112 propositions destinées aux candidats à l’élection présidentielle 2022

26012022

112 Propositions destinées aux candidats à l'élection présidentielles 2022 - LOUIZI

Par : Mohamed LOUIZI 

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Bilan introductif

Depuis la nuit de la mort de Mahomet, l’islam se complait dans le statut d’otage consentant et docile de l’islamisme : son récit éminemment politique et jihadiste. Dans Pourquoi J’ai quitté les Frères musulmans, retour éclairé vers un islam apolitique (Michalon–2016), et dans la continuité de mes écrits publiés sur le blog «Ecrire sans censures !» depuis le 21 mars 2007, j’ai expliqué le sens de mon islam, inspiré du vécu bienveillant de mon grand-père, Sidi, paix à son âme.

Un islam apolitique qui n’est pas consigné dans un livre de propagande ou palabré dans une émission prosélyte ou au-dessus d’un minbar conquis par la tromperie de la masse des fidèles. Un islam qui a fait de Sidi un musulman simple, avec ses qualités et ses défauts mais toujours droit, honnête, sincère et dévoué pour assurer le bonheur de sa famille, l’éducation de ses enfants, le sourire des nécessiteux, le bien-être de son chien, la sérénité de ses vaches, la verdure de son champ, la paix de son voisin, la satiété de ses frères les oiseaux, qui se posaient à côté de lui, comme à côté d’un Saint François d’Assise, pour picorer ses grains de blé, louer le Seigneur et repartir le jabot plein.

Islam apolitique ? L’adjectif avait, à juste titre, surpris et semé le doute dans de nombreux esprits, pourtant éclairés, quant à la capacité de l’islam de se séparer et se défaire de sa dimension califale politique, violente et jihadiste, qui semble être inhérente à son ADN. Le judaïsme est né en Mésopotamie. En Europe, des citoyens juifs l’ont réformé. Le christianisme est né à Nazareth. En Europe, des citoyens chrétiens l’ont réformé. L’islam est né à la Mecque. En Europe et en France des citoyens musulmans tentent de le moderniser face à des islamistes qui s’activent pour islamiser la modernité. Si judaïsme et christianisme ont pu faire leur aggiornamento, pourquoi pas l’islam ?

 Mon Plaidoyer pour un islam apolitique, immersion dans l’histoire des guerres des islams (Michalon–2017) avait pour premier objectif de clarifier ce que j’entendais par «islam apolitique». Je parlais d’un islam qui n’est ni un «islam de France», ni un «euro-islam», mais un autre islam réformé et libéré de l’islamisme. Quelques semaines après sa parution, la Fondapol m’a fait l’honneur de publier la note Libérer l’islam de l’islamisme, en janvier 2018, qui ne s’est pas arrêtée au stade du constat mais a proposé dix recommandations pour converger vers une vision commune du rapport salutaire de la République et l’islam : La République chez elle, l’islam chez lui.

Repris mot pour mot comme titre de mon dernier essai, sous forme de recueil de mes chroniques publiées sur mon blog «Ecrire sans censures !», entre 2017 et 2019, La République chez elle, l’islam chez lui est paru chez Fauves éditions le 9 décembre 2019 : date anniversaire de la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat, à mi-mandat de la présidence d’Emmanuel Macron.

En avant-propos, j’ai suivi la chronologie des hésitations du président de la République. En effet, le 7 mai 2017, le suffrage universel a désigné Emmanuel Macron au poste de président de la République. Il avait bénéficié du soutien explicite et du vote des Lire la suite… »




Le masque de la tyrannie

10082021

Tyrannie-Richard-Malka

Par : Mohamed Louizi 

 « Après l’élection des Aztrides, la mesure la plus décriée du nouveau régime fut le port obligatoire du cache-visage. Il s’agissait de la pierre angulaire de leur programme. Une nécessité pour créer un homme nouveau. Cette mesure enseignerait aux adultes en formation la soumission de l’égo et l’oubli de soi au bénéfice du collectif. Le futur citoyen aztride apprendrait ainsi à se fondre dans une société harmonieuse protégée du narcissisme et de l’individualisme, pires ennemis des humains et des peuples. Il s’agissait aussi de promouvoir l’égalité homme/femme, car les masques étaient asexués. »[1]

Ainsi parla le narrateur du premier roman de Richard Malka, Tyrannie, paru chez Grasset en janvier 2018. Ce récit bouleversant, visionnaire mais réaliste raconte le chemin de croix d’un pédiatre, Oscar Rimah, qui s’est opposé, à ses dépens, au port du masque en public, imposé « aux adolescents, entre quatorze et dix-huit ans »[2] par l’aztrisme : ce nouveau régime totalitaire dont la devise est « Transparence – Vertu – Humilité »[3], élu « démocratiquement » dans un pays proche de l’Europe et qui prône la pureté. Le pédiatre, père de deux enfants, avait, dans un premier temps, dénoncé dans un article cette obligation totalitaire qui provoque des « troubles mentaux sur le développement physique des petits. »[4]

Après l’élection du tyran Isidor Aztri, le pédiatre s’est vu attribuer un prix par une société de pédiatres finlandais et il est devenu un symbole de résistance. Le tyran, lui, y voyait plutôt une occasion de donner une « caution scientifique » à son idéologie liberticide. Ses services ont usé de la carotte et du bâton. Ils ont tenté d’acheter sa Lire la suite… »




Islamisme : ce que l’Autriche apprend à Macron

6122020

MACRON-CFCM

Par Mohamed LOUIZI

En se rapprochant de la date anniversaire du 9 décembre, les militants islamistes «pour un islam de France», à la sauce des Frères musulmans et de l’Institut Montaigne, s’agitent désespérément et tentent de jouer leurs dernières cartes. Depuis quelques semaines, ils multiplient les tribunes pour faire pression sur l’exécutif. Le 25 novembre 2020, Cécile Chamberaud relaie dans Le Monde les états d’âme et la frustration du frériste Mohamed Bajrafil, un autre coéquipier d’Hakim el-Karoui au sein de l’AMIF. Toujours dans Le Monde, l’islamiste Tareq Oubrou signe une tribune, le 1er décembre 2020, pour s’opposer, avec vanité perceptible, à la vraie-fausse proposition du gouvernement de créer un «conseil des imams», adossé au CFCM. Cette tribune est cosignée par des Lire la suite… »




La France face à l’islam politique : connaître et comprendre pour agir (Interview-Le Point)

28112020

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Après la décapitation de Samuel Paty, Le Point* m’a posé des questions au sujet de l’islam politique et des Frères musulmans. C’est en homme libre, et non en « repenti », que j’ai accepté de lui livrer, sans contrepartie, mon décryptage factuel et désintéressé. J’y ai mis toute mon énergie pour offrir à tout lecteur, qu’il soit néophyte ou expert, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, la synthèse de mes travaux à ce sujet depuis l’année 2006. J’y formule sans détour des propositions et des recommandations claires pour faire face à l’hydre islamiste. Je tiens à remercier la rédaction du site Le Point et le journaliste Clément Pétrault qui ont rendu possible cette publication. Aujourd’hui, conscient que ce décryptage est d’intérêt public, au moment où la France est à l’heure d’un choix décisif, je me permets de le mettre intégralement en accès libre, augmenté de nombreuses illustrations, pour qu’il soit lu par tout le monde et sans restriction. La connaissance est la clé de l’action. Bonne lecture !   

Le Point : Vous avez quitté les frères musulmans en 2006. À quoi ressemble votre vie depuis ?

Mohamed Louizi : Depuis que j’ai quitté les Frères musulmans, ma vie s’est enrichie, pas d’un point de vue pécuniaire, entendons-nous ! Mon approche apolitique de l’islam m’ouvre des perspectives intellectuelles et spirituelles inattendues et me permet de faire sur moi-même tout un travail difficile, parfois très douloureux, d’introspection et d’autocritique sans limites. Tout passe, depuis maintenant quatorze ans, par le tamis de la raison, par le sas du doute qui sauve. Ce travail se poursuit toujours sur les strates de sédiments superposés depuis l’époque islamiste de mon existence. Je ne sais pas où tout cela va m’emmener. Je l’ignore. Je n’ai plus de vérités absolues à défendre. Ce que je sais, c’est que ce travail salutaire sur ma petite personne est plus que nécessaire. Il est indispensable et je ne le fais ni pour plaire, ni pour déplaire, ni pour vendre des essais, ni pour me venger, ni pour négocier une place médiatique, ni pour atteindre un statut politique. Je le fais à mes dépens et j’en paie un coût financier très élevé.

Pourquoi avoir choisi de renier votre engagement… au risque de vous retrouver seul ?

Quand j’ai décidé de rompre avec l’idéologie et l’activisme des Frères musulmans, j’ignorais que j’allais me retrouver presque seul, ma petite famille ostracisée. Je pensais naïvement que leur islam était tolérant. Je pensais que les méthodes punitives qu’ils utilisent ailleurs, contre leurs « ex », ne pouvaient entrer en action ici en Lire la suite… »




Les jalons de François Burgat sur la route des Frères.

31122017

02.pngPar : Mohamed Louizi.

 Le fichier PDF illustré de cette enquête est à télécharger ici :

fichier pdf Les_jalons_de_Francois_Burgat_sur_la_route_des_Fre`res_V2018

François Burgat est aux Frères musulmans, ce que le champion est à la stratégie Starfish[1]. Ce qu’une clef de voûte est à l’arc-croissant. Ce que la quatrième roue est à la voiture. Ce que la courgette est à la ratatouille: (presque) indispensable. Je ne connais pas un «frère» qui ait autant fait pour les Frères musulmans, à l’échelle nationale, comme à l’échelle internationale, que François Burgat. Il ne m’appartient pas d’expliquer le pourquoi du comment de son activisme pro-Frères : il peut s’en expliquer s’il le souhaite. Je me limite donc à relater des faits, à les interroger, à les interpréter de façon subjectivement objective. Cela suffirait, à mon sens, pour mesurer l’étendu de l’impact d’un «universitaire» sur le processus d’«islamisation»[2], en cours dans l’Hexagone, avec son lot de ruptures et de terreurs. Telle une caution «académique» consentante, François Burgat se plaît ostensiblement au service assurément conscient de Lire la suite… »




Présidentielle : Emmanuel Macron, otage du vote islamiste ?

29042017

0000.pngPar : Mohamed Louizi

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fichier pdf Présidentielle-Macron-otage-du-vote-islamiste-M_LOUIZI

Avertissement :

Le décryptage qui suit ainsi que ses illustrations, en annexes, pourraient aider à faire un choix électoral (ou pas), le 7 mai prochain, au second tour des élections présidentielles. J’en suis conscient. J’assume ce que j’écris, comme je l’ai toujours été, y compris dans les prétoires. Je suis responsable de ce que je dis. Je ne suis comptable ni de ce que d’autres en feraient, ni des possibles instrumentalisations. Je rassure mes lecteurs que toutes les informations sont vérifiables à 100%. Plus de cinquante notes bibliographiques renvoient aux sources directes. Aucune source n’est un « fake news » d’origine russe. Les illustrations comportent d’autres informations complémentaires.

Certains diraient que ce ne serait pas le bon timing pour le publier. Ce qui est certain, c’est qu’il a été écrit après l’annonce des résultats du premier tour, en réaction aux diverses polémiques ambiantes, pour éclairer simplement le choix au second tour. Très condensé, il est composé de neuf parties et pourrait être lu en une seule fois, ce que je recommande vivement. Toutefois, il pourrait être lu aussi en petites doses. Comme tout texte à enjeu, en ces temps, il est susceptible d’avoir des effets indésirables : rougeur des joues, trouble de la vision, énervement, insomnie, stress, déprime et hypertension artérielle. Si vous remarquez des effets indésirables non mentionnées dans cette introduction, veuillez m’en informer pour les textes à venir. Bonne lecture !

1- Mohamed Saou est-il un cas isolé ?

«Il a fait quelques trucs radicaux, c’est ça qui est compliqué, mais c’est un type bien Mohamed. Et c’est pour ça que je ne l’ai pas viré !»[1] expliquait Emmanuel Macron, hors antenne, le vendredi 14 avril 2017, sur la radio Beur FM, pour défendre Mohamed Saou,  son ex-référent du Val-d’Oise. Ce dernier avait dit, sur sa page Facebook en septembre 2016 : «Je n’ai jamais été et je ne serai jamais Charlie». Reprenant à son compte un slogan islamiste post-attentat de Charlie Hebdo, à l’image d’un certain Tariq Ramadan qui n’a jamais été «ni Charlie, ni Paris» : le fameux «ni, ni» des islamistes.

Marwan Muhammad, président de l’organisation frériste CCIF, avait lui aussi exigé des explications et a menacé d’ Lire la suite… »




Décryptage : France 2 et la fabrique des icônes islamistes 3G …

16012017

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fichier pdf France2 et la fabrique icônes islamistes 3G

Une icône masculine, un réseau …

Au JT de 20 heures du 17 novembre 2015, quelques jours après les attentats de Paris, la chaine publique France 2 a consacré de longues minutes pour dresser le portrait, pour le moins très complaisant, du frère musulman Othman Iquioussen. Elle l’a présenté comme étant un imam moderne et « ultra connecté » [1]-[2]. Cependant, elle n’a dit mot ni sur sa filiation idéologique, remontant jusqu’au « prophète » de l’islamisme, l’égyptien Hassan al-Banna (1906-1949), ni sur sa filiation biologique directe, le reliant à l’islamiste marocain notoire et ultra-protégé, Hassan Iquioussen : son père.

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Quelques semaines plus tard, l’ombre des Iquioussen et de leurs projets a plané une nouvelle fois sur la chaîne du service public. Celle-ci a diffusé le 11 décembre 2015, un reportage de Laurent Hakim, Alice Gauvin et Alexis Fischer, dans l’émission Envoyé Spécial, intitulé : « Les mécanos de la crise » [3]. En première partie, le réalisateur a voulu démontrer la réalité de l’existence de réparateurs clandestins, dans une petite ville pauvre du Nord, entre autres. En fin de deuxième partie, la voix off a vanté les mérites des Lire la suite… »




Caverne d’Amar Lasfar

31122015

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Par Mohamed LOUIZI

Avant-propos 

La présente enquête se base, essentiellement, sur les contenus de documents officiels : statuts, procès verbaux d’assemblées générales, actes de gérance, extraits Kbis, bilans et comptes annuels comptables qu’Amar Lasfar et ses associés ont transféré, au titre de déclarations sur l’honneur, aux différentes administrations françaises, fiscales, sociales et bancaires de 1998 à 2014. Ces documents sont accessibles et téléchargeables sur le site Infogreffe.fr (ici). Les statuts et autres documents officiels, relatifs aux associations Ligue Islamique du Nord (LIN), Grande Mosquée de Lille (GML) et l’Association Averroès, sont totalement accessibles par simple demande, formulée par tout citoyen, auprès du Greffe des Associations à la Préfecture du Nord (ici). L’accès à certaines informations comptables est gratuit. L’autre est payant. De part mes expériences professionnelles passées en tant que gérant d’une SARL, puis projeteur, puis chef de projets, puis ingénieur, responsables d’études, je ne prétends pas être spécialiste de l’analyse comptable et financière. Mais, je m’estime capable de déchiffrer correctement quelques lignes, des documents précités, et de lire entre les lignes aussi. La liste des 53 documents exploités est consultable en annexes.

Télécharger l’article sous format PDF (version mise à jour) : fichier pdf Caverne d’Amar Lasfar – Par Mohamed LOUIZI – 31 décembre 2015 (version mise à jour)

 1- Mise en contexte 

Le mardi 22 décembre 2015, j’ai reçu une « Assignation en référé » pour me présenter le mardi 26 janvier 2016 à 9h00, devant le Tribunal de Grande Instance de Paris (J’habite à Roubaix !). Ainsi, pour la deuxième fois, en moins de six mois, le « frère musulman » Amar Lasfar, président national de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), a choisi le terrain judiciaire pour attaquer, une nouvelle fois, mes publications.

En effet, le 27 septembre 2015, j’avais publié un billet intitulé : « Parrain et mafieux : Action SAP » (ici). Celui-ci s’inscrivait dans une continuité et faisait écho aux pressions communautaires et familiales que moi et ma petite famille subissons, en raison de mes engagements intellectuels anti-islamisme, totalement revendiqués et publiquement assumés, depuis que j’ai quitté les Frères Musulmans en octobre 2006. L’article du 27 septembre dévoile aussi, et très partiellement, une face de ces pressions incessantes, faites de rumeurs, d’agissements détestables, de mise à l’index et d’ « exécutions » sociale et économique. Lorsque le lecteur saura que dans mon propre entourage familial Lire la suite… »




Visite à Jawdat Saïd – Par : Jean Marie MULLER

9042009

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Jawdat Saïd (né en Syrie le 9 février 1931) est considéré comme l’un des premiers penseurs musulmans qui s’est efforcé d’introduire la notion de non-violence dans le monde islamique. Sans conteste, l’œuvre de ce penseur syrien s’avère particulièrement originale et féconde et il faut regretter qu’elle n’ait pas été davantage mise à profit au sein même du monde musulman.

Il expose sa pensée dans un livre publié en 1964 et intitulé « La doctrine du premier fils d’Adam, Le problème de la violence dans le monde islamique. »

Dans ce livre, il entend répondre aux écrits de Sayyid Qutb pour lequel, nous l’avons vu, le Coran légitime la violence pour faire triompher la cause de Dieu.

Il considère que la réponse d’Abel à son frère aîné Caïn qui menace de le tuer : « Si tu portes la main sur moi pour me tuer, je ne porterai pas la main sur toi pour te tuer. » (V, 28) exprime clairement l’attitude que le croyant musulman doit adopter pour faire face à l’homme violent.

« Qu’il s’agisse d’un événement historique ou d’une histoire symbolique, commente Jawdat Saïd, ce qui me semble important dans cette histoire, c’est la voie qu’elle indique pour que l’humanité s’élève au niveau de l’esprit. (…) Il n’existe aucune hésitation ni aucun doute dans la position d’Abel. Il est déterminé et il a la volonté de faire face aux conséquences de son attitude[1]. »

En prenant le risque de mourir pour ne pas tuer, Abel témoigne de la responsabilité morale que l’homme doit assumer en refusant toute complicité avec le mal. Ainsi, selon la mythologie adamique rapportée par le Coran, l’histoire n’a pas commencé par un meurtre, mais par un acte de non-violence. Le récit place d’emblée l’humanité devant le choix existentiel entre la violence et la non-violence. Jawdat Saïd cite un hadith rapporté par l’imam Ahmad selon lequel à un compagnon qui lui demandait : « Si quelqu’un rentre chez moi par effraction pour me tuer, comment dois-je me comporter ? », le prophète répondit : « Sois comme le fils d’Adam[2]. » Jawdat Saïd regrette que la jurisprudence islamique n’ait pas donné à ce hadith toute l’importance qu’il mérite.

Pour sa part, il va construire sa réflexion théologique en se référant constamment à l’exigence de non-violence qui fonde l’attitude du second fils d’Adam. « Comment, interroge-t-il pouvez-vous être un musulman si vous n’acceptez pas de suivre la voie du fils d’Adam[3] ? »

« Le Coran, précise Jawdat Saïd, montre la détermination de tous les prophètes à partager l’attitude du fils d’Adam, à résister au mal et à exercer la patience en face de la persécution que leur propre peuple leur inflige. Ils persévèrent à appeler au dialogue et en supportent toutes les conséquences. Ils refusent de répondre par le mal au mal qui leur est infligé. Ils sont déterminés à ne pas régresser vers la loi de la violence parce que, pour eux, celle-ci constitue un blasphème[4]. »

Ainsi, Jawdat Saïd voit dans la détermination des prophètes à refuser de se défendre par la violence et à rester patients alors mêmes qu’il sont agressés, le principe même de l’attitude non-violente. Il parle encore de « l’intégrité intellectuelle » des prophètes qui entendent faire prévaloir contre toute contrainte la liberté de penser et de croire. Et il cite la parole des prophètes à ceux qui les persécutent telle qu’elle est rapportée par le Coran : « Nous sommes patients dans les peines que vous nous infligez. » (XIX, 12)

Le Coran rapporte que lorsque Dieu voulut établir l’homme sur terre, les anges lui dirent : « Vas-tu établir quelqu’un qui fera le mal et qui répandra le sang, tandis que nous célébrons tes louanges et que nous proclamons ta  sainteté ? » Dieu leur dit alors : « Je sais ce que vous ne savez pas ». (II, 30), comme pour leur signifier que leur prédiction n’était pas une fatalité. Dieu fait confiance aux capacités et aux possibilités de l’homme. « Dieu, dit alors le Coran (II, 31), apprit à Adam tous les noms. », alors même que les anges ne les connaissaient pas. « C’est comme si Dieu disait, commente Jawdat Saïd, que le pouvoir de l’homme vient de sa capacité à nommer les choses de la création, à leur donner des noms symboliques, une capacité à devenir digne d’être le lieutenant de Dieu sur terre[5]. » La science des noms permet à l’homme de parvenir à la connaissance des choses. Ainsi, par son intelligence – Jawdat Saïd par son « système nerveux » -, l’homme, et lui seul parmi les créatures, est capable de nommer le bien et le mal, et les conséquences de l’un et de l’autre. Même si, dans une large mesure, aujourd’hui encore l’homme réalise la prédiction des anges plutôt qu’il n’accomplit la mission que Dieu lui a donnée, le penseur syrien veut affirmer sa confiance dans l’évolution de l’humanité : « Dieu, affirme-t-il, a dit la vérité quand il a dit que les anges ne savaient pas que l’homme dépasserait le stade où il faisait le mal et répandait le sang. En vérité, nous ne sommes pas réduits aux conjectures, car nous voyons dans le monde que cela est une évidence ; cela se vérifiera et cela dans un futur pas très lointain[6]. »

Cependant, pour l’heure, « notre histoire, hélas, remarque Jawdat Saïd, est encore l’accomplissement de la prédiction des anges concernant notre espèce. » Les relations humaines fondées sur l’équité et la compassion sont encore marginales dans l’histoire. Jawdat Saïd estime que ce sont les intellectuels qui ont la plus grande responsabilité dans le fait que les sociétés sont gangrenées par l’injustice et la violence. Car ce sont eux qui, par leur enseignement, façonnent la culture des sociétés, ce sont eux qui font que les peuples vivent dans la connaissance ou dans l’ignorance. Or, aujourd’hui, les intellectuels ont délaissé l’enseignement des prophètes et sont devenus des « guides aveugles » : « ils sont les nouveaux gardiens du dieu de la guerre[7] ». Il est urgent que les hommes accomplissent le rêve des prophètes en prenant le chemin de la paix : « Les prophètes ne sont pas venus pour rivaliser dans un combat violent, ils sont venus pour rivaliser dans la bonté, en voulant construire une société entièrement pacifiée dans laquelle tous les êtres humains sont égaux sous la loi[8]. » La maladie de la violence dont souffre les sociétés rappelle l’époque des épidémies : « Alors, à cause de l’ignorance qui régnait concernant les causes des maladies, les épidémies de la peste dévastaient les communautés, laissant derrière elles des millions de morts. » Mais la science a permis de comprendre les microbes et de trouver les médicaments qui permettent de combattre ces épidémies et de guérir les malades. « De même, affirme Jawdat Saïd, les guerres qui éclatent ici et là sont causées par l’ignorance des microbes intellectuels par lesquels les communautés sont infectées de haine et les individus se laissent influencer au point de commettre des atrocités. Dans le monde d’aujourd’hui qui se fie à la science, nous nous préoccupons de la prévention de la guerre bactériologique, tout en ménageant les virus qui nous détruisent : nos nourritures intellectuelles restent polluées. Nous ne pouvons pas nous permettre de persister dans la confusion ou l’ignorance à propos de ces germes envahissants[9]. »

C’est par ignorance que l’homme recourt à la violence : celle-ci « vient d’une fausse connaissance[10] » qui ignore le bien et le mal. C’est la connaissance du bien et du mal, telle qu’elle est enseignée par la Bible et le Coran, qui permet à l’homme d’emprunter la voie droite, la voie de la sagesse en évitant le mal et en faisant le bien. Combattre le mal par le meurtre, « c’est comme briser une vitre au lieu de la laver ». C’est tuer le malade au lieu de le guérir : « Puisque que nous n’acceptons pas que les médecins tuent leurs patients, il est difficile de comprendre pourquoi nous acceptons que des intellectuels ou ceux qui prétendre être les enfants de Dieu glorifient le meurtre de l’ignorant au lieu de l’enseigner et de le guider[11]. »

Les prophètes ont voulu fonder et établir une nouvelle éthique en se fondant sur l’attitude non-violente du second fils d’Adam dont la position peut se résumer ainsi : « Je connais le bien et le mal et j’ai renoncé à suivre la loi de la jungle. Tu peux me tuer, mais tu ne me transformeras pas en un meurtrier. » C’est comme si Abel avait dit à son frère : « Tu peux me tuer. Je mourrai de toute façon même si  tu ne me tues pas. Mais je ne veux pas faire de ma mort un meurtre légitime. Je refuse de t’accorder le bénéfice du meurtre. Je le ferai en refusant d’entrer dans la bataille des corps avec toi, parce que si je me défends tu croiras à l’efficacité du meurtre. J’abrogerai et j’annulerai le bénéfice du meurtre et je le rendrai abominable à tes propres yeux. Et Abel a gagné quand « Caïn dit à Yahvé : « Ma peine est trop lourde à porter. » (Genèse, 4, 13). Dans le Coran, Caïn devient plein de remords et de regrets. Alors que les soldats considèrent leur victoire dans le combat comme héroïque et même que l’assassinat d’une personne qui est armée et protégée comme un geste habile, le meurtre de ceux qui ne se défendent pas est regardé comme un geste effrayant. En refusant de nous défendre, comme le fils  d’Adam et les prophètes, nous nous libérons de la peur de mourir et nous rendons le meurtre criminel[12]. »

Jawdat Saïd souligne que Jésus a demandé à l’un de ses disciples de remettre son épée au fourreau en précisant : « Celui qui prend l’épée périra par l’épée. » Matthieu, 26, 52) Et il voit dans le fait que « les premiers disciples de Jésus ont résisté à l’État alors qu’ils étaient engagés dans la voie de la non-violence[13] », la preuve que l’histoire nous montre la possibilité de résister à la tyrannie sans recourir à la violence. Jawdat Saïd souligne que « tous les prophètes ont interdit l’usage de la violence en établissant une société où règne l’état de droit, parce qu’on ne peut pas établir une telle société tant qu’on croit à l’efficacité de la violence[14] ». Mais il doit être bien clair que le renoncement à la violence ne doit pas signifier un renoncement à  la lutte pour la justice : « Quand quelqu’un me dit que je veux que nous arrêtions la résistance et que nous nous rendions à notre ennemi, je réponds que nous ne  devons pas arrêter de résister ; mais je dis que s’il y a une autre voie qui est plus efficace, plus profitable et moins coûteuse, alors nous devons choisir cette alternative[15]. »

Les prophètes ont enseigné au soldat à désobéir plutôt que de devenir un criminel de guerre. « Le monde veut qu’un soldat soit comme un fusil qui n’a aucun choix et qui se soumet aux ordres sans le droit d’objecter. » Le premier enseignement des prophètes est d’éviter le mal et de persévérer sur la voie du bien. « Un soldat qui connaît la différence entre le bien et le mal est inutile dans les armées du monde. Qui achèterait des armes qui sont capables de désobéir aux ordres ? Qui achèterait une épée qui distingue le bien du mal ? C’est pourquoi les prophètes n’ont pas voulu fabriquer un fusil fait de chair et d’os[16]. » C’est pourquoi, souligne Jawdat Saïd, toutes les armées du monde entraînent les soldats à obéir sans protester « en leur inculquant que c’est l’autorité qui assume la responsabilité de la décision – ainsi le veut la législation des hommes[17] ». Mais il en est tout différemment dans la législation de Dieu. Jawdat Saïd cite la sourate XCVI (9 et 19) dans laquelle le Coran ordonne formellement au croyant de désobéir à celui qui voudrait lui interdire de prier : « Non ! Ne lui obéis pas ! ». L’attitude qui doit être celle du croyant face aux ordres et aux lois est donc claire : « Un croyant doit apprendre à obéir aux lois quand le commandement énoncé est en harmonie avec les commandements de Dieu et à leur désobéir lorsque le commandement est contraire au commandement de Dieu, comme il en est au sujet de la prière. C’est cette connaissance qui permet à l’individu de prendre conscience qu’il a le pouvoir de changer les choses, avec aucune perte pour aucune partie, avec profit pour toutes les parties[18]. » C’est pourquoi, tout particulièrement, le musulman doit désobéir aux tyrans lorsqu’ils lui commandent de tuer d’autres musulmans : « Les autres attendent que tu commences, comme tu attends qu’ils commencent. Soit le premier à obéir à Dieu et à désobéir aux tyrans[19]. » Ceux-ci continueront à donner l’ordre de tuer tant que les soldats diront : « Yes, Sir ! ».

Selon Jawdat Saïd, les opprimés sont pour une large part responsables de l’oppression qu’ils subissent. Pour affirmer cela, il se réfère à la sourate III (165) : « Lorsqu’un malheur vous a atteints, (…) n’avez-vous pas dit : « D’où vient cela ? » Réponds : « Cela vient de vous ». « Ainsi, commente-t-il, le Coran est le seul livre qui réprimande la victime davantage que le persécuteur. Cela, parce que l’oppresseur ne peut maintenir son oppression qu’avec notre complaisance et notre collaboration ; si nous lui retirions cette collaboration, il s’effondrerait[20]. » L’homme peut se libérer du tyran, non pas en le tuant, mais en refusant  de lui prêter allégeance. Pour cela, il doit cesser de rendre un culte idolâtre au pouvoir des puissants. « L’homme a vénéré et vénère encore le pouvoir, et il vénère celui qui tient le pouvoir[21]. » En faisant appel à sa conscience, à sa raison et à son intelligence, l’homme doit comprendre qu’il a le pouvoir de ne pas être exploité par un autre, par un homme qui est son semblable. « La plus grande vérité, écrit Jawdat Saïd, que les prophètes ont apprise et qu’ils se sont efforcés d’enseigner est qu’un être humain ne peut pas être exploité ou humilié sinon avec son consentement et du fait de son ignorance. Dès lors qu’il  est éclairé par la connaissance, personne ne peut l’exploiter ou l’humilier – il ne le tolérerait pas. (…) La connaissance est un pouvoir, la connaissance est la liberté et la connaissance est universelle. (…) Seul l’ignorant peut être exploité[22]. »

Á propos du conflit israélo-palestinien, Jawdat Saïd cite Malik bin Nabi qui a l’habitude de dire : « Quand vous parviendrez à parler davantage de votre propension à être colonisés que de la colonisation, c’est alors que vous aurez accompli le premier pas vers une solution[23]. »

Jawdat Saïd rejoint ici les réflexions d‘Étienne de la Boétie, d’Henry David Thoreau et de Gandhi, reprises par tous les théoriciens  de la stratégie de l’action non-violente, selon lesquelles c’est en effet la complicité des opprimés avec leurs oppresseurs qui fait la force de l’oppression qu’ils subissent. Étienne de la Boétie (1530-1563) fut l’un des premiers à exprimer clairement l’efficacité potentielle d’une politique de non-coopération dans son Discours sur la servitude volontaire. Constatant que le pouvoir d’un tyran repose tout entier sur la complicité volontaire du peuple, il demande qu’on lui fasse comprendre « comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire[24]« . En réalité, c’est le peuple lui-même qui offre au tyran les moyens dont il a besoin pour l’opprimer. Dès lors, il suffit que les sujets du tyran cessent de lui prêter leur concours pour que la tyrannie s’écroule. « Vous pouvez vous en délivrer, affirme La Boétie, sans même tenter de le faire, mais seulement en essayant de le vouloir. Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le heurtiez, ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser[25]. »

Jawdat Saïd veut voir dans la révolution iranienne de 1979, qui permit de mettre un terme au régime du Shah, l’illustration exemplaire de la possibilité pour le peuple de renverser un pouvoir autoritaire sans recourir à la violence. « La révolution iranienne, écrit-il, fut une révolution populaire, une révolution faite par les femmes davantage que par les hommes. Ce fut un événement remarquable. (…) Quand le Shah imposa le couvre-feu, Khomeiny ordonna : vous devez, les femmes comme les hommes, défier cet édit et aller dans les rues, les femmes doivent offrir des fleurs aux soldats du Shah. (…) C‘est ainsi que le Shah fut expulsé sans qu’une balle ou un missile ait été tiré. » Pour autant, l’exemple iranien n’est qu’à moitié convaincant. Car s’il est bien exact que l’ayatollah Khomeiny parvint à prendre le pouvoir sans recourir à la violence, le régime théocratique qu’il installa fut loin de satisfaire les exigences de la démocratie que Jawdat Saïd tient lui-même pour essentielles pour construire un régime politique qui protège la liberté des citoyens.

Jawdat Saïd veut voir dans l’injonction du Coran « Pas de contrainte en religion » (II, 256) un commandement divin qui doit régenter non seulement la vie religieuse des individus, mais aussi la vie sociale et politique des communautés, des peuples et des nations. Le principe du refus de la contrainte, insiste-t-il, est également vrai dans la sphère du politique. Ce principe trace la frontière entre la voie droite et l’impasse. « La violence, écrit-il, doit être éliminée ; pas de contrainte en religion, ni dans la confrontation des opinions, ni en politique ; c’est plutôt la persuasion, l’appel à la sagesse et l’exhortation au bien qui doivent prévaloir ; c’est le débat et la discussion qui doivent s’instaurer dans une voie pacifique[26]. » Il ajoute encore : « C’est votre devoir, en tant que croyants, de transformer la société par la persuasion et non par la contrainte. Une personne qui recourt à la contrainte, et celle qui réagit en recourant à  la contrainte, l’une et l’autre appliquent la loi de la jungle[27]. »

C’est au nom de ce principe du refus de la contrainte que Jawdat Saïd plaide en faveur de la démocratie. « C’est dans cette voie que les prophètes ont posé les fondements de la démocratie[28]. » Ce principe implique le respect de la liberté de conscience, de la liberté d’opinion, de la liberté de religion et de liberté d’expression. Á la question : « Quel est le sens de la démocratie ? », Jawdat Saïd répond : « La démocratie signifie que toutes les parties se mettent d’accord pour penser que les questions politiques ne doivent pas être résolues par la violence. La démocratie n’est pas instaurée dans un pays dans lequel les gens croient dans la légitimité ou la nécessité d’instaurer l’état de droit par la violence[29]. » Et il s’étonne de voir des musulmans portant des pancartes sur lesquelles ils ont écrit : « La démocratie est une hérésie » et qui endurent de vivre sous la loi de tyrans.

Jawdat Saïd a l’honnêteté et le courage de reconnaître qu’« en vérité, beaucoup de nations mettent aujourd’hui en pratique le principe « Pas de contrainte en religion », alors que les musulmans ne le font pas[30]. » L’histoire est une source de la connaissance et les musulmans doivent confronter les enseignements du Coran avec les leçons de l’histoire. Selon lui, si les musulmans se mettent à l’écoute de l’histoire, ils reconnaîtront que la démocratie accomplit mieux que tout autre régime politique l’exigence de justice qui est au cœur de la foi coranique. « Il doit être dit, affirme Jawdat Saïd, que la démocratie est plus près de Dieu et de son prophète que la vie présente des musulmans – la démocratie et le rejet des tyrans n’ont pas été découverts et réalisés par les musulmans ; la démocratie a été établie par d’autres nations[31]. » Lorsque j’ai rencontré Jawdat Saïd, en juillet 2008, dans sa maison de la banlieue de Damas, il m’a dit qu’il était fort reconnaissant aux démocraties européennes d’avoir supprimé la peine de mort. Celle-ci, pourtant, est clairement inscrite dans la jurisprudence coranique.

Selon lui, la charia, qui est la loi de Dieu, exige la justice pour tous, c’est-à-dire l’équité pour tous, croyants et non-croyants. Au sujet des prescriptions parfois contradictoires de la charia dans le Coran, Jawdat Saïd n’hésite pas à affirmer : « La charia doit évoluer vers ce qui est le meilleur, vers ce qui est le plus bénéfique. Le plus profitable doit abroger ce qui est le moins profitable[32]. » Ici, le penseur syrien prend clairement position dans le débat décisif au sujet de la question de savoir quels versets doivent abroger quels autres. Il ne retient pas la doctrine orthodoxe selon laquelle les versets les plus récents abrogent les versets les plus anciens, mais il plaide pour que les versets qui correspondent le mieux aux exigences de la justice abrogent ceux qui y correspondent le moins.

Quand on lui demande si, en rejetant la violence et en prônant la non-violence, il ne récuse pas le jihad armé qui est communément considéré comme un commandement de Dieu, et s’il n’invite pas les musulmans à se rebeller contre Dieu, son Prophète et son Livre, Jawdat Saïd répond : pensez-vous que « si nous décidons que l’esclavage et toutes les règles qui se rapportent à lui doivent être abrogées, ce serait une annulation des commandements révélés dans le livre de Dieu[33] ? » Et se référant au verset 60 de la sourate VIII qui commande aux musulmans de « tenir prêts des chevaux » afin d’effrayer l’ennemi de Dieu, Il demande malicieusement : « Si quelqu’un dit que la préparation des chevaux pour le jihad est quelque chose qui appartient au passé et qui de nos jours ne peut pas être considéré comme une force pour combattre l’ennemi, un tel raisonnement serait-il un défi lancé à Dieu et à son livre[34] ? » Jawdat Saïd ne cesse de dire qu’il appartient à chaque génération, au bénéfice des enseignements de l’histoire, de découvrir de nouveaux horizons au-delà de la vérité perçue par les générations précédentes. Et il appartiendra aux générations futures de poursuivre cette quête de la vérité qui ne cessera jamais. Á ces yeux, ce serait une erreur de lire  le Coran comme l’expression définitive de la vérité, figée une fois pour toutes. C’est le Coran lui-même qui invite les hommes à être toujours en partance.

Jawdat Saïd a confiance dans l’évolution de l’humanité : « De manière figurative, nous sommes les descendants du fils d’Adam qui est le meurtrier, mais nous commençons à prendre le chemin de l’autre fils. » L’exemple  de « ceux qui ont été tués pour leurs idées comme le fils d’Adam, Socrate, Jésus et Gandhi » commence à éclairer les consciences. En définitive Jawdat Saïd veut croire que « le sang du fils d’Adam n’a pas été versé en vain[35] ».


 

[1] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, www.jawdatqaid.net.

[2] www.bladi.net.

[3] Réponses aux questions de Abdul-Jabbar Al-Rifa’ee, rédacteur en chef du journal iranien Curent Islamic Issues, www.jawdatsaid.net.

[4] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[5] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[6] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[7] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[16] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

[17] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[18] Ibid.

[19] Ibid.

[20] Ibid.

[21] Ibid.

[22] Ibid.

[23] Ibid.

[24] Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, Paris, Payot, 1978, p. 174-175.

[25] Ibid., p 183.

[26] Jawdat Saïd identifies himself, op. cit.

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] Ibid.

[31] Ibid.

[32] Ibid.

[33] Ibid.

[34] Ibid.

[35] Jawdat Saïd, Law, Religion and the prophetic method of social change, op. cit.

Remerciements: 

Je tiens à remercier MIR-IRG et son journal trimestriel d’information « Le sentier de la Paix » de m’avoir envoyé ce texte intégral de Jean Marie Muller. 

RDV très important !

Jawdat SAÏD est l’invité du MIR-IRG durant la période du 7 au 14 mai 2009. 

Le samedi 9 mai après-midi, Jawdat SAÏD animera une conférence à Bruxelles autour de la question de:

« La nonviolence en Islam« 

(la traduction arabe/français est prévue)

Si vous êtes intéressés, inscrivez-vous via :

mirirg@swing.be 




Si tu portes la main sur moi pour me tuer, je n’en ferai pas de même !

7012009

Par Mohamed LOUIZI

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« Si tu portes la main sur moi pour me tuer, je n’en ferai pas de même … » telle était la réponse, selon le Coran, d’Abel à Caïn après que ce dernier ait menacé de tuer son frère : à méditer !

En effet, la violence n’est jamais une bonne réaction face à la violence, bien au contraire. Une réponse violente, à une violence subite, ouvre le chemin, immédiatement ou après un court délai de préparation, à de nouvelles violences … et ainsi de suite.

Pour affirmer cela, il suffit simplement de relire l’histoire des conflits qui ont rythmé, hélas, la présence humaine sur Terre. Certains historiens nous disent aujourd’hui, que l’histoire de l’humanité n’est rien d’autres que l’histoire de ses guerres : treize ans de guerres pour seulement un an de trêve !

Ce qui veut dire exactement que depuis Abraham, qui prônait jadis la paix, il y a environ 4000 ans, l’humanité s’est entretuée dans des guerres sanglantes pendant 3718 années et  elle s’est occupée, pendant les 282 années qui restaient, à soigner ses blessures, à compter et enterrer ses morts et bien sûr, à se préparer pour baigner à nouveau … dans les larmes et dans le sang : attention, une guerre peut en cacher une autre … un constat amer sans doute !

L’amertume se rajoute à l’amertume lorsque l’on constate que les artisans de bon nombre de ces guerres étaient, et sont, les héritiers présumés d’Abraham ; fils et petits-fils de Isaac et de Ismaël … quel gâchis !

Abraham serait-il fier de sa descendance 4000 ans après ? Je ne le pense pas. Son message a été  vidé de tout sens humain. Sa leçon de paix n’est pas encore retenue, tout comme celle d’Abel. Ses enfants préfèrent jouer encore à la mort, et refusent toujours de célébrer la vie !    

Gaza n’est donc qu’un épisode dans ce jeu abominable, qui a commencé un jour, et qui semble s’installer pour toujours : Je te tue, tu me tues en nous déclarant la guerre … le premier qui périra, sera le martyr … mais quelle horrible chanson !

Hélas, le bout du tunnel n’est pas encore visible. A son obscurité consistante se rajoute de nombreux rideaux de fumées, rendant la visibilité presque impossible, que dégagent la diplomatie mensongère, la désinformation assurée par certains médias aliénés – auxquels nous payons toujours une redevance comme de bons citoyens, les discours de propagande politico-religieuse  et les cris de colère, et parfois de haine, qui retentissent de part et d’autres, et qui masquent les vrais cris … les cris innocents … les cris sincères de tous ses enfants en bas âge, qui n’ont pas choisi de naître là-bas, il y a quelques jours, et qui n’ont pas choisi non plus de mourir là-bas … aujourd’hui ! 

Sortir de ce jeu infernal, en brisant d’abord la spirale de la violence dans les têtes, avant de le faire sur les terrains, de manière consciente, volontaire, unilatérale, désintéressé, et avec ou sans réciprocité, me semble une première condition pour espérer construire la paix. Un travail profond sur soi, concernant cette question, cela me paraît plus qu’indispensable.

Célébrer la sacralité de la vie – en dehors de toute considération religieuse ou ethnique – et redécouvrir la suprématie de celle-ci sur toute autre chose supposée sacrée, permettra à tous ces gens séduits par la monstruosité des conflits guerriers de comprendre que toute vie humaine, quelle qu’elle soit, mérite d’être et d’exister dignement. Et que ses droits doivent être protégés au nom de la vie et au nom de l’humanité qui nous habite.

S’engager socialement, pour promouvoir la paix entre humains par divers moyens et outils, constitue de ce point de vue, une priorité pour celles et ceux qui sont avides de voir renaître notre humanité authentique, après l’avoir fait débarrasser de tous ses penchants violents.

Utopie ? Certainement pas ! Il s’agit simplement des appels à la paix lancés autrefois par Abel,  Abraham, Moïse, Jésus, Mohammad et par bien d’autres hommes et femmes de sagesse, de toutes les philosophies, de toutes les traditions et de toutes les cultures, dans lesquelles j’atteste une foi profonde. Des appels qui sont désormais inaudibles, à cause de tous ces bruits assourdissants, émis et amplifiés, entre autres, par certains médias tendancieux, par des religieux apocalyptiques  et par des mercenaires de guerre, sans foi ni loi !

Croire en cela est certes nécessaire, mais pas suffisant. Le manque de moyens et d’alternatives non-violents reste le premier handicap de cette magnifique voie du salut. Cependant, l’addition de toutes les intelligences animées par cette espérance pacifique sera, sans doute, porteuse d’espoir, d’imagination et de solutions. Mais faut-il encore que toutes ces intelligences s’organisent davantage pour qu’elles soient à la fois audibles, lisibles et visibles ?

En attendant que la question de sauver l’humanité toute entière des guerres, soit enfin posée de manière correcte et sincère au sein des sphères politiques nationales et internationales, des écoles, des lieux de culte et des plateaux de télévision, il faudra continuer à penser l’avenir de notre condition humaine tout en multipliant, à présent, les initiatives qui donnent la vie et bannir, en même temps, toutes celles qui peuvent la détruire.

Une idée qui m’est venue à l’esprit en écrivant cet article me paraît plus que symbolique. Il s’agit de se rendre à l’établissement de don de sang le plus proche, pour donner son sang et donner ainsi la vie : Chaque jour, 8800 dons de sang sont nécessaires en France. Ainsi, la vie sera célébrée au moment même où les misérables petits-fils d’Abraham continuent à jouer à la mort, dans une guerre sauvage et injustifiable … car rien ne justifie l’acte de tuer !

Aussi, et au nom de notre engagement citoyen, il est temps d’interpeller nos élus politiques par tout moyen légal. Par exemple, des centaines de milliers de lettres d’appel à la responsabilité humaine et politique, adressées chaque jour, au président de la République, au premier ministre, aux membres du gouvernement, aux députés et sénateurs, aux élus locaux,… peuvent avoir un impact positif sur la mission diplomatique que la France doit accomplir de manière impartiale.

Sans oublier au passage, de contester par ce même biais, premièrement la guerre que mène la France en Afghanistan. Car toutes les  victimes de guerres se valent. Et nous ne devons pas avoir une contestation à géométrie ou à géographie variable : nous ne pouvons pas être à la fois « contre » la guerre au Moyen-Orient et « pour » la guerre à l’Extrême-Orient !

Et deuxièmement, se désolidariser complètement de l’intention de l’Elysée de rejoindre le commandement militaire intégré de l’alliance atlantique (OTAN) durant l’année 2009. Nos élus doivent comprendre que l’engagement pour la paix signifie le refus catégorique de la guerre, et que le seul moyen pour avoir la paix en France, c’est de refuser de faire la guerre ailleurs. Et s’ils ne veulent pas comprendre désormais ces choses, pourtant simples, donnons-leurs rendez-vous aux prochaines élections !

Enfin, force est de constater que depuis des siècles, les civilisations étaient toutes construites autour de considérations ethniques, religieuses, historiques, linguistiques, économiques,… Et toutes ces constructions ont bel et bien montré leurs limites en conduisant, comme par fatalité, l’humanité à des cataclysmes horribles.

A chaque fois, l’humanité est sortie déchirée et affaiblie à cause de toutes ces considérations génératrices de querelles, que ce soit par la force des choses ou par la faiblesse des âmes. Et en aucun cas, l’humanité ne s’est intéressée sérieusement au nom « humanité » qu’elle porte depuis l’aube de son existence. Elle ne s’est jamais rendu compte qu’elle s’appelle curieusement « humanité » et qu’elle peut construire quelque chose autour de cette essence !

Par conséquent, Il est temps de faire naître, en nous d’abord et autour de nous ensuite, cette belle et nouvelle civilisation humaine qui doit être, comme le souhaitait Malek BENNABI, dans Les conditions de la renaissance : « … ni la civilisation d’un continent orgueilleux ni celle d’un peuple égoïste, mais d’une humanité mettant en commun toutes ses potentialités » … Yes, we can !







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