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Il était une fois … un inféodé sur le chemin de Damas : histoire de Abou Hourayra (1)

5092008

Par Mohamed LOUIZI

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Introduction :

« Connaissez-vous l’origine du surnom donné au personnage de Abou Hourayra ? » demanda l’un de mes instituteurs quand j’étais encore à l’école primaire. « Et bien, il fut surnommé ainsi parce qu’il prenait soin de sa petite chatte, sa seule richesse qu’il possédait du vivant du prophète. Et c’est bien le prophète Mohammad qui l’a surnommé « Abou Hourayra » ! [ce premier terme « Abou » signifiant père, et « Hourayra » : petite chatte, en arabe « Abou Hourayra » signifie donc « père/ propriétaire de la petite chatte »], nous a-t-il expliqué il y a environ 18 ans !

Abou Hourayra est devenu, depuis, le surnom que j’ai le plus souvent entendu durant toute ma scolarité ! Encore mille fois plus que n’importe quelle autre personnalité marquante de l’histoire des religions, de la philosophie, des sciences, de l’art, du génie et même de la bêtise ! Il est aussi le surnom que j’ai entendu et lu des centaines de milliers de fois, sans exagération aucune, que ce soit durant les prêches dans les différentes mosquées, dans les journaux et les revues religieuses, les émissions audiovisuelles et les rassemblements de fête ou de deuil. Lorsque j’ai tâché d’étudier de plus près la biographie du prophète et le contenu de ses supposés Hadiths (ses récits, c’est-à-dire ce que le prophète « a dit »), Abou Hourayra restait l’éternel narrateur-accompagnateur à presque chaque page des recueils de ses Hadiths !

Une telle omniprésence, textuelle, pédagogique et audiovisuelle, laisse à supposer qu’il ait été de la partie depuis le premier jour de la prophétie de Mohammad, qu’il ait accompagné le prophète durant les 23 années de sa mission de façon constante et ininterrompue, qu’il ait été témoin des grands événements qui ont marqué cette période remarquable de l’histoire médiévale, qu’il ait été là, non pas seulement comme témoin oculaire passif ou vague participant mais comme acteur effectif et influant directement sur le cours même des événements, qu’il ait été apprécié et estimé unanimement par les historiens et spécialistes de cette période, au même titre que les 4 califes orthodoxes : Abou Bakr As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ottmane Ibn Affane et Ali Ibn Abi Taleb et au même rang que celui des compagnons dévoués supportant le coût fatidique, en termes de sacrifices, comme prix à payer à l’aune de leurs adhésions réfléchies aux enseignements coraniques, c’est-à-dire au même rang que tous ceux qui ont répondu présents en défendant, corps et âme, leurs libertés de conscience, de croyance et d’expression, durant les 13 premières années, dures et pénibles, de la vie du prophète et de sa petite communauté de foi à la Mecque !

À toutes ces premières suppositions que j’ose formuler, il convient d’ajouter un autre élément qui devrait lui aussi pouvoir nous instruire sans faute : il s’agit de la quantité astronomique de ces récits – présentés comme paroles prophétiques authentiques ou assimilées ainsi – que Abou Hourayra a pu diffuser après sa conversion qui, nous le verrons, intervint à un stade relativement tardif.

L’historien égyptien des Hadiths, le cheikh Mahmoud Abou Rayyah(1), a comparé le nombre de Hadiths rapportés par Abou Hourayra avec la quantité, relativement négligeable, de récits rapportés par d’autres personnalités, très proches du prophète de son vivant et pourtant plus influentes que Abou Hourayra à cette époque. Dans ses deux livres Lumières sur la tradition mohammadienne (édité en arabe pour la sixième fois en 1957) et Abou Hourayra, cheikh de la Madirah (édité aussi en arabe pour la quatrième fois en 1993), l’historien s’est mis à éclairer les nombreuses zones d’ombre de la vie de ce personnage et à analyser en profondeur ses récits. L’une des conclusions communes qui émerge de la lecture de ces deux ouvrages est qu’entre les milliers de Hadiths rapportés par Abou Hourayra d’un coté, et les quelques dizaines de Hadiths rapportés par d’autres personnalités emblématiques de l’autre , une évidence semble s’esquisser : y’a plus photo !  

En effet, Abou Bakr As-Seddik, deuxième homme à avoir reconnu la prophétie de Mohammad, devenu son compagnon intime durant toute sa mission puis premier calife après sa mort, n’a pu rapporter que 124 Hadiths dont 104 cités dans L’histoire des Califes de As-Sayyouti et seulement 24 Hadiths dans le recueil de Al Boukhari !(2)

Omar Ibn Al Khattab, après avoir rejoint les rangs des croyants six ans après l’annonce de la prophétie, devenu compagnon influent et très actif puis deuxième calife après la mort de Mohammad, n’a pu rapporter, lui non plus, que 50 Hadiths selon Ibn Hazm(3) sans même parler de son hostilité confirmée à l’égard de l’écriture des Hadiths. Car n’a-t-il pas usé de la violence physique, pendant son califat, pour empêcher des gens comme Abou Hourayra de publier des récits immortalisant les mensonges sur les comptes de Dieu et de son prophète ? (4)

Ottmane Ibn Affane, un des premiers à répondre à l’appel prophétique, deux fois gendre de Mohammad et troisième calife après sa mort, n’a pu rapporter, quant à lui, que 9 Hadiths compilés dans le recueil de Al-Boukhari et seulement 5 Hadiths dans celui de Mouslim!(5)

Ali Ibn Abi Taleb, cousin et gendre du prophète, premier mecquois témoignant de la foi en l’Unique et quatrième calife orthodoxe, estimé par ses talents littéraires et par ses connaissances étendues, n’a pu rapporter, lui, que 58 Hadiths selon As-Sayyouti, 50 selon Ibn Hazm et dont seulement quelques 20 Hadiths figurent dans le recueil de Al Boukhari ! (6)

Az-Zoubeir Ibn Al Awam, cousin du prophète et un des sept premiers à embrasser l’islam, n’a pu rapporter que 9 Hadiths retranscrits dans le recueil de Al-Boukhari et 1 seul – pas plus ! – récit dans celui de Mouslim ! (7) 

Abderrahmane Ibn Aouf, cousin de Mohammad, un des tous premiers, lui aussi, à reconnaître sa prophétie et une des personnalités providentielles et très influentes avant et après sa mort, n’a pu rapporter, lui, que 9 Hadiths cités dans le recueil de Al-Boukhari ! (8)

D’autres compagnons n’ont rapporté aucun Hadith, malgré la longue période qu’ils ont passé aux côtés du prophète. Et ils se comportaient d’ailleurs très majoritairement de la sorte !

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Par comparaison, selon les recherches de Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra a 5374 Hadiths à son actif, dont 446 sont considérés authentiques par Al Boukhari ! (9) « Y’a donc vraiment plus photo ! » comme dirait Mahmoud Abou Rayyah ! Quant aux travaux de l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi(10), résumés dans son livre Aktara Abou Hourayra et édité en arabe en 2002, ils remettent en question les récits de Abou Hourayra tant sur le plan quantitatif que sur le plan conceptuel et dogmatique ! Le chercheur dénombre plutôt 8740 Hadiths rapportés par celui-ci sur un total de 62169 récits compilés dans les neufs recueils reconnus comme références sacrées chez les sunnites. Ce qui représente tout de même plus de 12% du volume total des Hadiths retranscrits. Soit 26,25% du volume total des Hadiths dans le recueil de Al-Boukharai et, excusez du peu (!), tout de même 68,5% dans celui de Mouslim (!), comme le représentent les 3 graphiques suivants :

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Comment expliquer de telles disproportions à la lumière des données historiques ?

A travers l’histoire, Abou Hourayra a pu focaliser sur lui et sur l’ensemble de ses récits les contestations et les soupçons de plusieurs personnalités emblématiques, que ce soit de la part de ses compagnons (As-Sahabah), de leurs successeurs (At-Tabi’ines) ou même de la part des oulémas et de nos universitaires contemporains !

En effet, ces mises en garde ne nous parviennent pas seulement des chiites, bien que ces derniers le rejettent (pour des raisons politiques initiales devenues ensuite doctrinales), pour son acceptation/reconnaissance de la légitimité politico-religieuse des Omeyyades – en se mettant au service cupide de son leader Mouawiyah et en se refusant, par là même, par purs intérêts personnels, à soutenir la cause du pauvre Ali Ibn Abi Taleb ! Il semble bien que l’ambition rende aveugle !

Mais d’abord, qui est cette personne ? Comment se fait-il qu’il ait pu soulever un tel tollé historique ? Quelles relations entretenait-il avec Mohammad et avec son entourage ? Combien de temps a-t-il passé à proximité du prophète ? Quels étaient ses qualités et ses défauts visibles et nuisibles ? Quels rôles jouait-il au sein de la cité médinoise ? Quelles fonctions remplissait-il du vivant et après la mort de Mohammad ? Que lui a-t-on reproché depuis ? Comment expliquer son omniprésence écrasante dans les recueils des Hadiths ? Quels étaient ses sources d’information et ses réseaux de diffusion ? Pourquoi s’intéresse-t-on autant désormais à ce personnage et à ses récits ? Quels impacts, positifs ou négatifs, ont ses récits sur la compréhension du message coranique et sur l’image du prophète, 14 siècles après sa mort ?

En voilà des questions « qu’elles sont bonnes » et auxquelles je vais tenter de répondre, afin de permettre à tout lecteur francophone de découvrir la biographie d’un personnage qui, bien qu’il ne soit pas une figure nationale gauloise, s’impose néanmoins comme légende indispensable à la compréhension de ce que l’on nomme communément la religion musulmane – avec la pratique cultuelles, l’intégration de ses fidèles dans les sphères culturelles, sociales et juridiques de la société post-moderne… Plus encore, la référence aux récits théologiques de ce personnage est de rigueur quant à la formulation des revendications des protagonistes de l’islam de la représentativité – l’autre variante de l’islam politique !

Cette étude propose donc une approche critique de la biographie controversée de Abou Hourayra pour différencier les traits fondamentaux  de sa personnalité, de son passé antéislamique, de sa conversion, de son statut social et religieux au sein de la communauté de l’époque, de ses penchants idéologiques et politiques…

A la fin de cette série d’articles, une bibliographie présentera succinctement une liste non exhaustive de la littérature parue autour de ce personnage et qui reste relativement méconnue du grand public, même au sein de ladite communauté musulmane et cela pour 2 raisons essentielles : la sempiternelle censure d’un côté et la sempiternelle autocensure de l’autre côté !

En présentant une synthèse de l’ensemble des critiques historiques et contemporaines portées sur  Abou Hourayra et ses Hadiths, je ne vise surtout pas à dénigrer ce personnage ou à amplifier injustement ses défauts en profitant de sa disparition physique depuis 14 siècles -même si sa défense reste assurée par toutes ses « armées » d’héritiers, mais je compte remplir essentiellement un contrat à 3 clauses et 4 verbes à l’infinitif : Informer, inviter et faire rêver !

Informer d’abord le lectorat francophone des éléments historiques méconnus dudit héritage islamique qui sont désormais, idéologiquement amputés et théologiquement cachés sous haute surveillance et à grand renfort médiatico-juridico-politique. En conséquence, ce lectorat ne voit et ne lit, en vérité, qu’une image/littérature religieuse tronquée et biaisée de ce que l’on a permis de traduire, de produire et même de commercialiser. Il est ainsi réduit à se contenter, vu la barrière linguistique, de ce que l’on trouve habituellement dans les librairies « Halal » et dans les centres culturels islamiques ! Tel que : « Les 99 noms de Dieu » ; « Recueils des Hadiths » ; « Supplices de la tombe » ; « Comment faire la prière ? » ; « Signes de la fin des temps » ; « Iblîs fait-il partie des anges ? » ; « Dialogue avec un djinn musulman » ; « Ruses de Satan » ; « Mariage en Islam » ; « Horreurs de Géhenne » ; « Curation par la graine noir » ; « Dormir selon la tradition prophétique » ; « Sanction de l’apostasie » ; « voile islamique » ;… etc. Une littérature qui inonde le marché du livre dit islamique, au voisinage des rares essais critiques visant une élite universitaire bien particulière et en déphasage total avec la réalité des mosquées de proximité.  

Inviter ensuite, les consciences libres à procéder, par elles-mêmes, à une analyse critique et approfondie de l’ensemble des textes religieux – Hadiths entre autres – surtout ceux qui entretiennent la servitude ; qui justifient l’absolutisme et le totalitarisme et qui appellent à la haine, à la misogynie, aux discriminations, au racisme, à la violence, à la guerre, à la stupidité et à la subordination intellectuelle, à l’esclavage volontaire de tous nos cerveaux humains !(11)  

Faire rêver du jour où l’Humain, quels que soient son sexe, sa race, sa condition sociale, son âge, sa religion,… sera considéré, protégé, soutenu et surtout libéré de l’emprise de toute servitude au politique justifiée par le religieux – mollah et texte – et aussi de toute subordination au théologique protégée par le politique !

J’espère de tout mon cœur que cette étude pourra relancer les débats intra- et extra- communautaires sur les sujets occultés en partie par les héritiers/disciples inconditionnels de Abou Hourayra et par les institutions de l’islam officiel qui, au nom de cet héritage controversé et problématique, s’accaparent le droit – divin (12) paraît-il – en orchestrant la mise en musique idéologique d’une parole au nom de Dieu, en empêchant, par tous les moyens, toute autre personne de penser à haute voix, de penser à Dieu sans ses présumés saints !

Enfin, je remercie chaleureusement Abdelaziz  LAHOUAICHRI, Benjamin Yamine WEIL, Frank PETER, Joël MOUYSSET, Marie-Paule HEBLE, Mohamed Raouf RAHMANIA, Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH, Youssef BELGHEYATIYAH et aussi toutes les autres personnes qui ont relu, corrigé et suggéré d’utiles modifications afin d’assurer à cette étude fluidité, clarté et précision. En invitant ainsi le lecteur à se livrer par lui-même à la découverte d’un « continent » religieux ancestral et méconnu, face auquel l’intelligence collective semble être entrée – par la violence de l’histoire et du monde des hommes et par la volonté acharnée d’une caste de bien-pensants – en hibernation profonde et inquiétante pour notre futur immédiat.

Notes :

1- Cheikh Mahmoud Abou Rayyah ; égyptien ; né le 15/12/1889 et décédé le 11/12/1970 ; historien et spécialiste de l’histoire de l’écriture des Hadiths ; a publié, dans un climat très hostile, plusieurs ouvrages en arabe : Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah, Abou Hourayra cheikh Al MadirahSayhate Jamal Al-Dîne Al-AfghaniRassa’îl Ar-Rafi’î,  Histoire des Hadiths… (en arabe)

2- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994, p. 139 (en arabe)

3- Ibid., p. 140

4- Plus de détails dans le chapitre 7.

5- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.141

6- Ibid., p.140

7- Ibid., p.141

8- Ibid., p.141

9- Ibid., p.139

10-Mustapha Bouhandi ; universitaire marocain ; professeur de l’exégèse et des religions comparées à la faculté Ben Msik – Université Hassan II à Casablanca (Maroc), directeur de l’UFR « Avenir des religions et des doctrines religieuses » dans la même faculté ; auteur de plusieurs ouvrages en arabe : Aktara Abou Hourayra, Nahnou wa Al Coran, At-Ta’atire Al Massihi fi tafssir Al Coran,…

11-D’autres études et articles analysant certains de ces Hadiths viendront compléter et enrichir cette étude. A suivre sur ce blog très prochainement.

12- Le droit divin concerne la justification d’un pouvoir non démocratique par le choix de Dieu. Ce choix est souvent exprimé par l’affirmation d’une généalogie, d’une race choisie,…




Mosquée dans la Cité : réalités et espoirs (3) – Par Mohamed LOUIZI

26032008

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Vers une mosquée réformée !

« Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que

les humains qui le composent n’auront pas

modifié ce qui est en eux-mêmes »

Coran, 13, 11

« Ce que tu es capable d’imaginer peut exister.

Il n’y a rien qui soit impossible »

Fun-Chang

 

Avertissements aux lecteurs

 

Dans le présent article, j’utilise le néologisme « mosquée réformée » pour dire la même chose que « mosquée/Al-Jami’i » – expression utilisée dans les précédents articles. Car il est important de rendre facile, à ce stade, la prononciation du nom de cette structure souhaitée. En effet, dans « mosquée/Al-Jami’i », il y a le terme « Al-Jami’i », emprunté de l’arabe et signifiant : lieu de rassemblement, dont la prononciation peut s’avérer difficile pour le lecteur francophone.

 

Par ailleurs, l’usage de l’adjectif « réformée » sert d’outil de différenciation entre la « mosquée » classique rivée au passé et l’autre modèle, « mosquée réformée », qui se définit comme dissidence consciente à ce modèle « omeyyade » et comme alternative soutenable tournée vers l’avenir.

 

Le néologisme « mosquée réformée » ne fait aucune allusion à « L’Eglise réformée ». Même si, dans ma démarche, j’ai été amené à étudier, sommairement, le mouvement protestant et la naissance de l’Eglise Réformée de France.

 

Outre mon expérience personnelle au sein de la mosquée de Villeneuve d’Ascq, au sein de l’UOIF et lorsque j’étais chargé de la planification des prêches de vendredi dans les salles de prière des résidences universitaires de la cité scientifique de Lille 1, d’autres projets et expériences locales m’ont beaucoup inspiré dans la conception de ce modèle :

 

Il s’agit, à titre non exhaustif, du concept et de l’organisation interne de la « Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités » (MRES), située au 23, rue Gosselet à Lille.

 

Au même titre, Certaines idées de ma réflexion sont nées au sein de la « Maternité Jeanne de Flandre » qui est attachée au centre hospitalier de Lille. Naissance qui a eu lieu, plus précisément, dans la petite « salle de prière », située au sous-sol. Celle-ci, par son aménagement, interpelle silencieusement les consciences et témoigne qu’une autre approche de la gestion des lieux de culte, basée sur le partage d’un même espace de prière et de recueillement, est possible. D’ailleurs, dans moins de 10m², on a réussi à mettre côte à côte, la Bible et le Coran ; l’étoile, la croix et le croissant ; une petite table de l’eucharistie, quelques chaises et un tapis de prière dirigé vers la Mecque !

 

Après ces précisions, je vous souhaite une bonne lecture et n’hésitez surtout pas à laisser vos commentaires, vos interrogations et vos critiques !

Rêves d’adulte

 

J’ai un rêve (*) qu’un jour la mosquée trouvera enfin son âme perdue et se mariera de nouveau avec l’esprit humanisant de « Al-Jami’i ».

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée retrouvera le goût et les couleurs du respect de l’humain et de son épanouissement inconditionnel.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée sera garante – à l’image de la Vème République et de sa Constitution – de la liberté de conscience, de la liberté de pensée, de la liberté d’expression et qu’elle garantira le libre choix à tout un chacun sans restriction aucune.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée adoptera le principe de neutralité à l’égard du politique et/ou du théologico-politique et ne sera ni de gauche ni de droite ; ni des blancs ni des noirs ; ni des sunnites ni des chiites ; ni des magrébins ni des turcs ; ni des modérés ni des extrémistes ; ni des progressistes ni des traditionalistes…

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée ne reconnaîtra, ne cautionnera et ne soutiendra aucun politique de quelque formation que ce soit et qu’elle ne reconnaîtra, ne cautionnera ni salariera aucun théologico-politique de quelque idéologie que ce soit.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée sera à l’évidence, synonyme d’humanité, de miséricorde, de paix, d’amour, de fraternité, de non-violence, de tolérance, de dialogue, d’ouverture d’esprit, d’accueil de l’autre, de pluralité et de gestion pacifique des différents.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée se refusera d’être le synonyme désolant de sectarisme, de communautarisme, de fanatisme, de dogmatisme, de doctrinarisme, d’idéologisme, de despotisme, de cléricalisme, d’abrutissement, d’endoctrinement, d’enfermement, d’exclusion et d’intolérance.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée pourra accueillir, sans complexe, sans tabous sans protocoles et de la façon la plus égalitaire et la plus juste qu’elle soit, des humains de tout horizon, de toute confession, de toute religion, de toute sensibilité intellectuelle, de tout courant philosophique, de toute tendance spirituelle, de toute croyance et pourquoi pas de toute non-croyance, de tout agnosticisme et de tout athéisme. Afin que les doutes des uns puissent relativiser les certitudes des autres et que les vérités des uns puissent dialoguer avec le scepticisme des autres.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée sera l’espace de l’expression libérée où tout un chacun – femme ou homme, fille ou garçon, jeune ou adulte– puisse exprimer ses doutes, ses questionnements et ses inquiétudes sans qu’il fera l’objet de fatwa ou de procès publics d’inquisition ou qu’il sera contraint de supporter, bon gré malgré, le fardeau de l’exclusion et les injures d’hérésie ou d’apostasie.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée ne sera plus prise en otage par la pensée unique ; par le(s) discours unique (!) ; par l’association unique ; par le recteur unique ; par l’imam unique… et qu’elle sera au contraire le théâtre de la pluralité d’idées, de discours, d’intervenants, de personnes, d’associations et d’ambitions.

 

J’ai un rêve qu’un jour la mosquée sera délivrée in extenso de toute sorte de cléricalisation héritée ou imitée ; importée d’ailleurs ou imposée à coup de pouvoir et qu’elle sera en revanche, le lieu où personne, pas même l’imam, ne pourra prétendre impertinemment un quelconque privilège, une quelconque prééminence ou une certaine entremise entre Dieu et les gens.

 

Raisons d’être !

 

Ces rêves ne pourront se réaliser – et je suis bien conscient de la réalité complexe – sans qu’une révolution intellectuelle profonde, pour ne pas dire radicale, ne soit opérée massivement, de manière aussi bien orthodoxe qu’iconoclaste, à tous les niveaux et par tous les moyens légitimes et pacifiques.

 

Par ailleurs, il en est de la responsabilité de chacun de prendre conscience et de tenir compte de la réalité des mosquées en France qui sont, pour le rappel, pensées, moulées et élaborées de façon générale, en conformité avec la vison omeyyade et non en inspiration du modèle mohammadien que fut autrefois la « mosquée/Al-Jami’i » de Médine.

 

Il en est, en priorité, de la mission du peuple des mosquées de ressusciter l’esprit humanisant et libérateur de la « mosquée/Al-Jami’i » et d’en finir avec l’aberration monumentale et millénaire qui continue hélas, de produire des effets néfastes menaçant, de façon implicite ou explicite, l’intelligence collective, le métissage culturel et les libertés fondamentales.

 

Je croîs qu’une revivification de ce concept et de cet état d’esprit au sein de la cité n’est pas simplement souhaitable mais elle est plus que nécessaire. Et ceci, pour plusieurs raisons :

 

Premièrement, une telle revivification est nécessaire pour que la majorité soit souveraine et reprenne le contrôle des lieux qui a été longtemps délaissé à la minorité au pouvoir exécutif de ces mêmes lieux. En effet, de nombreuses mosquées dans l’hexagone, telle qu’elles se présentent aujourd’hui, n’assurent pas uniquement des services cultuels de base aux fidèles mais elles sont aussi des lieux où cette minorité pragmatique du pouvoir décide, sans s’inquiéter, à la place de la majorité des fidèles ; où l’on diffuse des discours redoutables ; où l’on oriente, avec préméditation, la collectivité vers une direction privilégiée ; et où l’on alimente le sentiment communautaire, pour ne pas dire communautariste, qui peut se révéler dangereux pour la stabilité de certaines cités, pour la paix sociale et pour le vivre ensemble.

 

Et lorsque les mosquées sont confiées à des personnes engagées idéologiquement dans des projets, du moins que l’on puisse dire, obscurantistes, les conséquences et les impactes qui en résultent sur la cité et sur la société tout entière ne peuvent être que dramatiques.

 

Par conséquent, une telle revivification rétablira à coup sûr la situation et remettra à nouveau les clefs et le sort de la structure entre les mains de la majorité des fidèles avec sa complexité, sa pluralité et surtout sa sagesse.

 

Deuxièmement, elle est nécessaire parce que la cité change, jour après jour, et donc tout devra suivre quasiment la même dynamique, au risque de se voir dépassé, le cas contraire, par les événements et de se voir cristalliser sur des modes et des modèles archaïques et rétrogrades, importés des époques historiques révolues ou d’un autre monde, dont lequel, des valeurs comme liberté, justice, humanisme et démocratie ne sont que des slogans publicitaires à effet d’annonce mais sans effets remarquables dans la réalité de tous les jours.

 

La sagesse veut que l’on prévienne collectivement les risques, que l’on surmonte ensemble les défis et que l’on privilégie le sens aux apparences trompeuses. Elle veut aussi que l’on ne reproduise pas les mêmes erreurs du passé, que l’on apprenne de l’Histoire de l’humanité toute entière, que l’on améliore nos conditions présentes et que l’on comprenne la nature et les caractéristiques du vecteur directionnel de l’avenir.

 

Dans ce sens, la « mosquée réformée », par son calme et son hospitalité offerte à toutes et à tous, offrira la sérénité nécessaire favorisant la méditation individuelle et le cadre indispensable aux échanges collectifs qui serviront pour le repérage en commun du cap à suivre, pour un avenir prospère et pacifique.

 

Troisièmement, elle est nécessaire pour que l’on finisse une fois pour toute avec le climat d’abrutissement qui règne en maître depuis les omeyyades, dans presque toutes les mosquées du monde, y compris celles implantées ici en France et en Europe.

 

L’abrutissement, en effet, dispense de penser et de cultiver l’esprit critique. Il favorise la pérennisation de l’asservissement. Pis encore, il facilite la tâche des « néo-marchands de la prière et du pèlerinage » et des recruteurs extrémistes qui s’activent, au nom de Dieu, pour trouver « des proies », prêtes à servir la cause communautariste et motivés pour s’engager dans le sentier de Dieu.

 

Quoi de pire que de produire à la chaîne – ou plutôt à la rangée – des individus sans faculté de penser par eux-mêmes ? Même si l’abrutissement a à son actif quelques avantages puisqu’il nous évite de supporter le chaos, à en croire Paulo Coélho qui affirme dans « le Zahir », je cite : « Un monde sans abrutis, ce serait le chaos ! Au lieu des chômeurs comme on a aujourd’hui, il y aurait du travail en trop et personne pour travailler » !

 

Seule une indispensable reconnaissance à tout un chacun de sa capacité à penser par lui-même et de sa liberté de choix, pourra nuire à l’abrutissement par la voie religieuse et pourra contrarier les projets de mécanisation des esprits conduits par des théologiens de service, et qui profitent aux ennemis des libertés et de l’épanouissement humain.

 

Il faut donc en finir avec cette situation de crise intellectuelle profonde au sein des mosquées en établissant le modèle de la « mosquée réformée » où l’abrutissement de la masse sera prohibé et exclu à jamais du cahier des charges.

 

Quatrièmement, elle est nécessaire pour permettre au peuple des mosquées de se prononcer au sujet de l’organisation de leur culte. Car on assiste, depuis bientôt deux décennies, à une agitation inquiétante, de part et d’autre, quant à l’avenir de l’objet « islam de France » et de sa ramification rituelle le « culte musulman ». La façon dont le pouvoir politique en place et ses alliés religieux les conçoivent et les veulent, est doublement préjudiciable, et au caractère laïc de l’Etat, et à l’approche « collectiviste » de la gestion de celui-ci.

 

En effet, les acteurs de cette agitation, que ce soient les présumés « représentants du culte musulman » ou les représentants de l’Etat, mènent leurs projets en dehors de la sphère des mosquées. Et ce, en marginalisant, sciemment ou inconsciemment, les premiers concernés qui sont d’abord celles et ceux qui s’y rendent habituellement et qui ne sont au courant de rien, si ce n’est de quelques noms médiatisés et de quelques abréviations, par-ci et par-là.

 

D’ailleurs, l’expression de « représentants du culte » pose problème même si l’on assiste, presque tous les trois ans à un semblant élections régionales et nationales. Reste à examiner de prime abord, le pourquoi et le bien fondé d’une telle représentativité. Et savoir par la suite si véritablement cette représentativité présumée est effectivement représentative de l’ensemble des idées, des projets et des souhaits de ladite communauté musulmane.

 

Une telle revivification permettra de rendre la parole confisquée à toutes les sensibilités qui exprimeront au sein de la « mosquée réformée » leurs différences et leurs préférences. Elle permettra aussi l’entente sur les règles de l’organisation interne et externe du culte, de la gestion des lieux et de l’adhésion, ou non, dans un processus de représentativité voulu et/ou imposé par l’Etat.

 

A ce stade, il faut rappeler que l’Etat n’a pas, au nom de la laïcité, à dicter les « règles d’organisation générale du culte» ni à imposer un cadre représentatif sélectif, ni à désigner ou coopter certaines figures qui passent mieux, politiquement et médiatiquement, ni à cautionner les conditions et les tractations faisant parti d’un autre temps et d’un autre monde dont lesquelles se déroulent les campagnes électorales et les soi-disant élections.

 

Cinquièmement, elle est nécessaire pour permettre aux uns et aux autres de revisiter le sens et l’essence de l’objet « Islam ». Et de permettre aussi, à qui le souhaite bien sûr, la possibilité d’assister à cette redécouverte. Non pas sous forme de cours de religion dispensés de façon autoritaire et qui laissent s’installer d’un côté, des Cheikhs – comme porteurs exclusifs de connaissances théologiques, comme donneurs de leçons de morale et comme présumés détenteurs de certaines « vérités » absolues – et de l’autre côté des disciples silencieux qui doivent se contenter d’approuver sans contester et d’apprendre par cœur ce que l’on leur dicte sans réfléchir. Mais plutôt, sous forme d’interaction dégagée de toute hiérarchie et de toute forme de domination par des connaissances appelées, à tort, « sciences islamiques ».

 

Sixièmement, elle est nécessaire pour assurer au sein de la cité un cadre où l’on pourra aborder toutes les questions de société et de religion qui fâchent, et qui sont traitées timidement, dans des sphères trop imperméables de chercheurs, d’universitaires spécialisées et trop en rupture avec la réalité des mosquées. Une réalité marquée par l’omniprésence d’autre genre de questions, tout à fait compréhensibles dans l’état où l’on est, mais qui ne s’éloignent pas de la sphère rituelle et formaliste, laissant de côté les sujets fondamentaux aussi bien impérieux qu’occultes.

 

« Mosquée réformée » comme espace de débats avant-gardistes

 

Il est clair que les sujets fondamentaux occultés sont très nombreux et ils n’attendent qu’à être abordés, à l’aube de ce 21ème siècle, avec le courage et l’honnêteté intellectuelle indispensables.

 

Au sein de la cité, et à l’exception des mosquées et de quelques rares instituts académiques à tendance plutôt conservatrice, il n’y a pas d’espace permanent et adapté qui puisse rassembler le peuple des mosquées – les premiers concernés par ces questions – et où l’on puisse oser parler de ce genre de sujets qui tracassent, en silence et de manière quasi inavouée, la conscience collective.

 

L’université, bien qu’elle soit utile pour apporter des éclairages scientifiques, historiques, anthropologiques, sociologiques, psychologiques et autres, n’est pas un lieu populaire approprié où la collectivité puisse réfléchir, dans son hétérogénéité caractéristique, à ces questions.

 

La structure et l’organisation interne de la mosquée, telle que nous la connaissons aujourd’hui et qui reste largement prisonnière d’un lourd héritage ancestral contraignant et d’une pesanteur institutionnelle qui est administrativement rédhibitoire et idéologiquement réprobatrice, ne permet pas elle aussi à libérer le débat ni à encourager la réflexion permettant d’élucider l’ensemble de ces questions.

 

Par conséquent, le seul lieu adapté et qui reste à réinventer et à restaurer de nouveau, est à mon intime conviction, la « mosquée réformée ». Qui certainement, n’aura pas à se soucier de la gestion des affaires sociales et économiques ou à s’ingérer dans les affaires politiques de la cité. Même si elle peut se préserver le droit d’être un espace, parmi tant d’autres, où l’on puisse échanger sur les impacts du social, de l’économique et du politique sur l’être individuel et sur l’être collectif. Pour ces affaires, il y a bien des conseils de quartiers, des conseils municipaux, des instances départementales, régionales et nationales qui s’en occupent tout en se démarquant totalement – malgré quelques exceptions déplorables ici ou là – de la sphère religieuse. Et Dieu merci que ce soit ainsi !

 

La « mosquée réformée » servira, en plus de sa fonction cultuelle primitive, d’espace où d’autres fonctions d’ordre intellectuel et culturel seront assurées conjointement. Là où l’on pourra construire, en permanence, l’objet « islam de France » en collectivité, en évitant à ce que cela ne soit pas à la charge du pouvoir politique ou d’une quelconque minorité attachée, d’une manière ou d’une autre, à ce même pouvoir. Là où l’on osera, peut-être, penser « l’impensé » communautaire, pénétrer dans les secrets des tabous et faire jaillir de la lumière sur les innombrables zones d’ombres et les questionnements qui tourmentent les esprits en quête de sens et ceux qui sont à la recherche d’humanisme aimant et pacifique.

 

Cela suppose une réforme structurelle, en amont, de la « mosquée » actuelle et nécessite la combinaison de nombreux ingrédients, à juste dose, tels que la volonté collective ; l’imagination inventive ; le courage intellectuel ; le travail d’équipe ; la synergie des actions ;… et évidemment beaucoup plus de sagesse et de patience.

 

La « mosquée réformée » permettra, de ce point de vue, une totale démocratisation et transparence quant à l’examen de ces questions cruciales. Cette structure conduira effectivement à l’émergence d’une conscience collective sur l’ensemble de ces sujets tabous. Elle mettra fin à une tradition qui, depuis des siècles, empêche toute réforme structurelle de la jurisprudence et du droit dit « islamique » et qui n’a peut-être d’islamique que le nom !

 

Dans ce schéma, seule la collectivité est souveraine. Ni Cheikhs ni mollahs théologico-politiques ne pourront, à partir de ce moment précis, dicter leurs humeurs ou les humeurs de leurs saints prédécesseurs, en les déguisant soigneusement d’apparences religieuses.

 

Questions qui fâchent et revendications coraniquement incorrectes !

 

Parmi ces questions nombreuses que l’on n’ose plus poser et traiter en collectivité, au sein de la mosquée actuelle et qui pourront trouver toute leur place et alimenter les échanges au sein de « la mosquée réformée » souhaitée, il y a, à titre d’exemple :

 

La question du sens même – statique ou dynamique – que l’on donne à l’objet « Islam », à sa variante « islam de France », à sa ramification « culte musulman », à sa réglementation « droit musulman », à son fidèle le « musulman », à son adversaire supposé le « non musulman », à sa collectivité nationale la « communauté musulmane », à sa communauté supranationale la « Oummah musulmane », à l’articulation recherchée entre ladite « Oummah musulmane » et la République, au compromis entre le droit dit islamique et le droit positif laïque,…

 

La question de savoir, si oui ou non, il doit y avoir au sein de chaque mosquée un imam – islamiquement parlant et en observance de ce qu’a été la genèse organisationnelle de la « mosquée réformée ». Un imam faisant de la célébration de la prière, de l’exhortation – voire de l’exorcisme (!) – et de son aptitude à répondre aux questions des gens, une activité rémunérée.

 

La question de savoir, si oui ou non, il doit y avoir, comme le souhaite le Président de la République, lorsqu’il était encore ministre de l’intérieur, un Conseil des Imams une sorte d’autorité religieuse officielle et reconnue par l’Etat – qui aura pour mission : d’ « étudier des questions d’ordre spirituel et moral » ; « rechercher des positions de compromis » ; «construire un socle de repères communs sur les points essentiels de la foi musulmane » ; « servir de vecteur à la modernisation de l’islam, au développement d’une approche plus scientifique et moins littérale du Coran » et d’accélérer « la victoire des valeurs essentielles et universelles de cette religion [l’islam] sur des conceptions rétrogrades héritées du passé et de l’histoire ». (1)

 

Et sans juger, de bonne ou mauvaise, l’intention du Président de la République, et sans rentrer non plus dans le vif du sujet, cette question méritera d’être débattue au sein de la « mosquée réformée » et non pas dans d’autres sphères fermées, élitistes et cooptées. Chose qui peut conduire éventuellement à la cléricalisation forcée de l’islam de France et à une sorte d’hiérarchisation que le Président même juge étrangère à la culture musulmane.

 

A ce sujet, Nicolas Sarkozy écrit, je cite : « L’idée même d’une instance régulatrice du contenu de la foi islamique est étrangère à la culture musulmane » (2). Le danger d’une cléricalisation par le haut de l’objet « islam de France » n’est pas à sous-estimer, lorsque l’on s’engage dans de pareil processus de représentativité. On voit actuellement, dans d’autres pays et sans retracer l’histoire depuis les omeyyades, les conséquences graves de la cléricalisation de l’islam, que ce soit l’islam chiite ou l’islam sunnite, même si les protagonistes de ce dernier nient l’existence d’un quelconque clergé sunnite. Néanmoins, les faits sont là. Et même certaines déclarations officielles des autoproclamés représentants du culte le confirme. (3)

 

Que dire donc des fatwas limitatives des libertés individuelles et attentatoires aux droits fondamentaux, y compris le droit à la vie, qui ont été émises par l’instance égyptienne sunnite Al-Azhar à l’encontre de nombreux intellectuels qui ont eu le malheur de toucher à des questions tabouisées ? Sans parler des instances chiites qui excellent dans l’art de la censure et des fatwas meurtrières !

 

A rappeler tout de même que le Président de la République, tout en niant tout caractère régulateur du contenu de la foi islamique, a d’ailleurs sollicité Al-Azhar en décembre 2003 pour obtenir une fatwa « républicaine » ordonnant aux musulmanes de France de se conformer à la loi française et d’accepter d’enlever le voile à l’école – même si le caractère obligatoire du voile dit islamique reste sujet à controverse !

 

Sans parler aussi de l’autre fatwa « républicaine » offerte – sous commande paraît-il – à Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’intérieur, par Dar Al-Fatwa de l’UOIF, le 6 novembre 2005, demandant aux révoltés des banlieues d’observer, au nom d’Allah et de leur islamité respective, la retenue et de cesser la révolte violente. Comme si les révoltes des banlieues étaient motivées par des revendications religieuses et comme si les révoltés étaient tous des petits musulmans qui avaient oubliés les leçons de morale islamique et qu’il fallait que la sainte UOIF intervienne pour rétablir l’ordre !

 

On peut légitimement, après ces ingérences réciproques, se demander si ce Conseil des Imams, tant désiré par le Président de la République, ne sera pas simplement la traduction, en français, de l’instance théologiquo-politique d’Al-Azhar ; qui incarnera, à coup sûr, non seulement la régulation du contenu de la foi islamique mais aussi la régulation comminatoire du contenu de la loi, des mœurs, des habitudes, des choix et même des assiettes !

 

Cela m’amène à soulever la question de la « formation des imams » qui occupe une place centrale dans le projet que l’Etat mène avec les mouvements dits représentatifs du « culte musulman ». Cette question en particulier mérite qu’elle soit examinée avec les premiers concernés, le peuple des mosquées dans sa pluralité. Et ce, pour répondre au minimum à deux interrogations :

 

Premièrement, de quel contenu de formation s’agit-il ? Et deuxièmement, pour quel statut pratique et/ou symbolique au sein de la mosquée prépare-t-on les présumés imams de demain ?

 

Bien que les intentions déclarées se veuillent bonnes et rassurantes, les réponses proposées à ces deux grandes questions, ne présagent que la reproduction, à la française, des modèles importés d’ailleurs. Et c’est la raison pour laquelle, j’attire l’attention sur la question du contenu de la formation.

 

Autrement dit, et bien que certains projets de formation jouent la carte de la modernité en intégrant des disciplines des sciences humaines et du droit français, le support fondamental de la formation quant à lui, reste, en grande partie, composé des connaissances dites « sciences islamiques » sélectionnées selon des critères assez souvent idéologiques et théologiquo-politiques – sans que l’on examine le bien fondé de la scientificité et de l’islamité supposées de ces connaissances – et qui ne prennent pas en compte l’ensemble de l’héritage religieux, dans ses contradictions inhérentes.

 

Le contenu de ces connaissances ne diffère guère du contenu que proposent des universités en Egypte, au Maroc ou en Arabie Saoudite. D’ailleurs ceux qui se chargent de mettre en place les programmes de formation – sans jugement de valeur – sont en majorité des ex-diplômés de ces universités théologiques. Du coup, on peut imaginer d’ores et déjà, le contenu des discours que ces imams, supposés formés par la République, vont diffuser en langage français, aux seins des mosquées de l’Hexagone.

 

La deuxième question concerne le statut pratique et/ou symbolique qu’auront ces présumés imams une fois formés (je ne parle pas du statut professionnel ou salarial puisque la République n’a pas vocation à rémunérer les imams, laïcité oblige). En d’autres termes, seront-ils des clercs représentants d’Allah dans la cité, comme c’est déjà le cas aujourd’hui dans de nombreuses mosquées ? Ou bien seront-ils de simples bénévoles au service de la bonne parole, mais sans aucune prétention sacrale ni statut salarial ?

 

En effet, je peux comprendre que la République veut rendre lisible, voire visible et contrôlable cet islam « républicain », mais ce que je ne comprends toujours pas c’est l’utilisation par l’Etat d’une grille de lecture qui, bien qu’elle soit convenable pour la lisibilité de la hiérarchie ecclésiastique catholique ou juive, elle est inappropriée quant à la lecture de l’objet « islam », qu’il soit républicain ou étranger. D’ailleurs, l’islam mohammadien tel qu’il est expliqué dans le Coran, n’est pas de nature à admettre, en son sein, une quelconque autorité religieuse et il n’approuve aucune salarisation des professionnels de l’exhortation.

 

Par ailleurs, d’autres revendications sont loin d’être consensuellement admises et nécessitent donc une élucidation dans le débat contradictoire. Parmi lesquelles, on y trouve :

 

La question de l’abattage rituel et de la viande dite Halal. Ceci permettra, à mon avis, de résoudre deux énigmes qui me paraissent problématiques et tabouisées :

 

La première énigme est d’ordre religieux et théologique. Il s’agit de revisiter, dans un premier temps, l’expression «sacrifice rituel » et l’expression « abattage Halal » pour voir qu’elle en est la part juste du « culte musulman » et qu’elle en est la part exagérée de la culture – ou des cultures – et de l’histoire. Et d’oser dans un deuxième temps, sans calculs idéologiques, examiner en quoi la charcuterie – hormis le porc – que l’on vend chez le boucher du coin et qui n’est pas labellisé Halal ne peut être comestible par les musulmans riverains ?

 

La deuxième énigme est d’ordre financier. Je pense qu’il est du droit de ladite communauté musulmane, dans son entièreté, de comprendre les rouages et les coulisses du marché Halal. Il est nécessaire pour la transparence financière de lever enfin le voile sur la manne d’argent qu’assure ce marché au profit de certains « marchands du culte musulman », que se soient des personnes physiques ou des organisations de contrôleurs, affiliées en majorité aux fédérations dites représentatives du « culte musulman ». Celles-ci perçoivent des taxes (!) et font payer les abattoirs pour contrôler la bonne foi musulmane du sacrificateur et l’islamité de l’abattage des bêtes.

 

En plus de cela, d’autres rémunérations généreuses sont perçues par certains contrôleurs lorsqu’ils ont la chance de travailler avec des sociétés et des firmes transnationales de l’agroalimentaire et de l’industrie pharmaceutique. Par exemple, le fait de contrôler la provenance Halal de la gélatine – à destination alimentaire ou pharmaceutique – et de s’assurer qu’il ne s’agit pas de gélatine porcine ou bovine non Halal, constitue une manne d’argent pour ces contrôleurs qui s’enrichissent, ou qui enrichissent leur fédération-mère, sur le dos du « culte musulman » ! L’objet « islam » fait gagner de l’argent paraît-il !

 

La revendication des « carrées musulmans » mérite elle aussi d’être réexaminée. Puisqu’il n’y a aucun fondement coranique à cette revendication communautaire, qui se veut légitime ! Le courage intellectuel veut lui, que l’on enquête davantage et que l’on dévoile les origines ségrégationnistes, historiques, culturelles, politiques, voire militaires de cette revendication.

 

Comment se fait-il que les musulmans de France revendiquent – et c’est le droit – une citoyenneté française, émancipée et égalitaire au moment même où de nombreux musulmans de France font le choix, ou d’autres le font à leur place, de se faire enterrer ailleurs dans une autre terre considérée comme « terre de l’islam » ? La France n’est-elle pas une « terre d’islam » pour ces français ? Pourquoi donc faire le choix de vivre ici quand on désire mourir et se faire enterrer ailleurs ?…

 

Comment expliquer le fait que cette communauté accepte de se mélanger avec les désignés « autres » dans les écoles, dans les centres commerciaux, dans les plages et dans les quartiers résidentiels et qu’elle refuse en même temps de se mélanger avec ces mêmes « autres » dans les cimetières ?

 

Comment se fait-il que la terre de la République ne soit désirée que pour profiter d’un cadre de vie, relativement prospère, et qu’elle soit déconsidérée et dédaignée au moment de la mort et de l’enterrement ?

 

Est-il raisonnable que certains mouvements dits représentatifs de « l’islam de France » prônent manifestement le vivre ensemble au moment même où elles légitiment, au nom de Dieu, la mort ghettoïsée et l’enterrement communautarisé ?

 

Cette idée des «carrées musulmans » ne cache-t-elle pas une autre idée, aussi bien grotesque que xénophobe, celle du « peuple élu d’Allah » qui prétend être, par définition, supérieur et meilleur que les « autres ». Et de ce fait, il ne doit pas se mélanger avec ces « autres » considérés inférieurs car incrédules. Et s’il n’arrive pas à assumer cette préférence et ce devoir pendant la vie, il devra se rattraper au moment de la mort et de l’enterrement ?…

 

La question du mariage dit « mixte » ou « intercommunautaire », surtout lorsque l’on est femme ! D’ailleurs, pour qu’elle(s) raison(s), par exemple, un homme musulman, au nom de son islamité revendiquée, peut éventuellement se marier avec une femme chrétienne, ou juive ou autre alors qu’une femme musulmane est toujours contrainte de se marier exclusivement, au nom de la même islamité revendiquée, avec un homme musulman et avec personne d’autre ? Faut-il encore chercher l’origine historique et l’interprétation du texte qui, pour certains, légitiment ce mode de fonctionnement ? La communautarisation des esprits n’est-elle pas une conséquence directe ou indirecte du refus et de la prohibition des mariages mixtes ?

 

La question de la circoncision des garçons musulmans mérite elle aussi d’être réexaminée. Pour précision, je ne parle pas de l’excision des filles que le clergé sunnite considère comme pratique étrangère au « culte musulman » et je ne peux d’ailleurs que m’en réjouir ! Je parle bel et bien de la circoncision des garçons.

 

Dans le Coran – au contraire de la Torah juive – il n’y a aucun texte coranique qui prescrit cette pratique. Et même dans lesdits Hadiths supposées prophétiques, il n’y a aucun texte, a force de loi, qui stipule le caractère cultuel obligatoire de la circoncision des garçons. On ne trouve que quelques textes, rapportées de façon redoutables, et des histoires épouvantables comme celle qui raconte que le prophète Abraham s’est fait circoncis seul (!) dans le désert à l’âge de 80 ans à coup de pioche (!) Pas la peine donc de réclamer des témoins oculaires !

 

Au-delà, des bienfaits médicaux supposées ou avérées de cette pratique sur la santé sexuelle, en particulier, des questions persistent en l’absence d’un cadre de débat où toute la communauté doit être associée :

 

Comment se fait-il que l’on insiste, lorsque l’on est parent musulman, à pérenniser cette pratique qui est plutôt culturelle que cultuelle et plutôt d’origine pharaonique que d’origine prophétique ?

 

Comment se fait-il que la circoncision soit observée tel un sixième pilier de l’islam ? Comment se fait-il que l’on n’accepte pas l’excision des filles et que l’on ordonne la circoncision des garçons ? Les deux pratiques ne sont-elles pas de la même nature ? Le musulman a-t-il besoin d’être circoncis pour qu’il soit reconnu en tant que tel ? La circoncision est-elle un acte de foi ?

 

La circoncision n’est-elle pas une marque de différenciation ethnico-religieuse et un signe religieux non ostensible qui pourrait se révéler mortel lors des guerres civiles ? Comme c’était le cas pendant la 2ème guerre mondiale ou pendant la guerre des Balkans.

 

En effet, l’armée de Slobodan Milosevic exécutaient systématiquement, tout homme portant ce signe physique distinctif qui témoigne d’une certaine islamité par l’anatomie du sexe. Et c’étaient aussi le cas des juifs, 50 ans auparavant – qui pratiquent eux aussi la circoncision des garçons depuis toujours – lorsque les nazis du parti national-socialiste allemand, à défaut de faire des tests ADN, différenciaient le juif du non-juif, à l’aide de cette signature gravée sur leurs chairs et procédaient par la suite, à les éliminer de manière barbare et affreuse.

 

D’autres questions pourront être aussi traitées et étudiées au sein de la « mosquée réformée ». Il s’agit de jauger dans le débat contradictoire le bien-fondé de l’ensemble de ces revendications communautaires, qui se veulent légitimes et qui forment le corpus des requêtes des instances dites représentatives du « culte musulman » auprès du pouvoir public.

 

« Mosquée réformée » : un concept à six piliers

 

La « mosquée réformée » est avant tout un concept qui demeure en construction permanente. Il ne prétend pas être « La » Réponse à toutes les interrogations et les critiques que j’ai pu formuler depuis le début de cette série. Néanmoins, il tente de promouvoir des pistes de réflexions et d’initier des chantiers d’action, visant à réformer la mosquée et à la libérer de la mainmise idéologique et théologiquo-politique qui pèse lourdement sur elle, et qui l’empêche d’accomplir ses fonctions spirituelles et intellectuelles au service de l’humain pacifique et de la cité plurielle.

 

La « mosquée réformée » se définit premièrement, tel un lieu où la spiritualité religieuse mohammadienne pourra prospérer et s’exprimer pleinement. Elle sera de facto, le lieu où cette spiritualité pourra inviter, rencontrer et vivre des moments d’interconnaissance, de partage et d’échange avec d’autres spiritualités religieuses, chrétiennes, juives, bouddhistes,… et pourra convier, accueillir et dialoguer, avec modestie et sans suprématie prétentieuse, avec d’autres spiritualités non religieuses, agnostiques voire athées.

 

Elle se définit deuxièmement, comme un lieu de recueillement, de prière et de méditation. Un espace aménagé pour que les croyants mohammadiens puissent accomplir leur prière, individuellement ou collectivement. Un lieu où les croyants d’autres religions et aussi les non-croyants, qui désirent profiter d’un moment de prière, de calme, de méditation ou qui veulent satisfaire un simple désir de découverte puissent y accéder à toute heure, sans qu’ils soient obligés de demander l’autorisation d’accès à qui que ce soit. L’accès libre à cet édifice doit être gravé sur son fronton.

 

Elle se définit troisièmement, tel un espace où les femmes ne seront pas reléguées dans les derniers rangs ou confiner dans des salles isolées. Au contraire, elles auront le même statut ; assureront les mêmes fonctions que les hommes ; s’exprimeront sur la même tribune, y compris le jour du vendredi et occuperont tout l’espace de l’édifice, sans restriction discriminatoire, dictée par des interprétations machistes et bédouines des textes religieux ou motivée par des positions féministes déplorables ; car assujetties aux règles de bonne conduite destinées aux femmes et qui sont définies par des théologiens hommes, prisonniers des traditions misogynes des temps révolus.

 

Elle se définit quatrièmement tel un forum permanent, bouillonnant de perspectives et de pensées. Un lieu où les carriéristes de l’exhortation seront remerciés mais sans indemnités de départ. La parole redeviendra dès lors un droit sacré au profit de tout un chacun. Fini alors la confiscation de cette parole par les présumés imams et par les recteurs autoproclamés. Place donc aux libres initiatives et à l’imagination.

 

Elle se définit cinquièmement, tel un espace où pourrait siéger, à côté de l’association cultuelle qui se charge, exclusivement, d’assurer l’exercice public du culte, de sa gestion et de l’entretien de l’édifice, toutes autres associations concernées par les questions d’ordre humain, spirituel, intellectuel et aussi toute association oeuvrant sur le terrain des solidarités, au sens le plus large du terme.

 

Elle se définit sixièmement, tel un espace fondamentalement apolitique et non-idéologique. Elle ne sera pas le fief ou la réserve des voix d’une quelconque formation politique. Elle se refusera à tout engagement partisan et à tout marchandage électoral. Elle ne sera pas le quartier général idéologique d’une quelconque confrérie théologico-politique. Cependant, elle ne devra pas être muette sur les enjeux menaçant la dignité humaine et les questions tracassant la cité des humains.

 

« Mosquée réformée » : Vers un amendement de la loi 1905

 

La loi concernant la séparation des Eglises et de l’Etat, du 9 décembre 1905, a définit le cadre d’intervention des associations dites cultuelles. Dans son article 4, elle préconise que : « les locaux religieux seront transférés aux associations qui en se conformant aux règles d’organisation générale du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice, se seront légalement formées suivant les perspectives de l’article 19 ». En effet, cet article suppose, dans l’absolu, qu’il y a des règles d’organisation générale propre à chaque culte. Et que les associations qui se chargent de la gestion de l’exercice cultuel doivent s’y conformer.

 

Cela est vrai dans le cas de l’Eglise catholique romaine dont la hiérarchie est établit de fait, et depuis des siècles, sous forme d’organigramme sacral allant du Pape jusqu’au prêtre et diacre, tout en passant par les archevêques, les cardinaux et les évêques. Qui non seulement sont considérés comme simples gestionnaires des lieux de culte mais qui exercent au-delà de ça, un pouvoir moral et une mission sacrée au nom et par l’autorité religieuse de Jésus Christ et de ses apôtres, reçue dans le cadre d’une ordination épiscopale, presbytérale ou diaconale, pour le service du peuple de Dieu.

 

L’Eglise catholique a protégé, en se basant sur cet article et sur l’accord signé en 1924 entre le Saint Siège et l’Etat Français, son identité, son organigramme interne et ses règles d’organisation générale du culte. L’Etat quant à lui, a respecté cette structure hiérarchique et n’a pas cherché à imposer le fonctionnement démocratique des associations, prévu par la loi du 1901 qui stipule, entre autres, que lors des assemblées de votes et de délibérations, la voix d’un membre, quel qu’il soit, vaut autant que la voix d’un autre.

 

Si cela est vrai dans le cadre d’association culturelle, il ne pouvait pas l’être dans les associations cultuelles catholiques. Puisque celles-ci, connues sous le nom d’associations diocésaines, sont soumises chacune au pouvoir suprême de l’évêque de la circonscription territoriale (ou diocèse) et non au pouvoir statutaire de l’assemblée générale, comme c’est le cas des associations loi 1901. Dans une assemblée ecclésiastique, les voix ne se valent pas.

 

Le judaïsme rabbinique a lui aussi ses propres règles d’organisation générale du culte. Les synagogues et temples juifs sont soumis à l’autorité rabbinique. Les missions sont structurées et hiérarchisées. On y trouve : le Rabbin de la communauté – soumis lui aussi à l’autorité du Grand Rabbin – reconnu compétant par un jury de pairs et chargé de répondre aux questions à caractère légal qui se posent au sein de la communauté ; Le Dayan reconnu expert de la législation juive, dirige le tribunal rabbinique et tranche dans les litiges financiers, matrimoniaux et les questions de conversion ; Le Hazzan ou Shatz qui tient le rôle de vocaliste, officiant et meneur de la prière ; le Mohel qui pratique la circoncision ; le Shohet qui est chargé de l’abattage rituel ; le Sofer ou scribe qui est expert dans l’art de l’écriture des textes sacrés (rouleaux de la Torah entre autres) ;… Là aussi on est bien en présence de règles établis depuis des siècles régissant l’organisation générale du culte juif. L’esprit de la loi 1905 reste observé.

 

Le problème se pose sérieusement lorsque l’on veut connaître exactement qu’elles sont les règles de l’organisation générale du culte dit musulman, auxquelles doivent se conformer les associations cultuelles qui s’en chargent ? Qui définit ces règles et au nom de qui et de quoi ?…

 

Par conséquent, et en l’absence d’hiérarchie religieuse – surtout sunnite parce que les chiites duodécimains sont soumis à l’hiérarchie des mollahs – reconnue, du moins de manière officielle, les associations gestionnaires du « culte musulman » adoptent, en réalité, l’un des deux scénarios suivants (ou même un mélange des deux) :

 

Le premier scénario consiste à reproduire à l’infini, dans un souci de fidélité à une certaine tradition millénaire, les règles de contrôle mises en place, il y a des siècles, par des théologiens omeyyades et non par le prophète. Ces règles sont devenues les règles d’organisation générale du culte telles que nous les connaissons aujourd’hui. Elles établissent dans chaque mosquée, une sorte d’autorité religieuse de contrôle servant à la domestication des sujets, au quadrillage de l’opinion publique et à la limitation des libertés.

 

Cette autorité religieuse est trop hiérarchisée, allant, si on commence par le bas de l’échelle, de l’imam et de ses assistants jusqu’au grands Maîtres des écoles de jurisprudence et des Hadiths, tout en passant par des Cheikhs intermédiaires, morts ou vivants. Dans ce même schéma, l’imam est télécommandé du palais royal (ou présidentiel), par la voie d’une hiérarchie religieuse officielle, centralisé à l’échelle nationale avec des délégations régionales et locales. Ce qui explique le fait que dans la plupart des pays arabes, le Ministère des Affaires Islamiques jouit d’une place centrale au sein du pouvoir exécutif et est considéré un des principaux ministères de souveraineté !

 

Le deuxième scénario consiste à imiter, dans les détails et dans un esprit malveillant ou simplement naïf, les pratiques associatives d’autres cultes. Sans se poser la question sur la pertinence et la convenance d’une telle contrefaçon misérable. Puisque, si le judaïsme rabbinique et le catholicisme se construisent, fondamentalement, autour d’autorités religieuses hiérarchisées et largement admises au sein de leurs communautés respectives, le culte mohammadien se refuse à toute hiérarchisation et à toute autorité.

 

Raison pour laquelle, je plaide pour une réforme pure et simple des mosquées afin d’y définir, dans la concertation populaire, des règles simples et cohérentes avec l’esprit qui régnait jadis au sein de la « mosquée/Al-Jami’i » de Mohammad où nulle ne prétendait, pas même le prophète, un quelconque pouvoir sacral ou une quelconque entremise entre Dieu et les gens.

 

Les lois en vigueur – en particulier la loi de 1905 et la loi relatives aux associations dite de 1901 – représentent à cet égard, un cadre juridique garantissant la légalité de la réforme souhaitée. Ce cadre le sera encore davantage lorsque le législateur français reconnaîtrait, dans un amendement apporté à la loi 1905 la spécificité organisationnelle des lieux de cultes dits musulmans et mettrait la définition des fameuses règles d’organisation générale du culte entre les mains de la collectivité plurielle qui fréquente les mosquées et non entre les mains d’une quelconque oligarchie religieuse autoproclamée, cooptée ou alliée aux pays étrangers.

 

« Mosquée réformée » : Et si on essayait une gestion multi-associative ?

 

Par ailleurs, si la question des règles d’organisation générale du culte est sujette à controverse, la gestion des lieux du « culte musulman » qui est, juridiquement, conférée aux associations cultuelles n’est pas remise en cause. Puisqu’il doit y avoir une structure qui prendra en charge la gestion, la financiarisation et l’entretien au quotidien de ces lieux. Ceci dit, rien n’empêche la domiciliation sociale et la cœxistence avec d’autres associations, loi 1901, au sein du même édifice à côté de l’association cultuelle.

 

En effet, les articles 18 et 19 de la loi de séparation stipulent que l’association cultuelle doit avoir exclusivement pour objet l’exercice du culte. En d’autres termes, elle doit se charger uniquement des tâches relevant de l’exercice cultuel, de sa subvention et de l’entretien de son édifice.

 

Force est de constater aujourd’hui que de nombreuses associations, se définissant comme cultuelles, enfreignent cette restriction réglementaire et élargissent maladroitement leurs objets et champs d’actions. L’association cultuelle, en la personne de ses dirigeants, s’occupe de tout ; contrôle tout ; monopolise tout ; organise tout ; exige un droit de regard sur tout ;… Et lorsqu’elle veut jouer la carte de la diversité et de l’ouverture vis-à-vis de l’extérieur, elle choisi l’ambiguïté du discours en se définissant tantôt comme association cultuelle tantôt comme association à vocation culturelle ou socioculturelle. Et parfois, elle crée d’autres associations-écrans, soi-disant spécialisées et à objet culturel en intronisant à leurs têtes, des équipes inféodées, qui seront les gardiens des principes idéologiques que l’association-mère défend.

 

Pour sortir de ce « guet-apens » associatif préjudiciable, une des solutions qui me paraît efficace consiste à opérer deux changements capitaux :

 

Premièrement, il faut que l’association cultuelle redevienne de nouveau cultuelle en se chargeant exclusivement, et comme le préconise la loi, de l’exercice du culte, de sa subvention et de l’entretien de son immobilier.

 

Et deuxièmement, il est indispensable de rendre accessible toute autre action associative au sein de la structure. Il est temps que l’associatif de domination disparaisse et que l’associatif de coopération naisse. Cela se traduit par l’établissement d’un système favorisant la création et la domiciliation sociale d’autres associations au sein de l’édifice, à condition de satisfaire nécessairement les trois conditions ci-après :

 

La première condition stipule que l’association candidate accepte de signer une charte (ou un texte-cadre) reprenant, entre autres, les six piliers susmentionnés de la « mosquée réformée » ; rappelant le fonctionnement multi-associatif et les fonctions de la structure ; énumérant les droits et les devoirs de chacun et explicitant les responsabilités des associations adhérentes.

 

La deuxième condition stipule que cette association accepte de signer les statuts et le règlement intérieur de la structure. Tout en se préservant le droit de proposer lors des assemblées générales, si besoin est, des modifications et des améliorations pour qu’ils assurent au mieux le fonctionnement multi-associatif.

 

La troisième condition préconise que l’association s’engage à participer financièrement, de manière périodique, aux frais de fonctionnement et de l’entretien des lieux. Cette participation sera versée dans le compte de l’association cultuelle et sera rajoutée aux cotisations et aux dons dont bénéficie celle-ci.

 

Une fois ces trois conditions sont et en plus réunies, toute association pourra bénéficier de la domiciliation de son siège sociale au sein de la structure et de tout l’espace de celle-ci pour les réunions et les activités. Aucune autre considération ne devra se rajouter à ses trois conditions. L’association cultuelle n’a pas à autoriser ni à interdire, sur la base de considérations idéologiques, théologico-politiques, ethniques, racistes ou autres, une association qui accomplit ces trois conditions. Elle ne doit pas non plus outrepasser son objet cultuel ou s’ingérer dans les affaires internes des autres associations membres.

 

Chaque association adhérente gardera certes sa vision, sa personnalité, son projet et son indépendance. Néanmoins, le cortège associatif devra trouver une, ou des, ère(s) d’entente pour que la structure ne soit pas uniquement le théâtre d’une juxtaposition d’entités indépendantes et égoïstes, mais au contraire, qu’elle soit l’espace où, à partir de la multiplicité d’entités, d’approches et de projets où on réussira à en créer du sens et en produire une synergie merveilleuse.

 

Les associations devront se parler, travailler ensemble, mutualiser les expériences et s’entraider réciproquement. Les valeurs de la « mosquée réformée » devront voir leurs empruntes sur la dynamique associative fleurissant en son sein. Elle devra favoriser davantage et encourager les initiatives partenariales.

 

La « mosquée réformée » – voir l’organigramme ci-après – aura, juridiquement parlant, le statut d’association loi 1901. Elle sera dirigée par un conseil d’administration représentatif de toute la dynamique de la structure (associative et non associative). Ce conseil sera composé de deux collèges élus à des proportions qui resteront à définir, selon la taille de la structure, le nombre des adhérents et le nombre des associations. Il s’agit du collège des associations adhérentes et le collège des personnes physiques indépendantes et qui n’adhèrent pas forcément à la dynamique associative.

 

Organigramme de l’association « mosquée réformée »

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Dans le collège des associations, seule l’association cultuelle sera membre permanent du conseil administratif de la structure « Mosquée reformée ». Car c’est bien elle qui s’occupera du culte, de sa gestion et de l’entretien du bâtiment. Et de ce fait, sa présence permanente au sein du conseil d’administration, va de soi.

Cependant, et à part ce privilège, elle n’aura pas d’autres prérogatives concernant le vote. La même règle de délibérations s’appliquera de la même façon à tout le monde, selon un principe démocratique très simple : un membre du conseil d’administration = une voix.

 

Quant aux autres associations, elles concourront, à travers leurs candidates et candidats aux autres sièges à pourvoir selon des modalités qui seront prévues par les statuts et par le règlement intérieur de la structure. Des membres physiques indépendants, qui ne seront pas représentés par les associations-membres, auront un nombre de sièges à pourvoir proportionnellement à leur nombre dans la structure. La parité homme/femme devra être observée rigoureusement.

 

Le conseil d’administration sera élu pour un mandat lors d’une assemblée générale élective qui se tiendra selon une périodicité à définir. Ce conseil élira un président-coordinateur (ou une présidente-coordinatrice) parmi ces membres. Celui-ci (ou celle-ci) formera son bureau et le fera valider par le conseil. Il (ou elle) ne devra pas avoir un deuxième mandat à la tête d’une autre association membre. Il (ou elle) ne pourra pas non plus occuper ce poste pendant deux mandats successifs. La « mosquée réformée » devra faire preuve d’alternance démocratique et du non-cumul des mandats.

 

Les membres du conseil d’administration ne devront être ni salariés ni rémunérés de leur fonction d’administrateurs. Ils devront siéger alors à titre bénévole. Ce conseil d’administration, en partenariat avec l’association cultuelle, pourra, si besoin est, recruter un directoire ou un nombre du personnels salariés (Directeur ou directrice, secrétaire(s), comptable, conseiller juridique,…) pour assurer le bon fonctionnement interne de la structure. Le directoire pourrait participer, à titre consultatif sans qu’il puisse voter, aux assemblées générales, aux réunions du conseil d’administration et aux réunions du bureau de l’association.

 

Le conseil d’administration de la « mosquée réformée » étudiera les demandes de création, de renouvellement ou de domiciliation de nouvelles associations au sein de la structure. Il validera les plannings et les emplois d’occupation des lieux. Il sera aussi l’espace où des initiatives partenariales, entre associations-membres, pourront naître et s’accentuer.

 

Quel(s) rôle(s) resteraient-ils à l’association cultuelle ?

 

Dans ce schéma, l’association cultuelle gérera uniquement la partie qui lui revient de droit/devoir. Elle assurera les bonnes conditions de célébration de la prière. En rapport avec cette mission, la direction de la prière collective devra être repensée avec l’ensemble des fidèles afin de prendre une décision concernant le maintien ou non, de la fonction de l’imam rémunéré – qui coûte parfois plus de 20.000 € à la communauté des fidèles ce qui veut dire plus de 50 % du montant de la cotisation mensuelle que ceux-ci doivent payer à l’association !

 

Toutes les idées doivent être prise en considération, y compris, celle qui considère qu’il ne doit pas y avoir un imam rémunéré pour guider les prières. D’ailleurs, nombreux sont ceux et celles, parmi les fidèles bénévoles et volontaires, qui peuvent diriger et célébrer la prière sans aucune contrepartie financière ! L’association pourra mettre en place une liste des imams bénévoles et un planning hebdomadaire organisant cette fonction.

 

Si toutefois, pour une raison X ou Y, l’association cultuelle ferait le choix du maintien du caractère salariale de la fonction d’imam, elle devra subvenir aux frais qui en résulteraient, par les cotisations de ses propres adhérents. Les associations-membres de la « mosquée réformée » ne devront pas être concernées par cette charge cultuelle.

 

Par ailleurs, l’association garantira aux hôtes de la maison de Dieu, quels qu’ils soient, l’hospitalité et le bien-être. Elle s’occupera de l’entretien de l’édifice et de sa propreté. Elle subviendra aux charges de fonctionnement et de l’entretien. Et pour cela, elle devra mettre en place un budget annuel qui sera financé par les cotisations, les dons et par tout ce que permet la loi. Les autres associations qui siègent au sein de la « mosquée réformée », contribueront aux charges liées à l’occupation des lieux (Electricité, Eau, Chauffage, Téléphonie, Fax, Internet,…).

 

Aussi, l’association cultuelle pourra, en conformité avec les articles 20, 21 et 22 de la loi 1905, constituer des unions (locales, régionales,…) avec d’autres associations cultuelles d’autres « mosquées réformées ». Ces unions, ainsi constituées, remplaceront le CFCM et ces institutions régionales. Elles pourraient faciliter la mutualisation, en priorité, de leurs ressources financières et mettre en place des fonds de réserves, selon les modalités et les restrictions prévues par la loi en vigueur. Et ce, dans un souci de prise en charge collective et mutualiste des édifices de culte. Mais, en aucun cas, ces unions ne devront se transformer en une sorte d’autorité religieuse régulatrice du contenu de la foi ou émettrice de fatwa.

 

Rassemblement du vendredi : Quatre principes et une déontologie

 

Le rassemblement du vendredi devra lui aussi retrouver sa fraîcheur et son esprit d’antan. Autrement dit, il devra cesser d’être un spectacle d’exhortation où l’imam-prêcheur y fait hebdomadairement son one man show idéologique et théologico-politique, dans le mutisme des fidèles, qui sont réduits en spectateurs et consommateurs de la parole moralisante. Pour cela, et pour l’ensemble des raisons évoquées dans les articles précédents, la fonction d’imam-prêcheur devra disparaître purement et simplement. Le rassemblement devra gagner en pluralisme.

 

Le rassemblement de vendredi, dans le cadre d’une gestion multi-associative de la « mosquée reformée », deviendrait une sorte d’assemblée générale hebdomadaire et informelle. Pendant laquelle, les associations qui y siègent, pourraient à tour de rôle, où lorsqu’il y aurait nécessité, prendre la parole devant le public présent pour l’informer des raisons de la tenue d’une activité, lui expliquer un projet, lui demander son avis, solliciter son aide,… Le conseil d’administration de l’association « mosquée reformée » établira un calendrier des interventions associatives.

 

Ce rassemblement pourrait servir aussi de moment d’échange et de réflexion collective sur l’ensemble des questions susmentionnées et sur bien d’autres. A ce niveau, le conseil d’administration de la « mosquée réformée » assurera la bonne tenue de ce rassemblement en observant, autant que cela sera possible, les quatre principes suivants :

 

Faire parler la diversité : L’atout majeur de la « mosquée reformée » sera sa diversité et son pluralisme. Les intervenants lors du rassemblement devront refléter ce pluralisme. Il est temps que toutes les tendances, toutes les écoles, tous les courants de pensée, puissent s’exprimer librement et que la pensée unique disparaisse pour toujours.

 

Encourager le volontariat : La tribune de vendredi devra cesser d’être pris en otage par les salariés de l’exhortation. Le respect de la tradition prophétique veut que ceux et celles qui font le choix de guider les autres dans le droit chemin, doivent le faire à titre gracieux. Bizarre quand même de lire, dans le Coran par exemple, que les prophètes travaillaient comme tout le monde et refusaient de recevoir un quelconque salaire, en contrepartie de leur missions de prophètes. Et de voir aujourd’hui des imams ou plutôt des salariés présumés de Dieu courrant derrière des hauts salaires, des plans de carrière au sein des associations cultuelles et refusent par la même d’aller travailler comme tout le monde ! Le conseil d’administration devra faire appel à contribution et mettre en place un planning périodique aux noms des intervenants (es).

 

Oser briser les tabous : Tous les sujets devront être traités avec sagesse mais sans complaisance. Il est temps de risquer l’impensée collective en garantissant la liberté d’expression !

 

Mieux répartir le temps de parole entre les intervenants (es) et le public : Monopoliser la parole est contraire à l’esprit du rassemblement. De ce fait, une répartition équitable des temps de parole, entre l’intervenant(e) et le public, devra être de rigueur.

 

En plus de ces quatre principes, le conseil de la « mosquée réformée » devra mettre en place une charte déontologique qu’il fera signer par les différents (es) intervenants (es) pour s’assurer de la bonne tenue du rassemblement de vendredi et des différentes réunions, se tenant au sein de l’édifice. Des règles simples d’ordre éthique devront être rappelées. Par exemple : Le respect de la dignité humaine ; l’acceptation de la diversité ; la protection des libertés et notamment la liberté de conscience, de pensée et d’expression ; la non violation des droits humains fondamentaux ; l’éthique du dialogue ;…

 

Dans la même charte déontologique d’autres règles et articles de lois devront être mentionnées. Par exemple :

 

« Les réunions pour la célébration d’un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques… » (Art. 25 – loi 1905)

 

« Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte » (Art. 26 – loi 1905)

 

« Sont punis de la peine d’amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe et d’un emprisonnement de six jours à dix mois ou de l’une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte » (Art. 31 – Loi 1905)

 

« Tout ministre d’un culte, dans les lieux où s’exerce ce culte, aura publiquement par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d’un service public, sera puni d’une amende de 25.000 F et d’un emprisonnement d’un an, ou de l’une de ces deux peines seulement […] » (Art.34 – loi 1905)

 

« Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en sera rendu coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans, sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile » (Art.35 – loi 1905)…

 

La « mosquée reformée » sera l’expression d’une diversité assumée et l’incarnation d’une éthique de liberté, de dialogue et d’ouverture. Le rassemblement du vendredi en sera l’ultime occasion et en sera aussi l’extraordinaire représentation. En son sein, l’éloge de tout ce qui est humanisant, apaisant et modernisant sera mis à l’honneur. La célébration du divin nourrira l’apologie de la modeste grandeur de l’humain qui, en s’accrochant bec et ongles à ses libertés et à ses droits, se confirme davantage dans ces devoirs envers la cité des Humains, envers la nature et se tourne confiant vers un avenir meilleur et pacifique.

 

Enfin…

 

Un an est déjà passé, depuis la publication du premier article « Mosquée dans la cité : réalités et espoirs ! ». Et me voilà enfin, entrain de m’apprêter à mettre un point final à cette aventure d’introspection et de prospective. Une aventure qui m’a permis, en contrepartie d’un prix que je paye toujours, de revisiter mon passé récent associatif et d’en témoigner avec franchise et sans complaisance. Cette aventure m’a déjà coûté des êtres qui m’étaient chers : certains « amis » ou plutôt certains « frères » !

 

Cependant, elle m’a ouvert les yeux, Dieu merci, sur des facettes cruelles de la réalité : la notre et celle dans laquelle sombre, depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, de nombreuses mosquées, ici comme ailleurs. Au fil des mois, une question me tracassait l’esprit et me causait des insomnies chroniques :

 

Cette réalité tragique, serait-elle une fatalité inéluctable à laquelle, les mosquées ne pourraient y échapper un jour ? Ou serait-elle simplement, l’expression d’une altération ininterrompue, résultante d’un processus malintentionné, conduite par une minorité de gens chevronnés, sans foi ni loi, qui se sont servis des mosquées afin d’asseoir leurs autorités, d’accroître leurs richesses, d’élargir leurs cercles d’influence au prix d’abrutir, de pervertir, d’asservir, au nom de Dieu, des générations successives et de sacrifier l’intelligence collective et la paix, chère aux humains, sur l’autel de vils intérêts personnels ?

 

Aujourd’hui, ma réponse s’est exprimée à travers cette série de témoignages et d’articles. Il s’agit vraisemblablement d’une altération profonde dont les prémices se sont manifestées, quelques dizaines d’années après la mort de Mohammad. Au moment où les Omeyyades ont réussi à reconquérir, aidés par des théologiens mercenaires, les pouvoirs qu’ils avaient perdu du vivant du prophète. Ils avaient mis la main sur la « mosquée/Al-Jami’i » qui représentait le centre de gravité et aussi la pierre angulaire de la construction sociale que Mohammad avait initié autour des valeurs de la fraternité, de la solidarité et du vivre ensemble.

 

Au-delà de ce constat amer, je crois profondément qu’il y a des antidotes à cette altération, donc il y’a de l’espoir. J’ai proposé quelques pistes de réflexions et aussi quelques chantiers d’action. Et bien que je sois conscient que, peut-être, ces propositions resteraient inaudibles pour longtemps car les mosquées sont tellement verrouillées par les héritiers théologico-politiques des Omeyyades, je crois en notre capacité collective et en la capacité des générations futures à restaurer la version originale de la « mosquée/Al-Jami’i » sous une forme tout à fait contemporaine et adaptée que l’on pourrait baptisée : la « mosquée reformée ».

 

Dans l’attente, qui durera, un an … dix ans … un siècle … voire dix siècles ou plus, je me suis attelé à construire ma propre « mosquée reformée » dans l’intimité de mon cœur !

 

Je l’ai construit sans murs, donc sans portes … ouverte sur les quatre directions géographiques … prenant de là où je mets mon pied, un sol … prenant de l’horizon que peuvent atteindre mes yeux, un toit … une mosquée plutôt dynamique car elle m’accompagne là où je vais … et même lorsque je me résigne à marcher, elle m’emmène là où je n’ai jamais rêver auparavant voyager … Un coup, elle me fait visiter l’histoire pour me raconter la tragédie terrible de son arrière grand-mère la « mosquée/Al-Jami’i » que la sagesse prophétique avait bâtie et que malheureusement, l’alliance théologico-politique avait anéantie … Un coup à travers notre époque pour me montrer la condition calamiteuse dont laquelle se trouvent ses soi-disant semblables … Et un coup vers l’avenir pour me faire partager son souhait le plus profond : voir un jour fleurir, dans ce monde, là quelque part, ne serait-ce qu’une « mosquée réformée » affranchie de tout joug et proclamant son appartenance à l’humanité toute entière…

 

Ma mosquée intime reste toujours éveillée en moi, même lorsque je réussis à somnoler en son sein … elle me procure de la joie pendant mes instants de tristesse … elle ne met aucun obstacle devant les gens qui souhaitent simplement s’asseoir en son calme, le temps d’une prière, ou pendant quelques minutes de méditation … elle n’exclut personne car elle se refuse à toute exclusion …

 

Ma « mosquée reformée » me dit lève-toi, marche et avance car le chemin de ton humanité, tu ne pourras l’emprunter en reculant … marche et avance car la paix à laquelle tu aspires, tu ne pourras l’atteindre en faisant du surplace … marche et avance car le Dieu auquel tu crois, te dis : « Ô humain, qui t’efforces de rencontrer ton Seigneur, sache que, en persévérant, sûrement tu le rencontreras »…

 

Un jour elle s’est confiée à moi, en me disant : « Dis à ton prochain, si par nostalgie ou par amour, tu souhaites me restaurer une nouvelle fois à l’image de l’esprit de mon arrière grand-mère, construit-moi, d’abord dans ton cœurs ! Le reste coulera de source !».

 

Notes :

 

(*) J’ai emprunté l’expression du discours que Martin Luther King avait prononcé sur les marches de Lincoln Memorial le 28 août 1963. Le combat pour la liberté ne connaît pas, et ne connaîtra peut-être jamais de répit.

 

(1) Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l’espérance, éditions du Cerf, Paris, 2004, p. 83-84

 

(2) Ibid., p. 83

 

(3) Une récente déclaration du recteur de la mosquée de Lille-Sud, dans une interview accordée à Saphirnews.com, confirme expressément cette idée. En effet, le recteur, en rependant à une question de la journaliste, a dit, je cite : « Je ne faisais personnellement pas partie du débat parce que en tant qu’autorité religieuse, je dois respecter mes limites… ». Personnellement, je n’ai pas compris ce qu’il a voulu dire d’abord par « autorité religieuse » ? Je n’ai pas non plus saisi ce sur quoi, il se base pour la proclamer et pour l’exercer royalement, depuis presque 30 ans !




L’histoire cachée des « caricatures de Mahomet » – (par Thierry Meyssan)

6032008

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Le procès de Charlie Hebdo s’est ouvert le 7 février 2007 à Paris dans l’affaire dite des « caricatures de Mahomet ». En pleine campagne électorale présidentielle, de hautes personnalités sont venues témoigner à la barre en faveur « de la laïcité et de la liberté d’expression ».

 

La presse et les responsables politiques manifestent une quasi-unanimité. Donnant le ton général dans son éditorial, le quotidien atlantiste Le Monde écrit : « Le procès de Charlie Hebdo est celui d’un autre âge, d’un autre temps. Même si les plaignants n’invoquent pas cet argument, il faut avoir en mémoire que ce qui a déclenché la polémique, c’est la représentation du prophète Mahomet, qui, aux yeux de l’islam, est un blasphème. On est donc en présence d’une querelle obscurantiste » (1).

 

Sans écouter le grief des plaignants, ni attendre le jugement du tribunal, la parole publique assimile les associations de musulmans à des groupes obscurantistes, étrangers à la République laïque et moderne. Au nom de la laïcité, on stigmatise les fidèles d’une grande religion. Soyons alertés par ce paradoxe : au nom de la laïcité, nous perdons le sens de la tolérance. Ressaisissons-nous avant de plonger tête baissée dans la « guerre des civilisations » (2).

 

La laïcité, la vraie, est fille de la Raison. Prenons le temps d’analyser la genèse et les enjeux de ce conflit. Nous allons voir que cette affaire a été soigneusement organisée. Malgré les apparences, les personnes qui ont publié les caricatures et celles qui ont organisé les manifestations dans le monde musulman ne sont pas des adversaires. Elles agissent de concert pour nous dresser artificiellement les uns contre les autres.

Les apparences

 

En septembre 2005, la presse danoise rapporte qu’un auteur pour enfants ne parvient pas à trouver un illustrateur pour un ouvrage consacré à Mahomet car ceux-ci ont peur de critiquer l’islam. Réagissant à ce conformisme, le rédacteur en chef du plus grand quotidien du pays lance un concours d’illustrateurs dans son journal. Bientôt douze caricatures sont publiées.

 

En novembre, la Société islamique du Danemark, qui s’estime outragée, exige des excuses et organise une manifestation devant les locaux du quotidien. Les positions se durcissent et plusieurs journalistes font état de menaces de mort qu’ils ont reçues. Une délégation de la Société islamique du Danemark rédige un dossier sur l’affaire et alerte la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique. Onze ambassadeurs à Copenhague demandent à rencontrer le Premier ministre danois pour résoudre la crise naissante, mais celui-ci fait valoir qu’il n’a aucun pouvoir sur la presse et décline la rencontre.

 

La presse rapporte en novembre qu’un parti politique pakistanais offre une prime à qui tuera un des dessinateurs. Le Premier ministre danois condamne ces propos, mais il s’avère vite que l’information est fausse.

 

En décembre, le sommet de la Conférence islamique, puis celui des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe évoquent l’affaire. Le Haut-commissaire des Nations- unies lance une enquête sur le racisme de la presse danoise. Le Conseil des ministres du Conseil de l’Europe note l’attitude dilatoire du gouvernement danois dans une affaire qui relève du racisme et non de la liberté de la presse.

 

En janvier 2006, le Premier ministre danois rappelle avec insistance dans son message de bonne année son attachement à la liberté d’expression. Le procureur de Viborg classe sans suites la plainte pénale déposée par les organisations musulmanes sous le double chef d’inculpation de blasphème et d’incitation à la haine.

 

En février, des manifestations se multiplient dans le monde contre les représentations et les intérêts danois. Des drapeaux et des ambassades sont brûlés, des produits boycottés. La réprobation du monde musulman s’étend à la France, ou un quotidien a publié les caricatures, puis à toute l’Europe qui semble complice.

 

À Paris, les caricatures sont reprises dans France Soir, puis dans Charlie Hebdo suscitant une plainte de la Grande Mosquée de Paris (GMP) et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Alors que la classe dirigeante fait bloc derrière ces publications, le président Jacques Chirac reçoit les plaignants à l’Élysée et rappelle que la liberté d’expression est une responsabilité.

 

Les contradictions

 

Voilà une histoire simple, dont les évènements semblent s’enchaîner de manière cohérente. Pourtant, plusieurs éléments sonnent faux.

 

Si le rédacteur en chef d’un grand quotidien danois s’est insurgé contre la difficulté d’illustrer un livre pour enfants, comment en est-il arrivé à publier des caricatures qui ne sont certainement pas destinées aux enfants ?

 

Le Jyllands-Posten est le quotidien le plus diffusé au Danemark. Positionné à droite, il mène depuis trois ans une violente campagne anti-immigrés. Il n’a cessé de multiplier les articles et les éditoriaux pour insinuer que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie et que les musulmans ne sont pas intégrables dans la société danoise. Ce matraquage a été conduit pour soutenir la réélection de la coalition gouvernementale d’Anders Fogh Rasmussen. En trois ans, le Jyllands-Posten a submergé le Danemark avec son discours islamophobe, dont le Premier ministre est devenu le héraut.

 

La coalition libérale-conservatrice a renversé les sociaux-démocrates qui ont dominé la scène politique pendant 80 ans. Elle a poussé le pays à remettre en cause l’État-providence et à se lancer dans une politique effrénée de privatisations et de dérégulation. Selon une technique électorale classique, la populations supportant mal la brutalité de ces changements, Anders Fogh Rasmussen a tenté de déplacer le débat des questions sociales vers la désignation de boucs émissaires : les étrangers.

 

Le Conseil danois de la presse a admonesté le Jyllands-Posten, en mars 2002, pour avoir violé la déontologie de la profession en soulignant sans raison l’origine ethnique de personnes impliquées dans une affaire criminelle. Le Premier ministre n’avait pas manqué alors de voler au secours du journal en dénonçant le politiquement correct qui se serait emparé de la profession.

 


La violence du journal a été relevée dans le rapport de l’European Network Againt Racism, la fédération des associations anti-racistes européennes, dans son rapport 2004 sur le Danemark (3). Le Jyllands-Posten y est décrit comme une publication d’extrême-droite. Cet observatoire a conduit une analyse du contenu du journal pendant trois mois. Il a relevé que 53 % des chroniques, 55 % des articles, 71 % des brèves, 73 % des tribunes libres, 79 % des éditoriaux et 81 % des courriers de lecteurs traitant des minorités étrangères les présentent de manière négative.

 

En d’autres termes, le journal n’a pas publié ces caricatures pour libérer les illustrateurs danois d’une auto-censure oppressante, mais comme un élément dans une vaste campagne d’incitation à la haine.

 

Seconde incohérence : Pourquoi des dessins qui visent à brocarder une religion l’assimilent-elle au terrorisme ?

 

Le concours de caricatures a été lancé par le responsable du supplément culturel dominical du journal, Fleming Rose. Il se définit comme « juif sioniste » et n’éprouve aucun état d’âme lorsqu’on lui fait remarquer que le Jyllands-Posten fut partisan, dans les années 30 et 40, du fascisme et du nazisme. Menacé de mort après la publication des caricatures, Fleming Rose a préféré se réfugier aux États-Unis que rester sous la protection de la police danoise.

 

Fleming Rose est un ami du théoricien de l’islamophobie, Daniel Pipes (4). Dans un article du 29 octobre 2004, Rose relate ses discussions avec Pipes et soutient ses thèses. « Pipes est surpris qu’il n’y ait pas d’alarme plus forte en Europe face au défi que représente l’islam au regard de la chute du taux de fécondité et de l’affaiblissement de l’identité historique et culturelle », écrit-il.

 

Daniel Pipes est l’auteur de cette célèbre formule : « Tous les musulmans ne sont pas terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans ». Sur cette base, il préconise une surveillance policière systématique de tous les musulmans aux États-Unis et en Europe. Les dessins édités par Fleming Rose vont plus loin encore : ils insinuent que tous les musulmans sont des terroristes en puissance.

 

Merete Eldrup, la directrice du Jyllands-Posten est l’épouse d’Anders Eldrup, lui-même directeur de la compagnie nationale des hydrocarbures la Danish Oil and Natural Gas (DONG). Depuis cinq ans, c’est-à-dire depuis l’arrivée de la coalition libérale-conservatrice au pouvoir, M. Eldrup et le Premier ministre participent aux réunions annuelles du Groupe de Bilderberg. Ce club très fermé est une émanation de l’OTAN qui y invite, y teste et y adoube les messagers de l’Amérique en Europe.

 

Depuis la première guerre du Golfe, en 1991, et plus encore depuis les attentats de septembre 2001, les services de l’OTAN développent des études sur le thème de l’ennemi intérieur. Les banlieues islamisées d’Europe seraient des repaires de terroristes. Baignant dans cette atmophère, Fleming Rose et Merete Eldrup ne voient donc chez les musulmans que des terroristes potentiels.

 

Trosième incohérence : Pourquoi le Premier ministre danois a-t-il négligé les médiations lorsqu’elles étaient possibles ?

 

Anders Fogh Rasmussen n’est pas seulement l’auteur de Fra socialstat til minimalstat (De l’État socialiste à l’État-minimal), il est surtout le fils spirituel d’Uffe Ellemann-Jensen, ancien président de son parti. Celui-ci était longtemps l’homme de Washington dans le pays. Ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre de 1982 à 1993, il élabora une doctrine qui porte son nom selon laquelle un petit État comme le Danemark peut jouer un grand rôle sur la scène internationale en ouvrant la voie aux États-Unis. Il réussit à convaincre l’opinion publique danoise, fort réticente, de participer à la Guerre du Golfe, en 1991. Il sut aussi reconnaître avant tout autre pays l’indépendance des États baltes, provoquant ainsi l’éclatement de l’Union soviétique dans l’onde de choc de la dissolution du Bloc de l’Est. En 1995, il postula au secrétariat général de l’OTAN, mais Jacques Chirac s’y opposa avec force, faisant valoir l’alignement complet d’Ellemann-Jensen sur Washington. Alors qu’il n’est plus aux affaires, Uffe Ellemann-Jensen s’est prononcé contre les caricatures.

 

Anders Fogh Rasmussen met en œuvre la « doctrine Ellemann-Jensen » de cheval de Troie des États-Unis. Ainsi, lorsqu’il a assuré la présidence tournante de l’Union européenne au second semestre 2002, il a préparé les accords secrets passés entre l’Union et les États-Unis dans le cadre du Nouvel agenda transatlantique ; accords qui ont été signés le 22 janvier 2003 et qui ont autorisé l’enlèvement, la séquestration et la torture par la CIA et le MI6 de suspects n’importe où dans l’Union (5).
Selon un rapport du Conseil de l’Europe, la pratique des enlèvements, séquestrations et tortures se serait considérablement développée. Plus d’une centaine de victimes ont été identifiées. Ce sont exclusiement des musulmans.

 

Au même moment, M. Rasmussen publie dans The Times de Londres une tribune libre co-signée avec sept autres chefs de gouvernements européens pour tenter d’embarquer l’Union dans la guerre en Irak (6). En définitive, il enverra plus de 500 hommes participer à l’occupation du pays. Ils sont stationnés près de Basra à Camp Denevang. Lorsqu’il se confirmera que l’Irak ne disposait pas d’armes de destruction massive, il fut établi que — comme George W. Bush et Tony Blair— Anders Fogh Rasmussen avait intentionnellement menti à ses concitoyens pour les faire entrer en guerre.

 

Non seulement le Premier ministre n’avait aucune envie d’appaiser la crise des caricatures, mais celle-ci sert ses objectifs politiques en creusant un fossé entre les civilisations. La tension renforce sa position intérieure et la stratégie internationale de ses alliés. Certes, le boycott a coûté au Danemark 1 milliard de couronnes (134 millions d’euros), mais à n’en pas douter les États-Unis sauront le dédommager.

 

Un livre publié par le journaliste Tøger Seidenfaden (lui-même membre du Groupe de Bilderberg) et l’historien Rune Engelbreth Larsen établit, sur la base de 4 000 documents officiels, que le Premier ministre a tout fait pour provoquer la crise. Ainsi, il a délibérement menti à l’opinion publique en faisant croire que les ambassadeurs de la Ligue arabe réclamaient une censure religieuse lorsqu’ils demandaient un dialogue pour limiter la propagation du racisme (7).

 

Dans son rapport annuel sur le Danemark, le Comité européen contre le racisme et l’antisémitisme (dépendant du Conseil de l’Europe et non pas de l’Union européenne) exprime sa « grande préoccupation » face au développement d’un « climat d’intolérance et de xénophobie envers les réfugiés et les demandeurs d’asile ainsi que les groupes minoritaires en général, et les musulmans en particulier ». Il en rend directement responsable le Premier ministre et le Parti populaire danois, qui soutient la coalition gouvernementale. Il dénonce la non-application systématique de la loi réprimant le racisme (8).

 

Quatrième incohérence : Alors que ces caricatures sont d’une médiocrité accablante et qu’elles ont d’abord plus suscité le mépris que la colère, comment se fait-il qu’elles ont enflammé le monde musulman avec plus de force que l’occupation de la Palestine, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, et le bombardement du Liban ?

 

Dès la publication des caricatures, des organisations musulmanes danoises se sont réunies pour élaborer une riposte commune. Elles ont déposé une plainte au double chef de blasphème (art. 140 du Code pénal danois) et d’appel à la haine et à la discrimination contre un groupe de personne eu égard à son appartenance religieuse (art. 266b). Parallèlement à cette action collective, certains participants à ce regroupement organisèrent des manifestations et un lobbying auprès des ambassadeurs d’États musulmans à Copenhague autour d’Ahmad Abou Laban (9), l’iman de la groupusculaire Société islamique du Danemark (Islamik Trossamfund) et de son ami Ahmed Akkari autodésigné porte-parole d’un Comité européen de défense du prophète créé pour l’occasion. Il s’agissait pour eux d’élargir le débat à la question générale des discriminations dont les musulmans sont victimes au Danemark. Pour ce faire, ils constituèrent un dossier de 43 pages qu’ils illustrèrent avec des caricatures, dont celles du Jyllands-Posten.

 

Cependant, le « Dossier Akkari » comprend aussi des dessins autrement plus insultants que ceux du Jylands-Posten. On y présente par exemple un musulman accroupi en prière et sodomisé par un chien. C’est à la lecture de ce document que de nombreuses autorités arabes et musulmanes, civiles et religieuses, se sont mobilisées. Surtout, c’est ce dossier qui a convaincu les relais d’opinion dans le monde musulman que les caricatures portaient sur Mahomet et sur l’islam.

 

Abou Laban et Akkari ont entrepris une tournée internationale au cours de laquelle ils ont rencontré le secrétaire général de la Ligue arabe, le grand mufti du Caire, le directeur de l’université Al-Azhar, le grand mufti de Beyrouth, le cheik Faldlallah du Hezbollah, le cardinal Sfeir, et le grand mufti de Damas.

 

Ce périple est d’autant plus surprenant qu’Abou Laban n’aurait jamais dû entrer sur le territoire égyptien où il est interdit de séjour, tout comme aux Émirats arabes unis. Laban est en effet l’un des commandants d’un mouvement partiellement clandestin, le Hizb ut-Tahrir (Parti de la libération) que les nationalistes arabes ne portent pas dans leur cœur.

 

Créé en 1953 par le juriste palestinien Taqiuddin al-Nabhani, le Hizb ut-Tahrir prétend vouloir rétablir le califat ottoman qui domina et opprima le monde arabe. Ce mouvement a évidemment été très mal perçu par les États arabes qui y ont vu, à tort ou à raison, un groupe d’illuminés manipulés par les services britanniques pour maintenir leur influence dans la région. Le fondateur mourut à Beyrouth, en 1977. Bien que le parti se présente comme non-violent, son programme ne laisse aucun doute sur ses intentions. Il prévoit de créer un État islamique unique placé sous l’autorité dictatoriale d’un calife et appliquant une interprétation sévère de la charia. Le calife doit être secondé par un émir du Jihad qui devra mobiliser tous les hommes de plus de 15 ans et livrer la guerre à tous les non-musulmans.

 

Le quartier général du Hizb ut-Tahrir n’est pas installé à Istanbul, comme on pourrait le croire, mais à Londres, où il jouit d’une forte protection policière bien que le Premier ministre Tony Blair l’ait qualifié d’organisation terroriste. Les principaux dirigeants londoniens du mouvement sont rémunérés comme très hauts cadres de multinationales anglo-saxonnes de l’informatique, bien que ce type d’emploi nécessite une accréditation secret-défense.

 

À défaut d’être populaire dans le monde arabe, les partisans du rétablissement du califat ottoman le sont auprès de quelques populations turcophones d’Asie centrale. Le Hizb ut-Tahrir fomente des troubles dans toute cette région, jusque et y compris au Xin Kiang chinois, quels que soient les régimes en place. On éprouve de la compassion pour ses membres lorsqu’ils sont arrêtés et torturés par le régime de Karimov en Ouzbékistan, mais cela ne signifie pas qu’ils seraient plus doux que leurs tortionnaires s’ils arrivaient au pouvoir.

 

Les États de la région n’ont pas tardé à comprendre le danger que représente le Hiz ut-Tahrir. Ils le considèrent comme instrumenté par la CIA et le MI6 au même titre que les moudjahidines afghans le furent contre l’URSS (10) et se sont unis pour le combattre. C’est l’un des objectifs de l’Organisation de coopération de Shangaï, la nouvelle alliance russo-chinoise.

 

La manipulation en France

 

France Soir est le premier titre français à reproduire les caricatures. Le quotidien, qui était alors en faillite, faisait l’objet d’âpres luttes d’influence entre financiers voulant en prendre le contrôle. Les personnels qui décident de cette publication sont liés à un mystérieux repreneur potentiel du journal dont on ne connaitra le nom que quelques mois plus tard. Il s’agit du marchand d’armes Arcadi Gaydamak, président du Bétar (la milice du Likoud) et du club de football du même nom, candidat à la mairie de Jérusalem. Son identité avait été masquée le plus longtemps possible car il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour fraude fiscale.

 

Une semaine plus tard, les caricatures sont reprises par Charlie Hebdo. Comme l’a montré Cédric Housez dans nos colonnes, l’hebdomadaire satirique se focalise depuis la fin 2003 sur la dénonciation du péril musulman. Il prend position contre la participation de Tariq Ramadan au Forum social européen, pour l’interdiction du voile, contre la politique arabe de la France, pour la politique d’Israël, etc. (11)

 

Pour France Soir, comme pour Charlie Hebdo, ces publications prolongent des campagnes de presse déjà anciennes au service de l’idéologie néoconservatrice de la « guerre des civilisations ». Elles font preuve d’efficacité puisque la classe dirigeante française, quasi-unanime, feint de ne pas voir le propos anti-musulman et apporte son soutien à ce bel exercice de la liberté d’expression. Seule voix discordante, Jacques Chirac souligne que « la France, pays de laïcité, respecte toutes les religions et toutes les croyances ».

 

Allant un peu plus loin encore dans l’hypocrisie, Charlie Hebdo publie Le Manifeste des douze. L’islamisme y est dénoncé comme le nouveau totalitarisme (12) et opposé à la liberté d’expression. Parmi les signataires, on retrouve, outre Philippe Val directeur du journal, la députée affabulatrice néerlandaise Ayaan Hirsi Ali, les journalistes Caroline Fourest et Antoine Sfeir, et l’essayiste Bernard Henry-Lévy.

 

La Grande Mosquée de Paris et l’Union des organisations islamistes de France (UOIF) ont porté plainte contre Charlie Hebdo. Plusieurs candidats à l’élection présidentielle française ont apporté leur soutien à l’hebdomadaire satirique, au nom de la « liberté d’expression ». D’abord Corinne Lepage (Cap 21) et Dominique Voynet (Les Verts) par voie de pétition. Puis François Bayrou (UDF) et François Hollande (représentant Ségolène Royal, PS) en venant témoigner à la barre lors du procès. Enfin, Nicolas Sarkozy (UMP) en adressant une lettre au tribunal. Jacques Chirac, qui était déjà intervenu au début de la polémique, ne s’est pas exprimé à nouveau, mais il a offert son avocat à la GMP et à l’UOIF. Le jugement sera connu le 15 mars 2007.

 

Nicolas Sarkozy a joué ici un rôle particulier. Lors de la publication des dessins, il avait, en tant que ministre de l’Intérieur et des Cultes, refusé d’engager des poursuites judicaires et conseillé aux associations membres du Conseil des musulmans de France de s’en charger. Puis, à leur plus grande surprise, il a envoyé in extremis une lettre aux avocats de Charlie Hebdo pour soutenir le journal. D’où l’hésitation du Conseil des musulmans de France à démissionner en bloc.

 

Blasphème ou incitation à la haine ?

 

Nous reproduisons ici la caricature la plus discutée. Elle représente un homme portant un turban qui est une bombe. Selon le Jyllands-Posten, cet homme serait Mahomet et le dessin brocarderait les extrémistes qui se réclament de ce prophète pour pratiquer le terrorisme. Or, sur le turban du personnage, on peut lire la profession de foi des musulmans : « Dieu est grand et Mahomet est son prophète ». Le personnage n’est donc en aucun cas Mahomet lui-même, mais un musulman emblématique. Le turban-bombe vise à associer son image et celle du terroriste. Ce message stigmatise les musulmans dans leur ensemble et constitue un appel à la haine normalement sanctionné par la loi dans toute société démocratique.

 

C’est à tort que l’on parle des « caricatures de Mahomet » là où il s’agit de caricatures des musulmans (13).

 

Dans un premier temps, il ne faisait aucun doute pour le tribunal que cette caricature ne relevait pas de la critique d’une religion, mais bien de l’injure et/ou de la diffamation envers un groupe de personnes au regard de son appartenance supposée à une religion. En effet, le tribunal a déclaré irrecevable une plainte d’une association religieuse qui voulait défendre les croyants en l’islam, mais a accepté celles de la GMP et de l’UOIF parce que les statuts de ces deux associations prévoient de défendre les droits de leurs adhérents en tant que justiciables et non en tant que croyants. Pourtant, dans un second temps, le président du tribunal a laissé se dérouler les débats comme s’il s’agissait d’un procès sur le droit de critiquer l’islam.

 

Dans cette affaire, il est désormais établi que les principaux protagonistes ont menti (le Jyllands-Posten à propos de ses objectifs, le Premier ministre danois quant aux revendications des ambassadeurs arabes, la Société islamique du Danemark sur la nature des caricatures, et Abou Laban sur son engagement politique). Il est également établi que tous ces protagonistes sont liés à l’administration états-unienne, laquelle promeut la « guerre des civilisations ».

Notes :

Thierry Meyssan : Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).

(1) « Procès d’un autre âge », éditorial, Le Monde, 7 février 2007.

(2) « La « Guerre des civilisations » » par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2004.

(3] ENAR Sshadow report 2004 Danemark, ENAR, pp. 40-43.

(4] « Daniel Pipes, expert de la haine », Voltaire, 5 mai 2004.

(5] « L’Union européenne a autorisé par écrit les prisons secrètes de la CIA dès janvier 2003 », Voltaire, 13 décembre 2005.

(6] « Europe and America must stand united », The Times, 29 janvier 2003. Voir analyse dans « La crise irakienne divise l’Europe entre atlantistes et indépendantistes », Voltaire, 30 janvier 2003.

(7] Karikaturkrisen. En undersøgelse af baggrund og ansvar par Tøger Seidenfaden et Rune Engelbreth Larsen, Gyldendal, København 2006.

(8] Troisième rapport sur le Danemark, adopté le 16 décembre 2005 et rendu public le 16 mai 2006, ECRI, Conseil de l’Europe.

(9] Ahmad Abou Laban est décédé des suites d’un cancer, le 1er février 2007.

(10] « Enemies bought, friends sold : John Laughland The Uzbek upheaval is seen as a ’people power’ movement but is likely to cement US control of the region », The Guardian, 19 mai 2005

(11] « Vendre le « choc des civilisations » à la gauche » par Cédric Housez, Voltaire, 30 août 2005.

(12] « Choc des civilisations : la vieille histoire du « nouveau totalitarisme » » par Cédric Housez, Réseau Voltaire, 19 septembre 2006.

(13] Parmi les dessins du Jyllands-Posten, un seul représente Mahomet. Mais ce n’est pas une caricature. C’est le seul dessin destiné à illustrer un livre pour enfants.

Source :

http://www.voltairenet.org/




Mosquée dans la Cité : réalités et espoirs (2)

22022008

 

 

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Par Mohamed LOUIZI


Pour Sadek Al-Nayhoum,humaniste de cœur et de plume,

Vous qui étiez engagés pour la Liberté, reposez en paix,

Votre combat je le porterai jusqu’à ma mort!

 

 

Animosités ; guerres ; intolérance ; violences ; …

 

Avarice ; commerce inéquitable ; exploitation ; usure ;…

 

Clanisme ; oligarchie ; ploutocratie ; tribalisme ; …

 

Discriminations ; inégalités ; injustices ; machisme ; …

 

Esclavage ; servitude ; subordination ; traite négrière ;…

 

Oppressions ; persécutions ; phallocratie ; supplices ; …

 

Ceux-ci étaient les traits distinctifs du visage pâle de la Mecque et de son voisinage à la veille de l’avènement du message de Mohammad.

 

La ville « sacrée » semblait dénouer avec les vertus et valeurs humaines du temps d’Abraham. La Ka’ba paraissait attristée et hantée, de fond en comble, par ces préjudices moraux, intellectuels, sociaux, économiques et politiques.

 

Tout, ou presque tout, ne semblait pas se tenir correctement. Le marasme était généralisé témoignant d’un déficit moral excédent touchant non seulement l’organisation sociale et économique mais aussi, et surtout, la place et la valeur de l’être humain au sein de cette organisation tribale qui était profondément narcissique et extrêmement hiérarchisée et discriminatoire.

 

Humanité brisée

 

L’être humain, féminin ou masculin, et à l’exception de quelques favoris chanceux, ne jouissait pas de ses droits et libertés fondamentales. La majorité des gens n’était ni écoutée, ni consultée, ni estimée. Dans ce contexte, le fait de jouir pleinement de ses droits et libertés dépendait, essentiellement, de la « classe » socioéconomique à laquelle on appartenait, de l’affiliation familiale et tribale, de l’éloquence linguistique, du talent poétique, de l’aptitude et du génie militaire… et encore !

 

L’organisation tribale se faisait autour d’une personne charismatique – le Cheikh – assisté d’une minorité oligarchique restreinte de seigneurs qui, en s’obstinant à sauvegarder leurs privilèges socioéconomiques et politiques, ne se gênaient pas à imposer unilatéralement leurs visions, à défendre leurs intérêts et à pérenniser, de génération en génération, leurs prérogatives.

 

La religion a bien servi d’instrument fatal dans ce jeu d’asservissement forcé ou volontaire. En effet, l’oligarchie s’est bel et bien montrée dévouer aux cultes des dieux statufiés au parvis de la Ka’ba en incarnant ainsi et pour des raisons d’intérêts personnels, le rôle des « marchands de la prière et du pèlerinage». Quoi de mieux alors pour garder sous contrôle la masse et d’éterniser sa loyauté et son abrutissement !

 

Quant aux autres – femmes, hommes, esclaves, enfants, pauvres,… – qui ne faisaient pas partie des rangs de l’oligarchie nantie, ils n’avaient pas grand-chose à dire, si ce n’était de vociférer inlassablement des louanges au Cheikh et à ses collaborateurs, des espérances voués désespérément au ciel, et des gratitudes adressées, à contre cœur, aux seigneurs tyranniques et ploutocratiques !

 

Les seigneurs décidaient de la guerre comme de la paix ; de la mort comme de la vie. Seuls leurs mots comptés. Seules leurs paroles pesées. Les autres humains, qui ne pouvaient pas – non par incapacité mais par asservissement – prétendre à de tel statut, n’avaient qu’une existence accessoire, et de surcroît, ils « vivaient » dépendants, soumis et tributaires des obligations cultuelles et des nécessités tribales et seigneuriales.

 

Renaissance de l’espoir

 

La Ka’ba, prise en otage, par les intérêts des « marchands de la prière et du pèlerinage » avait perdu de vue presque toutes les valeurs enseignées du temps d’Abraham. Le culte mercantile a occupé tout l’espace cultuel, en faisant de la maison de Dieu un lieu de culte (certes), mais aux couleurs du profit. La mosquée était redevenue tel un hypermarché au milieu du désert, sans foi ni loi, où seul le profit matériel comptait.

 

Dans ce contexte, qui était humainement désastreux, apparaissait Mohammad tel un souffle d’espérance, pour rappeler une nouvelle fois, ce que professait Abraham dans cette même terre, 2500 ans auparavant, à savoir : améliorer la condition humaine ; lutter pour la justice ; faire redécouvrir le sens de la liberté ; faire connaître le chemin du salut ; inculquer la solidarité ; prêcher l’humanisme ; éclairer les ténèbres des âmes ; abolir l’asservissement et appeler les gens à se remettre à un Dieu qui croient en eux et non à se soumettre à des dieux qui se servent d’eux.

 

Par conséquent, le contenu du message que professait Mohammad commençait, petit à petit, à déranger sérieusement les « marchands de la prière et du pèlerinage ». Parce que, me semble-t-il, la substance de ce message avait de quoi les inquiéter et non, comme le prétend l’interprétation dogmatique dominante qui elle, laisse entendre que la raison essentielle de la gêne occasionnée, était due au fait que Mohammad prêchait exclusivement « l’unicité de Dieu ».

 

Cette interprétation réduit à tort le message mohammadien dans son attestation de foi anti-associationnisme. Elle le vide aussi de sa vocation à vouloir soulager l’être humain des divers jougs (servitude, violences, clanisme, identitarisme, superstition,…) et des difficultés sociales et économiques qui pèsent sur lui. Elle considère que la question majeure de l’époque était exclusivement d’ordre théologique, métaphysique et cultuelle et du coup, il fallait un nouveau prophète pour redire Dieu, l’Unique, le Grand et le Tout-Puissant et pour apprendre aux gens le formalisme de la prière et les rites du pèlerinage, entre autres ! En oubliant au passage qu’avant même l’avènement de Mohammad, il existait – sans parler des autres religions monothéistes – des « monothéistes purs » (Al Ahnaf en arabe) qui vivaient leur foi en un seul et unique Dieu depuis toujours, sans que cela puisse gêner qui que ce soit !

 

Il me paraît évident que la question théologique/cultuelle, malgré sa centralité dans le message mohammadien, n’était pas la principale raison du conflit qui opposait les « marchands de la prière et du pèlerinage » à Mohammad. Mais ils y avaient d’autres raisons substantielles d’ordre humain, moral, social, économique et politique qui justifiaient les atrocités commises par l’oligarchie à l’égard de Mohammad et de ses compagnons.

 

Prophétie dérangeante

 

Mohammad gênait, à priori, par son discours, dépassant de loin la question théologique et métaphysique, et aussi par son courage, sans équivoque, à s’opposer ouvertement aux injustices subits par les uns et par les autres en rappelant avec obstination la définition de l’humain et de sa juste condition en tout lieu, plus particulièrement dans le contexte déplorable de la Mecque et de l’Arabie à cette époque.

 

Mohammad rappelait que l’être humain est fondamentalement libre et qu’il doit pouvoir savourer ses libertés comme il l’entend. L’oligarchie, quant à elle, se sentait menacée par ce nouveau discours qui risque de soulever les « esclaves » contre les « maîtres » et de causer des dérèglements dans l’organisation hiérarchique ségrégationniste des tribus.

 

Il rappelait que l’être humain a droit de vivre dignement. Ce qui posait la question du partage équitable des richesses ; il dénonçait, par la même, l’exploitation, l’avarice, la cupidité, l’égoïsme et qui interpellait les consciences sur les dangers sociaux réels que représentent, pour toujours, des pratiques financières telle que l’usure et la logique du « tout profit » profitant exclusivement à une poignée de nantis et appauvrissant davantage les nombreux nécessiteux.

 

Il rappelait que les violences, de tout genre, devaient cesser ; que l’on doit mettre un terme aux tortures, aux enterrements des filles vivantes, aux maltraitances des femmes et des esclaves, aux guerres intertribales interminables.

 

Il rappelait que derrière l’idée de l’humain il y a une autre idée, aussi belle et inoffensive, celle d’un divin créateur et invisible auquel on peut, si on le souhaite, se remettre volontairement en toute quiétude sans pour autant faire soumettre, sous une quelconque contrainte, les autres à ce choix spirituel.

 

A bas la servitude !

 

Mais l’idée ingénieuse – à cette époque – et très dangereuse pour la survie de « l’ordre tribal établit » était celle qu’a suggéré Mohammad avec énergie et conviction, déclarant que chaque être humain –non seulement les Cheikhs, les maîtres et leurs inféodés – est responsable. Et qu’il en va de cette responsabilité le droit de chacun à pouvoir choisir, dire librement ses choix, sans craindre pour sa vie, et participer effectivement aux prises de décisions engageant la collectivité tribale, dans son entièreté, en temps de guerre comme en temps de paix. De ce fait, l’oligarchie devait cesser de confisquer les droits des autres et d’imposer ses décisions sur l’ensemble.

 

Il a fait découvrir à ces mecquois soumis qui ne faisaient pas parti de l’oligarchie du pouvoir et qui n’étaient pas du nombre des seigneurs ou des « marchands de la prière et du pèlerinage », qu’ils « sont ». Et qu’ils doivent justement « être » dans la dignité et non dans l’abaissement ; dans l’affranchissement et non dans la servitude ; dans l’élévation de l’esprit et non dans la stupidité de l’intellect.

 

Avec lui, ces mecquois, longtemps exploités, subordonnés et asservis à un « ordre » qu’ils n’ont pas choisi, ont découvert qu’ils avaient leurs mots à dire et qu’il fallait justement, dès à présent, un espace pour le faire entendre. Et ce, parce que, d’un côté, l’oligarchie ne leur reconnaissait pas ce droit et de l’autre côté, elle ne prévoyait pas non plus d’espace/institution pour la parole et le débat publique. L’expression de l’opinion publique n’était pas à l’ordre du jour de cet « ordre » et seules les opinions/décisions des Cheikhs des tribus étaient prise en considération que l’on soit pour ou contre.

 

Prix de l’insoumission

 

Dans un premier temps, Mohammad – nous racontent les biographes – avait choisi la discrétion comme stratégie d’action et de rassemblement. Et ce fut la maison du jeune Al Arqam Ibn Abî Al-Arqam qui, pour des raisons de sécurité, était pendant quelques années le lieu de rencontre du mouvement mohammadien et son espace, restreint soit-il, de l’expression libérée.

 

Cependant, ce mouvement commençait progressivement à prendre de l’ampleur en présageant la fin de la discrétion et le début des épreuves et des souffrances sur la place publique, malgré que celle-ci fût totalement verrouillée et contrôlée par les « marchands de la prière et du pèlerinage ». Par conséquent, ce mouvement se voyait privé d’un lieu de rassemblement et interdit, que ce soit pour la prière ou pour toute autre chose, de se rassembler dans le parvis de la Ka’ba – maison de Dieu.

 

Par ailleurs, les anciens « esclaves » ont pris conscience de leur liberté fondamentale et commençaient à se délier des chaînes de la servitude et à désobéir, sans aucune crainte, les ordres des « maîtres ». Un élan de solidarité sociale s’est produit entre les nouveaux convertis qui comptaient parmi eux certains notables et beaucoup plus de nécessiteux. Le mouvement mohammadien paraissait endurant, résolu et uni. De quoi irriter l’oligarchie qui semblait être déboussolée, désarmée et très embarrassée.

 

Celle-ci conjuguait à la fois négociation, répression, intimidation pour tenter de rétablir « l’ordre » et pour contrecarrer éventuellement le mouvement grandissant. Aucune de ces mesures ne semblait être efficace face à la détermination et au dévouement des nouveaux convertis à la cause qui était la leur. L’oligarchie profitait de sa mainmise sur le lieu de culte, surtout pendant la période du pèlerinage pour salir l’image de Mohammad auprès des autres tribus de l’Arabie. Néanmoins celui-ci était, de son côté, infatigable. Il ne ménageait aucun effort qui pouvait lui permettre de trouver une terre d’accueil où l’on peut vivre son humanité pleinement, librement et dignement. Et ce fut l’émigration vers Médine, après 13 ans passée dans la lutte incessante et pacifique contre l’horrible cruauté mecquoise.

 

Génie collectif

 

A peine arrivés à Médine, Mohammad et ses compagnons –autochtones et immigrés – se sont mis et investis physiquement dans la construction d’une « mosquée/Al-Jami’i » au cœur de la cité. Ce lieu servait notamment à la célébration de la prière – d’où la nomination « mosquée » ou « masjid » en arabe – et il représentait en même temps l’espace de rassemblement et de vie commune – d’où le qualificatif de « Al-Jami’i » en arabe.

 

Ce lieu favorisait la rencontre, la consolidation des liens sociaux, l’intégration des nombreux immigrés dans ce nouvel espace vital, la gestion des affaires de Médine (sociales, économiques, judiciaires, militaires, politiques,…), l’accueil des autres communautés de foi et des députations des autres tribus, l’alphabétisation des jeunes et des âgées,… et bien sûr, il servait aussi à la pratique cultuelle.

 

Les fonctions de la « mosquée/Al-Jami’i » s’étendaient, de plus en plus, en corrélation avec l’ampleur que prenait, jour après jour, la communauté naissante et aussi avec la recrudescence des défis, intrinsèques et extrinsèques, qu’a posé l’émigration massive et l’installation du mouvement mohammadien à Médine.

 

Mohammad créa ainsi un nouveau modèle contractuel d’organisation sociale, différent de celui de la tribu, prenant de la « mosquée/AL-Jami’i », nouvellement construite, une base centrale au sein de la cité de manière à ce que l’humain et le divin, l’éphémère et l’éternel, le temporel et le spirituel, le séculier et le régulier, puissent s’alimenter réciproquement et que l’un puisse donner du sens et de la place à l’autre.

 

Ce modèle hybride – qui ne recèle aucun caractère sacré – se justifiait, me paraît-il, par l’absence à Médine, à cette époque ancienne, d’autres structures et institutions spécialisées qui pouvaient soulager et désengorger la « mosquée/Al-Jami’i » des diverses fonctions qu’elle assurait simultanément et qui pouvaient conduire ainsi à une séparation organique du temporel/séculier au spirituel/régulier.

 

A Cette époque, il n’y avait pas d’établissements scolaires, pas de partis politiques, pas d’institutions économiques, pas de mass médias, pas de centrales syndicales, pas de fondations sociales, pas de structures judiciaires, pas de ministère de la défense,… et il n’y avait pas non plus un lieu de rassemblement – hormis le souk des commerçants caravaniers – permettant aux uns et aux autres – citoyens – de participer au débat public tels étaient « l’agora » chez les grecques et le « forum » chez les romains.

 

De ce point de vue, la « mosquée/Al-Jami’i » avait permis la libération de l’expression de la parole publique, surtout pendant le rassemblement du vendredi. La communauté naissante a trouvé enfin un temps hebdomadaire et un espace où chacun, homme et femme et sans discrimination aucune, pouvait exprimer son opinion sur les affaires temporelles et ses questionnements et réflexions d’ordre spirituel. Point de censure au sein de la mosquée/Al-Jami’i puisqu’il n’y avait plus de Cheikhs despotes ni de « marchands de la prière et du pèlerinage » comme c’était le cas à la Mecque. Mohammad, le prophète, veillait au maintien et au développement de cet état d’esprit émancipateur. Le peuple de Médine a trouvé donc sa voix dans cette voie.

 

Expression libérée

 

Au sein de la « mosquée/Al-Jami’i », le peuple de Médine se consultait en permanence pour mieux gérer sa vie collective. Aucune décision – de guerre comme de paix – n’était prise par une minorité et imposée à la majorité. Le citoyen lambda pouvait prendre la parole, en toute spontanéité et franchise, pour proposer et parfois même pour s’opposer à une proposition qui ne le convenait pas. Mohammad était très attentif aux opinions exprimées, aux débats contradictoires et il faisait en sorte que le consensus soit observé et recherché et que ses propositions à lui ne soient pas prévalues comparées à celles des autres, juste parce qu’il était prophète !

 

Par le biais de la « mosquée/Al-Jami’i », la communauté gérait, dans l’esprit de corps, la vie au quotidien de la cité et se donnait un rendez-vous hebdomadaire, le vendredi, dont la présence était obligatoire, pour faire le bilan et pour rappeler les principes auxquels il fallait rester très attachés.

 

En effet, ce rassemblement était l’occasion pour que chacun puisse savoir ce qui se passe dans sa cité et l’état des menaces et des défis extérieurs qui pèsent sur elle. Par ce même biais, la communauté surveillait le mouvement de l’argent (le capital) dans la cité, réglementait les tarifs dans le marché, trouver des solutions à la pénurie de quelques biens élémentaires, se consultait sur les choix défensifs à envisager, se partager les tâches,… et enfin, achever la réunion publique par la prière comme contrat morale et comme gage de bonne foi.

 

Paradoxe sunnite

 

Le rassemblement était tout sauf un spectacle d’exhortation, de prêches et de monologue, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Car si c’était le cas, on devait normalement conserver le contenu exact de tous les sermons prophétiques comme on a conservé les soi-disant « Hadiths authentiques » – citations présumées être prononcées par Mohammad.

 

D’ailleurs, si l’on fait un calcul simple, le nombre de sermons que Abou Hourayra devait nous rapporter – puisqu’il est considéré par les sunnites comme la mémoire prodigieuse et infaillible de ladite « sunna prophétique » – et que Al Boukhari devait authentifier s’élève à environ 520 ou 530 sermons ! Car, dans une année, il y a bien 52 ou 53 semaines donc 52 ou 53 vendredis et d’après les biographes, on sait que Mohammad a vécu à Médine pendant 10 ans et par conséquent, il aurait célébré 520 ou 530 vendredis qui devraient correspondre à 520 ou 530 sermons !

 

Cependant, et bien que certains s’obstinent à croire davantage que le savoir prophétique a été intégralement protégé et transcrits à la virgule près, sous forme de « Hadiths authentiques », il est quasiment impossible aujourd’hui de mettre la main sur ces 520 ou 530 sermons de vendredi, auxquels il faut rajouter les 20 discours de fêtes (Khoutbah de l’Aïd), que le prophète aurait prononcé de son vivant !

 

Les seuls discours que l’on trouve désormais à la lecture des livres de biographie de Mohammad et des recueils des Hadiths sont, en effet, le discours prononcé lors de son « Pèlerinage de l’Adieu » et quelques très rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que moins de 2 % de l’ensemble des Hadiths, soi-disant authentifiés !

 

Dès lors, deux suppositions me travaillent l’esprit laissant place à plusieurs interrogations. Premièrement, soit Mohammad ne prononçait pas de discours d’exhortation – à la manière de ce que fait l’imam de mon quartier tous les vendredis – et consacrait l’intégralité du temps du rassemblement de vendredi au débat publique. Alors au nom de qui et au nom de quoi, on persiste aujourd’hui à imposer au peuple des mosquées de supporter chaque vendredi et pendant plus d’une heure, dans un mutisme imposé à coup de Hadiths, les nuisances sonores et les bizarreries idéologiques de l’imam ? Cela pose aussi la question du rôle de l’imam, du pourquoi de sa présence,…

 

Deuxièmement, soit Mohammad prononçait justement un sermon chaque vendredi alors comment explique-t-on ce trou noir titanesque dont souffrent les sources et les recueils des Hadiths, dits authentiques ? Où sont passés ces discours ? Pour quelles raisons n’ont-ils pas été conservé ? Ces discours, n’étaient-ils pas des paroles/Hadiths à transcrire et à transmettre ? Comment se fait-il que Abou Hourayra – par exemple – n’ait rapporté le contenu intégral d’aucun discours hebdomadaire ? Ces discours ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire de « la vache qui parle » ? Qui a décidé que l’on ôte ou que l’on ne conserve pas, dans les recueils des Hadiths, cette substance orale de sagesse que le prophète aurait laissé ? A qui profite ce trou noir, s’il y a vraisemblablement un trou noir ?…

 

En attendant des explications que je souhaite, tout au moins, cohérentes et intelligibles, je continuerai à penser que le rassemblement du vendredi à Médine, au temps de Mohammad, était un temps imparti aux citoyens présents pour qu’ils puissent produire et exprimer leurs propres réflexions sur l’organisation sociale de la cité et non de consommer et de se soumettre stupidement à la seule et unique réflexion de Mohammad.

 

La traversée du désert

 

Toutefois, après la mort de Mohammad, les choses commencèrent à se défigurer foncièrement. D’abord, l’organisation sociale non étatique, qu’il a initiée de son vivant a pris l’allure d’un Etat – le Califat – le lendemain de sa mort. Ce Califat était présidé par une personne – le Calife – choisie par le peuple médinois selon des modalités critiquables certes, mais qui restent, plus ou moins, démocratiques au vu de ce que c’étaient les us et coutumes tribales de l’époque.

 

Les quatre premiers califes orthodoxes – malgré leur tendance à soulager la mosquée du poids des fonctions qu’elle assurait auparavant et à créer des institutions parallèles spécialisées pour ces fonctions – ont toujours préservé le rôle de consultation populaire que la « mosquée/Al-Jami’i » assurait si bien. Il n’était pas question pour eux de faire volte-face sur cet acquis démocratique majeur et révolutionnaire des habitudes tribales.

 

Le revirement significatif dans la conception du rôle de la « mosquée/Al-Jami’i » était ressenti de façon sensible lorsque les Omeyyades, en la personne de leur pionnier Mouawiyah Ibn Abî Soufiane, se sont emparés illégitimement de la gouvernance, en faisant parler le cliquetis des sabres et non la voix du peuple. Et ce, après l’assassinat du quatrième calife. Dès lors, ils ont déclaré, unilatéralement et de manière démentielle la naissance de la dynastie royale Omeyyade à Damas, en substitution du Califat, relativement légitime, installé depuis la mort de Mohammad à Médine.

 

La dynastie omeyyade n’était pas prête à entendre la voix du peuple. D’ailleurs, elle ne représentait pas son choix, et encore moins, ses aspirations. Elle était l’expression intempestive du sabre et du complot, en rupture fulgurante et catégorique avec l’héritage récent de la prophétie car sa proclamation était survenue après environ trente années seulement de la mort du prophète. Elle témoignait plutôt de l’effondrement hâtif de presque toute l’organisation sociale, centrée sur l’être humain et sur sa valeur, qu’avait initiée Mohammad à Médine. L’héritage récent de la prophétie s’est fait anéanti sous le poids des traditions tribales et bédouines anciennes.

 

Il s’agissait bien évidemment d’un retour aux temps de la tribu, du Cheikh et des « marchands de la prière et du pèlerinage ». Sauf que cette fois-ci, la tribu était caractérisée par son immensité babylonienne et expansionniste ; le Cheikh/empereur Mouawiyah se proclamait de Dieu – en dissimulant judicieusement son affiliation à Abou Soufiane, son père, qui était depuis peu le Cheikh de la tribu omeyyade à la Mecque et qui a été déchu de ses pouvoirs au moment de la reconquête pacifique de celle-ci par Mohammad. On dirait même que Mouawiyah s’est vengé, trente ans plus tard, de la défaite de son père ! – et les « marchands de la prière et du pèlerinage » étaient, sans conteste, des « théologiens mercenaires » et des « religieux de service » qui prêtaient main-forte à la dynastie. A l’image du fameux Abou Hourayra qui n’hésitait pas, malgré son allégeance franche et loyale aux omeyyades, à s’approprier sans pudeur le patrimoine prophétique !

 

Depuis, toutes les mosquées de l’empire se sont vues standardiser selon les caprices et les intérêts du palais sultanesque. Une nouvelle fois, la maison de Dieu était retombée hélas entre les mains de l’oligarchie d’un côté, et des « marchands de la prière et du pèlerinage » de l’autre.

 

Silence ! On vous abrutit !

 

A partir de ce moment précis, la « mosquée » a cessé d’être « Al-Jami’i ». Le divorce entre les deux concepts était plus que consommé. Elle devait dire l’intérêt général, elle ne diffusait plus que les désirs de sa majesté le monarque. Elle devait dire comment s’épanouir collectivement dans la vie, elle ne disait plus que comment se préparer individuellement à la rencontre de la mort. D’ailleurs, elle ne parlait de vie que lorsqu’il fallait prier le bon Dieu pour accorder une heureuse et longue vie à sa majesté, et que le peuple aille en enfer. Elle devait dire la justice mais elle ne faisait plus que justifier, au nom de l’obéissance et de l’allégeance, les injustices du palais. Elle devait interpeller le pouvoir sur la pauvreté et sur la détérioration des conditions de vie mais elle faisait la sourde oreille en acquiesçant la tyrannie et en promettant aux sujets de sa majesté un monde meilleur – le paradis – après la mort. Elle devait inciter les sujets à prendre conscience de leur condition et à demander justice et réparation mais elle ne faisait que les encourager à perdre toute conscience et attendre patiemment le jour du jugement dernier !

 

La mosquée est devenue la tribune hebdomadaire et exclusive du palais – qui a placé ses serviteurs en fonction d’imams, de conteurs, d’anecdotiers, de moralisateurs presque corrompus,… – et son outil fatal servant à anesthésier les esprits et à inhiber l’intelligence collective. Depuis, et jusqu’à nos jours, il est plus question en son sein de traiter des questions du paradis et de l’enfer, des supplices de la tombe et des signes de la fin du temps, des menstrues et des ménorragies, du formalisme technique de la prière et du pèlerinage, de la lapidation de Satan et des sacrifices des moutons,…

 

Les questions d’ordre sociétal et moral et les questionnements d’ordre philosophique et métaphysique n’étaient pas, et ne sont pas toujours, les bienvenues au sein de la mosquée parce qu’ils peuvent conduire, paraît-il, au réveil indésirable du raisonnement et de la conscience collective. Ces questions n’y ont été abordées, débattues et traitées que lorsqu’il y avait un intérêt politique certain qui a poussé le souverain à les tolérer momentanément ou lorsque certains intellectuels et philosophes ont osé les aborder en public sans craindre la colère du palais.

 

Généralement, pour le (ou les) palais, vaut mieux abrutir qu’éveiller. De ce fait, seules les questions touchant les détails techniques des rites, du partage de l’héritage, du statut de la femme,… y ont été abordé excessivement. Cela explique en partie, pourquoi par exemple, le fiqh – la jurisprudence dite islamique relative à la pratique cultuelle entre autres – s’est développé de manière tentaculaire alors que la pensée philosophique n’a pas réussi à pousser ses ailes et à tirer son épingle du jeu.

 

Et à nous de constater désormais au sein du monde arabe, dit musulman, et même au sein des dites communautés musulmanes orientales et occidentales, les conséquences chaotiques et les dégâts d’un abrutissement collectif, millénaire et intensif administré au nom des palais, depuis belle lurette, par des imams sous-ordres – Denis Diderot avait raison de constater dans sa « lettre sur le commerce de la librairie », je cite : « La condition d’un peuple abruti est pire que celle d’un peuple brute » !

 

Le peuple des mosquées d’antan a joué le jeu de l’abrutissement – peut être forcé et contraint – en acceptant l’inacceptable, en tolérant l’intolérable et par-dessus tout, en préférant l’apparence de la « mosquée » à l’essence de « Al-Jami’i ». Le peuple des mosquées d’aujourd’hui a hérité de cette tradition qu’il considère comme sacrée et irréprochable. Il est conditionné – peut être à son insu – à la conception omeyyade despotique et dirigiste de la « mosquée » et il est loin d’être initié et ouvert sur l’idée inventive, humaine et révolutionnaire que fut jadis « Al-Jami’i ».

 

Un monde qui marche sur la tête

 

L’abrutissement intellectuel dont il est question, ne cesse de se décliner sous diverses formes anecdotiques. En effet, que dire donc d’un peuple des mosquées qui, en assistant au sermon assourdissant d’un imam tous les vendredis, a toujours peur que l’on lui dérobe ses paires de chaussures – car les mosquées ne sont pas d’ailleurs des lieux surs ! – sans qu’il se rende compte que l’imam en face de lui, lui a déjà volé, et depuis les omeyyades, sa liberté d’expression, sa raison, son droit à dire « non »… et il ne lui a laissé que le devoir de dire « Amen » !

 

Que dire donc d’un peuple des mosquées qui ne cesse, malgré les injustices subites à cause du régime en place, de prier Dieu pour qu’Il puisse accorder sa grâce, sa miséricorde, sa générosité et son salut à ce même régime qui n’est ni gracieux, ni miséricordieux, ni généreux à l’égard de ses sujets !

 

Que dire d’un peuple des mosquées qui continu à croire sur parole l’imam qui prétend que la pauvreté, la misère, l’illettrisme, le chômage dont souffre la majorité n’est qu’une épreuve et un « heureux » destin céleste, auquel il faut témoigner soumission et bonne foi. Au moment même où le pouvoir et ses hommes richissimes prospèrent dans la surabondance !

 

En constatant cela, je ne peux qu’être en accord, sans que je sois nécessairement marxiste, avec ce qu’a écrit Karl Marx dans sa «Critique du Droit politique hégélien », je cite : « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ». Je crois que la religion professée par de nombreux imams est un opium à effet collectif et que la mosquée – dont sa configuration omeyyade passée et présente – en est la seringue !

 

Devoir d’avenir

 

Il est temps désormais, de se dire, entre peuples des mosquées, les quatre vérités en face et sans langue de bois. Au risque même d’offenser quelques sensibilités vulnérables, afin d’opérer radicalement les modifications tant attendues en jetant dans la poubelle de l’histoire ce qui doit être jeté, en réformant ce qui doit être réformé et éventuellement, en inventant de toute pièce, un nouveau concept et une configuration moderne de la « mosquée/Al-Jami’i » de France, d’Europe et d’ailleurs.

 

Un nouveau concept qui tiendra compte de la dynamique de l’Histoire, de l’évolution des mœurs, des spécificités culturelles, de l’organisation sociale, des dispositions juridiques, de l’imaginaire collectif, des défis sociétaux, des aspirations futures,…

 

Un nouveau concept qui se refusera, du moins pour le contexte français, aux arrangements politiciens de forme auxquels on assiste et auxquels sont attachés d’un côté, les présents « gardiens des mosquées », les actuels « marchands de la prière et du pèlerinage », leurs références théologiquo-politiques et leurs commanditaires supranationaux et consulaires. Et de l’autre côté, les services de la République qui, par une bonne foi me paraît-il, veulent traiter égalitairement au nom de la laïcité, toutes les religions, et c’est leur devoir après tout. Cependant, ils approuvent, consciemment ou inconsciemment, les dérives, les atteintes et les restrictions des libertés fondamentales caractéristiques de nombreuses mosquées «en» France.

 

Un nouveau concept qui ne veut aucunement que la « mosquée/Al-Jami’i » de France et d’Europe souhaitée soit identique – dans sa forme et ses fonctions,… – de ce que c’était jadis, la « mosquée/Al-Jami’i » du prophète qui était marquée par la coexistence et par la juxtaposition du temporel et du religieux. Cela serait une absurdité grotesque de ma part et un contresens d’une stupidité monumentale.

 

Il n’est pas question pour moi de faire l’apologie d’une structure qui se chargerait, à nouveau, des affaires sociales, familiales, éducatives, économiques et politiques. La République laïque a d’ailleurs ses innombrables structures et établissements publics qui gèrent au quotidien, et séparément de la sphère religieuse et de ses institutions, la vie sociale, éducative, économique, et politique. Et c’est un atout républicain formidable au demeurant, auquel je souscris volontiers et sur lequel aussi, tout revirement de situation me paraît préjudiciable au vivre ensemble et aux équilibres sociétaux.

 

En guise d’introduction…

 

Le concept/modèle que je compte promouvoir, avec humilité et franc-parler, dans le prochain et dernier article de cette série, tente de revivifier l’esprit collectif – et non la forme ou les détails fonctionnels – qui régnait autrefois au sein de la « mosquée/ Al-Jami’i » de Médine.

 

Ce concept sauvegardera de ce modèle prophétique son « esprit libérateur » de l’expression individuelle et collective et aussi son « essence éthique » visant à mieux gérer les divergences d’idées et d’approches, engendrées naturellement par l’expression libérée.

 

Comme cela a été déjà mentionné auparavant, cette réflexion visant à repenser la « mosquée/AL-Jami’i » se fait en tenant compte du contexte qui est le notre. A travers ce travail, des idées qui me préoccupent seront exposées, des propositions concrètes d’ordre pratique seront présentées pour qu’enfin, la mosquée de mon quartier, comme toutes les mosquées de France et de Navarre, puisse retrouver son originalité et sa vivacité d’autrefois.

 

Des propositions qui toucheront à la fois, la raison d’être d’une structure nommée « mosquée/Al-Jami’i » au sein de la cité ou comment faire de cette structure un cap spirituel aux couleurs de la liberté et de l’épanouissement humain ; la gestion contractuelle et multi associative de cette structure ou comment faire pour qu’elle ne soit plus pris en otage par une seule association ou un courant idéologique dominant ; l’ouverture de celle-ci sur la cité ou comment faire en sorte que « la journée portes ouvertes » soit célébrée pendant les 365 jours de l’année ; le rassemblement de vendredi ou comment libérer l’expression et rendre la parole confisquée aux fidèles ; la formation des présumés imams ou comment délivrer définitivement la structure des imams carriéristes et des recteurs autoproclamés ; le rôle du CFCM ou comment sauver la structure d’une mainmise idéologique nationale et supranationale et bien d’autres propositions.

 

Enfin, le moment est certes venu pour que le peuple des mosquées « en » France exprime sa voix, libère sa parole et cesse d’être le sujet de l’abrutissement à outrance. Sans doute, cela nous permettra un jour de nous débarrasser définitivement des entraves idéologiques ancestrales empêchant la cité de France et d’ailleurs de concevoir sa propre « mosquée/Al-Jami’i » qui contribuera à la pacification des esprits et à la renaissance de l’unité plurielle et solidaire par sa spécificité spirituelle, par sa dimension humaine, par son esprit libérateur de l’expression et par sa vocation de l’ouverture à qui le souhaitera.

 

A suivre très prochainement.




غزة بين نار « المساومين » ونار « المقاومين »

3062007

Remarque:

Cet article, intitulé « Ghaza entre le feu des négociateurs et le feu des résistants » de Marwan Abou Charia, du camp de Jabaliya, traite la situation difficile des palestiniens de Ghaza. Il propose une lecture critique du paysage politique, idéologique, social.. Et loin de tout esprit victimaire, l’auteur met le doigt sur ce qui ne marche pas, sur les peurs, sur l’insécurité, sur les manipulations qui se font au nom de la religion et qui participent au maintien du chaos.. Il tente de poser des questions toutes simples et qui sont fort occultées et censurées par les pouvoirs en place: sur le bien fondée de la « résistance armée », sur la valeur de l’homme comparée à la valeur du sol, sur les intérêts des uns et des autres, sur l’instrumentalisation de la religion à des fins idéologiques et politiques,… Une traduction de cet article est prévue dans les semaines à venir ! Bonne lecture, et toutes mes excuses pour les francophones.

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بقلم: مروان ابو شريعة – مخيم جباليا

قبل فترة من الوقت كتب الناطق باسم الحكومة الفلسطينية السيد غازي حمد مقالا نشره في صحيفة الايام بعنوان  » ارحموا غزة »، ولقد فتح هذا المقال بابا من أبواب الخير كنا ظنناه قد أغلق أمام ما يغطي حياتنا من المنطق الديماغوجي، وديكتاتورية الغوغاء، وفوضى المفاهيم، ودخان الحزبية، وشهوة المزايدة، والقراءة الخاطئة للدين والواقع والتاريخ!.

 

نعم إنه باب الوقوف مع النفس ومحاسبتها.. نحن أبناء أمة وثقافة وعقيدة جعلت من « الاستغفار من الأخطاء والذنوب ومن لوم النفس » جعلت منه بابا من أبواب الفرج {لا إله إلا أنت سبحانك إني كنت من الظالمين}.

 

وقد أشار الأستاذ غازي حمد في مقاله المذكور إلى حالة العجز والفشل والانحطاط والذهول والضياع التي أصابت كل مفاصل حياتنا، وكان يستصرخ ويطلب الرحمة لقطاع غزة.

 

إلا أن السيد حمد توقف في مقالته عند النقطة الخطأ! وكان عليه أن يواصل المقالة، وأن يواصل جرأته وشجاعته، ويحدد بصورة شجاعة لا تقبل اللبس: من هو المطالب بأن يرحم غزة؟! وبكلمات أخرى: من هو الذي يقسو على غزة؟ ومن هو الذي غيّب شعب غزة عن أجندته وبرامجه وسياساته؟.. هل هو الاحتلال وحده؟ .. هل هي ما عرف « بفصائل المقاومة »؟.. هل هي ما يمكن أن نطلق عليه « قوى المساومة »؟.. هل هي السلطة برأسيها « عباس وهنية وكافة مؤسساتها « ؟..

 

نعم.. بكل شجاعة وجرأة يجب أن يحدد نصيب كل واحد من هؤلاء؛ ومدى مسئوليته عن « حالة الانحطاط والفشل » التي تتغلغل في مفاصل حياتنا.. إذ لا وقت للمجاملة؛ فنحن على أبواب نكبة؟!.. وهي بالفعل نكبة بكل المعاني؟!؟!.

 

في سنة 1948 ضاعت فلسطين الوطن؛ حيث طرد الفلسطينيون البسطاء المساكين من بيوتهم ومزارعهم بعد أن وضعوا آمالهم على أكتاف ليست أهلاً لها..

 

وفي هذا العام 2006 يضيع المواطنون الفلسطينيون في نكبة جديدة تحت سطوة الظلم والفساد والحرمان والانقسامات والفقر والجهل وفقدان الأمن والفوضى.. بعد أن وضعوا آمالهم، مرة أخرى، على أكتاف ليست أهلا لها!!.

 

نعم.. إن الحقيقة مرة، ومرة جدا.. نحن أمام مأساة.. وأمام نكبة.. وأمام خيبة أمل لا يمكن إخفاؤها من الساسة الكذّابين الذين يُسَوِّقون « الهزيمة » على شعوبهم على أنها « انتصار » {إن الله لا يهدي من هو مسرف كذاب}.

 

علينا أن نعترف ونقول أن المشروع الصهيوني قد حقق إنجازين مهمين في العقد الأخير: الأول عام 1993 عندما أقام سلطة الحكم الذاتي، التي أراحت الاحتلال وأعفته من مسؤولياته المدنية تجاه السكان، وهي سلطة منزوعة السيادة ومسلوبة الإرادة، لا حول لها ولا قوة إن يسْلُبها الذباب شيئا لا تستنقذه.

 

أما الانتصار الثاني للمشروع الصهيوني فقد تمثل في: « استدراج » حركة حماس التي كانت تمثل أمل كبير للأمة وللشعب والقضية، وهي التي عارضت نكبة أوسلو وبكل ضراوة، إلى ذات المربع الذي تتحكم إسرائيل بكل خيوطه!.

 

 

وبالمناسبة؛ فإننا لسنا ضد خوض حماس للانتخابات التشريعية؛ لكن الخطأ الذي وقعت فيه حماس هو الأساس الذي تمت بناء عليه المشاركة، حيث اعتبرتها سلطة وطنية ذات سيادة، وكان يجب أن تكون المشاركة على أساس « عدم الاعتراف بوطنية وشرعية وسيادية السلطة » وإنما وضعها في سياقها وإطارها الصحيح فهي « سلطة حكم ذاتي تحت السيادة الإسرائيلية »، وفي أحسن أحوالها لا تعدو كونها « أداة » لخدمة الفلسطينيين في حياتهم المدنية!.

 

إن هذا الاجتهاد أشبه ما يكون باجتهاد الحركة الإسلامية داخل أراضي العام 1948 بدخول انتخابات السلطات المحلية العربية (وبالمناسبة فإن المجالس المحلية العربية داخل أراضي 1948 هي أكثر حصانة مما يسمى « بالسلطة الفلسطينية »).

 

إن السيادة القانونية والسياسية للسلطة الفلسطينية في سيادتها على الأرض والإنسان لا تزيد كثيرا عن تلك التي تمتعت بها روابط القرى التي طرحت،في حينه، على مصطفى دودين في الضفة الغربية بعد اتفاقية كامب ديفيد!.

 

من المؤسف أن حماس بعد فوزها بالانتخابات لم تكتفِ بوصف سلطة الحكم الذاتي بـ « الوطنية » و »الشرعية » بل اعتبرها كثير من خطباء حماس بأنها « نواة » للخلافة الراشدة!!.

 

ومكمن الخطورة في الأمر:أن تلتصق صورة الحكم الإسلامي في أذهان الناس بما هو واقع في دنياهم من فقر ومرض وانعدام للأمن وتفش للأمراض الاجتماعية والأخلاقية.

 

 

إن على قيادة حماس أن تدرك أن « مصلحة الإسلام » لا يمكن قياسها بوجود « حزب » ما أو « شخص » ما في الحكم، وإنما تقاس بمدى تحقق « مقاصد الشريعة » في المجتمع من حفظٍ للنفس والدين والمال والعرض والعقل وما يترتب عليه من سيادة الأمن الاجتماعي والأخلاقي والرفاهية والعفة والعلم و العزة والكرامة والسيادة و العدالة.

 

 

والآن فلنعد مرة أخرى إلى السؤال الذي طرحناه في مطلع هذا المقال: من الذي كان وما زال يقسو على غزة؟.

 

نحن هنا لن نتحدث عن « قوى المساومة » داخل المجتمع الفلسطيني؛ فلدينا اعتقادٌ أن بطاقة ال VIP في جيب أحدهم أكبر من فلسطين من نهرها إلى بحرها، طالما أن هذه البطاقة تفتح له السدود والحدود الإسرائيلية التي يموت عليها الفلسطينيون والفلسطينيات آناء الليل وأطراف النهار!.

 

وكذلك لا نريد الحديث عن الاحتلال لأنه محل سباب الخائنين قبل الصالحين!.

 

 

لا نريد الحديث عن « دور السلطة »، بكل هيئاتها، لأن ذلك يحتاج إلى حديث طويل ودقيق، ولأننا نعتقد أن أزمة الحكومة الفلسطينية هي في أحد جوانبها، انعكاس لأزمة حركة حماس، وهذا الأمر يحتاج إلى وقفة طويلة؛ بل وطويلة جدا، من كل المخلصين للحركة الإسلامية لـ » إعادة قراءة التجربة » من جديد على قاعدة أن الاعتراف بالخطأ خير من التمادي فيه، وإننا نعتبر أن إعادة قراءة تجربة حركة حماس هي « دينٌ » معلق في رقاب كل الغيورين على مصلحة الإسلام وفلسطين.

 

 

لكنا في هذا المقال نود أن نتحدث عن قسوة ما عرف بـ « قوي المقاومة » على غزة وشعب غزة، وقبل أن نتناول « مظاهر » القسوة هذه من قِبَل « فصائل المقاومة » (ونستشهد بكثير من الأمثلة الحية التي تؤكد غياب الشعب عن أجندة هذه الفصائل!) نود نطرح مجموعة من الأسئلة التي نعتقد أنها عميقة وعميقة جداً، وأن عدم امتلاك « قوى المقاومة » لإجابات على هذه الأسئلة؛ كان سبباً في انحراف هذه التنظيمات، وهو الانحراف الذي سنقوم بتوصيفه فيما بعد. وهذه الأسئلة هي:

 

 

- بعد خمسة أعوام من الصبر والتضحية والجهاد.. أين كنا؟ أين أصبحنا الآن؟ وأين سنكون غدا؟!

 

- هل المقاومة هدف في حد ذاته.. « هدف مقدس لا يجوز الاقتراب منه ».. أم أنها وسيلة تكتسب شرعيتها من خلال ما « تنجزه » للوطن والمواطن؟

 

- أيّهما أهم، من وجهة نظر الشريعة الإسلامية ومقاصدها: الوطن أم المواطن؟.. فهل يجوز ،مثلا، التضحية بالإنسان الفلسطيني (حياته، أمنه وكرامته) من أجل « الوطن » فلسطين، أم أن العكس صحيح؟ أقصد أن حفظ الإنسان الفلسطيني شرط لحفظ فلسطين؟!.

 

- أين يقع الفلسطينيون من مشروع تحرير فلسطين؟ وما هو القدْر الذي يجب أن يتحملوه من تكاليف هذا المشروع؟

 

وهل يجوز، مثلا، أن يُسحق الفلسطينيون وأن يعايشوا، لعشرات السنين، كل أصناف الموت والإهانة والذل وحدهم؟ وذلك نتيجة لحالة من الانحطاط الحضاري الذي يضرب مفاصل الأمة العربية والإسلامية منذ عشرات السنين.

 

- ما هي مقومات وآفاق المقاومة في فلسطين بعد انسحاب الجيش الإسرائيلي من قطاع غزة وبناء الجدار في الضفة الغربية؟

 

- إلى أي مدى يُعتبر شعار « يدٌ تبني ويدٌ تقاوم » ( والذي طرحته حركة حماس) منطقيا؟. وهل يمكن الجمع بين  » السلطة  » و »المقاومة »؟!

 

 

هذه الأسئلة كثيرة وموجعة، ولا نرى، للأسف، أن  » قوى المقاومة » توقفت عندها، بل إننا نعتقد أن « عدم التوقف » عند هذه الأسئلة كان سببا لما أصاب غزة، وما سيصيبها، في الأيام والأسابيع والشهور القادمة؟!.

 

 

إن غزة جديرة وتستحق الرحمة.. غزة التي أعطت.. وجادت.. وعطفت.. وآوت.. وجاهدت وعُذبت.. وصبرت؛ تستحق الرحمة.

 

لكن هذه الرحمة لن تأتي من الاحتلال، ولا من « المساومين المقامرين »، لكنها تستحق الرحمة من « نار » بعض المقاومين، الذين « ضل » سعيهم في الحياة الدنيا وهم « يعلمون » أنهم لا يحسنون صنعا!.

 

 

إن التنظيمات المسلحة، وللأسف الشديد، هي من أسّس لكثير من مظاهر الخراب الذي يعيشه الإنسان الفلسطيني اليوم..

 

فهي التي روّجت للسلاح في أيدي العائلات!..

 

وهي أول من اعتدى على الممتلكات العامة!!..

 

وهي أول من قتل العشرات من أبناء شعبنا في عمليات فاشلة، وفاشلة جدا؛ دون رقيبٍ أو حسيب!!!..

 

وهي أول من تحلل من أي ضابط فكري أو أخلاقي.. مثلها في ذلك مثل القبائل!.

 

وللمتأمل أن يرى هذه الحقيقة المُرة في قواعد وعناصر هذه التنظيمات، كيف تتضخم لديهم الأخلاق الحزبية والقبلية و الذاتية على حساب القيم الوطنية والأخلاقية.. وهذا يعود إلى « المنهل » الذي يتربى عليه وينتهل منه هؤلاء الشبان!.

 

فهذه التنظيمات لا يهمها، مثلا، الممتلكات العامة والنظام والنظافة وحرمة المجتمع.. وكل ما يهمها هو ألا يقع مسٌ مباشر بالقبيلة الحزبية!.

 

فهل هناك من مظاهرة واحدة قام بها تنظيم سياسي للتنديد بالسطو على الأراضي الحكومية مثلا؟!

 

هل هناك مسيرة واحدة قام بها تنظيم سياسي للتنديد بالفساد المالي؟

 

وهل هناك مظاهرة واحدة قام بها تنظيم سياسي للتنديد بقتل « الأبرياء » في كل أنحاء هذا الوطن؟.

 

لكن في المقابل نستطيع أن نذكر « عشرات » المظاهرات و »مئات » المهرجانات و »آلاف » الفعاليات التي تحشد لها الأحزاب (الدينية منها والعلمانية) من أجل قضايا تمس الحزب بشكل مباشر! .

 

 

أليست التنظيمات نفسها، وعلى رأسها حماس وفتح (لن نذكر التنظيمات الصغيرة فبعضها يدور في فلك حماس وآخر في فلك فتح، ورابع يجاريهما) هي من بدأ الاستعراضات المسلحة و مهرجانات الانتصارات « الوهمية » في الشوارع و الساحات.. التنظيمات بدأت بحمل السلاح في الشوارع قبل العائلات؟ وهي أول من لوّث الجدران وشوّه واجهات البيوت والمحلات والمدارس والمستشفيات بالشعارات الفارغة من أيّ مضمون؟.. حماس و فتح وبقية التنظيمات هي من أسس لثقافة إغلاق الشوارع لإقامة المهرجانات، وهي التي ملأت الشوارع و أعمدة الكهرباء ( وحتى أروقة المساجد والمآذن) بالأعلام و الرايات، حتى المساجد تحولت إلى مقرات حزبية!. التنظيمات هي التي أسّست لكل العادات السيئة في هذا الوطن المنكوب بثقافة وممارسات نخبه السياسية و الحزبية. وهي من بدأ « بتسليح » العائلات والإستقواء بها في فرض سطوته و جبروته على البلد ومجمل حياة الناس.

 

 

ثم ماذا عن هذه « الصواريخ » التي تطلق بسبب وبدون سبب،.. الأمر الذي شكل ذريعة لعشرات الاجتياحات الإسرائيلية، وتسبب في « الخراب » الهائل الذي لحق بمزارع المواطنين الفقراء، وانقطاع رزقهم واستشهاد عشرات العشرات من الأبرياء المظلومين، دون أن تكلف قيادات التنظيمات نفسها ولو لمرة واحدة بإجراء عملية جرد ومراجعة لـ »جدوى » هذه الصواريخ، ولـ « الثمن » الذي ندفعه جراء إطلاقها..

 

ومن الذي يدفع هذا الثمن، هل هو التنظيم الذي قام بإطلاق الصاروخ؟! أم هو العائلة الفقيرة المستورة التي تم إطلاق الصاروخ من جوار منزلها أو تلك التي سقط الصاروخ في فناء بيتها أو مزرعتها؟! .

 

 

إلى أي منطق؛ فقهي أو وطني، كانت تحتكم تلك التنظيمات، الكبيرة والصغيرة منها على حد السواء، عندما تطلق القذائف باتجاه المعابر؟! وتُرسل مقاتلين متخفين بين طوابير العمال السارحين في جوف الليل إلى أماكن عملهم!. أو عندما يُرسل « استشهاديٌ » على هيئة مريض في سيارة إسعاف تابعة لوزارة الصحة تنقل مرضانا الذين  » تعذّر » علاجهم في مستشفياتنا إلى المستشفيات الإسرائيلية؟. لم يكن احد من الناس يقوى على الكلام، خشية أن يتهم في دينه أو عمالته للاحتلال، كان على هذه الجموع من العمال والمزارعين وهذه الحشود من البسطاء، المسحوقين، الهائمين على وجوهم، أن تخرس والا فهي خارجة من الدين والملة ومارقة من الوطنية (كانت هذه رسالة حماس و فتح و الجهاد من خلال خطباء المساجد والشعارات على الجدران و مكبرات الصوت التي تصدح في الشوارع ليل نهار).

 

لم يحدث أن اتفقت التنظيمات المحترمة، ولو لمرة واحدة، بالمطالبة بنزع سلاح العائلات، وان توضع كل ضوابط الأرض لمنع ظهور المسلحين في الشوارع، ومحاسبة كل من يحمل السلاح ووضعه تحت طائلة العذاب الصارم- لا فرق بين مقاوم وبلطجي- وبدون رحمة لأحد.

 

من المؤسف القول بان التنظيمات في كثير من الحالات أصبحت وبالا على شعبنا، جُلّ همها كيف تحشد الأتباع و الأنصار وتأخذ العهد منهم على  » السمع والطاعة »، وتكرس لديهم الولاء للحزب بما يفوق الولاء لله أو الوطن، والكفر بالتنظيمات المنافسة.

 

 

كيف يمكننا اليوم أن نقيّم الكثير من العمليات التي تمت آنذاك إلا من باب  » التزاحم بين التنظيمات على السلطة ». التنظيمات الفلسطينية للأسف تبدو في مواقف كثيرة أنها المستفيد من حالة الفقر والبطالة والجهل وكأن سر قوتها في احد جوانبه يكمن في تدني ثقافة عناصرها أو حاجتهم للمال.

 

كم هي الأموال التي تم صرفها لشراء قماش اللافتات والأعلام حتى تحول الوطن إلى سوق لبيع قماش للعشائر الحزبية، ثم باسم من جرى جمع هذه الأموال التي صرفت لتشويه الجدران ؟

 

 

لقد رأى الجميع عناصر التنظيمات براياتهم المتنوعة في مدخل مستشفى الشفاء وأمام ثلاجة الموتى أثناء الاجتياح الإسرائيلي لمنطقة العطاطرة (شمال غزة) في انتظار جثة شهيد ( طفل، رضيع في حضن أمه، رجل مسن، امرأة كانت تبيع الخضرة على حمارها ) لتلفه برايتها و تدمغه بختمها وتضيفه إلى سجل منجزاتها وشهدائها في معركة التحرير!..

 

 

لقد عانى هذا الوطن الكثير.. من « السياسي الخائن ».. ومن « المثقف المهزوم ».. ومن « الكاتب الذي يقبض ثمن المديح وثمن الهجاء »؛ لكن ما نخشاه اليوم هو ظاهرة  » المسلح المأجور »، الذي يطلق في كل الجهات، ولحساب كل الجهات.

 

 

لا يستطيع احد من « جميع » التنظيمات « التهرب » من المسئولية تجاه هذه الظاهرة التي أصبحت تهدد حاضرنا ومستقبلنا، وسنكتشف وقتها كم هو « عبثي » و « مبتذل » الحديث عن  » الثوابت الوطنية »، فيما السكين تسرق أرواحنا وتغور بين لحمنا وعظمنا ونحن فاقدو القدرة على تحسسها.

 

وفي الختام: إن مصائب كثيرة وكثيرة جدا حَلَّت، عشرات الأشخاص قتلوا بدم بارد في شجارات عائلية وجنائية وسياسية، آلاف العمال والمزارعين لا احد يعرف أين ذهبوا.. ماذا يأكلون.. ماذا يلبسون.. ماذا يتسحرون.. ماذا يفطرون، عشرات الآلاف من تلاميذ المدارس لا زال الغبار يتراكم على مقاعد دروسهم، ألاف الدونمات تم تجريفها. وإننا نعتقد جازمين أن أطرافا عديدة يجب أن تُسأل عن جرائمها وعن عجزها وفشلها وتقصيرها!




Ce Blog ?

30052007

Adieu

Le jour de mon 29ème anniversaire, le 21 mars 2007, je m’offre un nouveau blog : Ecrire sans censures !

Car je me fais des soucis pour le jour où, dans quinze ou vingt ans, mes enfants me demanderont :

« Papa ! Tu faisais quoi quand ils ont censuré toutes les libertés … au nom de Dieu ?« 

Et donc, j’ai décidé de ne pas me taire … de contester toutes les manœuvres « islamistes » visant à réduire mon existence et mon expression au silence … de ne pas composer avec tout pouvoir s’autoproclamant représentant de Dieu sur Terre … d’inscrire le restant de ma vie au service de l’écriture  libre  et engagée du côté des valeurs et principes qui font de moi un humain … d’engager des réflexions critiques sur ma condition et sur mes choix de tous les jours … de partager mes idées avec le monde entier à travers le net … de pouvoir y publier mes humeurs et de rendre compte des choses que j’ai vécu et qui méritent de sortir du cadre personnel …

Ce blog est par conséquent, mon espace, et le vôtre aussi, pour écrire ce qui mérite d’être partagé avec vous … sans censures !

Étant donné que je suis néophyte en matière d’écriture et de gestion de blog, d’avance je vous présente mes excuses pour toutes les erreurs et toutes les imperfections que vous ne manquerez pas de relever ! Merci de me signaler mes fautes de frappe, de grammaire et de conjugaison ! Aussi, toutes vos critiques, vos remarques et vos suggestions sont les bienvenues, celles-ci me permettront sans aucuns doutes d’améliorer la forme et de revoir les contenus.

Ecrire sans censures ! est une façon de pratiquer l’écriture spontanée de mes idées, qui sont toujours en construction. En effet, si ma pensée évolue dans la durée, son expression quant à elle, s’invente dans l’instant sous une forme plutôt statique. C’est pourquoi, je m’engage à expliquer à chaque fois l’évolution de mes pensées pour éviter toute confusion ou tout double discours apparent et nuisible.

Ecrire sans censures ! est l’espace qui m’offre une liberté de pensée et d’expression sans limites et sans tabous. On y trouvera donc des sujets traitant des questions de société, de religion, de politique, d’histoire, des sciences, d’humour, d’art, de caricature, etc.

Ecrire sans censures ! est ma tribune me permettant de formuler un avis instantané sur des idées ou des choses passées, présentes ou à venir. Cela représentera, je l’espère, une réponse recevable à l’interrogation légitime de mes enfants dans quinze ou vingt ans.

Bonne lecture !

Fraternellement, Mohamed LOUIZI

Villeneuve d’Ascq, le : 21 mars 2007




Des intellectuels musulmans accusés d’apostasie

20052007

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Par Aluma Dankowitz*

Introduction

A l’occasion du 16ème anniversaire de la fatwa de l’ayatollah Khomeiny appelant à l’exécution de Salman Rushdie, les Gardiens de la Révolution iranienne ont annoncé: « Le jour viendra où l’apostat Salman Rushdie recevra enfin le châtiment qu’il mérite pour son geste honteux et diffamatoire à l’encontre du Coran et du Prophète. Ali Khamenei, Guide d’Iran, a souligné que la peine de mort consécutive à la publication des Versets sataniques de Rushdie est irrévocable. » [1]

Il est fréquent dans le monde islamique d’accuser des musulmans – et en particulier des intellectuels, des artistes et des écrivains – d’impiété (« takfir »). Le châtiment réservé à l’apostat (« murtadd »), instauré aux premiers temps de l’islam, est la peine de mort. Ce châtiment fut appliqué à grande échelle dans la période consécutive à la mort du prophète Mahomet, époque où Abou Bakr, successeur de Mahomet, menait les guerres de « ridda » (abandon de l’islam) contre les tribus qui délaissaient l’islam. Dans l’histoire moderne de l’islam, il existe encore de nombreux cas d’accusation d’apostasie contre les musulmans qui dévient des dictats islamistes.

La section 228 du code pénal islamique iranien précise qu’un « criminel » doit être disculpé « s’il est prouvé au tribunal que le sang de la victime était permis ». Un exemple de l’application de cette loi est la récompense de plus de deux millions de dollars offerte pour l’élimination de Salman Rushdie, accusé d’apostasie. D’autres célèbres exemples sont l’exécution, en 1985, du philosophe soudanais soufi Mohammed Mahmoud Taha, accusé de ridda, et l’assassinat par des islamistes, en 1992, de l’Egyptien laïque Faraj Foda, pour des raisons similaires. Quand le chef des Frères musulmans, le cheikh Mohammed Al-Ghazali, a été prié de donner son opinion sur ces exécutions sommaires, il s’est contenté de souligner que « la peine pour la ridda que le dirigeant [du pays] n’a pas voulu appliquer a maintenant été appliquée. » En 1994, des islamiste ont attenté à la vie de Nagib Mahfous [2], prix Nobel égyptien.

Dans d’autres cas, des activistes conservateurs musulmans ont exploité la loi de Hisbah permettant à n’importe qui d’engager des poursuites contre qui que ce soit d’autre au nom de la société. C’est ainsi que de nombreux intellectuels ont été accusés de ridda. Une fois déclarés coupables, ils pouvaient être forcés, par le tribunal, à divorcer de leurs femmes (« tafriq »), en vertu de la loi qui veut que lorsque l’un des conjoints d’un mariage musulman devient apostat, le mariage est invalidé. Ainsi, en 1995, un tribunal égyptien a obligé le Dr Nasser Hamed Abou Zayd, l’auteur de recherches critiques sur le Coran, à se séparer de sa femme. En 2001, l’Egyptienne Nawal Al-Sadawi, écrivain féministe, a été poursuivie en justice de la même façon. Toutefois, le procureur qui, en vertu d’un amendement datant de 1996, est seul habilité à décider de la légitimité d’un procès, a rejeté les accusations contre elle.

Le cheikh Al-Qaradhawi appelle à l’application de la peine de mort en cas de ridda

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram Al-Arabi, le cheikh Youssef Al-Qaradhawi, l’un des plus grands oulémas de l’islam sunnite et des milieux islamistes, et l’un des guides spirituels du mouvement des Frères musulmans, évoque le point de vue de la loi religieuse moderne sur l’application du châtiment pour ridda, et cautionne l’assassinat des libres penseurs musulmans dont les opinions diffèrent de celles des oulémas islamistes.

A la question: « Dans la religion musulmane, un homme est-il libre de changer de religion comme bon lui semble ? », Al-Qaradhawi répond en traçant une distinction entre deux types de ridda: « Une des libertés que l’islam refuse est la liberté de ridda quand celle-ci se propage et menace le tissu social et ses fondations. D’un côté, il existe des cas de ridda limitée et de l’autre, des cas de ridda de propagation.

La ridda limitée est celle de l’individu qui change de religion et qui ne s’intéresse pas aux autres. Selon l’islam, le châtiment d’un tel individu est [l'Enfer] dans le monde à venir (…)

Mais [dans l’autre type de ridda ], la ridda de propagation, l’individu qui abandonne l’islam appelle [les autres] à en faire autant, [créant ainsi] un groupe dont la voie n’est pas celle de la société, dont le but ne correspond pas à celui de la nation [musulmane], un groupe qui n’est pas solidaire de la nation islamique. De tels individus représentent un danger pour le tissu social ; ils sont comme les murtaddoun [apostats] combattus par [le premier calife], Abou Bakr, et les compagnons du Prophète ( Sahaba ). Ces murtaddoun se faisaient passer pour des prophètes ayant la même inspiration que le prophète Mahomet (…) »

Répondant à la question de savoir quelle devrait être l’opinion du sage musulman de l’époque actuelle sur le danger de ridda, Al-Qaradhawi a déclaré: « Le plus grand danger pour le musulman est celui qui menace son existence spirituelle, c’est-à-dire sa foi. C’est pourquoi l’apostasie, ou l’impiété, quand on a été musulman, est le pire des dangers pour la société (…)

A notre époque, la société musulmane subit de violentes invasions et de dures attaques visant à la déraciner, comme dans le cas de l’invasion des missionnaires chrétiens, qui a débuté avec le colonialisme occidental et qui se poursuit dans le monde islamique ainsi que parmi les communautés et les minorités islamiques [en dehors du monde musulman] (…), comme dans le cas de l’invasion communiste qui a détruit des pays musulmans entiers en Asie et en Europe, faisant tous les efforts possibles pour éradiquer l’islam (…), et comme dans le cas de la troisième invasion, la pire de toutes, l’invasion laïque qui se poursuit jusqu’à ce jour au cœur du monde islamique, de façon déclarée ou non, et qui persécute le véritable islam (…)

Pour que la société musulmane se préserve, elle doit lutter contre la ridda, d’où qu’elle vienne et sous toutes ses formes, afin de ne pas la laisser se répandre comme un feu dans un champ d’épines. C’est ce qu’ont fait Abou Bakr et ses compagnons en combattant les gens de la ridda qui suivaient les faux prophètes (…) On ne peut faire autrement qui de lutter contre la ridda individuelle pour éviter que la situation n’empire et que ses étincelles ne se propagent, jusqu’à aboutir à une situation de ridda collective (…) C’est pourquoi les sages musulmans ont convenu que le châtiment administré au murtadd [celui qui est coupable de ridda] (…) est la mort (…) » [3]

Dans son ouvrage Islam et laïcisme, Al-Qaradhawi explique: « Les sages musulmans se sont unanimement mis d’accord sur le fait que quiconque nie une donnée religieuse (…) est un apostat qui a abandonné sa religion. L’imam doit lui demander de se repentir ; [s'il refuse], les lois de murtadd s’appliquent à son cas. »

Sayyed Al-Qimni, intellectuel égyptien progressiste, qui a cité la phrase ci-dessus dans l’hebdomadaire égyptien Roz Al-Youssef, en a expliqué la signification: « D’après Al-Qaradhawi, le châtiment [pour la ridda ] ne s’applique pas uniquement dans la cas d’une personne qui décide de son plein gré de quitter l’islam pour ce qui satisfait son coeur et sa conscience – que ce soit une autre religion ou autre chose. En principe, ce châtiment s’applique [aussi] au musulman qui suit les lois de sa religion (…) mais n’est pas d’accord avec ceux qui se sont nommés prêtres de l’islam et qui se font appeler ‘sages religieux’ (…), notamment dans les cas où le litige porte sur la compréhension d’une donnée de l’islam (…) En effet, [les prêtres de l'islam] ont décidé que leur compréhension des saintes Ecritures est la seule permise, qu’elle est vérité absolue, et que toute autre [interprétation] est absolument fausse (…) Toute tentative de former une nouvelle pensée à la lecture des Ecritures est rejetée [et qualifiée] d’abandon de la religion (…) et le châtiment de celui qui a émis une pensée nouvelle ou exprimé une opinion différente est la mort. » [4]

Les problèmes de ridda, takfir et tafriq sont une source de préoccupation importante dans le monde musulman, comme le montrent les récents cas suivants:

Récent procès en Egypte: un intellectuel contraint de divorcer

Les déclarations de l’écrivain égyptien et scénariste télé Oussama Anwar Ukasha, diffamatoires à l’égard de l’un des compagnons du Prophète, Amr Ibn Al-Aas – dirigeant les forces qui ont exporté l’islam en Egypte, ont provoqué une onde de choc en Egypte. M. Ukasha a accusé ce compagnon d’être « la figure la plus méprisable de l’islam » en raison des divisions et des conflits internes qu’il a occasionnés. L’avocat Nabih Al-Wahsh, qui a déjà poursuivi en justice l’écrivain égyptien Nawal Al-Sadawi, a engagé des poursuites similaires pour séparer M. Ukasha de son épouse, affirmant qu’en attaquant Ibn Al-Aas, M. Ukasha était devenu un murtadd et avait déserté l’islam.

Les façonneurs d’opinion égyptiens sont divisés sur l’affaire: le Dr Abd El-Sabour Shahin, conférencier sur la loi islamique à l’université du Caire, a estimé qu’Amr Ibn Al-Aas tenait une place importante dans l’islam, et que donc « nous ne permettrons à aucun laïc de le discréditer. » Il a manifesté son soutien aux mesures légales prises contre M. Ukasha afin de mettre fin au tort causé aux compagnons du Prophète et de dissuader qui que ce soit de salir l’image des héros de l’islam.

Face à cela, l’intellectuel musulman Gamal Al-Bana, frère du fondateur des Frères musulmans, Hassan Al-Bana, a fermement repoussé toute tentative visant à frapper d’ostracisme un musulman ou de l’accuser d’apostasie, assurant qu’il est légitime de critiquer les compagnons du Prophète. Il a déclaré: « Les procès auxquels nous assistons aujourd’hui pour frapper des individus d’ostracisme et empêcher l’émergence de certains idées rappellent des périodes antérieures. Nous devons comprendre que l’islam a accordé à l’Homme la liberté de pensée. L’histoire de l’islam montre que tout le monde peut se tromper, hormis le Prophète. Les compagnons du Prophète ont commis des erreurs, et c’est pourquoi il ne serait pas juste de les exempter de toute critique. Cela ne nous donne pas le droit de maudire un compagnon du Prophète ou qui que ce soit d’autre, ni de toucher à leurs croyances, mais nous sommes en droit de critiquer leurs actions en termes politiques. C’est un fait connu que l’histoire d’Amr Ibn Al-Aas est sujette à polémique. C’est pourquoi rien ne peut nous empêcher de nous opposer à son point de vue politique. » [5]

Milieux islamistes: Ceux qui ne voient pas dans la Sunna une source de réglementations religieuses sont des apostats

Gamal Al-Banna lui-même a dernièrement fait les gros titres des journaux avec la censure de son livre ( Responsables de l’échec de l’Etat islamique ) par l’Institut de recherche islamique de l’université Al-Azhar du Caire. [6] Son nom est aussi apparu dans une étude détaillée contre « les adversaires de la Sunna », affichée sur le site musulman www.mojahid.net dont la devise est « La vie dans la voie du Prophète est plus dure que la mort pour lui », site qui encourage les musulmans à se consacrer à Allah conformément au Coran et à la Sunna.

Son étude s’intéresse à l’histoire de la réfutation de la Sunna en tant que source légitime, réfutation qui a vu le jour au deuxième siècle de l’islam (huitième siècle de notre ère). Ce mouvement considère le Coran comme la seule source de décrets islamiques. Son étude présente les différents groupes musulmans ayant rejeté la Sunna, partiellement ou dans sa totalité: les chiites, les Khawarij [7], les Moutazila [8] et les orientalistes. L’auteur s’intéresse ensuite au développement du mouvement de la réfutation de la Sunna dans différents pays et évoque les grands centres de ce mouvement, en Inde, au Pakistan, en Iran, en Irak et en Egypte.

L’étude porte en outre sur les grandes figures qui ont prôné, ou prônent, une telle approche, notamment les réformistes de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle: le savant égyptien Mohammed Abdou (décédé 1905) et son disciple, le savant syrien Mohammed Rachid Rida (décédé 1935), les écrivains égyptiens Taha Hussein (décédé 1973), Ahmed Amin (décédé 1954), Tawfiq Al-Hakim (décédé 1987), le dirigeant libyen Mouammar Khaddafi, M. Ahmed Subhi Mansour, ancien maître de conférences à l’université Al-Azhar, limogé pour ses vues sur la Sunna, et l’intellectuel syrien libéral Mohammed Shahrour.

Après avoir évoqué le développement du mouvement de réfutation de la Sunna, l’auteur estime que les doutes soulevés pas les détracteurs de la Sunna, passés et présents, devraient être soumis à un examen approfondi tandis qu’il convient d’indiquer qu’ils n’ont aucune raison d’être. En outre, l’auteur juge que les adversaires de la Sunna devraient tous être décrétés apostats (irtidad) et que les lois d’Allah devraient être appliquées. Le châtiment réservé à celui qui introduit des innovations interdites dans l’islam doit être administré à ceux qui s’opposent aux traditions islamiques ; ces adversaires doivent expier leurs fautes ou être condamnés. En outre, il convient de créer une association mondiale des défenseurs de la Sunna. [9]

Une opinion similaire a été exprimée par le cheikh Mahmoud Ashour, membre de l’université d’Al-Azhar, qui a déclaré, dans une interview au journal égyptien Al-Masri Al-Yawm: « Quiconque appelle à faire uniquement référence au Coran, ignorant la Sunna du Prophète, est un apostat qui a quitté le sein de l’islam, parce qu’il a nié [un aspect] bien connu de la religion. En outre, il réfute la moitié de la religion, car le Prophète a dit: ‘Si vous vous attachez à ce que je vous ai laissé, vous ne vous tromperez jamais [après ma mort]: le Livre d’Allah [le Coran] et ma Sunna’. La Sunna du Prophète illumine et interprète les paroles du Coran. Elle inclut en outre des sujets absents du Coran, tels que la façon de prier, le pèlerinage, la charité, les autres commandements et des thèmes relatifs aux affaires de la vie. Quiconque affirme que la Sunna doit être ignorée est incontestablement un apostat. » [10]

Les réformistes: les textes coraniques constituent la seule source authentique ; il ne devrait pas y avoir de monopole de l’interprétation des saintes Ecritures ; l’Ijtihad doit être adapté à l’époque actuelle

La question du rejet de la Sunna comme source de lois a été débattue dans un « atelier » sur « l’islam et la réforme » les 5 et 6 octobre 2004 au Caire. La déclaration de clôture soulignait « la nécessité d’appliquer des réformes à la fois religieuses et politiques pour parvenir à une réforme d’ensemble ». Elle appelait en outre à « la création d’un nouveau contexte intellectuel de pensée islamique basée sur des hypothèses claires et sur l’unité, prenant en compte tous les changements intervenus dans la société musulmane ces 11 derniers siècles. » A cette fin, la déclaration prône « une réévaluation de fond de l’héritage islamique, y compris de toutes les sciences islamiques ayant vu le jour au cours des trois derniers siècles de l’islam – les commentaires du Coran, les hadiths (traditions islamiques), les racines de la religion et la loi religieuse », et enjoint « à se fonder sur les textes coraniques comme seule source authentique dans la réévaluation de tout l’héritage islamique ».

La déclaration de clôture appelle également à « faire face à toutes les institutions qui revendiquent le monopole de la religion et prétendent être seules habilitées à interpréter les Saintes écritures [le Coran]. Nous avons besoin d’une nouveau courant qui reconnaîtra le droit de tous à l’Ijtihad, au nom de la réforme islamique qui sied à ce siècle. » [11]

La déclaration de clôture a été signée par d’éminents progressistes et réformistes du monde arabe et islamique: le Dr Saad Al-Din Ibrahim, président du Centre Ibn Khaldun au Caire ; l’intellectuel égyptien Gamal Al-Banna ; l’intellectuel égyptien Dr Sayyed Al-Qimni ; l’intellectuel syrien Mohammed Shahrour ; le Dr Radhwan Masmoudi, directeur exécutif du Centre pour l’étude de l’islam et de la démocratie aux Etats-Unis ; le Dr Najah Kadhim, directeur du Forum islamique pour le dialogue islamique en Grande-Bretagne ; Sharifa Macarandas, présidente de la Ligue des femmes de Mindanao, aux Philippines ; l’intellectuel tunisien Salah Al-Din Al-Jurashi ; le Dr Abd El-Hamid Al-Ansari, ancien directeur du département de la sharia à l’université du Qatar, le Dr Fabyola Badawi, directrice de l’Union arabe européenne pour la démocratie et le dialogue en France ; Abdallah Ali Sabri, rédacteur en chef du quotidien yéménite Saut Al-Shura.

Les recommandations des participants de l’atelier ont fortement contrarié l’establishment religieux égyptien. Dans des propos parus dans le quotidien koweïtien Al-Rai Al-Aam, le cheikh d’Al-Azhar, Mohammed Sayyed Tantawi, a estimé que les conseils des participants de l’atelier faisaient l’effet d’ « un appel explicite à réfuter la Sunna du Prophète, ce qu’Al-Azhar et la société [égyptienne] refusent. » Il a ajouté que « les centres [dont les représentants ont participé à l'atelier] ont une influence destructrice sur la société égyptienne: il convient de faire cesser [leurs activités] et d’engager des poursuites contre [leurs représentants] (…) C’est là un appel explicite à délaisser la principale source des lois islamiques: la Sunna du Prophète. Voilà un danger que certains de [nos] ennemis étrangers ont tout intérêt à promouvoir. » [12]

En réaction aux propos du cheikh Tantawi, le Centre Ibn Khaldun a émis un communiqué expliquant qu’il ne cherchait pas à abolir la Sunna du Prophète, mais appelait à émettre des décrets religieux fondés uniquement sur le Coran – dans les cas de désaccords. Pour répondre à l’accusation du cheikh Tantawi selon qui les participants de l’atelier constituaient « un groupe de séparatistes, dont un membre a autrefois été accusé de trahison », le communiqué précise que Tantawi faisait de toute évidence référence à un procès contre Dr Saad Al-Din Ibrahim et les employés du Centre Ibn Khaldun, soulignant que le Dr Saal Al-Din Ibrahim n’avait pas été accusé de trahison mais d’un autre délit, et que la Cour suprême égyptienne l’avait déclaré innocent, ainsi que les employés du Centre.

Le communiqué pose la question: « Le cheikh d’Al-Azhar est-il habilité à accuser certains intellectuels musulmans de séparatisme ? Cela ne revient-il pas à nous accuser d’apostasie et à mettre nos vies en danger ? Des accusations du même type n’ont-elles pas conduit à l’assassinat de Faraj Foda et à la tentative d’assassinat de Nagib Mahfouz, écrivain de renommée internationale ? Nous demandons à Al-Azhar de ne pas emprunter chemin de takfir, suivi par des groupes violents et extrémistes (…) » [13]

Près d’un mois après la tenue de cet atelier, Sayyed Tantawi, cheikh d’Al-Azhar, s’en est de nouveau pris aux détracteurs de la Sunna, qui voient le Coran comme unique source de décrets religieux, les qualifiant d’ « ignorants, de menteurs et d’hypocrites », et avertissant le public de ne pas prêter attention à leurs opinions, dont le but serait de semer la confusion. Le 5 novembre 2004, dans une conférence organisée par le Conseil suprême pour les affaires islamiques, le cheikh Tantawi a déclaré: « L’attaque contre la Sunna est un moyen employé par les ennemis de l’islam pour [finalement en venir à] attaquer le Coran, car la Sunna n’est là que pour clarifier les loi du Coran (…) Ainsi, quiconque émet des doutes sur la validité de la Sunna prophétique comme source de lois, agit conformément à un plan hostile à l’islam (…) Nous n’avons pas de vie, d’avenir ou de grandeur parmi les nations si ce n’est par notre attachement au Coran et à la Sunna. Nous devons tous être unis dans une même pensée contre ceux qui attaquent et réfutent la Sunna, car les lois portant sur les affaires entre l’homme et Allah ne sont pas correctes sans la Sunna, laquelle explique en détails les régulations et met l’accent sur ce qui est important. » [14]

L’approche critique du Coran conduit aussi à l’apostasie

Les milieux islamiques qualifient également d’apostasie toute approche critique ou scientifique du Coran. Un talk show hebdomadaire sur Al-Jazira évoquait la suppression de certains versets du Coran du programme scolaire dans les pays arabes et musulmans. Ibrahim Al-Khuli, maître de conférences à l’université Al-Azhar, a accusé un invité de l’émission, l’écrivain progressiste Shaker Al-Nablousi, de nier [l'existence] d’Allah, ajoutant qu’il devait être exclu de la communauté de l’islam

Dans une intervention téléphonique, à partir des Etats-Unis, le Dr Nablousi a dit: « Il, devrait y avoir une distinction entre les chapitres du Coran qui traitent de la croyance, chapitres qui ont, pour la plupart, été révélés à la Mecque au cours des dix premières années [de l'activité du prophète Mahomet], et ceux qui ont trait aux lois ou à la vie du Prophète et à ses relations avec ses femmes, ses compagnons, etc. Cela pour dire que certains chapitres conservent leur validité au fil du temps: ce sont les versets révélés à la Mecque (…). Parallèlement, il existe des versets de circonstance concernant les lois qui ont été révélées suite à des événements intervenus il y a 1400 ans. Il y a plusieurs versets que nous appelons versets politiques et militaires, les ‘versets de l’épée’, liés à des circonstances qui existaient autrefois, mais plus aujourd’hui. Les versets de la Mecque, sur les Juifs, les chrétiens et le Peuple du Livre, par exemple, (…) avaient généralement pour objectif de les soutenir, alors que les versets sur les Juifs et les chrétiens à l’époque de la révélation de Médine étaient contraires à ces premiers versets. Pourquoi cela ? Parce que les versets de Médine étaient le résultat de relations politiques changeantes [entre le Peuple du Livre et] les musulmans (…)

La politique est fluide, pas statique ; c’est pourquoi les lois qui reposent sur des fondements politiques sont elles aussi changeantes, pas statiques. En outre, la plupart des versets révélés à Médine sur cette question [le peuple du Livre] se contredisent (…)

Les remous actuels dans le monde arabe [en référence au débat sur le retrait de certains versets coraniques du programme scolaire] ne concernent pas le retrait des versets éternels sur la croyance, mais représentent une tentative pour ne pas enseigner les versets de circonstance qui incitent à la haine et à accuser autrui d’apostasie. Pourquoi [le second calife] Omar Ibn Khattab s’est-il montré, voilà 1400 ans, plus courageux que nous, quand il a éliminé [jusqu'aux] versets relatifs au cœur de la foi, et pas uniquement certains versets de circonstance (…) Comment se fait-il qu’Omar ibn Khattab ait été capable d’agir de la sorte il y a 1400 ans, alors qu’aujourd’hui [Ibrahim] Al-Khuli qualifie d’apostat quiconque éliminerait un verset ou un chapitre du Coran (…) ?

Ibrahim Al-Khuli a repoussé les propos d’Al-Nablousi en ces termes: « Il ne comprend pas [le calife] Omar, prononce des inepties qui ne méritent pas qu’on y réponde. Ni Omar, ni aucun des Sahaba, n’a jamais osé éliminer la moindre lettre du Coran. Ce qui a changé, ce sont les circonstances de l’application [des paroles du Coran] (…) »

Selon Al-Khuli, « Al-Nablousi, Nasr [Hamid] Abou Zayed et leurs gangs s’intéressent à l’aspect historique des Ecritures coraniques (…) Nasr Abou Zayed est allé jusqu’à dire que le Coran est un texte humain qui s’est développé et s’est cristallisé, tel un produit culturel. C’est un mensonge ; voilà pourquoi la peine du tribunal égyptien le concernant est le châtiment pour ridda, et s’il n’avait pas quitté l’Egypte, il aurait été exécuté (…) Al-Nablousi ne mérite pas qu’on discute avec lui, ni [même] que je mentionne son nom. Il a menti en prétendant que certains versets coraniques se contredisaient. Dire une chose pareille revient à se rendre coupable d’apostasie, à quitter la communauté [musulmane] par la plus grande porte. Et j’assume la responsabilité de ce que je dis. » [15]

* Aluma Dankowitz est directrice du projet de Réforme de MEMRI

 


[1] IRNA (Iran), le 12 février 2005.

[2] Voir l’article de l’intellectuel libéral tunisien Lafif Lakhdhar, http://www.rezgar.com/debat/show.art.asp?t=2&aid=8336, le 1er juillet 2003.

[3] Al-Ahram Al-Arabi (Egypte), le 3 juillet 2004.

[4] Roz Al-Yussouf (Egypte), le 17 septembre 2004.

[5] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 19 octobre 2004.

[6] Al-Hayat, (Londres), le 9 septembre 2004.

[7] Khawarij, la première opposition religieuse à l’islam, a vu le jour avec le départ d’un groupe de musulmans du camp du 4ème calife, Ali Bin Abou Taleb, lors de la Bataille de Sifin, en 657.

[8] Mu’tazila, courant rationaliste des 9ème et 10ème siècles, a tenté d’établir les principes de la foi religieuse sur des bases logiques et rationnelles.

[9] http://mojahid.net/ib/index.php?s=880b3a65504793196a9941ae472f7bf5&showtopic=4332&st

[10] Al-Masri Al-Yawm (Egypte), le 25 octobre 2004, cité dans Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 26 octobre 2004

[11] Ijtihad, ou le recours au jugement personnel, a été suspendu au 10ème siècle par un consensus d’oulémas, et n’a pas été rétabli depuis. Pour le texte complet des recommandations, consulter http://www.mengos.net/events/04newsevents/egypt/october/ibnkhaldun-English.htm

[12] Al-Rai Al-’Aam (Koweït), le 8 octobre 2004.

[13] http://www.hrinfo.net/egypt/makal/pr041010.shtml

[14] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 7 novembre 2004.

[15] Al-Jazira TV (Qatar), le 5 octobre 2004.




Monstre du « qu’en-dira-t-on ? » communautaire ! Phobies islamistes

1042007

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Par : Mohamed LOUIZI 

            Dans sa chronique dans le magazine Le Monde des Religions (1), intitulé « Où sont passé les intellectuels musulmans ? », Jean Mouttapa (2) lance un appel à ceux résignés parmi ces intellectuels, leurs invitant de se libérer de l’emprise du « qu’en-dira-t-on communautaire ?», de libérer l’expression de leurs pensées en se livrant tout d’abord, à l’exercice de l’autocritique et de « penser contre soi-même ». Et ensuite, d’exprimer celle-ci « haut et fort en penseurs affranchis ». Jean Mouttapa reconnaît que dans les pays « musulmans », les intellectuels sont tous, plus ou moins soumis à « une terrible censure politico-religieuse ». Mais, il estime anormale, que d’autres intellectuels vivant sur le sol européen et français n’arrivent pas à se dégager définitivement de cette emprise monstrueuse qui les maintient silencieux, voire peureux et effrayés, de la réaction de je ne sais quelle « communauté musulmane » !  

 

Il est vrai que ladite « communauté musulmane » a, depuis des siècles, définit son territoire et ses lignes rouges, supposées sacrées et intransgressibles.  Elle a définit aussi les critères que tout membre, intellectuel ou pas, se doit d’observer pour avoir la paix communautaire, sinon, le rejet et bien d’autres sorts, lui seront réservés s’il ne renonce pas à ses dépassements pernicieux.

Les pouvoirs politiques, en alliance avec des religieux, ont joué un double rôle dans ce sens. D’abord, ils ont déterminé ce qu’est l’identité de ladite « communauté musulmane », qui se résume, selon la conception dominante de cette même alliance, en une et une seule appartenance hégémonique, à savoir : l’appartenance religieuse, et en l’occurrence « l’islam du pouvoir »  en place. Et ensuite, ils ont mis à disposition tout un arsenal juridico-religieux de maintien de l’ordre établit. Et dans ce cadre, même les pires moyens illégaux et inhumains ont été sollicités, depuis des siècles, pour que soient respectées ces frontières et pour que tout le monde, y compris les intellectuels, ne quittent pas leurs carcans claniques et adhèrent, bon gré mal gré, par allégeance ou par crainte de l’anathème, à l’idée d’une « communauté musulmane » sacrée, une et indivisible et surtout au-dessus de toute mise en question et de toute critique ! 

De ce point de vue, la supposée « communauté musulmane » ne diffère guère de ses semblables. Elle est à l’image de toutes les communautés qui se définissent, principalement ou exclusivement, comme fondée sur la seule appartenance religieuse. Elle reproduit de manière systémique et symétrique tout ce que celles-ci ont pu expérimenter et mis en place, depuis qu’il y a une communauté d’humains qui s’est construite autour d’une religion.

Amin MAALOUF (3)  nous fait part de ses réflexions autour de cette question. Son livre « les identités meurtrières » est totalement consacré à l’étude des différentes représentations et risques de cette mono-appartenance qui forme à un moment donné une communauté et qui peut représenter un danger, à la fois pour ses membres et aussi à l’égard de son entourage considéré comme « autre », et surtout comme un ennemi hostile à surveiller, sans baisser la garde.

Par rapport au traitement que réserve une quelconque communauté religieuse à ses siens, MAALOUF écrit la chose suivante : « Ceux qui appartiennent à la même communauté sont les nôtres, on se veut solidaire de leur destin mais on se permet aussi d’être tyrannique à leur égard ; si on les juge tièdes, on les dénonce, on les terrorise, on les punit comme traîtres et renégats.. » (4). Une telle punition n’est rien d’autres que la désignation public, dans un premier temps, comme ennemi de la communauté, et par extrapolation comme hérétique et apostat de la religion. Et dans un deuxième temps, le pouvoir plotitico-religieux qui autoproclame une certaine légitimité communautaire procède à l’élimination pure et simple de cet élément gênant.

De ce point de vue, toute communauté se soumettant à l’ordre d’une oligarchie politico-religieuse adopte le même comportement totalitariste face à toute opinion ou expression d’opinion libre et pacifique. Dans de tel condition, l’opinion devient un délit passible de la peine capitale car assimilée, par certains, à la haute trahison. Et même après l’exécution ou la mort, le cadavre de la personne jugée ennemie ou hérétique sera sujet à un traitement de faveur ! Dans le cas de ladite « communauté musulmane », l’apostat « ne sera ni lavé, ni mis dans un linceul, ni donné au gens de sa nouvelle religion, car le faire signifie qu’on lui rend honneur alors qu’il n’en n’est pas digne. L’apostat sera jeté dans une fosse comme on jette un chien. Et s’il a un parent musulman, il serait préférable de le lui remettre pour le laver comme on lave une robe impure et l’enrouler dans un habit usé » (5).   

En effet, c’est ce genre de traitement maintenant une majorité d’intellectuels sous l’emprise de la peur qui leurs impose de garder le silence et de se consacrer à des sujets annexes et secondaires qui ne font que confirmer les pratiques autoritaristes des oligarchies politico-religieuses visant à effacer toute opposition légitime au nom de Dieu !

Ce climat de « phobies » n’est pas sans conséquences. Des « intellectuels » refusent toute mise en question de l’héritage religieux, car une telle aventure peut être perçue par les gardiens du temple et du palais présidentiel comme atteinte à la vérité officielle. Certains préfèrent se diminuer en dessous des ancêtres pour être reconnus, acceptés et entendus par la masse. D’autres se dissimulent en réformateurs critiques à l’égard des connaissances ancestrales, mais en réalité, ils pratiquent tout le contraire, ils disent ne pas pouvoir sortir dans leurs recherches et écrits des normes « immuables ! » reconnues par les « savants et les sciences islamiques ». Pour certain, cela se traduit par « la rigueur académique » que ces intellectuels observent minutieusement.

Mais toute fois, une autre lecture est aussi plausible : le fait de se définir fidèle aux cadres normatifs, tracés par les anciens et à ce qu’on désigne habituellement par « sciences islamiques », ne traduit-il pas une sorte de continuité non dérangeante là où il faut assumer la rupture ? La réforme ne commence-t-elle pas par l’évaluation, au premier abord, des normes ancestrales ? Lesdites « sciences islamiques », sont-elles « sciences » au sens propre du terme, c’est à dire un ensemble cohérant de connaissances concernant des phénomènes obéissant à des lois vérifiables ? Ou sont-elle tout simplement des compilations de pseudo connaissances, d’impressions et d’humeurs et qui n’obéissent à aucune loi si ce n’est la loi/passion des régimes politiques en place ?  

Car ce sont bien ces « sciences islamiques » qui ont engendré entre autres, la sanction d’apostasie et celle de la lapidation. Et se sont ces mêmes « sciences » aussi qui sont enseigné actuellement dans les universités de théologie, même en France, et qui représentent, en partie, l’assise théorique de « l’islam politique » et de ses variantes extrémistes et violentes.

En assumant cela, ces intellectuels ne jouent-ils pas le jeu des pouvoirs ? L’intellectuel ne devient-il pas asservi à la cause des religieux qui limitent, en amont, le champ de ses réflexions et des politiques qui répriment, en aval, tout dépassement des lignes rouges ? Quelle est donc la responsabilité de l’intellectuel dans ce cas là ?

Jean Mouttapa dans sa chronique se pose les questions suivantes : Qui empêche nos intellectuels musulmans de s’exprimer haut et fort en penseurs affranchis ? Qui leur défend de se dégager définitivement d’une prétendue solidarité communautaire comprise comme « réflexe, instinct, principe de survie et d’être » ? Qui les retient de s’élever contre une diabolisation délirante d’Israël, de calmer leurs refus que des jeunes dévoyés revendique l’islam comme arme contre la France et l’Occident, de faire l’analyse critique de l’idéologie de la victimisation ?…

Ces questions bien qu’elles soient engagées du côté du combat que mène Jean Mouttapa au quotidien comme militant de l’interreligieux et surtout du rapprochement entre « juifs » et « musulmans », elles restent tout de même secondaires par rapport à l’ensemble des interrogations prioritaires et fondamentales posaient à l’ensemble de l’intelligentsia contemporaine, et non pas seulement musulmane même si cette dernière est la plus concernée par ces questions. A commencer par la place de l’humain dans la société, la place de la religion, les libertés fondamentales, le vivre ensemble, la justice, la paix, l’environnement,…

Tant que les intellectuels ne dénoncent pas, par crainte d’être dénoncés et dévorés par ce monstre communautaire, ce qu’on a fait, et aussi ce qu’on est entrain de faire au nom de Dieu, le qualificatif même d’intellectuel serait à revoir. Je pense qu’il est temps que la supposée intelligentsia « musulmane » lève la tête enfin, pour s’exprimer librement sur tous les sujets qui rongent l’ère contemporaine en commençant, tout d’abord, par la remise en question de cette idéologie limitative des libertés individuelles qui se définit comme représentante de « l’islam ». Pour cela, il n’y a que la clarté dans les positions qui fera bouger les lignes. Toute forme de dissimulation, même partielle, ne fera que retarder les échéances d’une renaissance tant attendue de la pensée et des libertés, dans l’ensemble des pays soumis aux régimes politico-religieux, comme dans des pays laïques comme la France !

En effet, si la liberté se construit à chaque instant dans la douleur et dans la lutte,  les atteintes aux libertés au nom de Dieu, elles aussi, ne cessent de gagner du terrain et elles s’enracinent simultanément davantage, dans le paysage religieux « musulman », avec subtilité et arrivisme à outrance ! De ce point de vue, tout intellectuel qui se respecte se doit de faire en sorte que les acquis en matière de libertés individuelles, ne soient pas bafoués et mise en danger par  ce monstre qu’on désigne sous l’expression du « qu’en dira-t-on communautaire? ». 

Notes : 

(1)- Le Monde des Religions, n° 15, Janvier Février 2006.

(2)- Jean Mouttapa, chrétien engagé dans le dialogue interreligieux, est écrivain et éditeur. Auteur de Un arabe face à Auschwitz (Albain Michel – 2004)

(3)- Amin MAALOUF écrivain libanais résident en France depuis 1976. Romancier, essayiste et historien reconnu. Il était également journaliste. Il est l’auteur des Croisades vues par les arabes (1983), Samaracande (1988), les identités meurtrières (1998)…

(4)- Amin MAALOUF, Les identités meurtrières, Grasset, Paris 1998, p 39.

(5)- Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh, Cimetière musulman en occident, L’Harmattan, Paris 2002, p 62.

  




Le hidjab n’est pas obligatoire en islam

28032007

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Gamal Al-Bana, Le trouble-culte.

         Qui est Gamal Al-Bana ? Son nom peut paraître habituel ; effectivement, il a le même patronyme que le fondateur des Frères musulmans d’Egypte. Il écrit depuis les années quarante sur le renouveau religieux et il est redécouvert à l’orée d’un retour de la religion sur la scène publique.  Ce penseur égyptien n’est autre que frère cadet du célèbre Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans. Il est en train de bousculer de manière violente les “constantes” islamiques et dérange gravement une certaine idée que l’on se fait de l’avenir des sociétés musulmanes qui ne peuvent être qu’inéluctablement livrées au salafisme triomphant. Il semble qu’il n’en soit rien et, plus que jamais, la pensée islamique semble prise d’une dynamique inattendue.  Al-Banna ne dit rien de moins que le hidjab, voile islamique, n’est pas une obligation légale, que la femme musulmane peut se marier sans témoin et sans ouali (tuteur  légal). Le penseur a fait ces déclarations dans un contexte particulièrement tendu en Egypte, alors que le ministre égyptien de la Culture, Farouq Hosni, avait critiqué cette propension de  ses concitoyennes à porter le hidjab. Si les propos du ministre sont le fruit d’un démarche intellectuelle éloignée des considérations spirituelles, les conclusions de Al-Banna sont, elles, éminemment religieuses. Pour lui, le hidjab s’est imposé à l’islam puisqu’il était une manière de s’habiller. 

Gamal Al-Banna souligne que le Coran n’est pas une “marque déposée” pour la retrouver sur les vêtements dits légaux (chari’). Les recommandations contenues dans le verset : “Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès”(1) traitaient de la manière usuelle de s’habiller à cette époque. Les femmes portaient le voile, comme elles le faisaient depuis des siècles que ce soit en Mésopotamie ou en Grèce, et les hommes des turbans pour se protéger du soleil ou de la poussière. Sinon le seul verset qui évoque le hidjab étant : “ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux.”(2) Selon Al-Banna, il s’agit là d’une allégorie relative à une rideau ou quelque chose qui cache du regard des autres les femmes du Prophète. Mais Al-Banna ne s’arrête pas en si bon chemin, il indique qu’un hadith réputé vrai (sahih) évoque les ablutions que faisaient en commun hommes et femmes et, ainsi, ces femmes ne pouvaient rester couvertes pour accomplir ce rite. Se référant à l’histoire l’islam, il rappelle que le khalife Omar avait sermonné une servante, esclave musulmane, pour s’être accoutrée en mettant le voile, celui-ci permettant de distinguer les femmes libres (qui le portent) des esclaves (qui ne le portent pas). 

Un hidjab qui cache bien des misères 

Mais en fait, la question du hidjab soulevée par Al-Banna peut paraître accessoire malgré le bruit et la fureur qu’elle a suscitée. Le penseur va plus loin en évoquant les question des libertés individuelles, notamment celles des femmes qui peuvent, selon lui, se marier sans recours ni à un tuteur légal ni à des témoins, les questions de la vie des musulmans en Occident alors qu’ils sont en proie aux tentations, sexuelles notamment, le rapport du musulman à la prière et la question de la suppression de la mixité qu’il qualifie d’“opération barbare”.  Les audaces qu’il ose sont sans commune mesure avec tout ce qui a été écrit ou dit jusque-là. Mais Al-Banna n’est pas là uniquement pour jeter des pavés dans la mare. Pour lui, la lecture même du Coran doit évoluer et les musulmans qui, selon ses propos, “ont donné à l’esprit congé depuis mille ans”, doivent revoir les interprétations du Coran à la lumière des connaissances modernes, de la pensée universelle et de la révolution que le Coran a apporté au moment de sa révélation. Quant au hadith, il en appelle à l’esprit critique des musulmans pour savoir distinguer ce qui est en conformité avec l’esprit du Coran et ce qui ne l’est pas. Il souligne qu’à l’époque des khalifes qui ont succédé au Prophète, certaines des sanctions extrêmes relatives aux péchés capitaux, comme couper la main du voleur, avaient été levées dans des circonstances particulières. Mettant en avant que l’adaptation relative du message divin est inscrite dans l’histoire même de l’islam, il se demande pourquoi ces mêmes adaptations ne seraient plus possibles aujourd’hui.  Pour le frère cadet du fondateur des Frères musulmans d’Egypte, les débats aujourd’hui plus pressants que celui autour du hidjab concernent la citoyenneté, le respect des principes des droits de l’homme dans les pays musulmans. Dès lors, si Al-Banna ouvre un débat au sens le plus large, il reste qu’on ne peut le qualifier d’incroyant (zinbdiq) ou d’impie pour la simple raison qu’il revendique haute et fort son islam et présente des connaissances et une érudition religieuse implacable. Al-Banna n’a rien d’un Ali Sina(3) qui utilise le Coran et ses connaissances religieuses pour mieux critiquer l’islam ; malgré tout ce qui s’est dit sur les Frères musulmans d’Egypte, il défend corps et bien la mémoire de son frère, le Cheikh Hassan. 

Bien entendu, les critiques de certains conservateurs, notamment ceux d’Al-Azhar et d’autres, profondément salafistes, ne se sont pas fait attendre. Pour eux, Al-Banna suit le même chemin tortueux que certains intellectuels laïcisants égyptiens ou arabes et n’apporte rien de nouveau. Certes, Al-Banna rappelle des faits historiques et se réfère énormément au patrimoine historique islamique, alors qu’il tire ses conclusions de ses lectures du Coran et des hadiths. Dans le même temps, en allant toucher à un des signes religieux les plus significatifs quant à un retour massif en religion des sociétés musulmanes (les femmes voilées), sous la férule essentiellement des mouvements salafistes ou chiites rampants, il touche à un marquage politique essentiel du fondamentalisme musulman.  Dès lors, même ceux qui le critiquent ne répondent pas aux questions qu’il pose ni ne participent au débat qu’il propose. Ne  pouvant remettre en question les idées qu’il avance,  seule la censure(4) qui le frappe en Egypte est à même de taire ses propos, faute de pouvoir les réfuter. 

Amine Esseghir   

1- Sourate Annour (la lumière), 31. 

2- Sourate Al Ahzab (les coalisés), 59.  3- Ali Sina est un laïc qui se présente comme un musulman qui a quitté l’islam. Il a créé Faith Freedom International, une sorte d’ONG qui possède essentiellement un site Internet destiné à donner aux musulmans qui ont abandonné leur foi la possibilité de témoigner pour, dit-il, “démasquer l’islam et montrer qu’il est une idéologie impérialiste qui tient du  nazisme, déguisée en religion”.  

4- Entre autres livres interdits de Gamal Al-Banna, sur proposition de la commission de censure d’Al-Azhar, La responsabilité de l’échec de l’Etat islamique.  

Un grand nombre d’articles de Gamal Al-Banna sont disponibles en arabe sur http: //www.metransparent.com/authors/arabic/banna.html. 

Source : http://www.lesdebats.com/editionsdebats/140207/Actualite.htm 




Pourquoi : « Ecrire sans censures ! » ?

20032007

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Le jour de mon 29ème anniversaire, le 21 mars, je m’offre un nouveau blog : « Ecrire sans censures ! » Car je me fais des soucis pour le jour où, dans quinze ou vingt ans, ma fille et mon garçon me demanderont : Papa ! Tu faisais quoi quand ils ont censuré toutes les libertés au nom de Dieu ?

Et donc, j’ai décidé de ne pas me taire, de contester toutes les manœuvres visant à réduire mon existence et mon expression au silence, de ne pas composer avec tout pouvoir s’autoproclamant représentant de Dieu sur Terre, d’inscrire le restant de ma vie au service de l’écriture engagée du côté des valeurs et principes qui font de moi un humain, d’engager des réflexions critiques sur ma condition et sur mes choix de tous les jours, de partager mes idées avec le monde entier à travers le Net, de pouvoir y publier mes humeurs et de rendre compte des choses que j’ai vécu et qui méritent de sortir du cadre personnel.

Ce blog sera donc ; mon espace, et le vôtre aussi, pour écrire ce qui mérite d’être partagé avec vous, sans censures !

Etant donné que je suis néophyte en matière d’écriture et de gestion de blog, d’avance je vous présente mes excuses pour toutes les erreurs et toutes les imperfections que vous ne manquerez pas de relever ! Merci de me signaler mes fautes de frappe, de grammaire et de conjugaison ! Aussi, toutes vos critiques, vos remarques et vos suggestions sont les bienvenues, celles-ci me permettront sans aucuns doutes d’améliorer la forme et de revoir les contenus.

« Ecrire sans censures ! » est une façon de pratiquer l’écriture spontanée de mes idées, qui sont toujours en construction. Et si ma pensée évolue dans la durée, son expression, quant à elle, s’invente dans l’instant sous une forme statique. C’est pourquoi, je m’engage à expliquer à chaque fois l’évolution de mes pensées pour éviter toute confusion ou tout double discours apparent et nuisible.

« Ecrire sans censures ! » est l’espace qui m’offre une liberté de pensée et d’expression sans limites et sans tabous. On y trouvera donc des sujets traitant des questions de société, de religion, de politique, d’histoire, des sciences, d’humour, d’art, de caricature,… etc.

« Ecrire sans censures ! » sera ma tribune me permettant de formuler un avis instantané sur des idées ou des choses passées, présentes ou à venir ! Cela représentera, je l’espère, une réponse recevable à l’interrogation légitime de mes enfants dans quinze ou vingt ans !

Bonne lecture, à toutes et à tous !

Fraternellement, Mohamed.







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