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La France face à l’islam politique : connaître et comprendre pour agir (Interview-Le Point)

28112020

 20- DISSOLUTION-MdF-UOIF

Après la décapitation de Samuel Paty, Le Point* m’a posé des questions au sujet de l’islam politique et des Frères musulmans. C’est en homme libre, et non en « repenti », que j’ai accepté de lui livrer, sans contrepartie, mon décryptage factuel et désintéressé. J’y ai mis toute mon énergie pour offrir à tout lecteur, qu’il soit néophyte ou expert, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, la synthèse de mes travaux à ce sujet depuis l’année 2006. J’y formule sans détour des propositions et des recommandations claires pour faire face à l’hydre islamiste. Je tiens à remercier la rédaction du site Le Point et le journaliste Clément Pétrault qui ont rendu possible cette publication. Aujourd’hui, conscient que ce décryptage est d’intérêt public, au moment où la France est à l’heure d’un choix décisif, je me permets de le mettre intégralement en accès libre, augmenté de nombreuses illustrations, pour qu’il soit lu par tout le monde et sans restriction. La connaissance est la clé de l’action. Bonne lecture !   

Le Point : Vous avez quitté les frères musulmans en 2006. À quoi ressemble votre vie depuis ?

Mohamed Louizi : Depuis que j’ai quitté les Frères musulmans, ma vie s’est enrichie, pas d’un point de vue pécuniaire, entendons-nous ! Mon approche apolitique de l’islam m’ouvre des perspectives intellectuelles et spirituelles inattendues et me permet de faire sur moi-même tout un travail difficile, parfois très douloureux, d’introspection et d’autocritique sans limites. Tout passe, depuis maintenant quatorze ans, par le tamis de la raison, par le sas du doute qui sauve. Ce travail se poursuit toujours sur les strates de sédiments superposés depuis l’époque islamiste de mon existence. Je ne sais pas où tout cela va m’emmener. Je l’ignore. Je n’ai plus de vérités absolues à défendre. Ce que je sais, c’est que ce travail salutaire sur ma petite personne est plus que nécessaire. Il est indispensable et je ne le fais ni pour plaire, ni pour déplaire, ni pour vendre des essais, ni pour me venger, ni pour négocier une place médiatique, ni pour atteindre un statut politique. Je le fais à mes dépens et j’en paie un coût financier très élevé.

Pourquoi avoir choisi de renier votre engagement… au risque de vous retrouver seul ?

Quand j’ai décidé de rompre avec l’idéologie et l’activisme des Frères musulmans, j’ignorais que j’allais me retrouver presque seul, ma petite famille ostracisée. Je pensais naïvement que leur islam était tolérant. Je pensais que les méthodes punitives qu’ils utilisent ailleurs, contre leurs « ex », ne pouvaient entrer en action ici en Lire la suite… »




Radicalisation islamiste : mon audition devant la commission d’enquête sénatoriale

6022020

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Le mercredi 29 janvier 2020, j’étais auditionné par la « Commission d’enquête du Sénat sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre ». Voici le compte-rendu de mon audition[1] :

Mme Nathalie Delattre, présidente. - Nous recevons maintenant M. Mohamed Louizi, que je remercie d’avoir accepté notre invitation. Monsieur, vous avez publié plusieurs ouvrages et chroniques dans lesquels vous témoignez notamment de votre passage chez les Frères musulmans.

Ce groupe représenterait aujourd’hui en France plusieurs milliers de personnes et aurait pour objectif la prise du pouvoir. Certains des experts que nous avons auditionnés ont insisté sur le fait que ce projet n’avait aucune chance de se réaliser. D’autres ont pointé le risque qu’ils font peser sur les Français de confession musulmane en s’immisçant dans l’organisation de la religion, en particulier de ce que l’on appelle l’islam de France.

Votre témoignage sur ce que sont les Frères musulmans, sur leur mode de recrutement et sur Lire la suite… »




A contre-courant de l’islamisme, l’islam de Sidi

13102019

Sidi

Par Mohamed Louizi

Sidi fut agriculteur, meunier, hakem (juge), faqih (juriste) et fin connaisseur de la doctrine de l’imam Mâlik Ben Anas, dont l’école jurisprudentielle, dite l’école mâlikite, est la plus ancienne des quatre écoles de droit musulman sunnite, et celle qu’observe officiellement l’islam marocain …

Quand j’avais 7 ans, à l’aube d’une journée de juin 1985, à côté de Sidi, j’ai pris la direction de Had Al Aounate à Doukkala, à bord d’un bus régulier. C’était la première fois que je voyageais sans mes parents. La compagnie de Sidi avait quelque chose de délicieux et de particulier, d’autant plus que la destination était la campagne, ma destination préférée depuis toujours. À partir de cette année-là, et durant dix ans, passant par l’année 1991, celle du décès de Sidi, toutes mes vacances scolaires, sans exception, je les ai passées à la campagne, seul ou en famille, y compris les vacances intermédiaires et les trois jours de la fête du Trône.

En songe j’avais vu mon grand-père, Sidi, bien habillé et comme s’il était assis seul, à même le sol, sur un tapis traditionnel marocain, au fond d’un salon simple, peint en blanc, éclairé, spacieux et propre. Devant lui, il y avait une table basse, de forme circulaire. Je n’avais pas prêté attention à sa couleur et à ses détails. Au-dessus de la table l’on avait déposé un grand Lire la suite… »




Tareq Oubrou, l’escobar de l’islamisme

14072019

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Par Mohamed Louizi

Il faut être deux pour mentir, dirait Homer Simpson, un pour mentir, l’autre pour écouter. Dans «larchipel français»[1], cette vieille démocratie usée, abusée et défigurée, il semblerait qu’il faille être trois. Certains médias se prêtent hélas à ce jeu d’intermédiaire. Acteurs ultra-puissants, censés honorer ce quatrième pouvoir démocratique indépendant au service du seul intérêt général et du droit à l’information, ils amplifient occasionnellement bien des escobarderies islamistes,  à tel point que l’on ne sait pas s’ils assurent, dans la complicité, un rôle actif de «chiens de garde»[2] de quelques intérêts privés, ou s’ils se plaisent dans un rôle passif, par paresse intellectuelle doublée d’une fascination sinistre pour les «marchands du temple» frérosalafiste. On ne sait s’ils s’arrangent avec la vérité par négligence volontaire, et à l’insu de leur plein gré, ou s’ils relayent par imprudence les mensonges de l’islamisme rompu, à dessein, à la désinformation délibérée.

Tel un sermon funèbre précédant l’inhumation de ce qui reste encore de notre République, tel l’ultime acte politique d’une islamisation en marche depuis plus de quarante ans[3], la vigoureuse promotion multiforme accordée à l’essai signé par  l’islamiste Tareq Oubrou (طارق أوبرو), Appel à la réconciliation, foi musulmane et valeurs de la République française (Plan – 2019), en est témoin. Elle  résonne comme un triste chant du cygne dans l’esprit de tout citoyen rongé par ce sentiment d’impuissance face à un État peu enclin à entendre les alertes au sujet de l’islamisme, et qui ne les entend pas du tout de cette oreille. Les «dix-huit ans de terreur»[4] que l’islamisme a imposés à la terre entière depuis le 11 septembre 2001, et les 146.000 victimes recensées, parmi desquelles des Françaises et des Français, n’y changent presque rien.

Médias de droite. Médias de gauche. Peu importe en vérité la ligne éditoriale. Tareq Oubrou, presque comme hier lors de l’ascension médiatique de son Lire la suite… »




Gilets jaunes et Alexandre Benalla: l’ours islamiste est sorti de ses banlieues (les preuves)

29122018

1-Alexandre-Benalla-GJ.pngPar Mohamed Louizi

Abdurrahman Ezz, frérosalafiste, devait atterrir à l’aéroport Charles de Gaulle le jeudi 13 décembre 2018 à 16h20. Il fut empêché, in extremis, par la police des frontières britanniques, sur le tarmac de l’aéroport d’Édimbourg, la capitale de l’Écosse, alors qu’il s’apprêtait à prendre le vol numéro U2 6955 à bord d’un Airbus A319 de la compagnie lowcost Easy Jet. A son arrivée, un «journaliste», dit-on, de la chaîne qatarie Al-Jazeera[1], devait le prendre en charge pour le conduire à destination. Heureusement pour la France, Ezz n’a pas pu rejoindre Paris. Décryptage d’un scandale à tiroirs.

(I)

Selon un article du Middle East Monitor[2], cette arrestation est motivée par l’application de l’annexe 7 de la loi britannique antiterroriste datant de 2000. Amélia Smith, dont la plume sent l’odeur nauséabonde d’une certaine complaisance envers les réseaux islamistes en Europe et en France[3], reprend imprudemment presque mot pour mot, avec une dose perceptible de victimisation à dessein, ce que la «sœur musulmane» égyptienne Sawsan Ali[4] a partagé sur son compte Facebook après l’arrestation éclair  de son mari[5]. Éclair, car elle n’a duré que quelques heures, soldée par la Lire la suite… »




Les jalons de François Burgat sur la route des Frères.

31122017

02.pngPar : Mohamed Louizi.

 Le fichier PDF illustré de cette enquête est à télécharger ici :

fichier pdf Les_jalons_de_Francois_Burgat_sur_la_route_des_Fre`res_V2018

François Burgat est aux Frères musulmans, ce que le champion est à la stratégie Starfish[1]. Ce qu’une clef de voûte est à l’arc-croissant. Ce que la quatrième roue est à la voiture. Ce que la courgette est à la ratatouille: (presque) indispensable. Je ne connais pas un «frère» qui ait autant fait pour les Frères musulmans, à l’échelle nationale, comme à l’échelle internationale, que François Burgat. Il ne m’appartient pas d’expliquer le pourquoi du comment de son activisme pro-Frères : il peut s’en expliquer s’il le souhaite. Je me limite donc à relater des faits, à les interroger, à les interpréter de façon subjectivement objective. Cela suffirait, à mon sens, pour mesurer l’étendu de l’impact d’un «universitaire» sur le processus d’«islamisation»[2], en cours dans l’Hexagone, avec son lot de ruptures et de terreurs. Telle une caution «académique» consentante, François Burgat se plaît ostensiblement au service assurément conscient de Lire la suite… »




Collège-Lycée Averroès de l’UOIF : L’arbre qui cache le désert !

19032015

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Les islamistes des «Frères Musulmans » – dont je faisais parti durant une quinzaine d’années de ma vie – ne semblent pas être prêts à assumer leur part de responsabilité, dans le maintien et la consolidation de la très fragile « unité nationale », promise depuis les attentats de Paris, les 7, 8 et 9 janvier dernier. Comme d’habitude, ils préfèrent continuer à prendre en otage l’islam et les musulmans, citoyens français ou résidents.

En excellents illusionnistes de l’art de l’amalgame, ils ont réussi, jusqu’à présent, à convaincre des fidèles et autres citoyens, que toute critique, fondée, de leur idéologie islamiste anachronique, théologico-politique et expansionniste serait un dénigrement de « la » religion musulmane et une injure faite aux « musulmans ». Ainsi, il faut le reconnaître, ils ont réussi à installer dans de nombreuses têtes que l’idéologie d’Hassan Al Banna et l’islam originel prêché au temps du Prophète Mohammad seraient une même chose ; que « frère musulman » et « musulman » sont deux entités égales ; que l’entité politique UOIF et la communauté des musulmans de France se confondraient presque parfaitement. Ils ont même inventé, ou adopté, le terme « islamophobie », une arme juridique redoutable, pour faire peur et faire taire les critiques les plus justes, et les plus indispensables surtout pour le salut de toute la France. L’on peut même se poser cette question, avec Pascal Boniface en particulier : Est-il permis de critiquer l’islamisme et les « Frères Musulmans » ? Lire la suite… »




Ressusciter le prophète !

15032009

Par Mohamed LOUIZI

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Imaginez un instant le prophète Muhammad nouvellement ressuscité et vivant là quelque part, dans ce bas monde désenchanté, appauvri, terrorisé, mal en point …

Qu’aurait-il dit ? Qu’aurait-il fait ? Qu’aurait-il suggéré d’utile pour rendre humain ce qui ne l’est plus ?

Serait-il satisfait de cet état délabré du monde ? Aurait-il admis et admiré « notre » présente condition humaine ? Serait-il reconnu, plus particulièrement, dans « nos » diverses versions de ce que l’on nomme communément « Islam » ? Serait-il plutôt proches des islams des bases populaires ou de ceux des régimes politiques corrompus et impopulaires ?

Et des doctrines dogmatico-juridistes et autres courants théologico-politiques, serait-il plutôt proche des Hanbalites ou des Hanafites ? Des Malikites ou des Chafiites ? Des Salafistes ou des Soufis ? Des Sunnites ou des Chiites ? Des Frères Musulmans ou des Musulmans Laïques ? Du Hamas ou du Fatah ? Du régime oligarchique de Riyad ou de celui des mollahs de Téhéran ? Du grand mufti d’Al-Jazeera ou d’ayatollah d’Al-Manar ?

Imaginez sa réaction lorsqu’il retournerait visiter sa ville natale : la Mecque et sa Mosquée … qui, toutes les deux, sont sous l’autorité politique du régime saoudien wahhabite …

D’ailleurs, serait-il bien accueillit par les cheikhs pétrodollars ; ces alliés inconditionnels du pouvoir ultra richissime ; et ces complices par leur mutisme assourdissant de toutes ces atteintes aux libertés que connait l’Arabie, de toutes ces injustices et ces inégalités sociales qui frappent, en plein fouet, une très large population ? Ou au contraire, serait-il pourchassé, à nouveau, par ces mêmes cheikhs barbus, vers un nouveau non-lieu, ou au mieux, vers une capitale occidentale avec un statut d’exilé ? Un peu à l’image de son précédent statut à Médine, en évitant ainsi de sérieuses menaces de mort, des procès de trouble à « l’ordre public » et d’éventuelles sanctions … d’apostasie !

Imaginez son attitude lorsqu’il franchirait le seuil d’une mosquée, ici comme ailleurs, pour accomplir, comme autrefois, la prière à sa belle manière, lorsqu’il constaterait que cet acte qui était si significatif, car spirituellement purificateur, intellectuellement éclairant, psychiquement apaisant, éthiquement éducateur, socialement égalitaire et humainement fraternisant, est désormais pervertis par un formalisme juridiste terne et par une tentation permanente de politisation forcée, menée sans relâche, par des carriéristes à visage mystique ? Ou lorsqu’il assisterait, dans le silence imposé à coup de hadiths supposés prophétiques (!) à un « sermonologue » de vendredi – sermon/monologue – vide de tout sens humanisant ? Ou lorsqu’il échangerait plus tard, quelques mots avec un imam sectaire et zélé, autour d’une question humaine, où un minimum de bon sens et de clairvoyance devraient, logiquement, l’emporter sur des avis vétustes des mollahs moyenâgeux ?

Imaginez son sentiment dubitatif lorsqu’il découvrirait, surpris me semble-t-il, le Mushaf  dit d’Uthman bin Affâne, ce troisième calife, succédant au pouvoir de Médine, treize ans après la mort du prophète et qui a décidé – avec bonne volonté sans doute ! – de rassembler, selon l’ordre que l’on connait désormais, les chapitres de la révélation dans un même Mushaf/recueil, et de l’imposer comme une seule et unique version du Coran, après avoir brulé les autres versions existantes à cette même époque !

Reconnaîtrait-il d’ailleurs l’ordre suivant lequel ce Mushaf a été établi ? Car, pour le rappel, ce n’était pas le prophète qui avait rassemblé les textes du Coran dans ce Mushaf et de facto, ce n’était pas lui qui l’a mis dans cet ordre ! Que penserait-il à ce sujet ? Comprendrait-il les raisons, politiques et autres, qui ont motivé le troisième calife, à la différence de ses deux prédécesseurs, à rassembler le Coran et à y faire ainsi le manifeste officiel et sacré de l’empire islamique de l’époque, mais aussi de toutes les époques nous dit-on, et ce, jusqu’au jour du jugement dernier ? Cautionnerait-il l’usage que l’on fait aujourd’hui de ce corpus scripturaire ? Serait-il « pour » ou « contre » toutes ces utilisations diverses et variées (littéralistes, jihadistes, politiciennes, juridistes, prosélytes, modernes, herméneutiques, …) dont il est à la fois : l’objet et la victime !?

Imaginez lorsque Muhammad apprendrait l’existence de certains recueils de hadiths, supposés « authentiques », du moins par les institutions des islams officiels et aussi par une immense foule de soumis(es) à « l’ordre » religieux établi, et qui continuent d’alimenter, hélas, la culture religieuse et de l’influencer négativement assez souvent, dans le sens voulu par ces autoproclamés gardiens ultra médiatiques et satellitaires de la parole supposée prophétique !

Que serait sa réaction lorsqu’il lirait, par exemple, dans les supposés « Authenticités de Al-Bukhari » – Sahih Al-Bukhari – que lui, selon un tel compagnon, « commerçait », au sens affectif et sexuel du terme, avec toutes ses femmes – neuf femmes selon le hadith n° 268 de ce même recueil, onze femmes selon un autre hadith – en une seule heure de la journée ou de la nuit. Et qu’on lui aurait donné, figurez-vous, la force sexuelle de trente hommes ?

Admirait-il cette image exhibitionniste et érotique que lui dresse ce hadith, se voulant pourtant authentique ? Se réjouirait-il de cette image, que ne cesse d’entretenir certains imams, sous-entendant un certain désir sexuel enflammé et poussé à l’extrême, et une sorte de soif à la jouissance qui ne serait être satisfaite, s’agissant de Muhammad le prophète, qu’à travers l’enchainement, à la hâte, de neuf ou onze rapports charnels … en une seule heure de la journée ou de la nuit !           

Que dirait-il lorsqu’il lirait dans un deuxième hadith – n° 278 – que lui, le prophète, aurait raconté à ses compagnons qu’une fois Moïse, avant de commencer à se laver, posa son vêtement sur une pierre quand tout à coup, celle-ci prend la fuite en emportant le vêtement avec elle ! Moïse se mit alors à la poursuivre en criant : « Ô pierre ! Mon vêtement ! ». Et ce, jusqu’à ce que les israélites purent le voir tout nu ! Quant à Moïse, il prit son vêtement et commença à frapper la pierre … sans pitié !

Admirait-il ce récit qui fait de Moïse un déséquilibré et qui fait de lui un conteur d’absurdités, dénué de toute raison et versé dans la fantasmagorie effrénée ! Constat qui ne cesse de se confirmer à la lecture de bien d’autres hadiths, faisant état d’un prophète à l’esprit presque enfantin, puisqu’il aurait cru à des histoires chimériques et qu’il aurait raconté et enseigné ces histoires à ses compagnons, comme vérités religieuses nécessaires à la foi : une vache et un loup qui parlaient le langage humain ; Moïse – encore une fois ! – qui crève l’œil de l’ange de la mort ; un serpent nommé « le courageux et le chauve » qui aurait deux excroissances et qui torturerait les riches radins le jour du jugement dernier ; le soleil en se couchant le soir se prosternerait en dessous du Trône de Dieu (!) ; le soleil qui aurait cessé sa course pendant presque une journée au temps de Josué fils de Noun ; Muhammad qui aurait attaché un diable pendant toute une nuit contre une poutre de la mosquée ; Dieu qui mettrait son Pied dans l’enfer pour le remplir et le faire taire … !   

Que serait son attitude lorsqu’il apprendrait que des générations successives des sunnites ont cru profondément au hadith n° 4192 du recueil de Al-Bukhari, car authentique parait-il, qui non seulement affirme que Muhammad ordonnait à certains parmi ses compagnons de se soigner en buvant de « l’urine des chamelles », mais qui torturait sans compassion, et jusqu’à la mort ses prisonniers en leur crevant les yeux, leur coupant les bras et en les abandonnant dans cet état hémorragique, seuls dans le désert, dans l’attente de la mort ou d’une attaque sans merci des carnassiers des sables chauds ?

Se réjouirait-il du profil psychopathique, voire hors qualificatif, que lui fait ce hadith ? Serait-il heureux de savoir que ce hadith existe et qu’il est, en plus, enseigné comme étant une parole de « sagesse » – hikma en arabe – parmi tant d’autres, dans les universités des dites « sciences islamiques » et dans certaines mosquées à moitié éclairées ?

Que serait son  attitude lorsqu’il prendrait connaissance d’autres hadiths qui sont utilisés, désormais – quatorze siècles après sa mort – par des mollahs sunnites et chiites, pour légitimer et statuer la lapidation, la peine de mort, la sanction de  l’apostasie, les censures de tout genre, le voile de la femme, les cimetières et carrés musulmans, la mutilation des organes génitaux des nouveau-nés, les régimes alimentaires, le mariage communautaire et sectarisé, le commerce juteux du halal, mais aussi, l’obéissance aux oligarchies corrompues, l’interdiction de protester contre les injustices des gouverneurs, l’entretien du mythe de la « Terre sainte » en dépit de la sacralité de la vie que l’on sacrifie jour et nuit, … ?

Il me semble que Muhammad, après avoir pris connaissance de toutes ces informations déplorables, de toutes ces extravagances, de tout cet héritage transcrit à tort et à travers, le long des quatorze siècles derniers, dans des recueils qui se veulent tout sauf insoupçonnables, serait révolté, scandalisé, indigné et profondément blessé de constater amèrement, que sa supposée communauté a pu croire et transmettre, de génération en génération, des irrévérences et des insolences insupportables.

Celles d’un prophète qui aurait été barbare et guerrier, avide de sang et de sexe, fou et superstitieux, hégémonique et dominateur, ennemi juré des libertés individuelles, hostile à la liberté de conscience et au droit à la différence, …

Muhammad serait d’autant plus choqué lorsqu’il constaterait, manifestement attristé, que ceux qui entretiennent au premier chef ces clichés, consciemment ou inconsciemment, ne sont peut-être pas ces caricaturistes occidentaux, même de mauvaise foi, mais ils sont bel et bien ceux et celles qui se prétendent être ses fidèles héritiers et qui trahissent en permanence son message et altèrent son image, en trouvant matières premières, alimentant ces clichés sordides, dans les supposés hadiths authentiques de Al-Bukhari, entre autres !

Il serait attristé davantage lorsqu’il constaterait la mort prématurée de cette « raison prophétique » initiée, ou ré-initiée par le Coran, qui fut admirable, et la naissance regrettable d’une déraison inouïe. Une déraison généralisée et pour le moins inquiétante justifiant l’injustifiable, conciliant l’inconciliable et acceptant l’inacceptable, au nom d’une certaine construction dogmatico-politique millénaire, sectaire et hautement sacralisée.

Celle qui se manifeste particulièrement chez une large frange de soumis(es), qu’ils soient analphabètes ou hauts diplômés de prestigieuses universités, lorsque ceux-là, sans se rendre compte peut-être, acceptent la chose et défendent, en même temps, son contraire ! 

Ceux et celles qui admirent dans le Coran que Muhammad était envoyé comme miséricorde pour le monde entier et qui s’accrochent, en même temps, aux hadiths dressant les traits d’un bourreau tribaliste de la conscience qui n’hésitait pas à tuer ses opposants, sans pitié, imposant dans la terreur sa foi, dictant dans la servitude sa loi et ne respectant aucun libre choix !

Ceux et celles qui apprennent par cœur que Muhammad était menaçait de mort par ses adversaires mecquois, du fait qu’il ait renié librement ladite religion de ses ancêtres, et affirment, en même temps, que Muhammad aurait lui-même fait appel ultérieurement à cette maudite pratique inquisitoire en exécutant, à sang froid, ceux qui ont osé renier librement sa propre religion !

Ceux et celles qui lisent, en permanence, dans le Coran que Muhammad était un homme habité par une certaine idée, révolutionnaire à son époque, de la justice et de la gouvernance participative, continuent désormais de croire profondément en l’authenticité présumée de certains hadiths, à la résonance omeyyade et impérialiste, légitimant certaines formes d’injustices incontestables et appelant à l’obéissance aux monarchies tortionnaires et aux régimes corrompus !

Ceux et celles qui considèrent, en se basant sur le Coran bien sûr, que Muhammad était un homme éclairé, intelligent et très rationnel … ceux-là ne trouvent aucune contradiction en continuant à diffuser et à enseigner à leurs enfants des hadiths versés dans la fantasmagorie invraisemblable et dans la superstition contraire même à l’esprit de la foi en l’Unique, et à la faculté majeur caractérisant l’humain qu’est : la raison !

Ceux et celles qui lisent admirablement dans les diverses biographies du prophète, que Muhammad, avant même qu’il ne soit prophète et messager, avait pris le temps nécessaire du questionnement existentiel et philosophique, pour construire ainsi, dans le doute et dans l’angoisse, pas à pas et sans aucune contrainte, le socle de sa foi en l’Unique et le sens pluridimensionnel de toute pratique cultuelle ; ceux-là continuent à discréditer et incriminer toute quête de sens, toute démarche de questionnement et tout cheminement spirituel singulier, hors du commun et débordant des frontières balisées des religiosités héritées du passé.

Pire encore, ceux-là usent même de la violence physique, mettant en pratique un hadith supposé authentique, afin de contraindre les enfants – avec beaucoup de pédagogie ! – et dès l’âge de dix ans, de faire les cinq prières et à l’heure prescrite ou de mettre un tissu sur la tête des fillettes, en se basant sur d’autres hadiths, pour les habituer, nous dit-on, à se soumettre ultérieurement à Dieu … comme si Dieu avait réclamé ce signe vestimentaire distinctif de trop !

Ceux et celles qui répètent jour et nuit l’éloge que fait le Coran à l’égard du prophète vantant son noble caractère, sa bonté du cœur et sa pudeur exemplaire … Ceux-là continuent en même temps à entretenir et à croire en la véracité  de certaines absurdités grossières, violant l’intimité du prophète et exposant, dans les détails, à l’image de certaines téléréalités, ce que l’on a voulu nous faire croire être la vie sexuelle de Muhammad et ses rapports intimes avec ses femmes !

Que de contradictions monumentales habitant ces religiosités de façade et de contrefaçon, face auxquelles le prophète même ne serait en mesure de comprendre la logique, car tout simplement, n’existant pas !

Ressusciter le prophète aujourd’hui ne veut pas dire l’inviter de l’outre tombe pour incarner à nouveau le rôle qui était le sien, mais il s’agit simplement de faire renaître sa « raison prophétique », qui n’aurait pas dû disparaitre avec sa mort et qui était « raison » et « prophétique » à la fois ; humaine dans sa « substance » et humaine aussi dans sa dynamique et orientation ; noble dans son caractère apparent et noble aussi dans son âme profonde ; ouverte sur les gens par volonté de fraternité et ouverte sur Dieu par amour et reconnaissance ; libre dans la formulation de ses choix et respectueuse des libertés des autres quant à la formulation des leurs ; ferme dans les principes et bienveillante dans les négociations…

Il ne s’agit pas non plus de reproduire à l’identique ce qu’était ses habitudes, ses coutumes et ses traditions, comme le font ces courants traditionnistes sous couvert du respect de ladite sunna, mais simplement d’explorer à nouveau les dimensions de son message universel, avec nos yeux d’aujourd’hui, en incluant sans complexe et sans prétention de suffisance : l’élément temporel ; l’évolution historique ; les avancées humaines dans tous les domaines de la vie ; les échanges entre cultures et civilisations ; les nouvelles idées sur l’humain et sur ses environnements, quelles soient religieuses ou non, et quelles soient de chez « nous » ou du voisin d’en face !

L’Humanité a désormais besoin, et surtout en ces temps de crises complexes, d’un nouveau souffle, de nouvelles idées et de nouvelles aspirations pour un monde meilleur. Certes, elle a parcouru un chemin non négligeable depuis la fin des prophéties, depuis que le Ciel a tout dit aux terrestres que « nous » sommes, et depuis qu’Il a décidé de mettre un terme à l’assistanat par la révélation, puisqu’Il avait jugé que « nous » terrestres sommes devenus « adultes » et sommes, intellectuellement, en mesure de « nous » autogérer sans son intervention directe ou par intermédiaires.

Néanmoins, il s’avère aujourd’hui que « notre » maturité n’était pas au complet et que « nous » n’étions pas, par moments de « notre » histoire, à la hauteur de cette mission humaine qui « nous » a été confié et qui « nous » incombe en tant qu’humains !

En effet, les raisons pour lesquelles on justifiait jadis l’apparition des prophètes et des messagers sont toujours d’actualité. Les prophètes et les messagers, en plus du contenu spirituel qu’ils professaient, et à en croire les Ecritures, étaient envoyé pour rétablir et restaurer une humanité épuisée par ses vices : des injustices sociales de tout genre, des inégalités entre riches et pauvres, de l’exploitation des plus vulnérables, de l’iniquité dans le partage des richesses, des pratiques usurières sauvages, de la corruption généralisée, des violences et des guerres … Tous ces vices sont hélas le lot de « notre » existence et sont ancrés davantage dans « notre » quotidien, beaucoup plus ancrés qu’auparavant.

L’humain d’aujourd’hui et de demain est appelé de part sa conscience, comme au temps de l’assistanat par la révélation, de faire preuve de beaucoup de créativité pour s’élaborer en tant qu’humain adulte et responsable et pour avancer, sans trahir ses principes de base : Liberté, Justice, Paix …

Toutes les bonnes réponses, me semble-t-il, sont la bienvenue y compris les réponses religieuses, à condition que celles-ci, comme toutes les autres, soient authentiques, au sens humain du terme, et soient fidèles, non pas à des textes qui se veulent authentiques, mais à des principes et aspirations universellement partagées car humainement authentiques et authentiquement humaines.

Enfin, et s’agissant des héritiers présumés de Muhammad, leur réponse à eux doit être conforme, au moins pour qu’elle soit crédible d’un point de vue coranique et de bon sens, non pas à des hadiths ou à  des formes dépassées, empruntées paresseusement au passé, mais à cette « raison prophétique » délaissée de bon gré, et qui manque manifestement à tous ceux et celles qui clament le nom du prophète avec emphase, et qui défendent, avec une violence exubérante, un héritage rocambolesque que l’on a osé, pour de fâcheux intérêts, lui rattacher à tort !




Le mouton qui blasphème – Par Fethi Benslama*

6122008

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Il y a quelque temps, le caricaturiste algérien Dilem mettait en scène, le jour de la fête du sacrifice, un mouton fuyant à toute vitesse, poursuivi par un homme brandissant un couteau. Dans la bulle, le mouton dit : « Mais pourquoi veulent-ils m’égorger ? Pourtant, je ne suis ni une femme ni un intellectuel. »

Voyez-vous, mesdames, messieurs, chers amis, ce mouton blasphème : non seulement il veut se soustraire à la place que lui assigne Dieu dans ses saintes écritures, lorsqu’il a voulu le substituer au fils du prophète Abraham, mais, de plus, ce mouton parle et, ce faisant, il brouille les frontières de la création divine entre l’homme et l’animal. La bête parle et fait de l’humour avec les affaires religieuses : c’est ignoble…

Il y a plus grave encore : en courant plus vite que l’homme qui veut le trucider, il ridiculise ce paisible musulman sacrifiant et humilie l’ensemble de la communauté musulmane, sinon la totalité des milliards de musulmans morts et vivants. Mais le pire n’est-il pas que ce mouton fuyant de peur devant un musulman qui veut le manger est de toute évidence islamophobe !

Se fondant sur cette lecture, même des années après, ce mouton insoumis pourrait voir, ce soir, au Théâtre du Soleil de la dite « Cartoucherie », se lever un imam spontané qui le cartouche d’une fatwa.

Nous verrons alors le MROPP (Mouvement pour Ramener les Ovins chez les Prédicateurs Paranoïaques) intenter un procès pour diffamation de sacrifiants ; tandis que la République, par ses voix les plus autorisées, présenterait ses excuses à tous les pratiquants modérés de méchouis sacrés, et les assurerait de son respect.

Merci, cher Dilem, d’avoir dessiné un mouton blasphémant, car tu m’as fourni ce soir la première page de mon propos, pour tenter de faire parvenir, le plus simplement, l’étonnement de ton mouton à ceux qui, aujourd’hui, ne veulent pas savoir, ne veulent pas comprendre, que voici des années, au nom de l’islam, tout est prétexte non seulement à interdire, à condamner, à excommunier, mais à éradiquer ce qui peut représenter l’« ironie de la communauté », la critique de son mythe, la désidentification à ses saintetés viriles et carnivores.

Voici des années que la tonsure de l’esprit arme le censure qui tue. Car la censure au nom de l’islam tue, sacrifie, grille au feu de l’Enfer et dévore les insoumis, afin de les soumettre à la religion de la soumission.

Par où commencerai-je la visite de ce mémorial invisible du trucide islamo-spasmophile ? Comment ferai-je pour nommer tous ceux qui, pour une plaisanterie, pour un article, pour un roman, pour un essai, ou simplement pour avoir été la fille, le fils, la sœur ou le frère de l’auteur, ont été transformés, par l’édit d’un commandeur des croyants, par un émir pétrolifère ou barbifique, par un chef de potent-état, par un imam sporadique, ou un illettré coranique fatwatant, transformé, disais-je, en moutons traqués, quand le couteau ou l’acide sulfurique de l’exécuteur ne les a pas rattrapés et anéantis. Comment nommer tous les anonymes de la fabrique des apostats ? Hélas, je ne le pourrai pas, le temps manque et la liste n’est pas établie – le sera-t-elle jamais ?

Je presse le pas et je me souviens que, pour l’époque actuelle, quelques années avant l’affaire Rushdie, déjà en 1985, le tribunal des mœurs du Caire avait condamné à la prison l’éditeur et l’imprimeur des Mille et Une Nuits, et ordonné l’autodafé sur la place publique de la voix de Shéhérazade.

Je me souviens qu’en 1988 paraît en Arabie Saoudite un livre qui jette l’anathème sur plus d’une centaine d’écrivains arabes morts ou vivants : Salama Moussa, Shibli Shmmayyil, Naguib Mahfouz, Lofti as-Sayyid, Muhammad al-Jabiri, Shakir Shakir, Saïd Aql, Adonis, etc.

Je me souviens qu’en 1989 le roman de Salman Rushdie, les Versets sataniques, est déclaré blasphématoire par Khomeyni, qui appelle au meurtre de l’auteur ainsi que tous les éditeurs du roman. Salman Rushdie, dont la vie pendant des années a été celle d’une bête traquée, a eu la chance de bénéficier de la protection de la police de son pays européen d’adoption.

Je me souviens que ses traducteurs italien et japonais furent tués, respectivement, à Milan et à Tokyo ; que le recteur de la Mosquée de Bruxelles et son adjoint, qui ont voulu trouver une issue théologique à la fatwa, ont été frappés par les services secrets iraniens en mars 1989. Souvenez-vous des autodafés du livre au cœur de l’Europe, d’intellectuels turcs brûlés vifs dans une maison où ils se sont réunis pour défendre l’écrivain.

Souvenez-vous encore que la fatwa n’a jamais été abrogée, et qu’il y a quelques jours, le chef du Hezbollah libanais avait déclaré que si cette fatwa contre Rushdie avait été exécutée, il n’y aurait pas eu de caricatures danoises. Mais, en fait, l’appel au meurtre contre Rushdie a ouvert une jurisprudence par laquelle il est devenu loisible à n’importe quel imam spontané de prononcer une sentence de mort à l’encontre de n’importe quel intellectuel supposé musulman renégat, n’importe où dans le monde.

Je me souviens que le 8 juin 1992 l’écrivain Farag Foda, quarante-sept ans, a été criblé de balles, qui ont atteint également son fils Ahmad, quinze ans, et Wahid Rafaat Zaki, un ami de ce dernier. Une déclaration d’Al-Djamaa al-Islamiya a revendiqué l’assassinat de Foda, accusé d’être un apostat, de préconiser la séparation de la religion et de l’État et de préférer le système légal en vigueur à l’application de la charia. En décembre 1992, sur ordre d’Al-Azhar et « au nom de l’islam, religion de l’État », les œuvres de Foda, rééditées en hommage, sont interdites et saisies.

Je me souviens que le 3 septembre 1992, sur la grande place de la ville de Qatif, en Arabie Saoudite, le poète Sadiq Melallah a été décapité au sabre par les autorités de ce pays, pour crime de blasphème et d’abjuration.

Je me souviens qu’à partir de 1993 s’ouvre en Algérie l’hécatombe des intellectuels et artistes : assassinats de Djilali Liabès, sociologue, Tahar Djaout, écrivain, du psychiatre Mohammed Boucebci, président du comité de vérité sur la mort du premier, M’hammed Boukhobza, sociologue, Merzag Baghtache, journaliste et écrivain, Saad Bakhtaoui, journaliste, Abderrahmane Chergou, écrivain et journaliste, Youssef Sebti, poète et écrivain, Abdelkader Alloula, dramaturge et metteur en scène, Bakhti Benaouda, écrivain, Ferhat Cherkit, Youssef Fathallah, Lamine Lagoui, Ziane Farrah, etc. La liste est encore longue.

Je me souviens que le 24 septembre 1994 un groupe d’islamistes du Bangladesh prononce une fatwa contre Taslima Nasreen, la condamnant pour blasphème et mettant sa tête à prix, et que, sous la pression des manifestations islamistes, les autorités lancent un mandat d’arrêt contre elle, en juin 1994.

Je me souviens que le 14 octobre 1994 Naguib Mahfouz, quatre-vingt-trois ans, Prix Nobel de littérature, est poignardé à la gorge, au Caire, par un jeune intégriste.

Je me souviens que le 21 juin 1995 a été lancée l’accusation d’apostat contre Nasr Hamed Abu Zeid, professeur d’Université – ce qui signifie la mort – et qu’une cour d’appel du Caire avait conclu le 14 juin 1995 que cet homme avait insulté l’islam dans ses écrits, qu’il devait se séparer de son épouse car celle-ci, musulmane, ne pouvait rester mariée à un « apostat ». La cour de cassation du Caire a confirmé cet arrêt en août 1996. Un mois plus tard, le tribunal des référés de Guizeh a ordonné un « sursis à exécution », mais un avocat islamiste a interjeté appel de cette décision, qui a été confirmée en décembre 1996 par un autre tribunal.

Je me souviens qu’en avril 2000 l’écrivain Haydar Haydar a été déclaré apostat et qu’il fut condamné à mort pour son roman Festin pour les algues marines, publié sept ans plutôt à Chypre, parce que l’un des personnages de son roman disait : « Les lois des divinités bédouines, l’enseignement du Coran, c’est de la merde. » Après la condamnation pour une fiction de blasphème, à quand le meurtre pour blasphème inconscient ?

Je me souviens, je me souviens, je me souviens… J’arrête cette litanie au début du IIIe millénaire, car je voudrais vous inviter à découvrir par vous-même le long rouleau des traqués, des apostasiés, des condamnés, des assassinés, pour peu que vous osiez taper sur la Toile ces quelques mots : islam, meurtre, fatwa, censure – dans n’importe quel ordre. Vous découvrirez peut-être que certains noms qui vous sont un peu familiers, dont quelques-uns sont parmi nous ce soir, sont promis au gibet, le jour de leur arrivée au pouvoir, par des chefs islamistes réfugiés politiques dans telle ou telle capitale européenne. Je vous prie alors de ne pas les appeler pour leur dire : Quel courage ! Car, c’est là que se produit cette attaque de panique où ils commenceront à avoir peur de leur peur.

Non, ce n’est pas de ce genre de soutien dont ils ont besoin aujourd’hui, mais de votre résistance au piège auquel collaborent tant de démocrates et hommes de gauche européens qui, dans leur lutte contre le racisme, en sont venus à oublier la censure qui tue. Car une nouvelle machine a été depuis inventée, celle du « musulman humilié » : une machine infernale, puisque alimentée par une réalité certaine de mépris et des droits bafoués ici et là, tendant à justifier et à armer le mythe identitaire qui veut, au nom du sacré, poursuivre l’éradication de tout écart à la communauté des croyants, et légaliser, par les descendants de la révolution des libertés, l’empêchement de parler, d’écrire, de dessiner.

Dans les périodes les plus sombres de leur histoire, quand le colonialisme faisait régner son ordre de mépris et de négation des droits les plus élémentaires, les musulmans n’ont jamais considéré que leur Dieu était « humiliable », ni que les figures idéales de leur culture pouvaient être facilement diffamées : leur lutte pour leur dignité faisait simplement appel à l’égalité des droits, et non à la fabrique de la vengeance aveugle de l’« humiliation » – une notion inventée en Europe, qui appartient au lexique ecclésiastique de l’abaissement, de la honte, de la mortification, bref, à l’imaginaire de l’orgueil. Quand on tue des civils en masse, quand on égorge des hommes devant la télévision au nom de l’islam, n’est-ce pas là l’atteinte la plus grave contre laquelle les musulmans devraient protester ? Combien l’ont-ils fait ?

Le combat antiraciste pour le droit et l’égalité est aujourd’hui détourné, par le faux aiguillage de l’humiliation, vers la défense des mythes identitaires les plus terrifiants, vers le soutien à la religiosité des paranoïaques criminels, dont il blanchit les méfaits, en faisant de ses prédicateurs des victimes de notre liberté de penser, de parler et d’écrire. Nous parvenons aujourd’hui à cette situation de ségrégation où un homme ou une femme de culture musulmane a moins de légitimité à critiquer l’islam que des Européens de le faire pour le christianisme ou le judaïsme. Les premiers seront soupçonnés ou accusés d’« islamophobie », d’être les alliés objectifs de la droite raciste, alors que les seconds ne feraient qu’exercer un droit évident. Certains descendants des Lumières sont devenus aveugles aux lumières des autres.

Profitant de la supposée humiliation par les caricatures du Prophète, du supposé blasphème de personnes qui ne partagent pas la croyance des musulmans (peut-il y avoir blasphème là ou il n’y a pas croyance ?), les cinquante-sept pays de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) viennent de demander que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, voué à remplacer la Commission des droits de l’homme de Genève, d’inscrire dans son texte fondateur l’article suivant : « La diffamation des religions et des prophètes est incompatible avec le droit à la liberté d’expression. »

Ils proposent de donner mandat au nouvel organisme de « promouvoir le respect universel de toutes les religions et valeurs culturelles », et de « prévenir les cas d’intolérance, de discrimination, d’incitation à la haine et à la violence [...] contre les religions, les prophètes et les croyances ». L’amendement de l’OCI précise que les attaques contre les religions causent des « dissonances sociales qui conduisent à des violations des droits de l’homme ».

Croyez-moi, même si cette proposition ne sera pas retenue, il en restera quelque chose. Elle est, en tout cas, le symptôme de la perversion, à l’œuvre aujourd’hui, qui veut que les droits de l’homme et le combat anti-raciste deviennent les défenseurs de l’idéologie islamiste et de sa censure qui tue.

« Le Manifeste des Libertés » à la Cartoucherie de Vincennes, Théâtre du Soleil, Mars 2006. Fethi Benslama est professeur de Psychopathologie à l’Université Paris-VII

Source : http://www.manifeste.org

Cette intervention* date du mois de mars 2006. Son contenu reste hélas d’actualité.

Je l’ai choisi pour vous, pour introduire à mon prochain article qui sera intitulé « Le stalinisme mystique tisse sa toile à Villeneuve d’Ascq« .

A suivre sur ce blog après la fête du sacrifice. Cette journée durant laquelle des centaines de millions de moutons seront égorgés de manière quasi-mécanique en livrant à ces centaines de millions de  sacrifiants, une quantité considérable de viande à congeler.

Cependant, le sens d’un tel acte continuerait à échapper à la majorité de ceux qui l’observent. Le jour où l’on comprendra  mieux sa signification et où l’on cernera davantage sa profondeur, ce jour-là, on cessera, je le pense, d’égorger ces centaines de millions de bêtes et on célébrera, sans égorger aucun mouton, et tous les jours de l’année, l’authentique valeur ajoutée de cette fête.  

En attendant, joyeuse fête à toutes et à tous !




Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (1)

5092008

Par Mohamed LOUIZI

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Introduction :

« Connaissez-vous l’origine du surnom donné au personnage de Abou Hourayra ? » demanda l’un de mes instituteurs quand j’étais encore à l’école primaire. « Et bien, il fut surnommé ainsi parce qu’il prenait soin de sa petite chatte, sa seule richesse qu’il possédait du vivant du prophète. Et c’est bien le prophète Mohammad qui l’a surnommé « Abou Hourayra » ! [ce premier terme « Abou » signifiant père, et « Hourayra » : petite chatte, en arabe « Abou Hourayra » signifie donc « père/ propriétaire de la petite chatte »], nous a-t-il expliqué il y a environ 18 ans !

Abou Hourayra est devenu, depuis, le surnom que j’ai le plus souvent entendu durant toute ma scolarité ! Encore mille fois plus que n’importe quelle autre personnalité marquante de l’histoire des religions, de la philosophie, des sciences, de l’art, du génie et même de la bêtise ! Il est aussi le surnom que j’ai entendu et lu des centaines de milliers de fois, sans exagération aucune, que ce soit durant les prêches dans les différentes mosquées, dans les journaux et les revues religieuses, les émissions audiovisuelles et les rassemblements de fête ou de deuil. Lorsque j’ai tâché d’étudier de plus près la biographie du prophète et le contenu de ses supposés Hadiths (ses récits, c’est-à-dire ce que le prophète « a dit »), Abou Hourayra restait l’éternel narrateur-accompagnateur à presque chaque page des recueils de ses Hadiths !

Une telle omniprésence, textuelle, pédagogique et audiovisuelle, laisse à supposer qu’il ait été de la partie depuis le premier jour de la prophétie de Mohammad, qu’il ait accompagné le prophète durant les 23 années de sa mission de façon constante et ininterrompue, qu’il ait été témoin des grands événements qui ont marqué cette période remarquable de l’histoire médiévale, qu’il ait été là, non pas seulement comme témoin oculaire passif ou vague participant mais comme acteur effectif et influant directement sur le cours même des événements, qu’il ait été apprécié et estimé unanimement par les historiens et spécialistes de cette période, au même titre que les 4 califes orthodoxes : Abou Bakr As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ottmane Ibn Affane et Ali Ibn Abi Taleb et au même rang que celui des compagnons dévoués supportant le coût fatidique, en termes de sacrifices, comme prix à payer à l’aune de leurs adhésions réfléchies aux enseignements coraniques, c’est-à-dire au même rang que tous ceux qui ont répondu présents en défendant, corps et âme, leurs libertés de conscience, de croyance et d’expression, durant les 13 premières années, dures et pénibles, de la vie du prophète et de sa petite communauté de foi à la Mecque !

À toutes ces premières suppositions que j’ose formuler, il convient d’ajouter un autre élément qui devrait lui aussi pouvoir nous instruire sans faute : il s’agit de la quantité astronomique de ces récits – présentés comme paroles prophétiques authentiques ou assimilées ainsi – que Abou Hourayra a pu diffuser après sa conversion qui, nous le verrons, intervint à un stade relativement tardif.

L’historien égyptien des Hadiths, le cheikh Mahmoud Abou Rayyah(1), a comparé le nombre de Hadiths rapportés par Abou Hourayra avec la quantité, relativement négligeable, de récits rapportés par d’autres personnalités, très proches du prophète de son vivant et pourtant plus influentes que Abou Hourayra à cette époque. Dans ses deux livres Lumières sur la tradition mohammadienne (édité en arabe pour la sixième fois en 1957) et Abou Hourayra, cheikh de la Madirah (édité aussi en arabe pour la quatrième fois en 1993), l’historien s’est mis à éclairer les nombreuses zones d’ombre de la vie de ce personnage et à analyser en profondeur ses récits. L’une des conclusions communes qui émerge de la lecture de ces deux ouvrages est qu’entre les milliers de Hadiths rapportés par Abou Hourayra d’un coté, et les quelques dizaines de Hadiths rapportés par d’autres personnalités emblématiques de l’autre , une évidence semble s’esquisser : y’a plus photo !  

En effet, Abou Bakr As-Seddik, deuxième homme à avoir reconnu la prophétie de Mohammad, devenu son compagnon intime durant toute sa mission puis premier calife après sa mort, n’a pu rapporter que 124 Hadiths dont 104 cités dans L’histoire des Califes de As-Sayyouti et seulement 24 Hadiths dans le recueil de Al Boukhari !(2)

Omar Ibn Al Khattab, après avoir rejoint les rangs des croyants six ans après l’annonce de la prophétie, devenu compagnon influent et très actif puis deuxième calife après la mort de Mohammad, n’a pu rapporter, lui non plus, que 50 Hadiths selon Ibn Hazm(3) sans même parler de son hostilité confirmée à l’égard de l’écriture des Hadiths. Car n’a-t-il pas usé de la violence physique, pendant son califat, pour empêcher des gens comme Abou Hourayra de publier des récits immortalisant les mensonges sur les comptes de Dieu et de son prophète ? (4)

Ottmane Ibn Affane, un des premiers à répondre à l’appel prophétique, deux fois gendre de Mohammad et troisième calife après sa mort, n’a pu rapporter, quant à lui, que 9 Hadiths compilés dans le recueil de Al-Boukhari et seulement 5 Hadiths dans celui de Mouslim!(5)

Ali Ibn Abi Taleb, cousin et gendre du prophète, premier mecquois témoignant de la foi en l’Unique et quatrième calife orthodoxe, estimé par ses talents littéraires et par ses connaissances étendues, n’a pu rapporter, lui, que 58 Hadiths selon As-Sayyouti, 50 selon Ibn Hazm et dont seulement quelques 20 Hadiths figurent dans le recueil de Al Boukhari ! (6)

Az-Zoubeir Ibn Al Awam, cousin du prophète et un des sept premiers à embrasser l’islam, n’a pu rapporter que 9 Hadiths retranscrits dans le recueil de Al-Boukhari et 1 seul – pas plus ! – récit dans celui de Mouslim ! (7) 

Abderrahmane Ibn Aouf, cousin de Mohammad, un des tous premiers, lui aussi, à reconnaître sa prophétie et une des personnalités providentielles et très influentes avant et après sa mort, n’a pu rapporter, lui, que 9 Hadiths cités dans le recueil de Al-Boukhari ! (8)

D’autres compagnons n’ont rapporté aucun Hadith, malgré la longue période qu’ils ont passé aux côtés du prophète. Et ils se comportaient d’ailleurs très majoritairement de la sorte !

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Par comparaison, selon les recherches de Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra a 5374 Hadiths à son actif, dont 446 sont considérés authentiques par Al Boukhari ! (9) « Y’a donc vraiment plus photo ! » comme dirait Mahmoud Abou Rayyah ! Quant aux travaux de l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi(10), résumés dans son livre Aktara Abou Hourayra et édité en arabe en 2002, ils remettent en question les récits de Abou Hourayra tant sur le plan quantitatif que sur le plan conceptuel et dogmatique ! Le chercheur dénombre plutôt 8740 Hadiths rapportés par celui-ci sur un total de 62169 récits compilés dans les neufs recueils reconnus comme références sacrées chez les sunnites. Ce qui représente tout de même plus de 12% du volume total des Hadiths retranscrits. Soit 26,25% du volume total des Hadiths dans le recueil de Al-Boukharai et, excusez du peu (!), tout de même 68,5% dans celui de Mouslim (!), comme le représentent les 3 graphiques suivants :

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Comment expliquer de telles disproportions à la lumière des données historiques ?

A travers l’histoire, Abou Hourayra a pu focaliser sur lui et sur l’ensemble de ses récits les contestations et les soupçons de plusieurs personnalités emblématiques, que ce soit de la part de ses compagnons (As-Sahabah), de leurs successeurs (At-Tabi’ines) ou même de la part des oulémas et de nos universitaires contemporains !

En effet, ces mises en garde ne nous parviennent pas seulement des chiites, bien que ces derniers le rejettent (pour des raisons politiques initiales devenues ensuite doctrinales), pour son acceptation/reconnaissance de la légitimité politico-religieuse des Omeyyades – en se mettant au service cupide de son leader Mouawiyah et en se refusant, par là même, par purs intérêts personnels, à soutenir la cause du pauvre Ali Ibn Abi Taleb ! Il semble bien que l’ambition rende aveugle !

Mais d’abord, qui est cette personne ? Comment se fait-il qu’il ait pu soulever un tel tollé historique ? Quelles relations entretenait-il avec Mohammad et avec son entourage ? Combien de temps a-t-il passé à proximité du prophète ? Quels étaient ses qualités et ses défauts visibles et nuisibles ? Quels rôles jouait-il au sein de la cité médinoise ? Quelles fonctions remplissait-il du vivant et après la mort de Mohammad ? Que lui a-t-on reproché depuis ? Comment expliquer son omniprésence écrasante dans les recueils des Hadiths ? Quels étaient ses sources d’information et ses réseaux de diffusion ? Pourquoi s’intéresse-t-on autant désormais à ce personnage et à ses récits ? Quels impacts, positifs ou négatifs, ont ses récits sur la compréhension du message coranique et sur l’image du prophète, 14 siècles après sa mort ?

En voilà des questions « qu’elles sont bonnes » et auxquelles je vais tenter de répondre, afin de permettre à tout lecteur francophone de découvrir la biographie d’un personnage qui, bien qu’il ne soit pas une figure nationale gauloise, s’impose néanmoins comme légende indispensable à la compréhension de ce que l’on nomme communément la religion musulmane – avec la pratique cultuelles, l’intégration de ses fidèles dans les sphères culturelles, sociales et juridiques de la société post-moderne… Plus encore, la référence aux récits théologiques de ce personnage est de rigueur quant à la formulation des revendications des protagonistes de l’islam de la représentativité – l’autre variante de l’islam politique !

Cette étude propose donc une approche critique de la biographie controversée de Abou Hourayra pour différencier les traits fondamentaux  de sa personnalité, de son passé antéislamique, de sa conversion, de son statut social et religieux au sein de la communauté de l’époque, de ses penchants idéologiques et politiques…

A la fin de cette série d’articles, une bibliographie présentera succinctement une liste non exhaustive de la littérature parue autour de ce personnage et qui reste relativement méconnue du grand public, même au sein de ladite communauté musulmane et cela pour 2 raisons essentielles : la sempiternelle censure d’un côté et la sempiternelle autocensure de l’autre côté !

En présentant une synthèse de l’ensemble des critiques historiques et contemporaines portées sur  Abou Hourayra et ses Hadiths, je ne vise surtout pas à dénigrer ce personnage ou à amplifier injustement ses défauts en profitant de sa disparition physique depuis 14 siècles -même si sa défense reste assurée par toutes ses « armées » d’héritiers, mais je compte remplir essentiellement un contrat à 3 clauses et 4 verbes à l’infinitif : Informer, inviter et faire rêver !

Informer d’abord le lectorat francophone des éléments historiques méconnus dudit héritage islamique qui sont désormais, idéologiquement amputés et théologiquement cachés sous haute surveillance et à grand renfort médiatico-juridico-politique. En conséquence, ce lectorat ne voit et ne lit, en vérité, qu’une image/littérature religieuse tronquée et biaisée de ce que l’on a permis de traduire, de produire et même de commercialiser. Il est ainsi réduit à se contenter, vu la barrière linguistique, de ce que l’on trouve habituellement dans les librairies « Halal » et dans les centres culturels islamiques ! Tel que : « Les 99 noms de Dieu » ; « Recueils des Hadiths » ; « Supplices de la tombe » ; « Comment faire la prière ? » ; « Signes de la fin des temps » ; « Iblîs fait-il partie des anges ? » ; « Dialogue avec un djinn musulman » ; « Ruses de Satan » ; « Mariage en Islam » ; « Horreurs de Géhenne » ; « Curation par la graine noir » ; « Dormir selon la tradition prophétique » ; « Sanction de l’apostasie » ; « voile islamique » ;… etc. Une littérature qui inonde le marché du livre dit islamique, au voisinage des rares essais critiques visant une élite universitaire bien particulière et en déphasage total avec la réalité des mosquées de proximité.  

Inviter ensuite, les consciences libres à procéder, par elles-mêmes, à une analyse critique et approfondie de l’ensemble des textes religieux – Hadiths entre autres – surtout ceux qui entretiennent la servitude ; qui justifient l’absolutisme et le totalitarisme et qui appellent à la haine, à la misogynie, aux discriminations, au racisme, à la violence, à la guerre, à la stupidité et à la subordination intellectuelle, à l’esclavage volontaire de tous nos cerveaux humains !(11)  

Faire rêver du jour où l’Humain, quels que soient son sexe, sa race, sa condition sociale, son âge, sa religion,… sera considéré, protégé, soutenu et surtout libéré de l’emprise de toute servitude au politique justifiée par le religieux – mollah et texte – et aussi de toute subordination au théologique protégée par le politique !

J’espère de tout mon cœur que cette étude pourra relancer les débats intra- et extra- communautaires sur les sujets occultés en partie par les héritiers/disciples inconditionnels de Abou Hourayra et par les institutions de l’islam officiel qui, au nom de cet héritage controversé et problématique, s’accaparent le droit – divin (12) paraît-il – en orchestrant la mise en musique idéologique d’une parole au nom de Dieu, en empêchant, par tous les moyens, toute autre personne de penser à haute voix, de penser à Dieu sans ses présumés saints !

Enfin, je remercie chaleureusement Abdelaziz  LAHOUAICHRI, Benjamin Yamine WEIL, Frank PETER, Joël MOUYSSET, Marie-Paule HEBLE, Mohamed Raouf RAHMANIA, Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH, Youssef BELGHEYATIYAH et aussi toutes les autres personnes qui ont relu, corrigé et suggéré d’utiles modifications afin d’assurer à cette étude fluidité, clarté et précision. En invitant ainsi le lecteur à se livrer par lui-même à la découverte d’un « continent » religieux ancestral et méconnu, face auquel l’intelligence collective semble être entrée – par la violence de l’histoire et du monde des hommes et par la volonté acharnée d’une caste de bien-pensants – en hibernation profonde et inquiétante pour notre futur immédiat.

Notes :

1- Cheikh Mahmoud Abou Rayyah ; égyptien ; né le 15/12/1889 et décédé le 11/12/1970 ; historien et spécialiste de l’histoire de l’écriture des Hadiths ; a publié, dans un climat très hostile, plusieurs ouvrages en arabe : Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Abou Hourayra cheikh Al MadirahSayhate Jamal Al-Dîne Al-AfghaniRassa’îl Ar-Rafi’î,  Histoire des Hadiths… (en arabe)

2- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994, p. 139 (en arabe)

3- Ibid., p. 140

4- Plus de détails dans le chapitre 7.

5- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.141

6- Ibid., p.140

7- Ibid., p.141

8- Ibid., p.141

9- Ibid., p.139

10-Mustapha Bouhandi ; universitaire marocain ; professeur de l’exégèse et des religions comparées à la faculté Ben Msik – Université Hassan II à Casablanca (Maroc), directeur de l’UFR « Avenir des religions et des doctrines religieuses » dans la même faculté ; auteur de plusieurs ouvrages en arabe : Aktara Abou Hourayra, Nahnou wa Al Coran, At-Ta’atire Al Massihi fi tafssir Al Coran,…

11-D’autres études et articles analysant certains de ces Hadiths viendront compléter et enrichir cette étude. A suivre sur ce blog très prochainement.

12- Le droit divin concerne la justification d’un pouvoir non démocratique par le choix de Dieu. Ce choix est souvent exprimé par l’affirmation d’une généalogie, d’une race choisie,…







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