’époque du prophète, ils faisaient parti des gens qui recevaient l’aumône : « Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de recueillir ces dons et de les répartir, à ceux dont les cœurs sont à gagner, au rachat des captifs, aux endettés insolvables, à ceux qui se consacrent à la cause de Dieu et aux voyageurs démunies… » Coran, 9, 60

5- Tariq Ramadan, op.cit., p.278

6- Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar, 1998, n°65, p.98

7- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.197-222

8- Ibid., p.223-224

9- Année de l’assassinat de Ali Ibn Abi Taleb par les Kharijites et de la renonce de son fils Al Hassan de toute prétention du droit à la gouvernance (califat).

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.222-225

11- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.414

Lire aussi :

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.318-345

12- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.267

13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.255

14- Ibid., p.255

15- Ibid., p.254

16- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.188

17- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.255

18- Coran, 24, 30

19- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.257

20- Kharijites représentaient la branche armée qui est née du refus de l’arbitrage entre Ali et Mouawiyah à l’issue de la bataille de Siffin. Cette bataille entre musulmans avait été meurtrière et Ali accepta l’idée d’un arbitrage pour arrêter le bain de sang. En principe, ils étaient partisans d’Ali, les kharidjites se sont retirés et ont condamné les deux camps. Ils ont reproché à Ali de s’être soumis à un arbitrage car « L’arbitrage n’appartient qu’à Dieu ». Cette formule vaut un autre néologisme au kharidjisme celui de la Muhakkima, ce qui désigne la communauté de ceux qui prononcent la formule « L’arbitrage n’appartient qu’à Dieu ». Selon eux, une fois accepté par Dieu, le calife Ali n’avait pas le droit de se laisser remettre en question par des humains : Mouawiyah et ses alliés. Le clan rebelle était, du point de vue kharijite, celui de Mouawiyah qui aurait dû s’incliner devant Ali. Alors que son intention était de se diriger vers la Syrie pour combattre de nouveau Mouawiyah, Ali a du combattre les kharijites à Nahrawân  près de la ville de Bagdad actuelle en 658. Les kharijites furent mis en déroute, et beaucoup furent tués, mais après cette victoire son armée refusa de repartir au combat contre Mouawiyah. Ali retourna donc à Koufa. Trois ans plus tard des kharijites organisèrent le triple meurtre des protagonistes de cet arbitrage. Mouawiyah à Damas, Ali à Koufa et l’arbitre du conflit Amr Ibn Al Asse en Egypte. Les trois devaient être assassinés le même jour. Ali est mort en succombant de ses blessures, Mouawiyah fut blessé et survécut et Amr échappa complètement à l’attentat. (Source : Wikipédia)

21- Al Boukhari, op.cit., Vol.1, p.283-284

22- Ibid., p.284

23- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.190-198

24- Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a (source Internet)




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (9)

31102008

Par Mohamed LOUIZI

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9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades ! (1)

Abou Hourayra était surnommé aussi le cheikh de la Madirah, surtout depuis son allégeance ostentatoire faite à Mouawiyah(1) et aux Omeyyades(2) ! 

A base de viande – Halal ! – et de lait, la Madirah était la soupe préférée de Mouawiyah qui la servait volontiers à ses hôtes, à ses mercenaires et à ses alliés. On raconte que Abou Hourayra raffolait également de ce plat « omeyyade » plus que de n’importe quel autre délice, à tel point que ses contemporains utilisaient cet aveu de faiblesse gastronomique contre lui, et s’en servaient pour lui lancer des pointes assaisonnées de fortes doses d’ironie et de satire !

Badii Az-Zamane Al Hamadani, romancier qui excelle dans l’art de la Maqãma (sorte de roman picaresque en prose rimée), s’est servi de l’une de ses œuvres littéraires intitulée  la Maqãma Madiriah, pour se moquer implicitement de Abou Hourayra, s’empiffrant de la Madirah tout en prenant le parti de Mouawiyah contre Ali Ibn Abi Taleb et en reconnaissant sa légitimité en tant qu’imam et calife !(3)

Az-Zamakhchari relate dans son livre Rabiî Al Abrar que Abou Hourayra mangeait la Madirah avec Mouawiyah après avoir fait la prière avec son adversaire Ali ! Et quand les gens lui posaient la question sur l’incohérence de son propre comportement, Abou Hourayra répondait sans état d’âme que : « La Madirah de Mouawiyah est certes plus succulente et plus grasse mais la prière derrière Ali reste meilleure ! »(4). D’où le proverbe arabe : « Faire la prière derrière Ali et manger sur les tables de Mouawiyah », une façon de joindre l’utile à l’agréable et aussi d’avoir le séant entre deux chaises !

En effet, Abou Hourayra s’est vendu à la cause des Omeyyades depuis les premiers jours de leur dynastie. Il n’avait pourtant aucune des qualités requises pour séduire Mouawiyah qui était en quête de légitimité comparativement à celle de Ali Ibn Abi Taleb et de ses enfants.

D’abord, Abou Hourayra n’était ni originaire de la Mecque ni descendant de Omeyyah, ancêtre des Omeyyades, il ne pouvait donc apporter aucun soutien ni familial ni tribal à Mouawiyah !

Militaire, il n’était guère assez courageux pour soutenir et défendre, avec son propre sabre, Mouawiyah et son Empire. D’ailleurs, Mahmoud Abou Rayyah confirme dans son livre cité précédemment, que Abou Hourayra n’avait participé à aucune conquête ni expédition, ni avant ni après sa conversion(5) ! La seule information historique – rapportée elle aussi par Abou Hourayra (!) – qui stipule qu’il avait participé à la conquête de Mu’ta en l’an 8 de l’hégire, est complétée par une autre information qui confirme qu’il avait fuit la guerre par peur et par lâcheté(6) ! Pour Mahmoud Abou Rayyah, cette lâcheté détestable aurait été aussi l’une des raisons qui motivait son exclusion forcée à Bahreïn du vivant du prophète ! Raison pour laquelle, Abou Hourayra ne pouvait pas proposer des services militaires utiles à Mouawiyah ! 

Il n’était pas non plus assez fortuné pour pouvoir soutenir économiquement les Omeyyades, surtout après que Omar Ibn Al Khattab lui eut repris l’argent qu’il avait détourné quand il était gouverneur de Bahreïn. Il vivait, depuis, dans la misère et peut-être avec les revenus modestes d’un emploi précaire !

De plus, Abou Hourayra n’était pas non plus un stratège politique qui pouvait à ce titre conseiller et éclairer les choix de Mouawiyah car si cela avait été le cas, pourquoi aucun  des quatre califes n’avait-il fait de lui l’un de ses conseillers les plus proches ?

Il n’était pas non plus poète et on sait que les poètes jouaient à cette époque – et même aujourd’hui encore dans certains pays du Golfe – le rôle des médias de propagande au service du palais sultanesque. Ceux-là faisaient les éloges de l’Empereur, chantaient les mérites des princes, glorifiaient les héros de l’armée et se moquaient des ennemis. On parle même des poètes comme Al Farazdaq(7), Jarir(8), Al Akhtal(9),… qui soutenaient les Omeyyades en contrepartie de l’acquisition du prestige social et de l’argent, une sorte de mercenariat poétique qui était largement répandu à l’époque. D’ailleurs, Abdelamlik Ibn Marwane – cinquième roi de la dynastie omeyyade de 685 à 705 – avait dit un jour : « Chaque dynastie a son poète. Le poète des Omeyyades est Al Akhtal ! »(10).

Étant analphabète et sans qualification littéraire, Abou Hourayra ne pouvait pas prétendre à cette fonction honorifique. Cela explique aussi sa jalousie développée contre les poètes. On peut comprendre pourquoi il avait cité un jour ce Hadith : « Il vaut mieux pour un homme que sa cavité soit remplie de pus et de sang plutôt qu’elle soit plein de poésie »(11). Par conséquent, Mouawiyah ne pouvait pas compter sur ses piètres talents pour remplir cette mission de propagandiste !

En résumé, si Abou Hourayra n’était ni descendant de la noblesse mecquoise, ni brave militaire, ni richard fortuné, ni stratège surdoué, ni poète inspiré… Comment a-t-il alors réussi à séduire Mouawiyah ? Quel genre de service extraordinaire lui a-t-il proposé et rendu ?

Il se peut que Kaâb Al Ahbar ait joué un rôle de médiateur décisif dans ce rapprochement entre Mouawiyah et Abou Hourayra, puisqu’il était à la fois l’un des consultants politiques privilégiés de Mouawiyah à Damas et aussi l’une des références théologiques favorites de Abou Hourayra ! Un tel rapprochement ne pouvait être que bénéfique pour la stratégie de Kaâb qui exigeait non seulement un canal d’infiltration et de transmission incarné par Abou Hourayra mais aussi un pouvoir politique puissant pouvant assurer la légitimité et l’officialisation des informations transmises par l’intermédiaire de Mouawiyah.

Une autre raison aurait toutefois facilité la « servitude volontaire »(12) de Abou Hourayra à la cause des Omeyyades. En effet, Abou Hourayra aurait assuré aux Omeyyades l’assise et la légitimité religieuses qui leur faisaient défaut face à Ali Ibn Abi Taleb. Et ce, en inventant des Hadiths attribués mensongèrement au prophète tout en répondant à l’obsession du pouvoir politique convoité par les Omeyyades !

Comment cela était-il possible, surtout quand on sait qu’à cette même époque Abou Hourayra souffrait lui-même d’une absence de légitimité religieuse ? Il fallait en acquérir une, puis essayer de gagner, par la suite, la confiance de Mouawiyah !

Voici pourquoi la première étape de la stratégie que poursuivait Abou Hourayra était d’abord de se refaire l’image d’un héritier privilégié du savoir prophétique, en multipliant les contes sur le prophète et en répondant à tous genres de questions, même à celles qui, justement, le remettaient  en question, comme cela a été montré dans les paragraphes et articles précédents.

Aucun des arguments que Abou Hourayra avait conçu pour assurer sa propre défense n’était crédible. Ses salamalecs ou ses « salades » verbales ne faisaient que concentrer davantage de doutes sur lui. Toutefois, il savait pertinemment que sa répétition inlassable des mêmes mensonges les rendait relativement crédibles, tout au moins aux yeux de Mouawiyah. D’autant plus qu’à cette période, bon nombre de compagnons très proches du prophète et pouvant encore contredire Abou Hourayra et le remettre à sa place avaient déjà disparus.

Un proverbe nous dit que « Au royaume des aveugles les borgnes sont rois ».  Et comme les Omeyyades avaient le vent en poupe, les voiles de Abou Hourayra « n’attendaient » plus que ça pour se regonfler sans retenue et avec un maximum d’approximations et de mensonges !

(A suivre …)

Notes :

1- Après l’assassinat du troisième calife Ottmane Ibn Affane, Mouawiyah cria vengeance et conduit la guerre de Siffin contre le quatrième calife Ali Ibn Abi Taleb en l’an 657. En 660, il se fait proclamer calife à Jérusalem. En 661, Ali est assassiné par un Kharijite. Mouawiyah devient dès lors le premier roi omeyyade prenant de Damas la capitale de sa dynastie. En 668, Mouawiyah reconnaît Yazid, son fils, comme son successeur. Il ordonne aux habitants de Damas de prêter serment de fidélité et d’allégeance à son fils. Le régime de gouvernance devient héréditaire et perd son caractère pseudo électif.

2- Dynastie de rois qui gouvernèrent le monde musulman conquis de 662 à 750. Les Omeyyades furent ensuite détrônés en 750 par les Abbassides, qui fondèrent une nouvelle dynastie à Bagdad en Irak.

3- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.62-63

4- Ibid., p.62

5- Ibid., p.80-81

6- Ibid., p.80-81

7- Né au Koweït en 641. Inspiré, il a servit poétiquement les omeyyades jusqu’à sa mort en 732. Connu par sa poésie satirique.    

8- Né à Riyad en Arabie Saoudite pendant le califat de Ottmane Ibn Affane. L’un des poètes omeyyades les plus influents. Connu lui aussi par sa poésie satirique surtout dans les échanges avec Al Farazdaq. Décédé quelques mois après la mort de celui-ci

9- Poète chrétien, il avait mis sa poésie au service de la dynastie omeyyade jusqu’à sa mort survenu en 708.

10- Souléïmène Harytani, Al Khamrah, Dâr Al Hassad, Damas, 1996, p.77

11- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.153

12- « Servitude volontaire » est un néologisme utilisé en 1549 par Étienne de la Boétie –  à l’âge de 18 ans –  dans son réquisitoire contre l’absolutisme et les régimes tyranniques «Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un ». Pour l’auteur, le secret de toute domination ce n’est pas la violence du pouvoir mais la servitude volontaire du peuple «Un homme ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même » ; « Il suffirait à l’homme de ne plus vouloir servir pour devenir libre » ;… Il y explique comment « faire participer les dominés à leur domination » ? Comment fait-on pour instaurer, et aussi pour détruire, une pyramide du pouvoir ? Comment les courtisans choisissent volontairement la servitude ?…

Pour lire la totalité de ce discours, consulter :

http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (8)

24102008

Par Mohamed LOUIZI

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8- Enseignements prophétiques ou récits talmudiques ? (Suite)

[…] On s’aperçoit très vite, en effet, de l’influence, directe ou indirecte, de Kaâb sur Abou Hourayra à la lecture de nombreux Hadiths présumés « authentiques », signés par ce dernier. Ces Hadiths, en vulgarisant les croyances talmudiques, témoignent de l’ampleur de la pénétration ancestrale de nombreux concepts et traditions israélites jusque dans l’inconscience collective de ladite communauté musulmane, qui reste majoritairement animée par la culture religieuse, celle-ci continuant de se diffuser en grande partie à travers ces mêmes Hadiths.

Les exemples de cette pénétration sont nombreux. Même les religieux officiels, ou reconnus comme tels, reconnaissent l’existence de cette influence nuisible mais sans en faire grand cas. Car ces mêmes religieux ne vont pas au-delà de ce constat et n’épurent pas textuellement leurs propres livres des résidus de cette influence(1). Charge donc au lecteur néophyte ou confirmé de faire ce travail critique, au risque de provoquer la colère de ces mêmes religieux ; surtout lorsque l’on pointe du doigt un personnage, hautement sacralisé, tel que Abou Hourayra !

Pour ne citer qu’un simple exemple parmi tant d’autres, Abou Hourayra rapporta un Hadith dans les présumées « authenticités » de Al Boukhari et de Mouslim, dans lequel il affirma que le prophète Mohammed avait raconté un jour l’histoire d’un prophète israélite nommé Josué, fils de Noun. Ce dernier, étant parti en guerre, avait ordonné au Soleil, par la grâce de Dieu, de s’arrêter pendant un moment en lui permettant ainsi d’achever son Jihad contre les ennemis de Dieu à la lumière du jour ; et Dieu, toujours selon Abou Hourayra, arrêta effectivement la course du Soleil pendant presque une journée(2)!

Comment cela est-il possible ?

Le prophète pouvait-il, dogmatiquement parlant, confirmer un tel phénomène aussi extraordinaire, sachant que lui-même lisait dans le Coran et transmettait donc aux gens que : « …Il [Dieu] astreint le Soleil et la Lune à poursuivre leurs courses, l’un et l’autre, jusqu’au terme fixé… »(3), « C’est lui qui a créé la nuit et le jour, le Soleil et la Lune, chacun voguant dans une orbite bien déterminée »(4), « Et le Soleil qui ne saurait rejoindre la Lune ni la nuit qui ne saurait devancer le jour, chaque astre devant voguer sur l’orbite qui lui est assignée ! »(5)… ?

Le prophète pouvait-il transmettre quelques idées contredisant la révélation de ce qu’il recevait ?

Pouvait-il raconter aux gens des histoires permettant la compréhension de leur religion mais qui ne figuraient pas dans le Coran ? Car ni cette histoire ni même le nom de Josué n’y sont cités !

Est-il possible qu’il apprenne à sa communauté que le Soleil pouvait par simple ordre ou invocation (sincère !) cesser de poursuivre son mouvement, au risque de mettre en péril tout l’ordre universel ?

Si c’était effectivement possible, alors pourquoi le prophète ne l’a-t-il jamais fait à l’instar de Josué ? Etant entendu que le prophète s’est retrouvé plusieurs fois, lui aussi, dans de telles situations de guerres tout à fait semblables ?

En effet, Médine avait subit des souffrances suite au siège mené par une large coalition tribale à son encontre pendant environ 25 jours durant l’an 5 de l’hégire – 627 de l’ère chrétienne(6). Le jour même de la levée du siège, le prophète demanda aux Médinois de se rendre immédiatement à Banû Qurayza – une forteresse juive – qui avait visiblement trahi ses conventions de paix signées avec le prophète, en participant avec les coalisés. C’était le début de l’après-midi lorsque le prophète s’adressa ainsi à ses compagnons : « Qu’aucun d’entre vous n’accomplisse la seconde prière de l’après-midi – Al Asr – avant d’avoir atteint le territoire de Qurayza !»(7). On raconte même qu’une polémique éclata, en route, entre 2 groupes de compagnons à l’heure de la seconde prière(8)

Le premier groupe interpréta l’ordre prophétique en respectant sa finalité visant à mobiliser les troupes avant le coucher du soleil ; ceux-là firent la seconde prière à l’heure. Le deuxième groupe, plutôt littéraliste, prit l’ordre prophétique au premier degré et s’y conforma à la lettre ; ceux-là n’accomplirent pas la seconde prière jusqu’à leur arrivée aux alentours de Qurayrza, quelques heures après le coucher du soleil ! On raconte que le prophète loua les deux attitudes.

Sans rentrer nécessairement dans le vif de cette polémique, il est clair que le prophète avait demandé à son armée de se dépêcher et non pas au Soleil de cesser sa course pour lui permettre d’achever son action militaire à la lumière du jour ! Il a agit sur les paramètres maîtrisables et non pas sur les autres qui ne dépendent ni de sa volonté ni de ses prérogatives, telle que la course du soleil. Pourquoi le prophète n’avait-il pas agit de la même manière qu’avait prétendument employé Josué fils de Noun ?

La réponse à cette question se trouve en partie dans le compte rendu d’un événement dramatique survenu du vivant du prophète. Il s’agit de ce qui se passa le jour du décès de son bébé Ibrahim – bébé né du mariage du prophète avec Mariya, une ex-Copte égyptienne. Ce jour-là, et juste après l’enterrement de Ibrahim, on raconte que le Soleil se fut éclipsé(9). Des Médinois interprétèrent ce phénomène par la tristesse du Soleil engendrée par la mort de Ibrahim, en associant ainsi la disparition du bébé et l’éclipse solaire et en y voyant un message de consolation de la part du Ciel à destination du prophète. Mohammad réfuta immédiatement et avec force cette interprétation superstitieuse et confirma avec la plus grande clarté que: « Le Soleil et la lune sont deux signes parmi les signes de Dieu. Leur lumière ne s’obscurcit pour la mort de personne !»(10).

Dans son livre Muhammad : vie du Prophète, Tariq Ramadan commente cet événement avec les mots suivants: « Muhammad rappelait ainsi à ses compagnons l’ordre des choses et la nécessité de ne pas se tromper dans l’interprétation des signes afin de ne point verser dans la superstition (…) Le signe de la présence de l’Unique à l’instant de la mort d’un homme n’est point dans l’apparition d’un quelconque miracle, mais bien plutôt dans la permanence de l’ordre naturel, dans l’éternité de Sa création traversée çà et là par le passage des êtres créés, qui passent puis s’en vont. »(11)

Cet événement montre à quel point le prophète était habité par l’esprit du Coran qu’il a éclairé quant au sens des phénomènes naturels, sur l’ordre qui régit l’Univers et sur l’indépendance totale entre les velléités humaines d’un côté, et les lois cosmiques de l’autre. Entre ces deux sphères il n’y a aucune relation de cause à effet et les unes ne justifient pas les autres !

Est-il possible que ce même prophète ait raconté à ces mêmes compagnons l’histoire de Josué qui a fait arrêter la course du Soleil sur simple ordre ?

Si cela s’avère impensable, d’où provient alors ce récit au juste ?

Abou Hourayra l’aurait-il réellement entendu de la bouche du prophète? Ou bien, n’y avait-il pas là, de nouveau, un tiers très loquace et apparemment très bien informé de la biographie biblique de Josué comme l’était évidemment Kaâb Al Ahbar 

Après quelques recherches dans le Livre de Josué(12) – le premier livre des Prophètes pour la tradition juive et le sixième livre de l’Ancien Testament chrétien  on s’aperçoit très vite que ce récit y figure bel et bien: « … Alors Josué parla à l’Éternel, le jour où l’Éternel livra les Amoréens aux enfants d’Israël, et il dit en présence d’Israël : Soleil, arrête-toi sur Gabaon, Et toi, lune, sur la vallée d’Ajalon ! Et le soleil s’arrêta, et la lune suspendit sa course, Jusqu’à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste ? Le Soleil s’arrêta au milieu du ciel, Et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour… »(13) ! 

Ce même récit a longuement alimenté la polémique entre l’Église romaine du XVI siècle et les scientifiques qui réfutaient cette vérité théologique prétendument infaillible : celle de l’arrêt de la course du Soleil pendant presque une journée à l’époque de Josué, puisque cela est évidemment en parfaite contradiction avec toutes leurs observations astronomiques.

L’Église se servit de ce récit comme d’une vérité eschatologique indiscutable pour accréditer à la fois sa propre vérité scientifique (!) plaçant la Terre(14) au centre de l’Univers et pour imposer aussi sa conception aristotélicienne dite de la « continuité de la matière » et réfutant donc l’existence du vide au sein de l’Univers !

Et puisque, comme le répliquaient des scientifiques, la course et le déplacement du Soleil impliquent l’existence évidente du vide sans lequel le Soleil ne pourrait se déplacer continuellement en suivant une orbite bien déterminée, des jésuites présumaient, quant à eux, que les mouvements célestes que l’on perçoit ne sont que de simples illusions d’optique(s) et sensitives !

Dans tout son zèle eschatologique, l’Église de l’époque voulut donc à tout prix sauver le Livre de Josué en préférant voir en ce texte comme un nouveau dogme métaphoriquement indicible ;  une sorte de vérité à défendre, coûte que coûte, vaille que vaille, quitte à faire appel à ses pouvoirs inquisiteurs contre les scientifiques qui remettaient ce dogme ecclésiastique en cause, comme par exemple Giordano Bruno(15)ou Galilée(16) et bien d’autres savants des XVIème et XVIIème siècles ! 

De surcroît, la charge de la preuve pesait du côté de ces toutes nouvelles sciences. Ce n’était donc pas aux jésuites de l’époque de revoir leur copie mais bien aux scientifiques de corriger la leur.

Des théologiens musulmans nous disent aujourd’hui même, à la manière de l’Église du XVI siècle, que si la science contredit une vérité religieuse – un Hadith de Abou Hourayra par exemple – ce n’est pas aux théologiens de trouver la source de l’erreur ou de remplacer leurs conceptions dogmatiques du texte présumé « sacré » par des interprétations métaphoriques, relativement acceptables, mais au contraire : charge à ces scientifiques importuns de trouver l’erreur dans leurs travaux, puis de faire leurs mea-culpa puisque le « sacré » est immuable !

Et c’est justement ce que l’on trouve à la lecture de l’explication du Hadith de Josué dans Fath Al Bari(17). Des théologiens n’ont pas cherché à examiner l’origine de ce récit biblique ou de vérifier sa véracité ni même d’y voir un sens imagé à interpréter.

Ils n’ont pas cherché à savoir si OUI ou Non, il s’agit  de l’un de ces énièmes contes que Kaâb avait racontés à Abou Hourayra et que ce dernier s’est empressé, comme d’habitude, d’attribuer mensongèrement au prophète Mohammed !

Ils n’ont pas cherché non plus à évaluer la vraisemblance scientifique d’un tel phénomène cosmique à la lumière des données astronomiques. La seule chose que l’un de ces pieux théologiens a pu découvrir, certainement après bien des heures de recherche poussée à l’extrême, c’est le jour exact de ce supposé arrêt du Soleil à l’époque de Josué : pour ce théologien musulman illuminé(18), il s’agit du 14 juin CQFD (!) – le jour le plus long de l’année selon ses calculs : Eurêka ! Eurêka !

D’autres récits de Kaâb Al Ahbar, attribués par Abou Hourayra au prophète Mohammed contredisent des fondamentaux du Coran – si l’on s’arrête sur leur portée dogmatique – et instaurent la superstition dans l’imaginaire des croyants. Or toutes ces falsifications constituent, depuis des siècles, l’essence et le socle même du dogme sunnite concernant la création, les signes de la fin des temps, le retour de Jésus, l’antéchrist, le séjour dans la tombe, la Résurrection, le Jugement dernier, le Paradis, l’Enfer,…etc(19).

Ce faisant, des mollahs sunnites, défendent corps et âme, les contes du duo « Kaâb–Abou Hourayra », au nom d’un mythe fondateur qui est celui de la défense de la tradition prophétique sacrée, à n’importe quel prix.

L’ensemble de ces récits mériterait d’être analysé, profondément, pour s’arrêter, le temps qu’il le faut, sur l’illusion et sur l’aveuglement des théologiens dogmatiques qui continuent de conduire aux bûchers et aux guerres religieuses(20) chaque année, et depuis 14 siècles, des centaines de milliers de personnes innocentes, enfants, femmes et hommes, et qui condamnent et excommunient des centaines d’intellectuels et de libres penseurs(21) lorsqu’ils remettent en question un seul Hadith de Abou Hourayra, alors que ce dernier contredit pourtant les données de la science et du bon sens. Ineptie donc, mais toujours vérité théologique prétendument absolue et donc immuable, exactement comme l’affirmait mordicus l’Église au XVI siècles.

D’ailleurs, les psychopathologies dogmatiques des institutions juives, chrétiennes et musulmanes ne sont-elles pas similaires, avec tout de même un décalage temporel que l’on peut évaluer à quelques siècles ?

Ladite communauté musulmane contemporaine n’est-elle pas en train de revivre à sa manière l’horrible Moyen Âge chrétien ?… 

Cependant, il me semble qu’il y a tout de même une moralité que l’on peut tirer de ce Hadit !

Je dirais en effet :

Si Josué a réussi à arrêter la course du Soleil pendant 23 heures et 20 minutes (selon certaines estimations des plus sérieuses(22) !), des Abou Hourayra(s) millénaristes et contemporains ont réussi, quant à eux, à arrêter la marche de l’histoire ; de la vie de toute une civilisation, de l’art, de la culture, de la science,… pendant quelques années lumières … et ça continue toujours !

(A suivre… )

Notes :

1- Des religieux sunnites confirment que dans les livres d’exégèse du Coran et dans les recueils des Hadiths les connaissances israélites et bibliques sont très présentes mais ils ne les montrent pas au lecteur, non pas pour qu’il puisse faire attention mais juste pour rendre à César ce qui est à César. Pour plus de détails sur ce sujet, lire par exemple :

Moustapha Bouhandi, At-Ta’athire Al Massihi fi tafssir Al Coran, Dâr At-Tali’ah, Beyrouth, 2004 (en arabe)  

2- Hadith rapporté par Abou Hourayra considéré authentique par Al Boukhari et Mouslim.

Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.307, n° 3124

D’autres Hadiths témoignant de cette influence à lire dans :

Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.102-112

Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-93

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.265-268

3- Coran, 31, 29

4- Coran, 21, 33

5- Coran, 36, 40

6- Tariq Ramadan, op.cit., p.206-218

7- Ibid., p.218

8- Ibid., p.219

9- Ibid., p.292

10- Ibid., p.292

11- Ibid., p.292

12- Le livre de Josué est le premier livre des Prophètes pour la tradition juive et le sixième livre de l’Ancien Testament chrétien. Il fait suite au Pentateuque, qui se terminait à la mort de Moïse aux portes du pays du Canaan, et relate la «conquête » du « pays promis » sous la direction de Josué. Ce livre porte son nom parce qu’il en est le personnage principal, pas parce qu’il en est l’auteur. Selon la tradition juive, il fut écrit par Jérémie, lequel puisa dans des documents anciens. Les chapitres 1 à 12 décrivent la conquête de Canaan ; les chapitres 13 à 24 montrent comment les tribus d’Israël se répartirent le pays et rapportent la recommandation finale de Josué. Deux versets importants du livre de Josué sont le commandement du Seigneur de méditer les Écritures (Josué 1:8) et l’appel de Josué au peuple à être fidèle au Seigneur (José 24:15). (Source : Wikipédia)

13- Livre de Josué, chapitre 10, 8-14

14- L’Eglise catholique adoptait et défendait, au Moyen Âge, la théorie d’Aristote qui considère que la matière est continue, et qu’il n’y a donc pas de place pour le vide. Cette question de l’existence du vide troublera les esprits, nous dit Claude Allègre (*), jusqu’au début du XXème siècle. Elle ne sera véritablement traitée qu’aujourd’hui à partir de la physique non linéaire.

(*) – Claude Allègre, Un peu de science pour tout le monde, Fayard, Paris, 2003, p.11   

15- Livré à l’Inquisition le 23 mai 1592. Pendant sept ans il sera interrogé et torturé. Le 17 février 1600, il a été brûlé vif.   

16- Condamné le 22 juin 1633 à la prison à vie, jugement modifiée par la suite en assignation à résidence surveillé dans sa maison personnelle jusqu’à sa mort en 1642 !

17- Fath Al Bari Bi Charhe Sahihe Al Boukhari, de son auteur Ibn Hajar Al Askalaniy, est un livre de commentaire et d’explication du recueil des Hadiths de Al Boukhari.

Sur Internet à l’adresse : http://hadith.al-islam.com/

18- Ce théologien s’appelle Haroun Ibn Youssef Ar-Ramadi (cf. l’explication de ce Hadith dans Fath Al Bari Bi Charhe Sahihe Al Boukhari )

19- D’autres études/articles analysant certains de ces Hadiths viendront compléter et enrichir cette étude. A suivre sur ce blog prochainement.

20- Il s’agit de toutes les guerres survenus quelques années après la mort du prophète Mohammad : guerre du chameau, Siffin, Karbala, l’ensemble des guerres de conquêtes dites islamiques, les conflits permanents entre chiites et sunnites,… Toutes sont alimentées par des Hadiths presque authentiques (!)

21- La liste des torturés en raison de leurs pensées dérangeantes est assez longue, elle mérite une étude indépendante. La machine théologico-politique – Al Azhar, Mollahs sunnites et chiites, Frères Musulmans,… – poursuit ses procès inquisitoires à l’égard de nombreux libre-penseurs.

22- Sur un site Internet (*) évangéliquement engagé, j’ai trouvé l’histoire d’un groupe d’ingénieurs (!) qui voulait remonter le temps et reconstruire le calendrier du soleil depuis le début, en s’aidant d’un ordinateur puissant. Il se trouve que ce calculateur s’est arrêté étrangement pendant un moment. Le groupe d’ingénieurs a pu soulever une anomalie dans ce calendrier : l’absence d’un jour ! C’est comme si la course du soleil s’est arrêtée pendant une journée, il y a quelques milliers d’années ! Les ingénieurs devaient trouver donc une explication à ce phénomène étrange ! Quand soudainement l’un des ingénieurs, très croyant, s’est mis à lire le Livre de Josué pour y trouver une explication théologiquement correcte. Sur ce site Internet, il est écrit :« Et voici pourquoi ce groupe d’ingénieurs de l’espace se pencha sur le passage de Josué chapitre 10, versets 8 à 14, récit qu’ils auraient jusqu’alors qualifié de ridicule, au nom même du bon sens élémentaire: « L’Éternel dit à Josué: Ne les crains point, car je les livre entre tes mains, et aucun d’eux ne tiendra devant toi »

Josué appréhendait-il que l’ennemi, qui le cernait de tous côtés, ne profitât de la nuit pour envelopper et vaincre Israël? Le texte rapporte qu’il implora l’Éternel pour qu’Il immobilisât le soleil. Il fut exaucé: « La lune suspendit sa course… Le soleil s’arrêta au milieu du ciel, et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour »

Terminant sa lecture, le savant croyant s’adressa à ses collègues: N’est-ce pas là l’explication de ce jour manquant au calendrier? Cette nouvelle information fut programmée pour la machine; celle-ci reprit les calculs des conjonctions planétaires de cette époque, donnant son accord, tout en révélant une lacune dans la précision des données reçues. L’exacte durée du temps supplémentaire s’interposant dans le calendrier à l’époque de Josué était de 23 h20, et non de 24 h. Se penchant à nouveau sur la Bible, ces hommes de science y découvrirent une précision inattendue: « Le soleil… ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour ».

Presque! Un petit mot du texte sacré revêtant une grande importance, mais mettant ces érudits dans une nouvelle perplexité: Si l’on ne pouvait expliquer la mystérieuse interférence de 40 minutes dans le temps passé, on ne faisait que reporter le problème aux 1000 ans qui sont devant nous, où ces 40 minutes réapparaîtraient maintes fois multipliées dans les probabilités orbitales. Il fallait donc à tout prix résoudre cette nouvelle énigme. » Des histoires similaires se trouvent dans d’autres sites voulant montrer les vérités des Hadiths en les justifiant par des arguments qui se veulent scientifiques ! comme quoi les similitudes entre croyants sont presque parfaites !

(*) - http://www.axess.com/moto/Soleil.html

      http://www.tharsei.org/la_une.html




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (7)

17102008

Par Mohamed LOUIZI

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8- Enseignements prophétiques ou récits talmudiques ?

En réponse à ces questions, des historiens mettent l’accent sur un élément important qui souligne le rapport suspect qu’entretenait assidûment Abou Hourayra avec un rabbin talmudiste, nommé Kaâb Al Ahbar.(1)

Celui-ci s’affichait publiquement comme converti à l’islam, depuis le mandat de Omar, mais qui ne l’était peut-être que pour s’infiltrer au sein de la communauté médinoise pour des raisons purement stratégiques(2). Une manœuvre singulière à ne pas mettre, peut-être, sur le compte d’une quelconque théorie du complot juif millénaire, opposant « musulmans » et « juifs », mais qui s’éclaire à la lumière des éléments politiques et des données militaires sur toute cette période de l’histoire, qui fut profondément marquée par des conflits opposant la communauté médinoise naissante et des tribus israélites voisines.

Kaâb Al Ahbar était un talmudiste érudit(3), originaire du Yémen tout comme Abou Hourayra(4). Après sa conversion apparente à l’islam, il se consacra à la diffusion de son savoir israélite dans les mosquées, en profitant des turbulences et du vide engendrés suite à l’assassinat de Omar Ibn Al Khattab(5).

D’ailleurs, Kaâb faisait parti –  à en croire les travaux historiques de Ibn Isshac, de At-Tabari et de Ibn Al Atir – d’une organisation criminelle secrète et pluriconfessionnelle, qui chargea le Persan mazdéen Abou Lou’alouah, vivant à Médine en captivité, d’assassiner Omar le calife(6).

A mon sens, ce crime avait quatre grands objectifs :

Premièrement, se venger de la défaite historique des Persans face à l’armée de Omar dans la guerre de Al Qadissiyah(7) en l’an 15 de l’hégire.

Deuxièmement, permettre aux Israélites de redorer un blason souillé par les défaites de leurs quatre tribus : Banou Qaynouqaâ, Banou Nadîr, Banou Koryazah et Khaybar dans les conflits qui les ont opposés aux Médinois du vivant du prophète(8).

Troisièmement, préparer le terrain pour que les Omeyyades s’emparent à nouveau des pouvoirs et des privilèges qu’ils avaient perdus au moment de la prise de la Mecque par le prophète Mohammed.

Et quatrièmement, mettre ainsi un terme à l’évolution de la construction sociale que le prophète avait entamée en faisant disparaître les diverses formes de ségrégation, d’injustice, d’esclavage, de tribalisme, sources de guerres et de chaos structurel. Ces maux sociétaux resurgiront quelques temps après la mort du prophète, pour s’accentuer davantage pendant le mandat du troisième calife Ottmane Ibn Affane(9), et avant de s’enraciner définitivement avec l’instauration violente de la dynastie omeyyade.

Politiquement, cela signifia le démantèlement inattendu de toute l’organisation mise en place par le prophète et relativement bien pérennisée par les deux premiers califes qui lui succédèrent. En effet, la concertation dans la gestion politique et sociale de Médine céda aussitôt la place, elle aussi, à un régime oligarchique, essentiellement basé sur un esprit tribal et clanique.

Symboliquement, cela signifia le retour triomphal et en force des valeurs antéislamiques ancestrales et le vieillissement prématuré des valeurs islamiques prônées et encore récemment instituées par le prophète. L’assassinat d’Omar le calife représentait, de ce point de vue, une victoire plus que symbolique et aussi une façon de faire d’une pierre quatre coups !

Mais comment être sûr de l’implication directe de Kaâb Al Ahbar dans ce crime politique ?

Les historiens Ibn Isshac et At-Tabari rapportent un fait accablant qui confirme l’implication évidente de Kaâb, en le considérant comme l’un des principaux instigateurs de l’élimination physique de Omar(10).

En effet, un jour Kaâb vint rendre visite à Omar pour lui annoncer son entrée en martyre sous trois jours ou sous trois nuits !… Omar très surpris de cette annonce suspecte, demanda alors à Kaâb des détails supplémentaires et Kaâb de lui répondre : « J’ai lu cela dans le texte de la Torah [Pentateuque] ! ». « Ah bon ! Trouvez-vous vraiment le nom de Omar dans la Torah ? » répliqua le calife. « Sûrement pas, mais j’y trouve votre descriptif ! » dit Kaâb(11).

Le lendemain, Kaâb revint annoncer à Omar qu’il ne lui restait plus que deux jours. Et le surlendemain, il revint une nouvelle fois pour lui annoncer l’approche du jour « J » ! Or c’est exactement ce qu’il advint, puisqu’à l’aube de la journée suivante à la mosquée, Omar fut poignardé mortellement six fois par le Persan Abou Lou’alouah et qu’il succomba ainsi de ses blessures !

L’historien Ibn Saad rajoute qu’à ce moment douloureux Kaâb revint dire à Omar que ses prévisions s’étaient réalisées(12) ! On peut tout de même se demander légitimement s’il s’agissait bien de prévisions nourries par des prophéties du Pentateuque ou au contraire d’un plan d’action criminelle très bien mené.         

Kaâb dont les mains portaient encore les traces de sang du calife, se vit aussitôt octroyer le statut de maître spirituel et de savant érudit de l’islam. Ces disciples se multiplièrent et parmi lesquels et pas des moindres, on retrouva « notre » fameux Abou Hourayra qui servit de canal de transmission au savoir talmudique israélite, légèrement transformé dans la forme pour finir en imposture du savoir prophétique.

Hélas, ce stratagème a prospéré depuis ce temps et jusqu’à nos jours. Car nombreux sont encore ceux qui n’arrivent toujours pas à admettre que Abou Hourayra n’était pas un lauréat de l’école prophétique mais un brillantissime disciple du temple talmudique. Et pourtant Abou Hourayra ne cachait pas pour autant ses sources d’information et ses relations dans une grande intimité avec Kaâb Al Ahbar !    

Dans le Mowataa de Malik Ibn Anas, les Sounanes de Annassaiî, le Mousnade de Ahmed Ibn Hanbal et les Sounanes de Ad-Darimiy, Abou Hourayra confirmait ses relations avec Kaâb et racontait même qu’il était parti en voyage et à sa recherche jusqu’en Syrie pour s’enrichir de son savoir du Pentateuque et de ses connaissances talmudiques(13). Car juste après l’assassinat de Omar, Kaâb quitta Médine et s’installa à Damas en Syrie pour y devenir, « totalement par hasard » nous dit-on, le conseiller politique de Mouawiyah qui y préparait, dès lors, les prises des pouvoirs par les Omeyyades et l’avènement de leur empire.(14) 

Abou Hourayra et Kaâb se sont vus pendant un certain temps pour opérer visiblement une étude comparative entre les Hadiths de Abou Hourayra et le contenu de la Torah(15) et non pas le Coran !

Kaâb authentifia et valida ainsi ses contes et ses inventions de toutes pièces puis l’appuya en témoignant publiquement que ses Hadiths ne contredisaient pas le texte de la Torah et que Abou Hourayra était donc l’une des rares personnes (arabes) qui connaissaient la Torah pourtant écrite en hébreu et par cœur(16)!

Une autre question se pose cependant : pourquoi Abou Hourayra était-il parti jusqu’en Syrie à la recherche de ce rabbin converti ou quel savoir supplémentaire cherchait-il au juste s’il possédait vraiment tout l’héritage de la prophétie de Mohammad ?

Pourquoi était-il allé chercher des additifs chez Kaâb sachant que celui-ci, même en supposant que sa conversion fût sincère, ne rencontra jamais le prophète de son vivant et qu’il n’était donc pas en mesure de témoigner de quoi que ce soit ?

Est-ce que l’authenticité des Hadiths de Abou Hourayra devait être évaluée par rapport à son degré d’harmonie avec l’esprit du Coran ou par rapport à sa concordance avec la Torah ?

Est-il vrai que Abou Hourayra connaissait la Torah pourtant écrite en hébreu, lui qui ne savait même pas lire une ligne du Coran, écrit en arabe, dans sa langue maternelle ?

A qui faut-il encore rappeler que Abou Hourayra était analphabète et qu’il ne faisait même pas partie des gens qui connaissaient le Coran par cœur  ?! 

Comment explique-t-on, justement, le fait que Abou Hourayra ne connaissait pas le Coran par cœur mais qu’il connaissait prétendument la Torah ?

Comment se fait-il que Abou Hourayra prétendait mémoriser les paroles du prophète par cœur mais qu’en même temps il ne mémorisait pas le Coran ?

Le Coran ne méritait-il pas d’être mémorisé au même titre que les Hadiths ?

Sinon, en quoi la connaissance par cœur de la Torah pouvait-elle représenter un nouvel intérêt dans l’authentification et la transmission d’un quelconque savoir prophétique ?

Par ailleurs, le fait de valoriser Abou Hourayra de cette façon, ne faisait-il pas partie de la stratégie intelligemment menée par Kaâb ?

Une stratégie inaugurée par sa conversion apparente qui lui permit de gagner davantage la confiance et le pouvoir d’agir à sa guise et de diffuser en toute sécurité et impunité des concepts plutôt proches des croyances juives que des idées contenues à un état embryonnaire dans le Coran, par une simple attribution de complaisance au prophète. Une telle aventure ne pouvait pas être menée à terme sans l’élimination physique de Omar qui, de ce point de vue, représentait un obstacle physique réel face aux projets de Kaâb puisque Omar s’opposait farouchement à la diffusion des Hadiths de Abou Hourayra. Ledit Abou Hourayra que Kaâb – nous l’avons déjà vu plus haut – considérait comme un canal fiable et pouvant assurer pareille pénétration théologique !  

Comment se fait-il que Kaâb ait autant valorisé quelqu’un que Omar avait soupçonné et même frappé et qualifié de mythomane ?

Doit-on prendre en compte les avertissements de Omar à l’encontre de Abou Hourayra ou bien les éloges obséquieux que lui faisait Kaâb ?

Les Hadiths de Abou Hourayra reflètent-ils réellement les sagesses prophétiques ou bien les enseignements talmudiques qui étaient les plus opportuns pour Kaâb ?…  

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.97-112 

Ad-Dahbi, op.cit., Internet

Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.265-267        

2- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.101

Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.125

3- Ibid., p.98

4- Ibid., p.101

5- Ibid., p.99

6- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.125-128

7- Guerre opposant l’armée de Omar, 30.000 soldats, commandée par Saâd Ibn Abi Wakkas, et l’armée persane, 120.000 soldats, dirigée par Roustom en l’an 15 de l’hégire – 636 de l’ère chrétienne. Guerre qui s’est achevée par la victoire de l’armée de Omar, en signant ainsi la fin de la dynastie sassanide et le début de l’invasion islamique.  

8- Pour plus de détails sur ces quatre conflits, lire :

Tariq Ramadan, op.cit., p.164-167, 196-200, 218-222, 245-247

9- Sept choses ont été reprochées à Ottmane et qui ont alimenté le soulèvement populaire contre son pouvoir de troisième calife :

Premièrement, donner le un cinquième du butin de la terre africaine conquise à un        membre de sa tribu d’origine Marwan Ibn Al Hakam, sachant que le butin devait être     distribué sur les nécessiteux, les orphelins… comme le veut la tradition.

Deuxièmement, être propriétaire de sept grandes maisons au moment où des Médinois peine à en posséder une.     

Troisièmement, adopter la connivence et la préférence tribale et familiale quant à la      désignation des gouverneurs ; la majorité des gouverneurs était des Omeyyades.

Quatrièmement, refuser de fouetter Al Walid Ibn Okbah, son gouverneur à Al Kouffa en Irak, après avoir conduit la prière en état d’ivresse ! Sachant qu’il fouettait d’autres personnes ordinaires pour des raisons semblables ! (80 coups de fouet nous disent les sources théologiques)

Cinquièmement, marginaliser les compagnons et ne pas procéder à des concertations systématiques quant à la gestion de Médine et des terres conquises !

Sixièmement, ne pas assurer une distribution juste des richesses ! 

Septièmement, être le premier calife à user de la violence physique pour maltraiter et faire   taire l’opposition ! On raconte que Ottmane avait fouetté Ammar Ibn Yassir, parce que ce dernier lui avait porté une lettre de l’opposition contestant ses politiques injustes» pour plus de détails, lire :

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, p.32 (en arabe) 

At-Tabari, Tarikh At-Tabari, Vol.6 (en arabe) 

Mohamed Hassanine Haykal, Ottmane Ibn Affane, An-Nahdah Al Misriyah, Le Caire, 1968     (en arabe)

Taha Hussein, Al Fitnah Al Kobra, Dâr Al Adab, Beyrouth, 1967 (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1,  Dâr As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.223-225,    366 

10- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.125-128

11- Ibid., p.125-128

12- Ibid., p.125-128

13- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79

14- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.266

Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, p.121

15- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79

16- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.100 




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (6)

10102008

Par Mohamed LOUIZI

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7- … à la colère de Omar !

Entre le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab et Abou Hourayra les relations étaient très tendues. Voilà ce que nous racontent les historiens de cette époque. Et ce, pour deux raisons essentielles :

la première était en relation directe avec la quantité et  les contenus contestables des récits de Abou Hourayra. La seconde raison concernait l’honnêteté et la confiance dans lesquelles Abou Hourayra n’étaient pas non plus un exemple à suivre… 

Selon les historiens, Omar Ibn Al Khattab avait nommé Abou Hourayra gouverneur de Bahreïn en l’an 20 ou 21 de l’hégire(1). Et ce, après la mort de l’ancien gouverneur Abou Al Alaa Al Hadramiy qui avait été, lui, nommé directement par le prophète Mohammed.

Omar s’appuyait pour faire ce choix sur le fait que Abou Hourayra faisait partie de l’équipe qui accompagnait Al Hadramiy bien que les habitants de cette contrée ne connaissaient  Abou Hourayra que comme muezzin [celui qui fait l’appel à la prière](2)  – et non comme imam [celui qui conduit la prière] – dans l’une de leurs mosquées.

On citait aussi d’autres critères qui motivaient ce choix, parmi lesquelles figurait la volonté de Omar de garder les gens d’expérience et de confiance proche de la direction centrale située à Médine et de nommer gouverneurs des contrées lointaines des personnes relativement jeunes pour acquérir de l’expérience(3).

Abou Hourayra rentrait dans cette catégorie puisqu’il était âgé de moins de 40 ans au moment de sa nomination et qu’il n’était pas du tout expérimenté pour rester à Médine à côté du calife, à l’image de Ottmane, de Ali et bien d’autres compagnons.

Deux ans plus tard, Omar releva Abou Hourayra de ses fonctions parce que ce dernier s’était constitué quelques richesses personnelles en faisant mauvais usage de l’argent public et nomma alors Ottmane Ibn Abi Al Asse At-Takafi(4) à la place de cet indélicat.

D’après plusieurs versions, Abou Hourayra avait détourné quelques milles dinars de l’argent public collecté auprès des musulmans et correspondant, entre autres, à leurs zakat(5). L’essentiel n’est pas de savoir exactement et à la virgule près la somme détournée par Abou Hourayra mais plutôt de s’arrêter sur le fait  historique accompli. Et qui vole un œuf vole un bœuf nous dit-on !

A son arrivée à Médine, il dut s’expliquer et rendre compte de cette affaire devant Omar le calife. L’entretien se passa très mal entre les deux hommes. On raconte que Omar dit à Abou Hourayra : « Ennemi de Dieu, ennemi de son Livre ! As-tu osé voler le bien de Dieu ? Sinon, d’où as-tu les dix milles ? »(6) Et Abou Hourayra de répondre : « Je ne suis ni l’ennemi de Dieu ni l’ennemi de son livre. Je suis plutôt l’ennemi de leurs ennemis et je ne suis pas celui qui vole le bien de Dieu ! Quant à ces dix milles, il s’agit des chevaux qui se sont reproduits et des dons qui se sont succédés du ciel !»(7), comme si auparavant, ce dernier avait été propriétaire de chevaux et comme si du ciel, l’or et l’argent pleuvaient !

Dans une autre version, Abou Hourayra justifiait l’acquisition de ces biens par les bénéfices de ses activités commerciales à Bahreïn, en provoquant ainsi la colère de Omar qui répliqua : « Nous vous avons nommé gouverneurs et pas commerçants ! »(8).

Ensuite Omar contraignit Abou Hourayra,cette fois-ci par la force, à rendre cet argent indu à Bayte’mal al mouslimine – le Trésor public  de l’époque(9). Il le mit à sang en le fouettant violemment pour donner ainsi l’exemple aux autres gouverneurs. Et il le menaça même d’expulsion vers son pays natal, le Yémen, pour y goûter une nouvelle fois la misère et pourquoi pas, pour y conduire les « ânes » de cette région au pâturage au lieu de gouverner les affaires de la cité.(10)  

Une deuxième affaire opposa une nouvelle fois les deux  hommes lorsque Abou Hourayra commença à diffuser abondamment et en public des contes, récits et autres sornettes, qu’il attribuait sans aucun scrupule au prophète Mohammad. Omar contesta les contenus et la quantité de ces récits puisqu’il avait accompagné le prophète de très près pendant 18 ans et qu’il était donc en mesure de discerner le vrai du faux dans les récits de Abou Hourayra.

Omar décida d’interdire catégoriquement à Abou Hourayra de raconter tout et n’importe quoi sur le prophète au risque même d’encourir le châtiment corporel et l’expulsion de Médine. On peut reprocher tout de même à Omar cette mesure limitative de la liberté d’expression mais lorsque l’on voit les dégâts que causent aujourd’hui les récits de Abou Hourayra aux quatre coins du monde, on peut comprendre l’intérêt d’une telle mesure sans pour autant l’admettre ou l’admirer sur la forme. Je veux surtout attirer l’attention du lecteur sur tous ces récits et Hadiths appelant à la haine, à la misogynie, aux meurtres …(11) 

Ad-Dahbi rapporte dans ses biographies que Omar tenait Abou Hourayra en le menaçant d’expulsion. Omar disait à Abou Hourayra: « Soit tu mets un terme à tes contes soit je vais te renvoyer vers ta tribu Daous au Yémen ! »(12).

Ibn Abi Al Hadid rapporta ces propos de Omar à Abou Hourayra, dans son livre explicatif de Nahje Al Balagah supposé avoir été écrit par Ali Ibn Abi Taleb. Omar aurait dit à Abou Hourayra: « Mets un terme à tes contes nombreux car il se peut que tu sois mythomane !»(13).

En effet, Omar Ibn Al Khattab appelait les gens à lire le Coran et à se contenter exclusivement de ses contenus, sans aller chercher d’autres informations superfétatoires. Et c’est justement l’attitude que l’on trouve décrite dans le recueil de Al-Boukhari. Dans le même sens, Abdallah Ibn Abbas(14) rapporta un Hadith(15) évoquant les derniers moments du prophète. Ce Hadith laisse à penser qu’avant la mort de celui-ci, il ordonna à ces compagnons de lui ramener de quoi écrire un autre livre – autre que le Coran ! – qui garantirait aux gens la guidance et qui leur ferait éviter les conflits, comme si le Coran seul n’y suffisait pas. Et c’est Omar, selon ce Hadith douteux, qui empêcha le prophète d’écrire un tel livre et qui lui rappela que le Coran était déjà amplement suffisant ! D’autres disent qu’il ne s’agissait pas d’un livre, à proprement parler, mais plutôt d’un testament – wassiyyah en arabe – à dimension politique désignant le nom du calife qui allait lui succéder.(16) 

Néanmoins, il n’est pas question pour l’instant d’analyser de plus près ce Hadith, ni de montrer son insolence à l’égard du prophète ni de découvrir de plus près le personnage de Abdallah Ibn Abbas qui présentait des similitudes comportementales et idéologiques avec Abou Hourayra à plusieurs niveaux. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’attitude de Omar envers le Coran et envers la diffusion des Hadiths. En optant exclusivement pour le Coran, des contemporains peuvent en déduire à travers cette attitude que Omar était un coraniste affirmé(17) et hostile à ladite sunna prophétique.

En outre, une décision fût prise. Omar empêcha Abou Hourayra de diffuser ses contes. Et ce ne fut qu’après la mort de Omar que Abou Hourayra put de nouveau renouer avec ses mauvaises et vieilles habitudes.

Selon Ibn Kathir dans Al Bidayah wa An-Nihayah, Abou Hourayra disait : « Nous ne pouvions rapporter les Hadiths du prophète qu’après la mort de Omar qui nous faisait craindre son fouet et sa colère ! »(18). Ce que confirma des siècles plus tard le syrien Mohammed Rachid Reda(19) (1865 – 1935), qui fut l’un des principaux maîtres de l’imam Hassan Al Banna le fondateur de la  société des Frères Musulmans, et qui avait écrit dans sa revue Al-Manar ceci : « Si Omar Ibn Al Khattab avait vécu jusqu’à la mort de Abou Hourayra, certainement on n’aurait pas eu tous ces Hadiths ! »(20). Dans ce cas de figure, y’aurait-il eu quelque chose que l’on aurait nommée sunna ? L’islam serait-il pour autant incomplet en l’absence des Hadiths de Abou Hourayra ?…     

Au vu de ces informations historiques, il est clair que Omar désapprouvait totalement les récits de Abou Hourayra. Par conséquent, pourquoi Omar le soupçonnait, le frappait et le menaçait-il si ce dernier était vraiment l’un des compagnons de confiance permanent et proche du prophète ?

Pourquoi n’a-t-il pas fait de lui l’un de ses consultants privilégiés, puisqu’il prétendait être l’hériter du savoir et de la sagesse prophétique ?

Et si Abou Hourayra avait reçu le mandat de diffusion de ce savoir  prophétique complémentaire, pourquoi a-t-il renoncé devant les menaces de Omar sachant que le prophète n’a renoncé devant aucune menace ?

Est-ce cela le bon exemple à donner aux générations futures ?

La vérité ne mérite-t-elle pas d’être dite au risque même de se voir infliger toutes sortes de tortures ?…

On raconte, par ailleurs(21), que Omar allait demander l’avis des femmes du prophète et de certains compagnons pour savoir comment gérer des situations et quelles décisions prendre pendant son mandat de calife, en s’inspirant justement du comportement et de la sagesse prophétique.

Les femmes du prophète et les compagnons de confiance rapportaient des informations et même des citations prophétiques pour aider le calife à faire le bon choix. S’agit-il là de deux poids deux mesures de la part de Omar ? Je ne le pense pas ! Puisque Omar faisait bien la distinction entre le Coran d’un côté, comme texte révélé, source d’orientations générales, et les sagesses prophétiques qui,  d’un autre côté, pouvaient, à un moment donné, apporter un éclairage pratique et procédural.

Et c’est justement ce que demandait Omar aux différents consultants qui rapportaient des paroles de sagesse ne contredisant ni le texte ni l’esprit du Coran et qui sont restées jusqu’à aujourd’hui source d’inspiration et d’admiration. Par contraste saisissant, les Hadiths rapportés par Abou Hourayra sont loins de refléter cette sagesse et cette fidélité à la révélation coranique.

Enfin, entre les récits de Abou Hourayra et les témoignages des proches du prophète, l’invraisemblance est plus que parfaite. Pourquoi donc de tels écarts ?

D’où Abou Hourayra puisait-il ses contes et ses fables ?

Qui était (étaient) son (ses) maître(s) penseur(s) ?

Quelles étaient ses sources d’informations authentiques?…

 

(A suivre …)

Notes :

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86

2- Ibid., p.86

3- Ibid., p.92-94

Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar,  1998, n°65, p.99

4- Ibid., p.86

5- Ibid., p.87

   Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a)

6- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148

7- Ibid., p.148

8- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.88

9- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148

Khalid Mohamed Khalid rajoute : « …Abou Hourayra accepta de verser puis leva les mains au ciel et dit : « Dieu ! Pardonne à l’Emir des croyants » Quelques temps après, Omar proposa le poste à Abou Hourayra. Ce dernier refusa. Comme Omar demanda      pourquoi, Abou Hourayra répondit : « Pour qu’on n’insulte pas mon honneur et qu’on ne prenne pas mon bien… » Ibid., p.148

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90

11- A suivre sur ce blog l’analyse de certains Hadiths de Abou Hourayra exprimant cela.

12- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90

13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.113

14- Abdellah Ibn Abbas était très jeune, entre 9 et 13 ans, au moment de la mort du prophète mais malgré cela il a rapporté plusieurs centaines de Hadiths ! Quelques 1696 dans le Mousande de Ahmed Ibn Hanbale par exemple ! Les traditionnistes le considère comme « l’érudit de la communauté musulmane » ! Néanmoins, il présente des similitudes avec le personnage de Abou Hourayra que ce soit en raison des contenus étranges de ses Hadiths ou même en raison de ses attitudes politiques. On raconte que lui aussi avait détourné des fonds publics au moment de son mandat de gouverneur à Bassora en Irak en l’an 40 de l’hégire sous le califat de Ali Ibn Abi Taleb ! Pour plus de détails, lire :

Abderrazak Îde, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Namoudajane, At-Tali’a,   Beyrouth, 2003, p.69-77  

15- Al Boukhari, op.cit., Vol. 4, p.434

16- Adonis, op.cit., p.161

17- Ce néologisme est utilisé par les Cheikhs de Al Azhar – université et pouvoir d’inquisition égyptien – les prédicateurs du courant salafiste et la machine théologico-politiques des Frères Musulmans à travers le monde – à l’image de Al Qaradawi  pour désigner et excommunier toute personne musulmane, mettant en question l’authenticité présumée de la sunna et des supposés Hadiths prophétiques, et appelant à une réévaluation du patrimoine religieux et surtout la portée humaine et pacifique de l’ensemble des textes hérités.    

18- Ad-Dahbi, op.cit., Internet

19- Mohammed Rachid Reda (1865-1935), réformiste et penseur de la renaissance islamique à la fin du 19ème et le début du 20ème siècle. Influencé par la pensée de Jamal Dîn Al Afghani et de Mohamed Abdu. Le 15 mars 1898, il publia le premier numéro de  la revue Al Manar, qui tachait de partager ses idées, son exégèse du Coran, ses avis jurisprudentiels avec les lecteurs du monde arabe. Quatre ans après sa mort survenu le 22 août 1935, c’est  Hassan Al Banna, le fondateur du mouvement des Frères Musulmans qui s’est chargé de la direction et de la rediffusion de cette revue. Hassan Al Banna était aussi très marqué par la pensée de Mohammed Rachid Reda.

20- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.114 (Cf. Revue « Al Manar », Vol. 10, p.851)

21- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.115




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (5)

3102008

Par Mohamed LOUIZI

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6- Des soupçons de Aïcha …

Les historiens et biographes nous racontent que la mère des croyants, Aïcha, vécut avec le prophète plus de 8 ans avant qu’il ne la quitta, alors qu’elle semble avoir eu l’âge de 18 ans(1). 8 ans est une durée relativement suffisante pour connaître de plus près le prophète Mohammad plus que n’importe quelle autre personne, en faisant évidemment abstraction de ses autres femmes, de ses enfants, de ses proches et  de tous ses compagnons familiers.

Il se trouve que les récits de Abou Hourayra l’ont interpellé à maintes reprises. Que ce soit par leurs quantités astronomiques ou par leurs contenus suspects(2) ! En effet, après la mort du deuxième calife, Omar Ibn Al Khattab, survenue en l’an 23 de l’hégire, douze ans après la mort du prophète, Abou Hourayra commença à diffuser en toute liberté des contes – dits Hadiths – en se présentant toujours comme le compagnon à la prodigieuse mémoire inégalée et en faisant passer ses élucubrations pour des citations prophétiques insoupçonnables(3) !

Un jour, Aïcha reprocha à Abou Hourayra le fait de ne plus cesser de raconter aux gens des récits suspects. Et Abou Hourayra de lui répondre : «Au moment où j’accompagnais le prophète de plus près pour apprendre ses Hadiths, toi, tu t’occupais plutôt de ton miroir, de ta boîte à khôl et de tes crèmes de beauté »(4). Prononcée par Abou Hourayra à l’égard de l’une des mères des croyants (!), cette réponse, incontestablement éloquente et respectueuse, montre à quel point ce personnage posait déjà de sérieux problèmes à son époque et à celle qui faisait partie de la sphère privée et intime du prophète : l’une de ses propres femmes. 

Or, le prophète cachait-il des Hadiths à ses propres femmes pour ne les divulguer exclusivement et en toute discrétion qu’à Abou Hourayra ? Aïcha préférait-elle s’intéresser à sa beauté plutôt qu’à l’apprentissage du savoir de son mari ? Aux yeux de Aïcha, les produits cosmétiques étaient-ils plus intéressants que les sagesses prophétiques comme osait le prétendre et même le lui reprocher inélégamment Abou Hourayra ?…

Un autre événement survînt quelques années plus tard, vers l’an 43 de l’hégire, opposant de nouveau Aïcha à Abou Hourayra. Il s’agit d’un Hadith – compilé dans les dites authenticités de Mouslim et dans le « Mousnad » de Ahmed Ibn Hanbal – que Abou Hourayra a rapporté et aussitôt réfuté par Aïcha, seulement quelques jours plus tard !

Abou Hourayra racontait que le prophète avait dit ceci : « Celui qui se réveille un matin du mois de ramadan souillé à la suite d’un rapport charnel avec sa femme, doit s’abstenir de jeûner »(5). Lorsqu’elle entendit parler de ce Hadith, Aïcha démentit immédiatement cette information en s’appuyant non seulement sur sa connaissance de ce que faisait le prophète dans de telles situations, mais aussi sur le témoignage de Oum Salama, une autre femme du prophète. Toutes les deux témoignèrent dans un Hadith compilé dans les présumées authenticités de Al Boukhari et de Mouslim que : « Il arrivait que le prophète se réveillait le matin souillé à la suite d’un rapport charnel, et malgré cela il poursuivait son jeûne »(6) !

Abou Hourayra se trouva pris au piège de ses propres dires puisque son Hadith fut démenti par deux des femmes connaissant le prophète mieux que lui, et sur un sujet qui les concernaient de près. Néanmoins, il réussit tout de même à trouver malicieusement une issue de secours en prétendant que ce n’était pas lui qui avait entendu le prophète dire cela mais qu’un autre compagnon, nommé Al Fadl Ibn Abbas(7), l’avait entendu et le lui avait rapporté ! Et puisque Al Fadl Ibn Abbas était déjà mort depuis 25 ans(8) il n’existait évidemment plus aucun moyen de vérification mais Abou Hourayra s’épargna l’opprobre ! En fait, au lieu de reconnaître son erreur, il préféra faire porter ce mensonge sur le dos d’un défunt. Après tout, pourquoi pas ?

Un autre Hadith traitant de la poésie, rapporté par Abou Hourayra était aussi sujet à la critique et à la rectification par Aïcha. Abou Hourayra rapportait que le prophète avait dit un jour : « Il vaut mieux pour un homme que sa cavité soit remplie de pus et de sang plutôt qu’elle soit plein de poésie »(9). Hadith qui peut signifier un rejet absolu de la poésie par le prophète ! En entendant ce Hadith, Aïcha réagit de nouveau sans attendre, en soupçonnant Abou Hourayra de ne pas transmettre exactement ce qu’avait dit le prophète. Ainsi elle rectifia ce Hadith en disant : « Il vaut mieux pour un homme que sa cavité soit remplie de pus et de sang plutôt qu’elle soit pleine de poésie blasphématoire à mon égard ! »(10) Elle précisa donc que la poésie remise en cause était celle qui se moque et qui dénigre le prophète, puisqu’il s’agissait selon Aïcha et dans l’esprit de son mari de dénoncer la poésie diffamatoire et non la poésie dans l’absolu, comme l’avait prétendu Abou Hourayra.

(A suivre …)

Notes :

1- L’âge de Aïcha – troisième femme du prophète après Khadijah et Sawdah – lors de son mariage est sujet à controverse. Des Hadiths rapportés, entre autres, par Mouslim rapportent qu’elle s’est mariée à l’âge de 6 ou 7 ans et que le mariage a été consommé quand elle eut atteint l’âge de 9 ans, juste après l’hégire et l’installation du prophète à Médine. D’autres estiment son âge au moment du mariage à plus de 10 ans, en se basant sur d’autres Hadiths, estimant son âge au regard de sa date de naissance et aussi par rapport à d’autres événements historiques dont elle aurait été témoin dans son enfance. Ce mariage précoce continue d’alimenter les critiques à l’égard du prophète. En effet, certains y voient de la maltraitance… D’autres disent que ce type de mariage faisait parti des mœurs de l’Arabie d’il y a 14 siècles. Le mariage précoce des garçons et des filles n’avait rien de choquant, à en croire certains historiens, en Arabie et même ailleurs. En France, les filles pouvaient se marier à partir de 15 ans comme le stipulait le Code de Napoléon de 1804. On ignore quel était l’âge limite à partir duquel une jeune fille pouvait se marier en France, il y a 14 siècles ? Le Code de Napoléon n’a subi de modification qu’en mars 2005 – c’est donc tout frais ! – après l’adoption d’une nouvelle loi (Art. 144 du code civil) portant l’âge du mariage pour les femmes de 15 à 18 ans ! Par rapport à cette histoire du prophète, il est peut être intéressant d’étudier en profondeur les différentes versions rapportées et traditions de l’époque ainsi que leurs évolutions à travers le temps, avant d’émettre des jugements de valeurs sans fondements historiques et sans prise en compte des us et coutumes anciennes. Quoi qu’il en soit, le passé et tous les faits historiques quels qu’ils soient ne peuvent être jugés correctement qu’à l’aune de leurs propres contextes.   

2-   Moustapha Bouhandi, op.cit., p.18-23

3-   Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.114

4-   Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a, source Internet 

    Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.147-149

5-  Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.149

6- Ibid., p.149

7- Ibid., p.149

8- Ibid., p.149

9- Ibid., p.153

10- Ibid., p.153




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (4)

26092008

Par Mohamed LOUIZI

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4- Était-il compagnon ou imposteur ?

Au-delà des calculs mathématiques élémentaires qui risquent de froisser la sensibilité littéraire de certaines âmes – mais calculs mathématiques élémentaires qui eux, au moins, ne peuvent pas mentir ! –, si Abou Hourayra était vraiment un – voire le – compagnon intime du prophète, comment explique-t-on son absence au moment de la mort de son maître Mohammad ? Car la moindre des choses eut été de rendre compte de cet événement douloureux et marquant pour toute une communauté.

Pourquoi n’a-t-il pas rapporté de Hadiths traitant les détails des derniers jours de la vie du prophète et ce qui s’est passé le jour de son décès(1)?

Comment explique-t-on son mutisme, lui qui aimait rapporter la tradition, lui qui n’a pas rendu compte des débats politiques(2) qu’a connut Médine le jour même de la mort du prophète et qui avaient conduit à la désignation de Abou Baker comme premier successeur du prophète à la gestion sociale, politique et économique de la cité ?

D’ailleurs, pourquoi n’a-t-on pas choisi Abou Hourayra comme premier calife, s’il était vraiment aussi talentueux que certains veulent nous le faire croire, c’est-à-dire « un compagnon exceptionnel doté d’une prodigieuse mémoire, de qualités incomparables, et le gardien infaillible de la sagesse prophétique » ?

Autre élément de réflexion : le prophète administrait, chaque vendredi de son vivant, le rassemblement hebdomadaire. Et on sait que dans une année il y a bien 52 ou 53 vendredis.  Si l’on admet que Abou Hourayra a effectivement accompagné le prophète, de manière permanente et ininterrompue, durant les quatre dernières années de sa vie, il aurait dû logiquement assister à plus de 200 rassemblements. Et puisqu’il jouissait, nous dit-on, de cette mémoire si prodigieuse et d’une volonté inflexible visant à préserver le patrimoine et la parole prophétique (présumée deuxième source de la religion islamique), il aurait dû normalement nous rapporter sans faute l’intégralité des 200 discours ou débats publiques correspondant à tous ces 200 vendredis !

Où sont donc passés ces discours et le contenu de ces débats publics ?

Comment se fait-il que Abou Hourayra n’ait rapporté le contenu d’aucun discours hebdomadaire et le rapport détaillé d’aucun échange ?

Ces discours et ces échanges ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire passionnante de « la vache qui parle » (cf. l’article « Mosquée dans la cité 8 » sur ce blog) ?

Les seuls discours dits prophétiques que l’on retrouve aujourd’hui à la lecture des livres de biographie de Mohammad sont, en effet, son discours prononcé lors de son Pèlerinage de l’Adieu (3) en l’an 10 de l’hégire et quelques rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2% de l’ensemble des Hadiths rapportés !

Mais Abou Hourayra a-t-il accompagné le prophète lors de son dernier pèlerinage puisque ce n’est pas lui qui a rapporté ce discours(4) ?

5- La fabuleuse histoire et fable de la cape magique !

Face aux critiques nombreuses et incessantes, Abou Hourayra éprouva de plus en plus le besoin de se justifier en tenant un discours visant à faire taire les soupçons des uns et des autres. Le voici(5) : « Vous dites qu’Abou Hourayra abonde trop dans la transmission des Hadiths du prophète. Eh bien ! Mes compagnons immigrés [les Mouhajiroun] étaient occupés par leurs commerces dans les marchés et mes compagnons indigènes [les Ansâr] faisaient accroître leurs richesses (Et dans une autre version, les Ansâr étaient occupés par leurs terres). Pendant ce temps, j’étais un homme pauvre qui ne se détachait pas du Messager de Dieu.  Je tenais à être toujours présent quand eux s’abstenaient et je retenais dans ma mémoire quand eux oubliaient. Et puis un jour, le prophète nous a dit : Que celui qui étale devant moi son habit tout en écoutant ma parole (Hadith) puis le retire à lui, celui-ci n’oubliera jamais ce qu’il aura entendu de moi. J’ai alors étalé ma cape et il m’a dit des Hadiths, puis je l’ai retiré à moi. Par Dieu ! Depuis, je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu du prophète. De plus, je ne vous aurais jamais rapporté des Hadiths si cela n’était pas une obligation, car Dieu dit : « Ceux qui dissimulent ce que nous avons fait descendre de preuves et de guidance, après même les avoir explicitées aux hommes dans l’Ecriture, ceux-là Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira »(6) »  

Il reconnaissait, en bref, dans ce récit qu’il faisait l’objet de critiques incessantes de la part de ses contemporains. En riposte à leurs attaques, il a essayé de redorer son image tout en dénigrant implicitement les actions de ses autres compagnons pour lesquels, selon lui, l’apprentissage du savoir prophétique n’était qu’activité subalterne. Puisque, toujours selon Abou Hourayra, les uns et les autres étaient pris par le commerce, l’agriculture et les richesses de ce bas monde. En plus, il soupçonnait ces mêmes compagnons d’omettre ce savoir et de manquer à leurs obligations quant à sa transmission aux générations futures, en dissimulant ce qui devait être propagé. Pour lui, qui a même osé ainsi se hisser au même rang que Dieu, ceux-là méritaient d’être maudits : « Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira » !

Par ailleurs, le Coran témoigne en faveur de certains hommes qui glorifient Dieu matin et soir dans Ses Maisons, Il dit : « C’est cette lumière qui éclaire les temples que Dieu a permis d’élever afin que Son Nom y soit invoqué, et où Le glorifient, matin et soir, des hommes qu’aucun négoce ni transaction ne détournent de la joie d’exalter le Seigneur, d’accomplir la prière et de faire l’aumône, car ces hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante »(7). En recoupant ce signe coranique avec le témoignage de Abou Hourayra de nombreuses questions surgissent spontanément :

Les compagnons du prophète étaient-ils tous à l’image de ce que décrivait Abou Hourayra ou au contraire reflétaient-ils cette image du dévouement sans limites qu’inspire ce signe coranique ?

Est-ce vrai que des compagnons (comme Abou Baker As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb…) oubliaient ce que leur enseignait le prophète, au moment où Abou Hourayra s’en rappelait ?

Est-ce vraisemblable que ces compagnons manquaient à leurs obligations de transmettre le savoir prophétique : le Coran ? 

Est-ce vraisemblable que ces compagnons dissimulaient ce que Abou Hourayra avait choisi de diffuser ?

De quelle(s) dissimulation(s) parle-t-on, parce que le signe coranique cité justement par Abou Hourayra parle explicitement de la dissimulation du Coran (l’Ecriture) et non pas d’autres textes – Hadiths en l’occurrence ?

Et cette histoire magique – pour ne pas dire superstitieuse – de la cape que Abou Hourayra avait étalé devant le prophète, n’est-elle pas montée de toutes pièces par Abou Hourayra ? Pourquoi personne d’autre n’en a-t-il parlé ?

Pourquoi les autres compagnons n’ont-ils pas étalé leurs habits afin de « collecter » un maximum de savoir prophétique ?

Si le prophète avait fait un don « magique » à Abou Hourayra pour lui permettre de ne plus rien oublier de ses enseignements, pourquoi celui-ci n’a-t-il pas alors appris le Coran par cœur(8) ?

Le prophète cachait-il des enseignements sur ses compagnons pour les apprendre exclusivement à Abou Hourayra ? 

Profitait-il de l’absence de ses compagnons pour rester en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?

N’éduquait-il pas les compagnons pour qu’ils aillent travailler et qu’ils puissent ainsi subvenir à leurs besoins élémentaires(9) ?

N’avait-il rien d’autre ou de mieux à faire que de rester avec Abou Hourayra ?

Et ses enfants(10), ses femmes, ses proches, où étaient-ils pendant que le prophète restait en tête-à-tête avec Abou Hourayra ?…

On s’aperçoit sans trop de difficulté, et avec un minimum de bonne foi, que Abou Hourayra n’est absolument pas crédible. Car, même en supposant qu’il ait resté collé au prophète pendant les trois dernières années de sa vie, il y a de nombreux éléments objectifs de la biographie du prophète qui rendent ses prétentions inacceptables et même insupportables tant à l’égard du prophète que de ses compagnons. Une simple lecture des chapitres de la biographie prophétique correspondant aux quatre dernières années de sa vie – bien que l’écriture et la transcription de celle-ci soulèvent également moult interrogations – montre que le prophète avait d’autres obligations que de rester en compagnie de Abou Hourayra pour lui raconter des histoires insensées et à la limite de la superstition dignes de la cartomancie ou du père Noël !  

En effet, bien que cette biographie soit écrite principalement sous l’angle guerrier(11) pour servir, comme nous le verrons au chapitre 9, la propagande « va-t-en-guerrière » des Omeyyades, elle aide néanmoins à mieux approcher le quotidien éreintant du prophète. Il se trouve qu’à partir du premier mois de l’année 7 de l’hégire (Muharram) jusqu’à sa mort en début de l’année 11, le prophète – déjà âgé de 60 ans ! – avait un emploi du temps harassant et rigoureux. Car en plus des 29 expéditions défensives(12), déployées en cette période, dont le nombre de combattants variait de 10 à 3000 personnes(13),  le prophète a dirigé en l’an 7  une armée de 1600 personnes durant la bataille de Khaybar(14). Il a organisé le petit pèlerinage (Umra) à la Mecque avec 2000 personnes(15). Il a envoyé des émissaires diplomatiques(16) aux différents rois et empereurs persans, byzantins, coptes…

Après 7 ans d’exil à Médine, il a conduit la prise de la Mecque (Al Fath), à la tête de 10.000 hommes(17), en l’an 8 de l’hégire. Il a dirigé la bataille de Hunayn et le siège de Ta’if à la tête de 12.000 hommes(18) et une marche vers Tabûk au nord de la péninsule avec 30.000 hommes(19)

Tout au long de l’an 9, baptisé Année des députations(20), il est resté à Médine pour recevoir les émissaires des tribus de la péninsule arabe, afin de conclure avec eux des alliances régionales et de signer des conventions de paix. C’est la raison pour laquelle il n’a pas pu guider les pèlerins à la fin de cette année, et c’est pour cela aussi qu’il a chargé Abou Baker As-Seddik d’accomplir cette mission, tandis que lui restait à Médine pour continuer d’accueillir des émissaires tribaux(21).

En l’an 10, il a conduit des dizaines de milliers de pèlerins pendant son Pèlerinage de l’Adieu  qui était l’un des derniers grands moments de sa vie de prophète et de Messager, puisque Mohammed mourut quelques semaines plus tard(22).

Que de grandes entreprises qui demandaient de la disponibilité, de la planification, de la maîtrise des données objectives de la péninsule arabe et de ses alentours, de la vigilance à l’égard des menaces et des dangers venant de tous bords et qui planaient sur Médine, de l’orientation et de l’éducation de ses compagnons pour réussir une mission compliquée, dont les paramètres se multipliaient proportionnellement avec l’élargissement de la communauté.

Ce faisant, le plus dur n’était pas le fait de réussir en soi mais d’assurer, dans un premier temps, la sécurité de la communauté naissante, d’avancer sans faire trop de dégâts, sans trahir les valeurs ni violer les principes de son propre message et, dans un deuxième temps, d’éduquer les gens à l’humilité, à la modestie et à ne pas transformer les réussites de la veille, en échecs douloureux et inhumains des lendemains… comme à l’image de ce qui arriva quelques heures seulement après sa mort, au moment de la désignation du premier calife ! (23) 

Le prophète se chargeait, en plus de sa mission de Messager de Dieu, de la gestion sociale de Médine qui représentait une terre d’accueil pour une immigration massive et hétéroclite(24), immigration qui posait de réels problèmes sociaux, économiques et culturels. Et d’ailleurs, Abou Hourayra prétendait être l’un des « sans domiciles fixes » de l’époque, au beau milieu d’un groupe de 70 personnes(25) qui s’abritaient dans l’annexe de la mosquée/Al-Jami’i et dans l’attente d’une solution économique et sociale trouvée par le prophète.

Sans oublier bien sûr que Mohammad avait aussi une vie privée, neuf ou dix foyers conjugaux à gérer financièrement et surtout à combler d’amour et d’attention. En plus, il entretenait un cycle spirituel exigeant(26) en sa qualité de Messager, priant toute une grande partie de la nuit. De surcroît, il ne dormait que peu de temps, pour accomplir dès l’aube la prière et s’attaquer ensuite à la gestion des affaires de la cité : assurer sa sécurité, garantir à tout un chacun de quoi faire et survivre au jour le jour… 

Il me semble que Mohammad qui assurait toutes ces fonctions, toutes ces responsabilités complexes et qui devait accomplir sa mission parfaitement en donnant l’exemple aux autres et en enseignant(27) le sens de la responsabilité, de la perfection, de la justice, de la solidarité, de la bonté… ne pouvait que manquer cruellement de temps. Et même s’il disposait de quelques minutes de répits de temps à autre, il me semble qu’il ne les consacrait pas à raconter à Abou Hourayra des histoires superstitieuses et des fables surréalistes qui, dépossédées du caractère sacré et dogmatique, ne pourraient éventuellement que servir les enfants en stimulant leurs sens de l’imagination et de l’affabulation.Toute affabulation qui, si on lui attribue un caractère sacré et dogmatique qu’elle ne possède en aucune façon, conduira nécessairement à une double catastrophe intellectuelle et éthique de tous ces « petits » enfants devenus, au moins dans leurs apparences physiques, des « grands » adultes !

Quoi qu’il en soit, Abou Hourayra, à travers les éléments connus de son identité, nous met face à des décisions et des choix cruciaux à faire absolument et en tout état de cause. Et ce, pour mieux comprendre ses prétentions et ses aspirations dans le passé et aussi pour mieux évaluer l’ensemble de ses récits/Hadiths qui sont considérés comme deuxième source de l’islam par les mollahs sunnites dans le cadre de toutes leurs institutions.

En effet, si ce personnage était bien le compagnon intime du prophète, pourquoi a-t-il alors donné des versions contradictoires, pour ne pas dire mensongères, sur des éléments de sa propre biographie (son nom, son âge, l’année de sa conversion par exemple) ?

Comment peut-on prétendre avoir une mémoire prodigieuse et infaillible retenant des milliers de Hadiths, sachant que la moindre des choses est d’abord de se rappeler des éléments de sa propre vie, et au détail près ?

Doit-on croire une personne sur parole sachant qu’elle a menti sur son passé ?

Au final, cette personne est-elle crédible ? Ma réponse est bien sûr que NON ! 

Et si au contraire Abou Hourayra n’était pas du tout un compagnon du prophète, comme cela a été démontré par les travaux de Mustapha Bouhandi, qu’allons-nous faire alors de l’ensemble de ses récits mensongers ?

Allons-nous continuer à considérer le recueil de Al Boukhari comme « la » deuxième source sûre(28), sacrée et infaillible de l’islam sunnite, sachant que plus de 26% de ses Hadiths sont rapportés par Abou Hourayra ?

La même question vaut pour les présumées authenticités de Mouslim composées à plus de 68% des récits de Abou Hourayra ?

Devons-nous revoir les éléments de nos religiosités respectives, en terme de compréhension comme en terme de pratique cultuelle, qui sont basées sur des récits de Abou Hourayra ?

Qui pourra continuer de croire en un Dieu taillé sur mesure par l’imagination mythique, débordante et farfelue de Abou Hourayra ?

Allons-nous continuer à transmettre à nos enfants l’islam version Abou Hourayra, comme les mensonges sur le père Noël et avec tous les dangers que cela comporte en terme de perte totale de la confiance ? …

Autant de questions qui sont occultées désormais par les Abou Hourayra(s) contemporains qui passent les plus clairs de leurs temps cultuels à vouloir maintenir les gens dans l’illusion grossière et néfaste d’une « religion armée », alors qu’autrefois, comme nous allons le voir,  ce même personnage provoquait déjà de son vivant les soupçons des uns et les colères des autres.

A suivre …

Notes:

1- Aucun des 51 Hadiths compilés par Al Boukhari dans son recueil (*), racontant les circonstances de la maladie et de la mort du prophète n’est rapporté par Abou Hourayra !

(*) – Al Boukhari, Sahih Al boukhari, Vol. 3, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 1998, p.131- 140

2- Il s’agit du débat politique mené au sein de la réunion dite As-Sakifah qui a conduit à la désignation de Abou Baker As-Seddik comme premier calife succédant le prophète après sa mort. Abou Hourayra n’est cité nul part dans les récits rendant compte de cette réunion !

3- Pèlerinage du prophète en l’an 10 de l’hégire pendant lequel il a prononcé son discours historique récapitulant l’essentiel de son message et témoignant devant des milliers de pèlerins qu’il a accompli sa mission  en répandant la lumière du message coranique révélé.

4- Ce discours est rapporté par le biographe Ibn Hicham qui lui l’a rapporté en se référant à Ishak(**) et non pas à Abou Hourayra !

(**) – Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.349

5- Al Boukhari, op.cit., Vol. 1, p.39 & Vol.4, p.431

6- Coran, 2, 159

7- Coran, 24, 36-37

8- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Dar Al-Maârif, le Caire, 1957, p.170 et 185

9- Méditer le signe coranique suivant : « Ô vous qui croyez ! Lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre, hâtez-vous de répondre à cet appel en cessant toute activité ! Cela vaudra mieux pour vous, si vous le saviez ! Une fois la prière achevée, répandez-vous sur la Terre, à la recherche des bienfaits de votre Seigneur… » Coran, 62, 9-10. Lire aussi : « Emploie plutôt les richesses que Dieu t’a accordées pour gagner l’ultime demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde » Coran, 28, 77

10- Le prophète a eu sept enfants ; trois garçons : Al Kassem, Abdallah et Ibrahim et quatre filles : Zayneb, Rokayyah, Oum Kalthoum et Fatima. Ses enfants sont tous morts de son vivant sauf Fatima, la femme de Ali Ibn Abi Taleb et la mère de Al Hassan et de Al Hussein.

11- L’approche guerrière de la biographie du prophète reste très répandue dans les écrits historiques couvrant les événements marquant de la vie de Mohammad. Elle donne l’impression que sa vie ne se résume, surtout dans sa période médinoise, qu’à une succession ininterrompue de guerres (Jihad militaire). Moustapha As-Soubaî (1915 – 1964), une personnalité emblématique du mouvement des Frères Musulmans de la Syrie, a réservé plus de 67% de son livre Biographie prophétique(*) – en arabe – à la dimension guerrière de la vie de Mohammad. Aussi, 50% du livre de Mohamed Al Ghazali Fiqh As-Siyrah(**)  – en arabe – est réservé à cette dimension militaire. Il y a aussi des auteurs qui ont publié des ouvrages entiers exclusivement dédiés à ces guerres, comme le livre publié en 1990 par Abdelatif Zayd et Mahmoud Chite Khattabe intitulé : Leçons militaires de la biographie prophétique (***) (en arabe)

(*) – Moustapha As-Soubaî, As-Siyrah An-Nabawiyah, Al Maktab Al Islami, Riyad, 1998 (en arabe)

(**) - Mohamed Al Ghazali, Fiqh As-Sirah, Dar Ac-Chourouk, le Caire, 2000, p.276 (en arabe)

(***)- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990 (en arabe)

12- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990, p.118-124

13- Ibid.

14- Ibid., p.111

15- Ibid., p.112

16- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.271-278

17- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, op.cit., p.112

18- Ibid., p.112

19- Ibid., p.113

20- Tariq Ramadan, Muhammad – Vie du prophète, Presse du Châtelet, Paris, 2006, p.287

21- Ibid., p.288

22- Ibid., p.296-299

23- Il s’agit des débats troubles pour la désignation du premier calife. Bien avant l’enterrement du prophète, des prétendants au pouvoir s’étaient fait connaître. Du côté des Ansâr le candidat était Saâd Ibn Oubadah qui fut contraint, d’abord par la douceur puis par la force, de céder sa place à Abou Baker As-Séddik soutenu essentiellement par Omar Ibn Al Khattab. Ce dernier joua un rôle déterminant dans cette désignation, en faisant appel, pour convaincre et pour contraindre, par son fort caractère puis sous la menace physique, les derniers candidats qui ne voulaient pas déclarer leur allégeance à Abou Baker. Pour plus de détails/analyses sur ces moments déterminants de l’histoire politique de l’islam et de la théorie du califat, lire Les différents recueils d’histoire : Ibn Khaldoun, At-Tabari,… et aussi :

Abd Al Jawad Yassine, As-Soltatou Fi Al Islam, Centre Cultuel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.161-172 (en arabe)

24- Tariq Ramadan, op.cit., p.128-142

25- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.56

26- Lire et méditer : « Ô toi [Mohammad] qui es enveloppé d’un manteau ! Lève-toi pour prier la plus grande partie de la nuit, ou la moitié, ou un peu moins ou un peu plus et lis le Coran une lecture avec éloquence et méditation. Nous allons te charger d’une parole de grand poids. En vérité la prière de la nuit laisse une profonde empreinte et permet une plus grande concentration alors que durant le jour tu as à vaquer à de multiples occupations. Invoque sans cesse le Nom de ton Rabb – Educateur – et fais don de ton être [communie avec Lui] intensément » Coran, 73, 1-8

27- Lire et méditer : « Vous avez, dans le Messager de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui évoque souvent le Nom du Seigneur » Coran, 33, 21

28- Pour ne citer que la position des Frères Musulmans par exemple, qui est aussi le dogme de tous les courants salafistes, la référence aux Hadiths – ou sunna dite verbale – représente le deuxième principe idéologique et la deuxième référence normative de cette mouvance : « Le saint Coran et la sunna pure sont la source de chaque musulman désireux de connaître les règles de l’islam. Le Coran ne peut être compris qu’à la lumière des règles de la langue arabe sans raffinement superflu ni exagération de style. Quant à la sunna pure, il faut, pour la comprendre, se fier aux transmetteurs dignes de confiance » (*). Je ne sais pas comment est-ce que les Hadiths de Abou Hourayra constituent une source pure de l’islam ? Abou Hourayra était-il un transmetteur digne de confiance ? La confiance seule suffit-elle comme base pour formuler des concepts et pour comprendre et/ou pratiquer une religion ?… 

(*) – Youssef Al Qaradawi, Hassan Al-Banna – 20 principes pour comprendre l’islam, Médiacom, Paris, 2004, p.43 (Traduit par : Moncef Zenati)




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (3)

19092008

Par Mohamed LOUIZI

abouhourayra.bmp

3- Et aussi un peu de mathématiques, s’il vous plaît !

Une troisième version conclut que Abou Hourayra n’était pas du tout compagnon du prophète ! Il s’agit de l’un des résultats de recherches comparatives conduites par l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi qui figure dans son livre (1) mentionné précédemment et qui a pu provoquer, depuis quelques années, la colère des imams marocains ! Bien que Bouhandi n’ait fait que rassembler et recouper les différentes informations, dévoilées intégralement par Abou Hourayra, et qui figurent bel et bien dans les références historiques reconnues par les sunnites, en respectant minutieusement les règles d’investigation et de recherche historique, pour pouvoir aboutir enfin à de telles conclusions !

Bouhandi nous propose un moment « mathématique » agréable visant à préciser exactement l’année du calendrier hégirien(2) durant laquelle Abou Hourayra aurait pu embrasser l’islam, en partant des données suivantes :

Premièrement : « Le prophète est décédé en l’an 10 ou 11 de l’hégire ». (3)

Deuxièmement : « A l’annonce de sa nouvelle conversion Abou Hourayra confirmait avoir entre 33 et 39 ans ». (4)

Troisièmement : « Il a vécu, selon les différentes versions, entre 75 et 78 ans ». (5)

Quatrièmement : « Il est décédé entre l’année 57 et l’année 60 de l’hégire ». (6)

En quelle année hégirienne Abou Hourayra se serait-il converti à l’islam ? S’interrogeait l’universitaire marocain !

Pour répondre à cette question en quatre pages de son livre, Bouhandi a fait appel à quelques connaissances élémentaires de mathématiques, en l’occurrence les opérations d’addition et de soustraction, au risque même de ne pas permettre à quelques imams traditionnels – vieux routiers de la manipulation des textes et non pas des chiffres et qui l’ont de ce fait critiqué et maudit du haut de leurs tribunes hebdomadaires – de suivre sa logique !

Pour faciliter la compréhension du travail de Bouhandi à l’ensemble des lecteurs, je me suis amusé à le décliner sous forme d’étude de cas, en supposant que Abou Hourayra ait vécu 78 ans. Les conclusions ne changeront pas si l’on suppose qu’il ait vécu 75 ans. 

Mes quatre cas de figures sont :

Premier cas : Conversion à l’âge de 33 ans et décès en l’an 57 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 45 ans.

Car : 78 – 33 = 45

L’année de sa conversion serait 12 hégirienne.

Car : 57 – 45 = 12

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Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 12 de l’hégire.

Un à deux ans après la mort du prophète.

Deuxième cas : Conversion à l’âge de 33 ans et décès en l’an 60 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 45 ans

Car : 78 – 33 = 45

L’année de sa conversion serait 15 hégirienne.

Car : 60 – 45 = 15

cas2abouhourayra.bmp

Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 15 de l’hégire.

Quatre à cinq années après la mort du prophète.

Troisième cas : Conversion à l’âge de 39 ans et décès en l’an 57 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 39 ans.

Car : 78 – 39 = 39

L’année de sa conversion serait 18 hégirienne.

Car : 57 – 39 = 18

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Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 18 de l’hégire.

Sept à huit ans après la mort du prophète.

Quatrième cas : Conversion à l’âge de 39 ans et décès en l’an 60 de l’hégire

Abou Hourayra aurait vécu musulman pendant 39 ans

Car : 78 – 39 = 39

L’année de sa conversion serait 21 hégirienne.

Car : 60 – 39 = 21

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Abou Hourayra se serait converti à l’islam en l’an 21 de l’hégire.

Dix à onze ans après la mort du prophète. 

Conclusion :

Ce dernier cas de figure me semble le moins plausible car il y a d’autres éléments de sa biographie qui montrent qu’il fut nommé gouverneur de Bahreïn, par Omar Ibn Al Khattab, en l’an 20 de l’hégire, ce qui signifie qu’il se serait converti à l’islam bien avant cette date.

De ces calculs, rassemblant et recoupant des informations rapportées, en grande partie, par Abou Hourayra et par d’autres récits historiques sur sa vie, l’universitaire Bouhandi conclut que celui-ci n’a embrassé l’Islam en vérité que pendant quelques années(7), de deux à dix ans, après la mort du prophète Mohammed. Et ce, juste avant ou pendant le mandat du deuxième calife Omar Ibn Al Khattab.

Continuer à prétendre, désormais, qu’il était compagnon intime et permanent du prophète ne tient pas debout et manque cruellement de crédibilité et de solidité historique.

Difficile donc de confirmer qu’il était compagnon très proche du prophète à la mémoire prodigieuse, comme cela est confirmé dans certains récits/Hadiths que l’on présente comme authentiques et immuables !

(A suivre…)

Notes :

1- Moustapha Bouhandi, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002

2- Calendrier hégirien (Hijri) : est l’un des rares calendriers lunaires modernes largement répandu. Ce calendrier est caractérisé par des années de 12 mois lunaires qui sont plus courtes que les années solaires. Une année lunaire compte 11 jours de moins qu’une année solaire. L’an 1 de ce calendrier a débuté le premier jour de l’hégire – migration du prophète de la Mecque vers Médine, le 1er Muharram le 15 ou le 16 juillet 622 de l’ère chrétienne. Ce calendrier a été adopté dix ans après cet événement. On indique qu’une date est donnée dans ce calendrier en ajoutant la mention (calendrier musulman), (calendrier hégirien), (ère musulmane) ou (ère de l’Hégire); ou en abrégé, (H) ou (AH). Chaque mois démarre au premier croissant de Lune visible à partir de la nouvelle Lune : selon l’endroit d’où est effectuée l’observation, le mois peut démarrer plus ou moins tôt. (Source : Wikipédia)

3- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.45-48

4- Ibid., p.45-48

5- Ibid., p.45-48

6- Ibid., p.45-48

7-   Ibid., p.45-48 







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